C’est un vélo volé et secoué par le vent
un enfant est dessus qui pédale en pleurant
un brave homme derrière lui le poursuit
en hurlant
Et le garde-barrière agite son drapeau
l’enfant passe quand même
le train passe sur lui
et le brave homme arrive en reprenant son
souffle
contemplant sa ferraille
n’en croyant pas ses yeux
Les deux roues sont tordues
le guidon est faussé
le cadre fracassé
le lampion en charpie
et la bougie en miettes
Et ma médaille de Saint-Christophe
où est-elle passée
vraiment il n’y a plus d’enfants
on ne sait plus à quel saint se vouer
on ne sait plus que dire
on ne sait plus que penser
on ne sait plus comment tout ça va finir
on ne sait plus où on en est
vraiment
Quelle bande de ons
dit le garde-barrière en pleurant.
Cheveux noirs cheveux noirs
caressés par les vagues
cheveux noirs cheveux noirs
décoiffés par le vent
Le brouillard de septembre
flotte derrière les arbres
le soleil est un citron vert
Et la Misère
dans sa voiture vide
traînée par trois enfants trop blonds
traverse les décombres
et s’en va vers la mer
Cheveux noirs cheveux noirs
caressés par les vagues
cheveux noirs cheveux noirs
décoiffés par le vent
Avec ses tonneaux de fer
ses débris de ciment armé
comme un chien mort
les pattes en l’air
le radeau de l’Amirauté
gît immobile sur les galets
Cheveux noirs cheveux noirs
décoiffés par les vagues
cheveux noirs cheveux noirs
caressés par le vent
Soleil
citron vert emporté par le temps
la voix de la sirène
est une voix d’enfant.
Quand le lionceau déjeune
la lionne rajeunit
Quand le feu réclame sa part
la terre rougit
Quand la mort lui parle de l’amour
la vie frémit
Quand la vie lui parle de la mort
l’amour sourit.
Un homme écrit à la machine une lettre d’amour et la machine répond à l’homme et à la main et à la place de la destinataire
Elle est tellement perfectionnée la machine
la machine à laver les chèques et les lettres d’amour
Et l’homme confortablement installé dans sa machine à habiter lit à la machine à lire la réponse de la machine à écrire
Et dans sa machine à rêver avec sa machine à calculer il achète une machine à faire l’amour
Et dans sa machine à réaliser les rêves il fait l’amour à la machine à écrire à la machine à faire l’amour
Et la machine le trompe avec un machin
un machin à mourir de rire.