> Jean Goulemot (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253081035
Éditeur : Le Livre de Poche (2005)


Note moyenne : 3.53/5 (sur 64 notes) Ajouter à mes livres
Alors qu'à dix-sept ans, il s'apprête à quitter Amiens où il achève ses études de philosophie, des Grieux voit arriver le coche d'Arras. Une jeune fille en descend, si charmante qu'il s'avance vers elle pour l'interroger : ses parents l'envoient pour être religieuse, et... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 29 février 2008

    Woland
    Bien que l'intrigue soit assez dense, le texte est du genre bref - même pas 200 pages. A l'origine, il devait être inclus dans les "Mémoires et Aventures d'un Homme de Qualité ..." dont nous parlions plus haut. C'est en effet le héros de ces "Mémoires ..." qui, intrigué par ce cortège de captives surveillées par les archers du Roi et auprès desquelles chevauche un jeune homme accablé mais de mine aristocratique, profite de la halte de tout cet équipage dans la cour de l'auberge où lui-même se trouve de passage pour s'enquérir des raisons qui poussent le jeune cavalier à suivre les charrettes des déportées.
    Deux ans plus tard, l'homme de Qualité retrouve le jeune homme et celui-ci lui raconte cette fois toute son histoire.
    Tombé amoureux d'une jeune fille que sa famille voulait enfermer au couvent parce qu'elle manifestait trop de goût pour "le plaisir", Des Grieux l'enlève et, pendant quelques temps - celui de dépenser tout l'argent dont ils disposent - ils mènent joyeuse vie à Paris. Lorsque l'argent commence à se faire rare, Des Grieux se propose d'écrire à son père et de lui demander de l'aide. Mais sa compagne, Manon, accueille assez froidement cette idée et l'assure de la laisser faire. Résultat : peu de temps après, alors que Manon se met en ménage avec M. de B*, un riche fermier général, Des Grieux est enlevé et ramené par son frère aîné chez leur père.
    Dégoûté - du moins le croit-il - Des Grieux se consacre à la soutenance de sa thèse en théologie. Hélas ! Manon, superbement parée puisque B* l'entretient sur un grand pied, assiste à cette soutenance et se fait reconnaître. Voilà Des Grieux aux pieds de sa maîtresse. Et, une fois de plus, tous deux décident de s'enfuir.
    Avec les 60 000 francs que Manon avait réussi à mettre de côté sur la pension servie par B*, ils s'achètent une maison à Chaillot où ils vivent tout d'abord paisiblement. Mais Manon s'ennuie et ils prennent un pied-à-terre sur Paris, dans le quartier même où vit le frère de Manon, un aventurier sans scrupules qui s'incruste chez eux. La maison de Chaillot ayant brûlé et les pillards étant passés par là, Des Grieux se confie cependant à Lescaut pour trouver un moyen de regagner de l'argent. Il sait bien que, sans cela, il perdra à nouveau Manon. C'est ainsi qu'il se fait "chevalier d'industrie" - en d'autres termes, tricheur professionnel.
    L'argent rentre mais fait bien des envieux et les domestiques du jeune couple s'enfuient avec leur linge et leur fortune. Tandis que Des Grieux ne sait plus à quel saint se vouer, Lescaut conseille à sa soeur de faire les yeux doux à un vieux viveur, M. de G ... M... Puis, de conseil en conseil, il convainc Des Grieux d'entrer dans le stratagème et de se faire passer pour leur frère, à lui et à Manon.
    Et tout tourne mal. A vrai dire, Manon et Des Grieux ne cessent de tomber de Charybde en Sylla mais le lecteur impartial ne peut manquer de se dire bien souvent qu'ils y mettent beaucoup du leur par leur légèreté et leur égocentrisme.
    Ce roman est étrange parce que, sous couvert de critique sociale (contre les moeurs de la noblesse et aussi de la bourgeoisie et, bien sûr, de manière plus voilée, contre le pouvoir en place) et en dépit de sa fin convenue (Manon meurt aux colonies et Des Grieux s'en sort puisqu'il est fils de bonne famille), il fait l'apologie du cynisme et, ce qui est pire, de la déresponsabilisation absolue. Des Grieux rejette toujours la responsabilité de telle ou telle faute pourtant grave (comme l'assassinat de l'un des guichetiers de Saint-Lazare) sur un tiers. C'est extrêmement désagréable et c'est sans doute ce qui me l'a rendu si antiphathique.
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    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 09 mars 2012

    nastasiabuergo
    Quel étrange paradoxe. La tradition a retenu pour titre "Manon Lescaut" alors que l'auteur l'avait intitulé, certes un peu longuement, "Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut". Paradoxe en ce sens que l'auteur place en premier le chevalier et que c'est effectivement lui le personnage principal, et que la belle Manon, personnage clé, il est vrai, n'est que le personnage secondaire. On a bien retenu Tristan ET Iseult, pourquoi pas des Grieux ET Manon Lescaut?
    Bref, vous aurez compris qu'il s'agit d'une histoire d'amour, que le mot du titre "histoire de" suggère un récit romanesque, celui-là même est à la première personne. Pour ce qui est du contenu, l'abbé Prévost écrit avant l'heure "les infortunes de la vertu", où notre chevalier est un preux chevalier, par contre, sa dulcinée, sans être une nymphomane, aime un peu trop le confort et le luxe pour accepter stoïquement son sort lorsque sa bourse est vide. N'ignorant pas ses atours, la belle Manon, n'hésite jamais à faire crépiter le cœur d'un riche mécène quitte à faire rugir de jalousie le brave des Grieux. Celui-ci emploie donc toute sa chevalerie pour faire échec aux amants et récupérer sa frivole amante. Les riches souteneurs bernés ont souvent le bras assez long pour créer des embarras au malheureux couple, lesquels embarras se traduisent souvent par des séjours en prison, lesquels séjours appellent à leur tour des évasions rocambolesques. Notre pauvre chevalier, tiraillé entre un amour immodéré et les appels du pied de la morale ne sait trop quelle conduite tenir et récolte moult mésaventures à vouloir s'accrocher à la venimeuse Manon. le tour de force de l'auteur réside dans le fait qu'il parvient à nous la rendre tout de même attachante, car, bien que notoirement infidèle, elle n'en est pas moins amoureuse de son chevalier et présente par moments une noblesse de caractère indéniable.
    D'un point de vue de l'histoire de la littérature, cette œuvre marque indéniablement quelque tournant car on nous maltraite le sens moral avec ces deux amants, mais d'un point de vue purement contemporain, je ne sais pas si l'on peut encore l'élever au rang de chef-d'œuvre absolu, le chevalier, amoureux éperdu et naïf à souhait, annonce le romantisme, mais reste quand même un brin cul-cul la praloche, la fin étrange de Manon demeure un expédient facile de la littérature et l'on ne se satisferait peut-être plus d'une telle pirouette à l'heure actuelle. Un peu comme en biologie, il convient probablement de la lire dans un processus ontologique, c'est-à-dire assez jeune, comme une forme immature d'un style et d'un genre appelé à s'épanouir par la suite dans l'histoire littéraire par d'autre œuvres plus marquantes encore, mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 29 février 2008

    Woland
    De l'"Histoire du chevalier des grieux et de manon lescaut", Montesquieu déclara qu'il ne fallait pas s'étonner qu'elle eût rencontré le succès puisque, bien qu'elle eût pour héros "une catin et un fripon", elle ne parlait en fait que d'amour. Mais même avec pareille caution et même si son auteur lui donne une fin édifiante, le récit, quoique parfaitement écrit en une langue élégante et souple, est frappe surtout par sa parfaite amoralité.
    Certes, Des Grieux - que l'on nomme chevalier car il envisage d'entrer dans l'Ordre de Malte, comme d'ailleurs le Danceny des "Liaisons dangereuses" - est jeune et sans expérience. Certes, Manon est tout aussi jeune, jolie, gracieuse et sans grande cervelle. Certes, il l'aime d'un amour entier et exclusif tandis qu'elle, elle ne l'aime, dirait-on, que par à-coups, quand elle y songe.
    Mais tout cela ne suffit pas à masquer l'incroyable égocentrisme dont ils sont animés.
    Si l'on peut comprendre qu'une Manon Lescaut, née pauvre, soit fascinée par la richesse ; si l'on peut admettre qu'elle use, pour obtenir celle-ci, du seul moyen qui reste souvent aux femmes lorsque les autres leur manquent ; si l'on devine que, tout en ne mettant pas en doute la passion de Des Grieux à son égard, elle se défie de sa constance puisque, après tout, il lui est si supérieur par la position sociale que jamais il ne pourra la présenter à sa famille et lui garantir une stabilité sociale définitive, en revanche, on comprend mal le cynisme absolu avec lequel, dès lors qu'il a rencontré la jeune femme, Des Grieux ment à ses proches, leur mendie des secours non pour se refaire une santé, ainsi qu'il le leur promet, mais bel et bien pour récupérer sa maîtresse, se fait tricheur aux tables de jeu, feint plus d'une fois un repentir qu'il n'éprouve pas, s'échappe de Saint-Lazare en menaçant de mort le supérieur qui l'a pourtant beaucoup aidé dans cette prison, enfin n'a de cesse que sa volonté, avoir Manon pour lui, n'obtienne gain de cause en toute occasion.
    En un sens, n'était la sincérité de l'amour qu'il porte à Manon, Des Grieux aurait beaucoup de points communs avec Don Juan. Don Juan, si amoral qu'il soit, n'est pourtant pas un faible. Alors que le héros de l'abbé Prévost, lui, l'est sans conteste. Manon le joue deux, trois fois mais, comme il le dit lui-même : "Elle pèche sans malice." Comme aveuglement (masochiste ?), on a rarement fait mieux. du coup, Don Juan s'efface au profit d'un enfant gâté qui n'a aucune conscience de l'Autre.
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    • Livres 4.00/5
    Par Ludy, le 11 mai 2012

    Ludy
    Un livre court, agréable à lire, ou tout s'enchaine rapidement. le seul petit bémol est sans doute le sentiment de "redondance" de l'histoire.

    Lien : http://unblogetdeslivres.over-blog.com/article-manon-lescaut-abbe-pr..
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Citations et extraits

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  • Par Couperine, le 26 avril 2010

    Comme il n y avait rien, après tout, dans le gros de ma conduite, qui pût me déshonorer absolument, du moins en la mesurant sur celle des jeunes gens d'un certain monde, et qu'une maîtresse ne passe point pour une infamie dans le siècle où nous sommes, non plus qu'un peu d'adresse à s'attirer la fortune du jeu, je fis sincèrement à mon père le détail de la vie que j'avais menée. A chaque faute dont je lui faisais l'aveu, j'avais soin de joindre des exemples célèbres, pour en diminuer la honte. Je vis avec une maîtresse, lui disais-je, sans être lié par les cérémonies du mariage : M. le duc de... en entretient deux, aux yeux de tout Paris ; M. de... en a une depuis dix ans, qu'il aime avec une fidélité qu'il n'a jamais eue pour sa femme ; les deux tiers des honnêtes gens de France se font honneur d'en avoir. J'ai usé de quelque supercherie au jeu : M. le marquis de... et le comte de... n'ont point d'autres revenus ; M. le prince de... et M. le duc de... sont les chefs d'une bande de chevaliers du même Ordre.
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  • Par chapochapi, le 08 mai 2010

    Il est sûr que, du naturel tendre et constant dont je suis, j'étais heureux pour toute ma vie, si Manon m'eût été fidèle.
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  • Par chapochapi, le 08 mai 2010

    Ne vous ai-je pas promis, me dit-elle, que je trouverais des ressources ? Je l'aimais avec trop de simplicité pour m'alarmer facilement.
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  • Par chapochapi, le 13 mai 2010

    Crois-tu qu'on puisse être bien tendre lorsqu'on manque de pain ? (...)
    Elle appréhende la faim. Dieu d'amour ! quelle grossièreté de sentiments ! et que c'est répondre mal à ma délicatesse !
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Video de Abbé Prévost

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Film : Manon 70
Interview de Catherine DENEUVE, Sami FREY, et Jean-Claude BRIALY à propos de leur rôle dans "Manon 70" de Jean AUREL, d'après "Manon Lescaut" de l'Abbé PREVOST. Leurs interviews alternent avec des images du tournage.








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