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> Jean-Yves Tadié (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070754928
Éditeur : Gallimard

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.67/5 (sur 221 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
«Que celui qui pourrait écrire un tel livre serait heureux, pensais-je, quel labeur devant lui ! Pour en donner une idée, c'est aux arts les plus élevés et les plus différents qu'il faudrait emprunter des comparaisons ; car cet écrivain, qui d'ailleurs pour chaque carac... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par aleatoire, le 26 octobre 2014

    aleatoire
    Parler de la Recherche, c'est tenter d'en comprendre la mécanique, de saisir les raisons qui poussèrent un homme mondain, snob, destiné à entrer à la Cour des Comptes à entreprendre un jour la rédaction de cette "épopée".
    En 1896, à 25 ans, Proust publie Les Plaisirs et les Jours, l'insuccès est total. Puis vient Jean Santeuil, roman inachevé ... L'auteur souffre d'être reconnu pour sa préciosité élégante, son dilettantisme mais tenu pour un amateur en matière littéraire. Une large part de lui-même demeure insatisfaite.
    Au-delà d'une forme de paresse et plus inhibitrice encore, il y a la certitude d'une insuffisance, d'une impuissance qui l'empêchent à tout jamais d'être un écrivain :
    "Je sentis une fois de plus ma nullité intellectuelle et que je n'étais pas né pour la littérature."
    La mort de sa mère, en 1905, provoque chez lui une véritable conflagration, il pense ne jamais pouvoir surmonter cette terrible douleur:
    "Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation."
    Au-delà de cette empathie filiale, une espèce de travail de deuil lui fait prendre conscience d'un gaspillage de talent, d'une fêlure, de toute une érudition gâchée que ne saurait combler le vide existentiel de son existence de dandy.
    A ce moment, il réalise que l'objet de sa vie est d'en faire une oeuvre d'art, dont le besoin s'était en lui, lentement, inconsciemment inscrit.
    La mort de sa mère l'a exilé du paradis de l'enfance, il estime le moment venu d'essayer de le recréer.
    Il va donc tenter par l'écriture de saisir cette réalité qui lui a toujours échappé, parce que, pense-t-il, par un travail de mémoire, l'oeuvre d'art arrêtera enfin le Temps, lui donnant une forme.
    Il rentre donc en littérature, dans une quête de quelque chose d'important, d'immatériel. Il sait que le livre sera long, à l'idée de celui des Mille et une Nuits qu'il affectionne ; que son architecture s'établira sur plusieurs volumes, qu'il y sera question de temps passé, d'espace quitté, de sentiments perdus, d'une société en allée.
    Proust rassemble ce que sera son esthétique : les matériaux de son oeuvre seront constitués par sa vie passée, mondanités, voyages, amitiés, amours.
    Il se retire petit à petit du monde, se calfeutre, au sens propre, dans sa chambre tapissée de liège. Il remplit la nuit d'innombrables cahiers.
    Son roman va se confondre avec sa vie, en une sorte de mise en abyme. le livre devra se terminer au moment où le Narrateur "Un certain Monsieur Je" commencera le sien, en une sorte de circularité du temps, de boucle achevée. La vie du héros va être rejetée dans le passé et son rappel organisé par le jeu de la mémoire. Celui qui raconte est le même ou plutôt serait le même que celui qui est raconté, s'il n'y avait le temps.
    Proust entrevoit une conception du temps d'abord discontinu, considéré comme perdu, relégué dans un passé lointain, inutile. Il se sert pleinement de ses sens exacerbés, les ré-activant en quelque sorte, afin que le charnel devienne littéraire par l'élaboration de ce livre à écrire en une lutte (chronologique) contre le doute, le découragement , la maladie (l'asthme) et la mort.
    C'est la recherche d'un absolu, hors du monde, du temps arrêté et pourtant contre lui.
    J'étais décidé dit Marcel Proust à consacrer à cette oeuvre toutes mes forces qui s'en allaient comme à regret.
    Ce roman épousera tous les genres littéraires : la fois comique, tragique, érotique, poétique, onirique.
    Il prend conscience que ce n'est pas par des reconstitutions intellectuelles qu'il parviendra à rendre l'impression vraie du temps et à ranimer le passé :
    "Le passé est caché hors du domaine de l'intelligence et de sa portée, en quelque objet matériel que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir ou que nous ne le rencontrions pas."
    Ce sera l'épisode (trop?) fameux de la madeleine (ou des pavés disjoints) qui sera le signe, qui ouvre une vision perspective de l'espace et du temps. Proust fait ainsi l'expérience de la mémoire sensitive, involontaire, fonctionnant parce que les images du souvenir, fugitives trouvent le support de la sensation présente.
    Dès lors, ces régressions seront les thèmes de sa pensée, selon laquelle nous vivons plusieurs époques à la fois, de sorte que le passé nous est souvent plus présent que le présent même.
    La mémoire se fait action et non réservoir de souvenirs figés mais plutôt recueil de sensations "engrammées".
    "Des minutes affranchies de l'ordre du temps où un passé perdu se réveille".
    Il s'attache ainsi à trouver ce qu'il appelle "la vraie réalité", à la manière, me semble-t-il de ces peintres impressionnistes (ou pointillistes) : patiemment, méticuleusement, touche par touche, comme s'il élaborait sa composition avec nombre d'aplats, de réserves, de repentirs, de jeux de couleurs, dans une progression joyeuse où tout va finir par s'ordonner en une "clé finale révélée".
    A cette forme d'esthétique de l'inconscient (Proust est le contemporain de Freud) répondent aussi les vertus de l'oubli :
    "Aux troubles de la mémoire, sont liées les intermittences du coeur" (l'amour perdu d'Albertine).
    Ce qui appelle le réflexion de Jankélévitch :
    "Le temps est le grand pacificateur de la contradiction"
    "Ce qui est beau à Guermantes, c'est que les siècles qui n'y sont plus y essaient d'être encore ; le temps y a pris la forme de l'espace, mais on le reconnaît bien."
    Ainsi, dans cette abolition de l'intervalle entre ce qui fut et le présent, l'écrivain nous rend le temps réversible comme l'espace et même parfois,grâce à ce médium, il apporte la conjonction de ces deux entités.
    C'est en ce sens qu'il rend l'homme plus contemporain de lui-même, tente, en dépit de ses fractures mnésiques, de le faire d'avantage coïncider avec les occurrences de son présent, l'homme, "cet être des lointains"...
    "Je voudrais écrire un jour le roman de l'oubli, comme Proust a écrit celui de la mémoire. J'y dirais la force et la résonance des gestes qui ignorent leur passé." (Roger Nimier)
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    • Livres 4.00/5
    Par zohar, le 23 mai 2011

    zohar
    La critique doit « dire autre chose que l'œuvre ne dit pas » (Tzvetan Todorov).
    L'essentiel ici, est donc de mettre en relief la signature du livre pour mieux dégager des thèmes-forts et des idées structurales afin de percevoir l'œuvre dans toute son étendue !
    Tout d'abord, il serait une erreur de lire « a LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU » en confondant écrivain et narrateur. Bien au contraire, le roman qui est bâti autour de la structure du double « je », évoque à la fois héros et narrateur. C'est lui qui ordonne l'œuvre selon un mouvement dialectique : le désir de révélation est toujours déçu par l'expérience du réel, et cet échec impose l'œuvre d'art comme seul moyen de salut !
    Si l'on y trouve, ensuite, une satire de la société mondaine, l'analyse minutieuse de la passion et de la jalousie annonce les amours douloureuses du héros. En fait, la description des salons ne renvoie pas seulement au thème de la mondanité s'opposant à la création. Elle révèle aussi l'épaisseur du temps perdu et réponds, par ailleurs, à un but dogmatique qui vise à établir les lois psychologiques et morales.
    Cette somme romanesque accorde, de surcroît,(comme nous l'avons dit plus haut) une grande importance au thème de la création : « a LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU » souligne fortement l'idée selon laquelle le fonctionnement mondain se situe à l'opposé du fonctionnement artistique !
    Le créateur n'est pas, comme chez Honoré de Balzac par exemple, un Dieu omniscient.
    Le narrateur n'a de ses personnages qu'une image floue : ils ne se livrent à lui que de façon parcimonieuse et fragmentaire...
    De même, il ne saurait rester en dehors de l'épaisseur du temps. le narrateur est, dans le roman, une indétermination temporelle que serve la durée de la phrase proustienne.
    Enfin, le temps chez Proust est un autre élément d'une unité encore renforcée par les analogies et les métaphores qui convertissent en une même substance les réalités diverses.
    Ce monument de la littérature XXe siècle apparaît davantage comme l'aboutissement du roman traditionnel que comme l'annonce d'un roman nouveau.
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    • Livres 5.00/5
    Par Myriam3, le 12 juillet 2014

    Myriam3
    Cette oeuvre grandiose est longue, très longue à lire, non seulement pour les 7 tomes qu'elle comporte mais surtout parce que chaque phrase, ou presque, est comme un coquillage dans lequel on peut s'engouffrer et suivre les sinueuses courbes qui s'enroulent sur elles-mêmes. Ou encore comme un fleuve qui, au lieu de se jeter dans la mer, remonterait ses affluents et prendrait de multiples directions, imprévues, qui le ramènerait aux origines de ce qui le compose et de tout ce qu'il a récupéré, emmagasiné sur sa route.
    La Recherche est une mine inépuisable, une oeuvre qu'on pourrait ouvrir tous les jours pour y trouver à nouveau matière à réflexion, à rêvasserie. Une mine mais aussi une grotte dont on ne pourrait qu'éclairer les pans de murs les uns après les autres, pour y découvrir des fragments qui bout à bout forment un tout signifiant.
    Pour cette oeuvre, mon intérêt a été plutôt inégal. Si j'ai découvert et adoré du Côté de Chez Swann, comme beaucoup, au cours de mes études, à plusieurs reprises, je me suis également plongée avec délices dans l'écriture fraîche, concise et un brin nostalgique de A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleur, le tome dans lequel je me suis le plus retrouvée à l'époque de la lecture. Période de l'adolescence du narrateur, de la découverte de lui-même et des autres, du monde autour de lui; premières analyses sur le comportement, et puis ces images de Balbec, bord de mer à la fois bourgeois et impressionniste.
    Le Temps Retrouvé est, bien sûr, le plus majestueux, celui qui présente l'édifice du Temps dans sa splendeur et dont chaque phrase devient une source philosophique.
    Par contre, qu'est-ce que j'ai baillé à la lecture de du Côté des Guermantes et de tout ce petit monde bourgeois ou aristocratique dans leurs beaux appartements et leurs soirées mondaines, et comme Proust a dû bailler lui aussi, à se remémorer tout ce monde factice et hypocrite!
    Aurais-je le courage de relire la Recherche un jour? Il me semble que malgré une lecture aussi attentive que possible, une immense foule d'idées m'a échappée.
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    • Livres 5.00/5
    Par madameduberry, le 06 février 2014

    madameduberry
    Une seule critique ne peut rendre compte des différents plans traités dans la recherche. Il y a des perspectives interminables, des zooms, des travellings, des flash backs, des gros plans, des paysages , on glose sur une note de musique pendant six pages, puis c'est le récit désinvolte d'un dîner de snobs, plus loin on lira la description clinique de l'attaque cérébrale de sa grand mère par le Narrateur, en bien plus loin encore l'effondrement émotionneldu même très à distance de l'événement.… Plans de coupes, plongées, contre plongées, fondus enchaînés Cette oeuvre tellement cinématographique n'a encore eu aucune adaptation écran vraiment satisfaisante. Etonnant?
    C'est que l'écriture proustienne est en soi comme un palimpseste où différents plans ou niveaux sont traités simultanément. Si bien que dans une même année, que dis-je dans une même journée, que dis-je dans une même heure, on peut apercevoir dix profondeurs différentes dans un même chapitre. Ajoutons à cela la construction difficile à entrapercevoir tant qu'on n'a pas lu les deux premiers volumes (Pléiade), la longueur légendaire des phrases et l'équilibre de celles-ci, le génie de Proust sera encore à peine effleuré. Chaque lecteur de Proust étant un éxégète original en puissance, comme on dit en Normandie, on n'est pas rendus.
    Je suis de ceux qui s'en réjouissent , puisse être long le chemin, qu'on le prenne du côté de Guermantes, ou du côté de chez Swann.Le mien commence toujours avec le difficile coucher du petit Marcel, morceau dont la lecture faite à voix haute a souvent paisiblement endormi d'autres enfants. Magique. Essayez.
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    • Livres 5.00/5
    Par Tempuslegendae, le 26 novembre 2012

    Tempuslegendae
    Parler de Proust pourrait me faire penser à Balzac, des écrivains aux mêmes manies, principes; ils arborent tous deux les mêmes réflexes de corriger, biffer, ajouter sans cesse à leurs manuscrits, bref donner l'impression de n'être jamais satisfait de leur travail.
    «A la recherche du temps perdu» n'est pas une œuvre, plutôt qualifier l'écriture de chef-d'œuvre, ça serait plus juste. N'oublions pas que cet immense travail est une revanche contre son éditeur de l'époque, celui-ci lui ayant refusé «Contre Sainte-Beuve».
    Par la rédaction de ces deux volumes, on aurait facilement la tentation de rechercher dans la vie de Proust une origine, un déclic moteur qui aurait tout engagé, tout permis. Si ce n'est déjà fait, lisez le long texte, je doute fort que votre intuition vous trahisse. A l'instar de son précédent roman, Proust évoque dans la Recherche cette magie de la réminiscence involontaire, il récidive par conviction: effectivement, la madeleine aurait été une biscotte de pain grillé, trempée dans du thé, et Painter marque précisément cette expérience du jour de l'An 1909! Nous tenons le fil, car de manière plus littéraire, il est évident que la Recherche est bâtie justement sur ce jeu de la mémoire et du temps, qu'il y a ici un des fondements structurels profonds qui organisent l'œuvre et qui apparaissent moins dans les textes antérieurs de l'auteur. On parlait de déclic, il est là. Il s'agit d'une trouvaille de taille, décisive à la fois: le plan général de «sa recherche» (l'expression m'est offerte) est tracé, il ne reste qu'à l'écrire. Encore faut-il bien le libeller le tout…
    Le temps perdu est retrouvé, on sait que la dernière partie du livre (Un amour de Swann) fut rédigée pour une bonne proportion en même temps que la première, celle correspondant à (Du côté de chez Swann). Déjà là, je reconnais que c'est faire preuve de génie; la maniabilité et l'adresse de projection littéraires de PROUST deviennent ses meilleurs atouts, sa griffe.
    Pourquoi avoir dissocié de l'œuvre «La fin de la Jalousie», diatribe modérée du snobisme, de la Jalousie bien sûr, mais plus subtilement, je pense, du chemin de la mémoire reliant l'amour à l'émotion artistique? Pour ma part, j'ai lu les trois livres en me donnant la savoureuse impression de parcourir une belle continuité dans le thème.
    L'alchimie des mots, des textes, un sentiment de plénitude, le bonheur de lire, enfin autant d'ingrédients j'ai reconnu et ressenti ici qu'à une certaine époque où j'immergeais dans «Le dernier jour du condamné» d'HUGO; au même titre je trouvais la pierre philosophale.
    Loin de moi cette volonté farouche à vouloir sacraliser à tout prix la moindre sublimation de l'esprit, mais je pense ici qu'il nous faut protéger le joyau; nous sommes dans l'antre proustien où cérémonie rime avec magie.
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Critiques presse (1)


  • LaLibreBelgique , le 17 août 2011
    "La Recherche" est bien une œuvre magistrale sur le temps qui passe, sur la nostalgie. Une somme sur la condition humaine, une métaphysique, une esthétique.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique

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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 09 octobre 2013

    Odette avait maintenant, dans son salon, au commencement de l’hiver, des chrysanthèmes énormes et d’une variété de couleurs comme Swann jadis n’eût pu en voir chez elle. Mon admiration pour eux [ ... ] venait sans doute de ce que, rose pâle comme la soie Louis XV de ses fauteuils, blancs de neige comme sa robe de chambre en crêpe de Chine, ou d’un rouge métallique comme son samovar, ils superposaient  à celle du salon une décoration supplémentaire, d’un coloris aussi riche, aussi raffiné, mais vivante et qui ne durerait que quelques jours. Mais j’étais touché par ce que ces chrysanthèmes avaient moins d’éphémère que de relativement durable par rapport à ces tons, aussi roses ou aussi cuivrés, que le soleil couché exalte si somptueusement dans la brume des fins d’après-midi de novembre et qu’après les avoir aperçus avant que j’entrasse chez Mme Swann, s’éteignant dans le ciel, je retrouvais prolongés, transposés dans la palette enflammée des fleurs. Comme des feux arrachés par un grand coloriste à l’instabilité de l’atmosphère et du soleil afin qu’ils vinssent orner une demeure humaine, ils m’invitaient, ces chrysanthèmes, et malgré toute ma tristesse à goûter avidement pendant cette heure du thé les plaisirs si courts de novembre dont ils faisaient flamboyer près de moi la splendeur intime et mystérieuse.
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  • Par petitours, le 25 mai 2010 Première phrase du livre

    Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint.
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  • Par Myriam3, le 15 juillet 2014

    Mais l'infini de l'amour, ou son égoïsme, fait que les êtres que nous aimons sont ceux dont la physionomie intellectuelle et morale est pour nous le moins objectivement définie, nous les retouchons sans cesse au gré de nos désirs et de nos craintes, nous ne les séparons pas de nous, ils ne sont qu'un lieu immense et vague où extérioriser nos tendresses. Nous n'avons pas de nos propres corps, où affluent perpétuellement tant de malaises et de plaisirs, une silhouette aussi nette que celle d'un arbre ou d'une maison ou d'un passant.

    Albertine disparue
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  • Par aleatoire, le 10 juillet 2011

    Puis il arriva qu'une seule variation atmosphérique suffit à provoquer en moi cette modulation sans qu'il y eût besoin d'attendre le retour d'une saison. Car souvent dans l'une on trouve égaré un jour d'une autre, qui nous y fait vivre, en évoque aussitôt, en fait désirer les plaisirs particuliers et interrompt les rêves que nous étions en train de faire, en plaçant, plus tôt ou plus tard qu'à son tour, ce feuillet détaché d'un autre chapitre, dans le calendrier interpolé du Bonheur.
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  • Par Laetirature, le 02 mai 2011

    Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur et avant d'avoir vu, au-dessus des grands rideaux de la fenêtre, de quelle nuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu'il faisait. Les premiers bruits de la rue me l'avaient appris, selon qu'il me parvenaient amortis et déviés par l'humidité ou vibrants comme des flèches dans l'aire résonnante et vide d'un matin spacieux, glacial et pur.
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