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> Jean-Yves Tadié (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070754928
Éditeur : Gallimard

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.65/5 (sur 260 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
«Que celui qui pourrait écrire un tel livre serait heureux, pensais-je, quel labeur devant lui ! Pour en donner une idée, c'est aux arts les plus élevés et les plus différents qu'il faudrait emprunter des comparaisons ; car cet écrivain, qui d'ailleurs pour chaque carac... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par aleatoire, le 26 octobre 2014

    aleatoire
    Parler de la Recherche, c'est tenter d'en comprendre la mécanique, de saisir les raisons qui poussèrent un homme mondain, snob, destiné à entrer à la Cour des Comptes à entreprendre un jour la rédaction de cette "épopée".
    En 1896, à 25 ans, Proust publie Les Plaisirs et les Jours, l'insuccès est total. Puis vient Jean Santeuil, roman inachevé ... L'auteur souffre d'être reconnu pour sa préciosité élégante, son dilettantisme mais tenu pour un amateur en matière littéraire. Une large part de lui-même demeure insatisfaite.
    Au-delà d'une forme de paresse et plus inhibitrice encore, il y a la certitude d'une insuffisance, d'une impuissance qui l'empêchent à tout jamais d'être un écrivain :
    "Je sentis une fois de plus ma nullité intellectuelle et que je n'étais pas né pour la littérature."
    La mort de sa mère, en 1905, provoque chez lui une véritable conflagration, il pense ne jamais pouvoir surmonter cette terrible douleur:
    "Ma vie a désormais perdu son seul but, sa seule douceur, son seul amour, sa seule consolation."
    Au-delà de cette empathie filiale, une espèce de travail de deuil lui fait prendre conscience d'un gaspillage de talent, d'une fêlure, de toute une érudition gâchée que ne saurait combler le vide existentiel de son parcours de dandy.
    A ce moment, il réalise que l'objet de sa vie est d'en faire une oeuvre d'art, dont le besoin s'était en lui, lentement, inconsciemment inscrit.
    La disparition de sa mère l'a exilé du paradis de l'enfance, il estime le moment venu d'essayer de le recréer.
    Il va donc tenter par l'écriture de saisir cette réalité qui lui a toujours échappé, parce que, pense-t-il, par un travail de mémoire, l'oeuvre d'art arrêtera enfin le Temps, lui donnant une forme.
    Il rentre donc en littérature, dans une quête de quelque chose d'important, d'immatériel. Il sait que le livre sera long, à l'idée de celui des Mille et une Nuits qu'il affectionne ; que son architecture s'établira sur plusieurs volumes, qu'il y sera question de temps passé, d'espace quitté, de sentiments perdus, d'une société en allée.
    Proust rassemble ce que sera son esthétique : les matériaux de son oeuvre seront constitués par sa vie passée, mondanités, voyages, amitiés, amours.
    Il se retire petit à petit du monde, se calfeutre, au sens propre, dans sa chambre tapissée de liège. Il remplit la nuit d'innombrables cahiers.
    Son roman va se confondre avec sa vie, en une sorte de mise en abyme. le livre devra se terminer au moment où le Narrateur "Un certain Monsieur Je" commencera le sien, en une sorte de circularité du temps, de boucle achevée. La vie du héros va être rejetée dans le passé et son rappel organisé par le jeu de la mémoire. Celui qui raconte est le même ou plutôt serait le même que celui qui est raconté, s'il n'y avait le temps.
    Proust entrevoit une conception du temps d'abord discontinu, considéré comme perdu, relégué dans un passé lointain, inutile. Il se sert pleinement de ses sens exacerbés, les ré-activant en quelque sorte, afin que le charnel devienne littéraire par l'élaboration de ce livre à écrire en une lutte (chronologique) contre le doute, le découragement , la maladie (l'asthme) et la mort.
    C'est la recherche d'un absolu, hors du monde, du temps arrêté et pourtant contre lui.
    J'étais décidé dit Marcel Proust à consacrer à cette oeuvre toutes mes forces qui s'en allaient comme à regret.
    Ce roman épousera tous les genres littéraires : la fois comique, tragique, érotique, poétique, onirique.
    Il prend conscience que ce n'est pas par des reconstitutions intellectuelles qu'il parviendra à rendre l'impression vraie du temps et à ranimer le passé :
    "Le passé est caché hors du domaine de l'intelligence et de sa portée, en quelque objet matériel que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir ou que nous ne le rencontrions pas."
    Ce sera l'épisode (trop?) fameux de la madeleine (ou des pavés disjoints) qui sera le signe, qui ouvre une vision perspective de l'espace et du temps. Proust fait ainsi l'expérience de la mémoire sensitive, involontaire, fonctionnant parce que les images du souvenir, fugitives trouvent le support de la sensation présente.
    Dès lors, ces régressions seront les thèmes de sa pensée, selon laquelle nous vivons plusieurs époques à la fois, de sorte que le passé nous est souvent plus présent que le présent même.
    La mémoire se fait action et non réservoir de souvenirs figés mais plutôt recueil de sensations "engrammées".
    "Des minutes affranchies de l'ordre du temps où un passé perdu se réveille".
    Il s'attache ainsi à trouver ce qu'il appelle "la vraie réalité", à la manière, me semble-t-il de ces peintres impressionnistes (ou pointillistes) : patiemment, méticuleusement, touche par touche, comme s'il élaborait sa composition avec nombre d'aplats, de réserves, de repentirs, de jeux de couleurs, dans une progression joyeuse où tout va finir par s'ordonner en une "clé finale révélée".
    A cette forme d'esthétique de L'inconscient (Proust est le contemporain de Freud) répondent aussi les vertus de l'oubli :
    "Aux troubles de la mémoire, sont liées Les intermittences du coeur" (l'amour perdu d'Albertine).
    Ce qui appelle le réflexion de Jankélévitch :
    "Le temps est le grand pacificateur de la contradiction"
    "Ce qui est beau à Guermantes, c'est que les siècles qui n'y sont plus y essaient d'être encore ; le temps y a pris la forme de l'espace, mais on le reconnaît bien."
    Ainsi, dans cette abolition de l'intervalle entre ce qui fut et le présent, l'écrivain nous rend le temps réversible comme l'espace et même parfois,grâce à ce médium, il apporte la conjonction de ces deux entités.
    C'est en ce sens qu'il rend l'homme plus contemporain de lui-même, tente, en dépit de ses fractures mnésiques, de le faire davantage coïncider avec les occurrences de son présent, l'homme, "cet être des lointains"...
    "Je voudrais écrire un jour le roman de l'oubli, comme Proust a écrit celui de la mémoire. J'y dirais la force et la résonance des gestes qui ignorent leur passé." (Roger Nimier)






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    • Livres 5.00/5
    Par michfred, le 15 juin 2015

    michfred
    « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »
    La première phrase de La Recherche, l’ « incipit de l’incipit» comme aurait pu dire Bloch, le pédant de la Recherche, s’il avait été initié au jargon stylistique contemporain, usant ainsi d’un génitif hébraïque (exemple : la fête des fêtes, le sabbat des sabbats, etc…) qui aurait trahi ses origines, pourtant bien dissimulées par cet arriviste...
    Première phrase en trompe-l’œil : Proust n’en a jamais écrit de plus courte. Et il ne s’est pas souvent couché de bonne heure, une fois son enfance passée, lui, l’oiseau de nuit qui venait hanter les soirées mondaines du faubourg Saint Germain ou les soirées crapuleuses des Jupien de la réalité, l’œil aux aguets derrière son monocle…
    longtemps, il s'était planqué , ce voyeur...
    Parler de La Recherche, quelle entreprise ! Depuis 6 mois que je « babeliote » avec vous, et bien que ce soit mon livre de chevet, je n’ai encore osé m’y lancer... Allons-y pourtant, courage !
    Longtemps, j'ai hésité, quel malheur…
    Une certitude d’abord : s’il est un seul de tous les livres à emmener sur une île déserte, je crois que, pour moi, ce serait La Recherche car il les contient tous. J’ai mis du temps à pénétrer dans ce sanctuaire, cette cathédrale de sens et de signes – en fac’, enfin, j’y mettais le premier pas et pendant un an, je n’exagère pas, je n’ai rien pu lire d’autre que La Recherche, les « brouillons » de La Recherche, les exégèses de la Recherche, les biographies sur l’auteur de La Recherche : tout le reste me tombait des mains…comme devenu brusquement creux et vain. Inessentiel.
    longtemps il les a éclipsés, sans saveur...
    Il y a tant à dire que je me propose de faire ma critique comme un feuilleton : je choisirai quelques angles d’attaque, puis je poserai mon crayon. L’esquisse sera incomplète, mais peu à peu, les petits morceaux du puzzle feront peut-être émerger une tour médiévale, une haie d’aubépine, une digue normande, des clochers en vadrouille, la cour d’un vieil hôtel aux pavés inégaux…et peut-être alors verra-t-on une image plus complète de ce que je tente péniblement de dire.
    Longtemps, j’ai bricolé sans ardeur…
    A suivre !
    Chapitre deux:
    La Recherche est une quête du temps spatialisé.
    Qui n’a pas entendu parler de la mémoire involontaire, olfactive , gustative, visuelle ou sonore, sensorielle en tous les cas, qui à un moment de lâcher-prise, de fatigue, ou de dépression saisit soudain le Narrateur et fait remonter en lui un souvenir très ancien, oublié, avec la précision et la fraîcheur d’une expérience récente ?
    Ainsi la madeleine trempée dans le thé fait-elle soudain renaître le village de Combray cher à l’enfance du Narrateur dont les rues brusquement lui traversent la poitrine, dont le clocher pointu lui perce l’abdomen, tandis que tintent à ses oreilles les cloches du souvenir : une véritable expansion comparable à celle de ces fleurs japonaises qui se déploient dans l’eau. Le temps est devenu espace. Mais plus le Narrateur s’applique à retrouver intellectuellement le souvenir, plus celui-ci le fuit, plus l’espace reconquis se dissipe.
    Comment sauver le passé de l’oubli, et surtout cette enfance bénie, tendrement protégée par une mère – et une grand’mère- adorée(s) ? Les expériences de mémoire involontaire sont trop rares, hasardeuses, fugaces, capricieuses : on ne peut compter sur elles pour retrouver littéralement le Temps perdu.
    Les seuls qui échappent au massacre du Temps, quelle que soit la pauvreté de leur existence individuelle, la grossièreté de leur apparence terrestre, l’obscénité de leurs amours, ce sont les artistes.
    Vinteuil est musicien, c’est un humilié, dont la fille profane le souvenir avec sadisme, mais sa sonate est une petite flamme pure qui revient dans le roman comme un leit-motiv, un puissant dictame : elle lui survivra, elle lui assurera une immortalité, une sorte de grâce.
    Bergotte est un écrivain connu, patenté, encensé mais il meurt littéralement d’extase devant un petit pan de mur jaune peint par Vermeer qu’il a tenu à aller voir au musée du jeu de Paume, contre l’avis des médecins, alors que sa vie ne tenait plus qu’à un fil : le dialogue du peintre flamand et du vieil écrivain, au seuil de la mort, se fait dans cette perception aiguë d’un détail parfait, idéal. Sauvé du chaos par une touche lumineuse de quinacridone sur un mur.
    Morel est un goujat qui fréquente les mauvais lieux, sadique et pédophile, il exerce une puissante attraction de bad boy sur les hommes de la plus haute sociéte, lui qui n’est qu’un valet, un prostitué, mais quand il joue du violon il tutoie les anges.
    Elstir est vulgaire : il a été l’amant d’Odette, une cocotte que Swann épousera alors qu’elle n’est pas son genre, juste parce qu’elle lui rappelle certain tableau italien –l’art, toujours !- il est la vedette du salon bourgeois et ridicule des Verdurin, on l’appelle « Monsieur Biche » mais c’est un peintre exquis, à la palette raffinée, au toucher délicat …une sorte de Whistler !
    A contrario, Charles Swann est un dilettante, un raffiné , un membre de la meilleure société, un esthète au goût très sûr …mais il ne franchit pas le pas, il ne sera jamais un créateur, il reste un collectionneur, un mondain : il sera le double déchu du Narrateur, le modèle à ne pas suivre...Il disparaîtra dans le maelström qui emporte les vies sans qualités…
    Le Narrateur est un riche oisif, malade, obsessionnel, jaloux, malheureux, il paraît bien plus handicapé que son élégant modèle, Charles Swann, mais dès l’enfance il connaît une brève expérience de création qui le transporte dans une autre dimension : les clochers de Martinville dansent pour lui un ballet magique lors d’une promenade en calèche dans la campagne normande. Il jette cette expérience cinétique sur son papier d’écolier…et se sent aussitôt invincible ! Il chante comme une poule qui aurait pondu un œuf !
    Devenu vieux, détruit par la maladie, revenu dans un Paris méconnaissable après la première guerre et dans une société où toutes les barrières sociales semblent s’être effondrées, tous les codes bouleversés, le Narrateur comprend à une succession de signes donné par ses sens- les cuillers qui tintent comme des cloches, les pavés inégaux d’une cour parisienne qui le ramènent soudain à Venise que le Temps presse, qu’il ne faut plus différer : pour être à jamais sauvé de la mort, il lui faut écrire. Vite.
    La Recherche s’achève sur le roman à écrire, sur l’œuvre à naître. La boucle est bouclée.
    A suivre….

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    • Livres 4.00/5
    Par zohar, le 23 mai 2011

    zohar
    La critique doit « dire autre chose que l'oeuvre ne dit pas » (Tzvetan Todorov).
    L'essentiel ici, est donc de mettre en relief la signature du livre pour mieux dégager des thèmes-forts et des idées structurales afin de percevoir l'oeuvre dans toute son étendue !
    Tout d'abord, il serait une erreur de lire « A la recherche du temps perdu » en confondant écrivain et narrateur. Bien au contraire, le roman qui est bâti autour de la structure du double « je », évoque à la fois héros et narrateur. C'est lui qui ordonne l'oeuvre selon un mouvement dialectique : le désir de révélation est toujours déçu par l'expérience du réel, et cet échec impose l'oeuvre d'art comme seul moyen de salut !
    Si l'on y trouve, ensuite, une satire de la société mondaine, l'analyse minutieuse de la passion et de la jalousie annonce les amours douloureuses du héros. En fait, la description des salons ne renvoie pas seulement au thème de la mondanité s'opposant à la création. Elle révèle aussi l'épaisseur du temps perdu et réponds, par ailleurs, à un but dogmatique qui vise à établir les lois psychologiques et morales.
    Cette somme romanesque accorde, de surcroît,(comme nous l'avons dit plus haut) une grande importance au thème de la création : « A la recherche du temps perdu » souligne fortement l'idée selon laquelle le fonctionnement mondain se situe à l'opposé du fonctionnement artistique !
    Le créateur n'est pas, comme chez Honoré de Balzac par exemple, un Dieu omniscient.
    Le narrateur n'a de ses personnages qu'une image floue : ils ne se livrent à lui que de façon parcimonieuse et fragmentaire...
    De même, il ne saurait rester en dehors de l'épaisseur du temps. le narrateur est, dans le roman, une indétermination temporelle que serve la durée de la phrase proustienne.
    Enfin, le temps chez Proust est un autre élément d'une unité encore renforcée par les analogies et les métaphores qui convertissent en une même substance les réalités diverses.
    Ce monument de la littérature XXe siècle apparaît davantage comme l'aboutissement du roman traditionnel que comme l'annonce d'un roman nouveau.
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    • Livres 5.00/5
    Par Myriam3, le 12 juillet 2014

    Myriam3
    Cette oeuvre grandiose est longue, très longue à lire, non seulement pour les 7 tomes qu'elle comporte mais surtout parce que chaque phrase, ou presque, est comme un coquillage dans lequel on peut s'engouffrer et suivre les sinueuses courbes qui s'enroulent sur elles-mêmes. Ou encore comme un fleuve qui, au lieu de se jeter dans la mer, remonterait ses affluents et prendrait de multiples directions, imprévues, qui le ramènerait aux origines de ce qui le compose et de tout ce qu'il a récupéré, emmagasiné sur sa route.
    La Recherche est une mine inépuisable, une oeuvre qu'on pourrait ouvrir tous les jours pour y trouver à nouveau matière à réflexion, à rêvasserie. Une mine mais aussi une grotte dont on ne pourrait qu'éclairer les pans de murs les uns après les autres, pour y découvrir des fragments qui bout à bout forment un tout signifiant.
    Pour cette oeuvre, mon intérêt a été plutôt inégal. Si j'ai découvert et adoré du Côté de Chez Swann, comme beaucoup, au cours de mes études, à plusieurs reprises, je me suis également plongée avec délices dans l'écriture fraîche, concise et un brin nostalgique de A l'Ombre des Jeunes Filles en Fleur, le tome dans lequel je me suis le plus retrouvée à l'époque de la lecture. Période de l'adolescence du narrateur, de la découverte de lui-même et des autres, du monde autour de lui; premières analyses sur le comportement, et puis ces images de Balbec, bord de mer à la fois bourgeois et impressionniste.
    Le Temps Retrouvé est, bien sûr, le plus majestueux, celui qui présente l'édifice du Temps dans sa splendeur et dont chaque phrase devient une source philosophique.
    Par contre, qu'est-ce que j'ai baillé à la lecture de du Côté des Guermantes et de tout ce petit monde bourgeois ou aristocratique dans leurs beaux appartements et leurs soirées mondaines, et comme Proust a dû bailler lui aussi, à se remémorer tout ce monde factice et hypocrite!
    Aurais-je le courage de relire la Recherche un jour? Il me semble que malgré une lecture aussi attentive que possible, une immense foule d'idées m'a échappée.
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    • Livres 5.00/5
    Par madameduberry, le 06 février 2014

    madameduberry
    Une seule critique ne peut rendre compte des différents plans traités dans la recherche. Il y a des perspectives interminables, des zooms, des travellings, des flash backs, des gros plans, des paysages , on glose sur une note de musique pendant six pages, puis c'est le récit désinvolte d'un dîner de snobs, plus loin on lira la description clinique de l'attaque cérébrale de sa grand mère par le Narrateur, en bien plus loin encore l'effondrement émotionneldu même très à distance de l'événement.… Plans de coupes, plongées, contre plongées, fondus enchaînés Cette oeuvre tellement cinématographique n'a encore eu aucune adaptation écran vraiment satisfaisante. Etonnant?
    C'est que l'écriture proustienne est en soi comme un palimpseste où différents plans ou niveaux sont traités simultanément. Si bien que dans une même année, que dis-je dans une même journée, que dis-je dans une même heure, on peut apercevoir dix profondeurs différentes dans un même chapitre. Ajoutons à cela la construction difficile à entrapercevoir tant qu'on n'a pas lu les deux premiers volumes (Pléiade), la longueur légendaire des phrases et l'équilibre de celles-ci, le génie de Proust sera encore à peine effleuré. Chaque lecteur de Proust étant un éxégète original en puissance, comme on dit en Normandie, on n'est pas rendus.
    Je suis de ceux qui s'en réjouissent , puisse être long le chemin, qu'on le prenne du côté de Guermantes, ou du côté de chez Swann.Le mien commence toujours avec le difficile coucher du petit Marcel, morceau dont la lecture faite à voix haute a souvent paisiblement endormi d'autres enfants. Magique. Essayez.
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Critiques presse (1)


  • LaLibreBelgique , le 17 août 2011
    "La Recherche" est bien une œuvre magistrale sur le temps qui passe, sur la nostalgie. Une somme sur la condition humaine, une métaphysique, une esthétique.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique

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Citations et extraits

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  • Par michfred, le 16 juin 2015

    C’est souvent seulement par manque d’esprit créateur qu’on ne va pas assez loin dans la souffrance. Et la réalité la plus terrible donne en même temps que la souffrance, la joie d’une belle découverte parce qu’elle ne fait que donner une forme neuve et claire à ce que nous remâchions depuis longtemps sans nous en douter.

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  • Par michfred, le 16 juin 2015

    Le monocle du marquis de Forestelle était minuscule, n'avait aucune bordure et obligeant à une crispation incessante et douloureuse l'oeil où il s'incrustait comme un cartilage superflu dont la présence est inexplicable et la matière recherchée, il donnait au visage du marquis une délicatesse mélancolique, et le faisait juger par les femmes comme capable de grands chagrins d'amour. (....) et cependant, derrière le sien, M. de Palancy qui, avec sa grosse tête de carpe aux yeux ronds, se déplaçait lentement au milieu des fêtes, en desserrant d'instant en instant ses mandibules comme pour chercher son orientation, avait l'air de transporter seulement avec lui un fragment accidentel, et peut-être purement symbolique, du vitrage de son aquarium, partie destinée à figurer le tout, qui rappela à Swann, grand admirateur des Vices et des Vertus de Giotto à Padoue, cet Injuste à côté duquel un rameau feuillu évoque les forêts où se cache son repaire.
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  • Par michfred, le 16 juin 2015

    Au tournant d'un chemin j'éprouvai tout à coup ce plaisir spécial qui ne ressemblait à aucun autre, à apercevoir les deux clochers de Martinville, sur lesquels donnait le soleil couchant et que le mouvement de notre voiture et les lacets du chemin avaient l'air de faire changer de place, puis celui de Vieux vicq qui, séparé d'eux par une colline et une vallée, et situé sur un plateau plus élevé dans le lointain, semblait pourtant tout voisin d'eux.

    En constatant, en notant la forme de leur flèche, le déplacement de leurs lignes, l'ensoleillement de leur surface, je sentais que je n'allais pas au bout de mon impression, que quelque chose était derrière ce mouvement, derrière cette clarté, quelque chose qu'ils semblaient contenir et dérober à la fois.
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  • Par michfred, le 16 juin 2015

    Une fillette d'un blond roux qui avait l'air de rentrer de promenade et tenait à la main une bêche de jardinage, nous regardait, levant son visage semé de taches roses. Ses yeux noirs brillaient et comme je ne savais pas alors ni ne l'ai appris depuis, réduire en ses éléments objectifs une impression forte, comme je n'avais pas, ainsi qu'on dit, assez « d'esprit d'observation » pour dégager la notion de leur couleur, pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d'un vif azur, puisqu'elle était blonde de sorte que, peut-être si elle n'avait pas eu des yeux aussi noirs - ce qui frappait tant la première fois qu'on la voyait - je n'aurais pas été, comme je le fus, plus particulièrement amoureux, en elle, de ses yeux bleus.
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  • Par michfred, le 16 juin 2015

    Ainsi passa près de moi ce nom de Gilberte, donné comme un talisman qui me permettrait peut-être de retrouver un jour celle dont il venait de faire une personne et qui, l'instant d'avant, n'était qu'une image incertaine. Ainsi passa-t-il, proféré au-dessus des jasmins et des giroflées, aigre et frais comme les gouttes de l'arrosoir vert ; imprégnant, irisant la zone d'air pur qu'il avait traversée - et qu'il isolait - du mystère de la vie de celle qu'il désignait pour les êtres heureux qui vivaient, qui voyageaient avec elle ; déployant sous l'épinier rose, à hauteur de mon épaule, la quintessence de leur familiarité, pour moi si douloureuse, avec elle, avec l'inconnu de sa vie où je n'entrerais pas.
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