> Antoine Compagnon (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070381358
Éditeur : Gallimard (1989)


Note moyenne : 4.43/5 (sur 65 notes) Ajouter à mes livres
Marcel Proust est probablement le premier des grands écrivains qui ait franchi les portes de Sodome et Gomorrhe en flammes. Il songea d'ailleurs à donner le nom des deux cités bibliques à l'ensemble de son oeuvre - l'objet véritable de son étude n'est pas l'idéalisation... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 28 juillet 2011

    chartel
    Le thème de l'inversion est abordé dès les premières pages de ce quatrième tome de La Recherche avec un passage anthologique décrivant une scène d'approche entre le baron de Charlus et Jupien, coïncidant avec l'arrivée simultanée d'un bourdon sur une fleur.
    Si le thème est bien prosaïque, Proust n'en demeure pas moins un grand esthète et fait encore éclater tous ses talents littéraires.
    Autant masculine que féminine, l'homosexualité est partout, même là où on ne l'attend pas et n'a que faire des catégories sociales (Proust choisi ses personnages parmi tous les milieux pour bien le souligner). Bien que mieux acceptée aujourd'hui, l'inversion avant-guerre était sévèrement jugée, le procès d'Oscar Wilde en étant un bon exemple. le narrateur évoque donc tous les subterfuges employés par les homosexuels pour masquer leurs penchants qui ne suffisent pas à tromper sa grande acuité. Et il arrive parfois que l'effet donné soit complètement contraire à celui souhaité à cause d'une volonté trop marquée de cacher ses "vices".
    Le personnage le plus emblématique de ce tome est le baron de Charlus, frère du Duc de Guermantes. Il introduit (si j'ose dire) le récit avec Jupien, mais montre tous ses talents de prédateur avec le jeune violoniste Morel.
    Ne croyez pas cependant que Sodome et gomorrhe ne traite que d'inversion. La description des ridicules mondains y est encore bien présente, que ce soit à Paris chez les Guermantes ou à Balbec, lors d'un second séjour du narrateur, chez les Verdurin ou les Cambremer. Ce dernier univers de la mondanité estivale est d'ailleurs magistralement présenté à partir de la ligne de chemin de fer qui relie toutes les petites localités voisines de Balbec. On découvre ainsi les multiples personnages comme l'on voyage d'une station à une autre.
    Comme dirait la vieille Madame de Cambremer, c'est à croquer – délicieux – exquis.
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  • Par charlottelit, le 17 mai 2012

    charlottelit
    Sodome et gomorrhe lu par Guillaume Gallienne : on y est, sa voix nous emmène loin dans ce pays ! Proust et Gallienne réunis : le paradis ! livre audio des Editions Thélèmes.
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    • Livres 5.00/5
    Par Laurane_C, le 12 décembre 2010

    Laurane_C
    Ce tome est le tome central de la Recherche. Proust a construit son oeuvre en miroir : Le temps retrouvé et Du coté de chez swann sont la vocation, et plus on s'approche du centre plus c'est le "temps perdu", c'est à dire que les romans centraux sont composés d'intrigues sentimentales et mondaines, tout ce qui éloigne le héros de sa vocation littéraire. Ainsi, Sodome et gomorrhe est le tome "le plus riche en faits psychologiques" (Proust) de la Recherche. C'est un livre drole, prenant.
    C'est aussi à partir de là que La Recherche est plus facile à lire car le décor est planté: l'amour avec Albertine, la vie mondaine, l'homosexualité...
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 20 mai 2009

    Mais dès que je fus arrivé à la route ce fut un éblouissement. Là où je n'avais vu avec ma grand-mère, au mois d'août, que les feuilles et comme l'emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d'un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l'horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d'estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisait paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s'écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si ç'eût été un amateur d'exotisme et de couleurs qui avait artificiellement créé cette beauté vivante. Mais elle touchait aux larmes parce que, si loin qu'elle allât dans ses effets d'art raffiné, on sentait qu'elle était naturelle, que ces pommiers étaient là en pleine campagne comme des paysans, sur une grande route de France. Puis aux rayons du soleil succédèrent subitement ceux de la pluie ; ils zébrèrent tout l'horizon, enserrèrent la file des pommiers dans leur réseau gris. Mais ceux-ci continuaient à dresser leur beauté, fleurie et rose, dans le vent devenu glacial sous l'averse qui tombait : c'était une journée de printemps.
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  • Par Piling, le 28 juin 2009

    Ce n'est pas qu'il n'eût su, bien qu'il cachât ses débuts comme plongeur, mettre la main à la pâte comme un autre. Il fallut pourtant une circonstance exceptionnelle pour qu'un jour il découpât lui-même les dindonneaux. J'étais sorti mais j'ai su qu'il l'avait fait avec une majesté sacerdotale, entouré, à distance respectueuse du dressoir, d'un cercle de garçons qui cherchaient par là moins à apprendre qu'à se faire bien voir, et avaient un air béat d'admiration. Vus d'ailleurs par le directeur (plongeant d'un geste lent dans le flanc des victimes et n'en détachant pas plus ses yeux pénétrés de sa haute fonction que s'il avait dû y lire quelque augure), ils ne le furent nullement. Le sacrificateur ne s'aperçut même pas de mon absence. Quand il l'apprit, elle le désola. "Comment, vous ne m'avez pas vu découper moi-même les dindonneaux ?" Je lui répondis que n'ayant pu voir jusqu'ici Rome, Venise, Sienne, le Prado, le musée de Dresde, les Indes, Sarah dans Phèdre, je connaissais la résignation et que j'ajouterai son découpage des dindonneaux à ma liste. La comparaison avec l'art dramatique (Sarah dans Phèdre) fut la seule qu'il parut comprendre, car il savait par moi que, les jours de grande représentations, Coquelin aîné avait accepté des rôles de débutant, celui même d'un personnage qui ne dit qu'un mot ou ne dit rien. "C'est égal, je suis désolé pour vous. Quand est-ce que je découperai de nouveau ? Il faudrait un événement, il faudrait une guerre." (Il fallut en effet l'armistice). Depuis ce jour-là le calendrier fut changé, on compta ainsi : "C'est le lendemain du jour où j'ai découpé les dindonneaux." "C'est juste huit jours après que le directeur a découpé lui-même les dindonneaux."Ainsi cette prosectomie donna-t-elle, comme la naissance du Christ ou l'Hégire, le point de départ d'un calendrier différent des autres, mais qui ne prit pas leur extension et n'égala pas leur durée.
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  • Par Piling, le 24 juin 2009

    Dans l'ivresse de se comparer à l'archange, et Morel au fils de Tobie, M. de Charlus ne pensait plus au but de sa phrase qui était de tâter le terrain pour savoir si, comme il le désirait, Morel consentirait à venir avec lui à Paris. Grisé par son amour ou par son amour-propre le baron ne vit pas ou feignit de ne pas voir la moue que fit le violoniste car ayant laissé celui-ci seul dans le café, il me dit avec un orgueilleux sourire : "Avez-vous remarqué, quand je l'ai comparé au fils de Tobie, comme il délirait de joie ? C'est parce que, comme il est très intelligent, il a tout de suite compris que le Père auprès duquel il allait désormais vivre, n'était pas son père selon la chair, qui doit être un affreux valet de chambre à moustaches, mais son père spirituel, c'est à dire Moi. Quel orgueil pour lui ! Comme il redressait fièrement la tête ! Quelle joie il ressentait d'avoir compris ! Je suis sûr qu'il va le redire tous les jours : "Ô Dieu qui avez donné le bienheureux archange Raphaël pour guide à votre serviteur Tobie dans un long voyage, accordez-nous à nous, vos serviteurs, d'être toujours protégés par lui et munis de son secours." Je n'ai même pas eu besoin, ajouta le baron, fort persuadé qu'il siégerait un jour devant le trône de Dieu, de lui dire que j'étais l'envoyé céleste, il l'a compris de lui-même et en était muet de bonheur !" Et M. de Charlus (à qui au contraire le bonheur n'enlevait pas la parole), peu soucieux des quelques passants qui se retournèrent, croyant avoir affaire à un fou, s'écria tout seul et de toute sa force, en levant les mains : "Alleluia !"
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  • Par Piling, le 10 juin 2009

    Disons en un mot que Mme Verdurin, en dehors même des changements inévitables de l'âge, ne ressemblait plus à ce qu'elle était au temps où Swann et Odette écoutaient chez elle la petite phrase. Même quand on la jouait, elle n'était plus obligée à l'air exténué d'admiration qu'elle prenait autrefois, car celui-ci était devenu sa figure. Sous l'action des innombrables névralgies que la musique de Bach, de Wagner, de Vinteuil, de Debussy lui avait occasionnées, le front de Mme Verdurin avait pris des proportions énormes, comme les membres qu'un rhumatisme finit par déformer. Ses tempes, pareilles à deux belles sphères brûlantes, endolories et laiteuses, où roule immortellement l'Harmonie, rejetaient de chaque côté des mèches argentées, et proclamaient, pour le compte de la Patronne, sans que celle-ci eût besoin de parler : "Je sais ce qui m'attend ce soir." Ses traits ne prenaient plus la peine de formuler successivement des impressions esthétiques trop fortes, car ils étaient eux-mêmes comme leur expression permanente dans un visage ravagé et superbe. Cette attitude de résignation aux souffrances toujours prochaines infligées par le Beau, et du courage qu'il y avait eu à mettre une robe quand on relevait à peine de la dernière sonate, faisait que Mme Verdurin, même pour écouter la plus cruelle musique, gardait un visage dédaigneusement impassible et se cachait même pour avaler les deux cuillerées d'aspirine.
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  • Par phproust, le 16 septembre 2011

    Quant au sculpteur Ski, appelé ainsi à cause de la difficulté qu'on trouvait à prononcer son nom polonais, et parce que lui-même affectait, depuis qu'il vivait dans une certaine société, de ne pas vouloir être confondu avec des parents fort bien posés, mais un peu ennuyeux et très nombreux, il avait, à quarante-cinq ans et fort laid, une espèce de gaminerie, de fantaisie rêveuse qu'il avait gardée pour avoir été jusqu'à dix ans le plus ravissant enfant prodige du monde, coqueluche de toutes les dames. Mme Verdurin prétendait qu'il était plus artiste qu'Elstir. Il n'avait d'ailleurs avec celui-ci que des ressemblances purement extérieures. Elles suffisaient pour qu'Elstir, qui avait une fois rencontré Ski, eût pour lui la répulsion profonde que nous inspirent, plus encore que les êtres tout à fait opposés à nous, ceux qui nous ressemblent en moins bien, en qui s'étale ce que nous avons de moins bon, les défauts dont nous nous sommes guéris, nous rappelant fâcheusement ce que nous avons pu paraître à certains avant que nous fussions devenus ce que nous sommes. Mais Mme Verdurin croyait que Ski avait plus de tempérament qu'Elstir parce qu'il n'y avait aucun art pour lequel il n'eût de la facilité, et elle était persuadée que cette facilité il l'eût poussée jusqu'au talent s'il avait eu moins de paresse.

    Page 166 LA PLEIADE chapiptre 2,2 ou Page 1414 Quarto gallimard
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