> Pierre-Louis Rey (Préfacier, etc.)
> Pierre-Edmond Robert (Éditeur scientifique)
> Jacques Robichez (Auteur du commentaire)
> Brian G. Rogers (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070382931
Éditeur : Gallimard (1990)


Note moyenne : 4.48/5 (sur 46 notes) Ajouter à mes livres
J'éprouvais un sentiment de fatigue et d'effroi à sentir que tout ce temps si long non seulement avait, sans une interruption, été vécu, pensé, sécrété par moi, qu'il était ma vie, qu'il était moi-même, mais encore que j'avais à toute minute à le maintenir attaché à moi... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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  • Par keisha, le 30 octobre 2011

    keisha
    Se termine (qui a dit "enfin!") ma balade du côté de chez Proust, destinée moins à une étude de l'oeuvre qu'à noter mes impressions.
    Finalement, ce Temps retrouvé s'est révélé très addictif et aisé à lire. Après La Fugitive, plus aride à mon goût, voici le feu d'artifice final destiné aux lecteurs fous courageux inconscients de Proust, mais il le vaut bien.

    Nous retrouvons le narrateur en visite chez Gilberte à Tansonville, près de Combray, où il a passé son enfance. le côté de chez Swann et celui de Guermantes de A la recherche du temps perdu se sont retrouvés.

    Gilberte prête un volume du journal inédit des Goncourt, un pastiche visiblement, dont je ne peux juger la valeur, n'ayant jamais lu ce journal. Mais comme Proust est l'auteur de pastiches réjouissants et réussis, faisons lui confiance. Les Goncourt racontent donc un dîner chez les Verdurin, usant de phrases longues et alambiquées - mais quasiment indigestes- alors que celles de Proust, pouvant être tout aussi compliquées, se révèlent souples et lisibles. le mystère des différentes écritures!

    Entre des séjours en maison de santé, le narrateur retrouve à Paris Charlus (en particulier dans un hôtel, disons, spécial) et l'ambiance régnant dans la capitale au cours de la première guerre mondiale.
    A Combray (située donc à l'est de Paris), la bataille a fait rage, l'église aux vitraux qui fascinaient le narrateur au début du roman a été détruite... Ce ne serait pas alors le Illiers Combray cher aux proustolâtres?
    C'est un des rares moments où Proust donne des dates (1914;1916) alors que d'ordinaire cela reste flou, par exemple, des années plus tard ou des allusions à l'affaire Dreyfus.

    Et enfin, le narrateur, réalisant son échec à se mettre au "travail", c'est-à-dire, l'écriture, décide de ne plus se priver d'une vie d'homme du monde et accepte une invitation à une matinée chez la princesse de Guermantes.

    Et là, tadzam! le retour de la madeleine! Non, je me moque bêtement, car j'ai été absolument scotchée par la lecture du passage suivant, éclairant, sidérant, magnifique, indispensable, quoi.

    "J'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes (...) et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels étaient une remise. Mais au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières oeuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l'avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m'assaillaient tout à l'heure au sujet de la réalité de mes dons littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trouvaient levés comme par enchantement. (...). Mais, cette fois, j'étais bien décidé à ne pas me résigner à ignorer pourquoi, comme je l'avais fait le jour où j'avais goûté d'une madeleine trempée dans une infusion. La félicité que je venais d'éprouver était bien en effet la même que celle que j'avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j'avais alors ajourné de rechercher les causes profondes. (...) "
    "Chaque fois que je refaisais rien que matériellement ce même pas, il me restait inutile; mais si je réussissais, oubliant la matinée Guermantes, à retrouver ce que j'avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait. (...) Et presque tout de suite, je la reconnus, c'était Venise, dont mes efforts pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma mémoire ne m'avaient jamais rien dit, et que la sensation que j'avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc m'avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour là à cette sensation-là et qui étaient restées dans l'attente, à leur rang, d'où un brusque hasard les avait impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. de même le goût de la petite madeleine m'avait rappelé Combray. Mais pourquoi les images de Combray et de Venise m'avaient-elles, à l'un et à l'autre moment, donné une joie pareille à une certitude, et suffisante, sans autres preuves, à me rendre la mort indifférente?"
    Une fois la machine mise en route, les souvenirs affluent. Après la madeleine/Combray, la dalle/Venise, voici le bruit d'une cuiller contre une assiette/celui d'un marteau contre une roue du train l'emmenant à Balbec...
    "Les signes qui devaient, ce jour-là, me tirer de mon découragement et me rendre la foi dans les lettres, avaient à coeur de se multiplier."

    N'ayant pas réalisé le passage du temps, il ne reconnaît qu'à peine les invités de la réception... Mais, par exemple, "Sitôt que je sus qui elle était, je la reconnus parfaitement."

    "Ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n'a pas, dans le sens courant, à l'inventer, puisqu'il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. le devoir et la tâche de l'écrivain sont ceux d'un traducteur."
    "Je compris que tous ces matériaux de l'oeuvre littéraire, c'était ma vie passée; je compris qu'ils étaient venus à moi, dans les plaisirs frivoles, dans la paresse, dans la tendresse, dans la douleur, emmagasinés par moi, sans que je devinasse plus leur destination, leur survivance même, que la graine mettant en réserve tous les aliments qui nourriront la plante." (p899, suite)

    Enfin, le narrateur, de santé de plus en plus fragile, obéissant à sa vocation, aiguillonné par l'"idée du Temps", se retire pour passer à l'écriture de son oeuvre, n'hésitant pas à accrocher à ses pages "ces papiers que Françoise appelait mes paperolles", et que Proust utilisait aussi. Voilà qui clôt la boucle de cette "recréation par la mémoire d'impressions qu'il fallait ensuite approfondir, éclairer, transformer en équivalents d'intelligence".

    Naissance d'un écrivain, naissance d'une oeuvre, fabuleux travail sur la mémoire et la réminiscence, Le temps retrouvé est un aboutissement où se pressent tous les personnages de A la recherche du temps perdu, vieillis, changés, prêts à participer à une grandiose aventure de près de 3000 pages, chef d'oeuvre d'une vie, monument merveilleusement construit prenant son sens à ce moment là. Récompense au lecteur persévérant.

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-le-temps-retrouv..
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    • Livres 5.00/5
    Par valetudinaire, le 24 mars 2011

    valetudinaire
    Pour être sincère, durant toutes ces dernières pages, j'ai eu le souffle coupé. Au-delà de la prise de conscience de son temps, c'est du mien qu'il m'a fait percuter les limites et les morts. C'est avec ma vie qu'il a joué durant ces quelques mois de lecture. Je m'y suis attaché, j'ai vécu ses joies et ses tristesses, j'ai compris sa folie et son envie de littérature. J'étais cet homme à la recherche de ce qui lui filait entre les doigts. J'étais cet homme, et en refermant les dernières pages de ce livre divin, je suis mort.
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    • Livres 5.00/5
    Par DanielGauthier, le 15 mars 2010

    DanielGauthier
    Après "Du coté de chez swann"et "A l'ombre des jeunes filles en fleur", j'ai un peu moins aimé les tomes suivants de "La recherche".
    Jusqu'au "Temps retrouvé", que j'ai lu sur une plage de République Dominicaine (sea sex and sun), à l'ombre des cocotiers, sur une chaise longue, un cocktail à proximité de la main... sans pouvoir me détacher du livre.
    Proust y décrit ses sentiments face à la mort qu'il sent proche, dans un style d'une richesse inouïe, avec une acuité intellectuelle, un détachement philosophique que je n'avais jamais rencontrés.
    A conseiller vivement, donc, mais seulement aux lecteurs familiers des personnages de "La Recherche" - qui font presque tous (bonifiés ou réifiés par les ans) une apparition dans ce dernier roman.
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    • Livres 5.00/5
    Par DanielGauthier, le 10 mars 2010

    DanielGauthier
    Après "Du coté de chez swann"et "A l'ombre des jeunes filles en fleur", j'ai un peu moins aimé les tomes suivants de "La recherche".
    Jusqu'au "Temps retrouvé", que j'ai lu sur une plage de République Dominicaine (sea sex and sun), à l'ombre des cocotiers, sur une chaise longue, un cocktail à proximité de la main... sans pouvoir me détacher du livre.
    Proust y décrit ses sentiments face à la mort qu'il sent proche, dans un style d'une richesse inouïe, avec une acuité intellectuelle, un détachement philosophique que je n'avais jamais rencontrés.
    A conseiller vivement, donc, mais seulement aux lecteurs familiers des personnages de "La Recherche" - qui font presque tous (bonifiés ou réifiés par les ans) une apparition dans ce dernier roman.
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Citations et extraits

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  • Par keisha, le 30 octobre 2011

    J'étais entré dans la cour de l'hôtel de Guermantes (...) et je reculai assez pour buter malgré moi contre les pavés assez mal équarris derrière lesquels étaient une remise. Mais au moment où, me remettant d'aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent, tout mon découragement s'évanouit devant la même félicité qu'à diverses époques de ma vie m'avaient donnée la vue d'arbres que j'avais cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d'une madeleine trempée dans une infusion, tant d'autres sensations dont j'ai parlé et que les dernières oeuvres de Vinteuil m'avaient paru synthétiser. Comme au moment où je goûtais la madeleine, toute inquiétude sur l'avenir, tout doute intellectuel étaient dissipés. Ceux qui m'assaillaient tout à l'heure au sujet de la réalité de mes dons littéraires, et même de la réalité de la littérature, se trouvaient levés comme par enchantement. (...). Mais, cette fois, j'étais bien décidé à ne pas me résigner à ignorer pourquoi, comme je l'avais fait le jour où j'avais goûté d'une madeleine trempée dans une infusion. La félicité que je venais d'éprouver était bien en effet la même que celle que j'avais éprouvée en mangeant la madeleine et dont j'avais alors ajourné de rechercher les causes profondes. (...) "

    "Chaque fois que je refaisais rien que matériellement ce même pas, il me restait inutile; mais si je réussissais, oubliant la matinée Guermantes, à retrouver ce que j'avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision éblouissante et indistincte me frôlait. (...) Et presque tout de suite, je la reconnus, c'était Venise, dont mes efforts pour la décrire et les prétendus instantanés pris par ma mémoire ne m'avaient jamais rien dit, et que la sensation que j'avais ressentie jadis sur deux dalles inégales du baptistère de Saint-Marc m'avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour là à cette sensation-là et qui étaient restées dans l'attente, à leur rang, d'où un brusque hasard les avait impérieusement fait sortir, dans la série des jours oubliés. De même le goût de la petite madeleine m'avait rappelé Combray. Mais pourquoi les images de Combray et de Venise m'avaient-elles, à l'un et à l'autre moment, donné une joie pareille à une certitude, et suffisante, sans autres preuves, à me rendre la mort indifférente?"
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  • Par phproust, le 15 septembre 2011

    "Grace à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de monde à notre disposition plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et qui bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont ils émanaient qu'il s'appelât Rembrant ou Veer Meer, nous envoient leur rayon spécial

    LE TEMPS RETROUVE, chapitre 3, Matinée chez la princesse de guermantes. (page 474 LA PLEIADE ou page 2285 Quarto gallimard)
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  • Par Storm, le 16 septembre 2009

    Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit. D'ailleurs, ne nous découvrît-il pas à chaque fois une loi, qu'il n'en serait pas moins indispensable pour nous remettre chaque fois dans la vérité, nous forcer à prendre les choses au sérieux, arrachant chaque fois les mauvaises herbes de l'habitude, du scepticisme, de la légèreté, de l'indifférence. Il est vrai que cette vérité, qui n'est pas compatible avec le bonheur, avec la santé, ne l'est pas toujours avec la vie.
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  • Par Musikant, le 18 janvier 2009

    Le maître d'hôtel n'eût pu imaginer que les communiqués ne fussent pas excellents et qu'on ne se rapprochât pas de Berlin, puisqu'il lisait: «Nous avons repoussé, avec de fortes pertes pour l'ennemi, etc.», actions qu'il célébrait comme de nouvelles victoires. J'étais cependant effrayé de la rapidité avec laquelle le théâtre de ces victoires se rapprochait de Paris, et je fus même étonné que le maître d'hôtel, ayant vu dans un communiqué qu'une action avait eu lieu près de Lens, n'eût pas été inquiet en voyant dans le journal du lendemain que ses suites avaient tourné à notre avantage à Jouy-le-Vicomte, dont nous tenions solidement les abords. Le maître d'hôtel savait, connaissait pourtant bien le nom, Jouy-le-Vicomte, qui n'était pas tellement éloigné de Combray. Mais on lit les journaux comme on aime, un bandeau sur les yeux. On ne cherche pas à comprendre les faits. On écoute les douces paroles du rédacteur en chef, comme on écoute les paroles de sa maîtresse. On est battu et content parce qu'on ne se croit pas battu, mais vainqueur.
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  • Par Storm, le 16 septembre 2009

    Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés. Parfois au contraire on se souvient très bien du nom, mais sans savoir si quelque chose de l'être qui le porta, survit dans ces pages. Cette jeune fille aux prunelles profondément enfoncées, à la voix traînante, est-elle ici? Et si elle y repose en effet, dans quelle partie, on ne sait plus, et comment trouver sous les fleurs?
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