Parler de
Proust pourrait me faire penser à
Balzac, des écrivains aux mêmes manies, principes; ils arborent tous deux les mêmes réflexes de corriger, biffer, ajouter sans cesse à leurs manuscrits, bref donner l'impression de n'être jamais satisfait de leur travail.
«
A la recherche du temps perdu» n'est pas une œuvre, plutôt qualifier l'écriture de chef-d'œuvre, ça serait plus juste. N'oublions pas que cet immense travail est une revanche contre son éditeur de l'époque, celui-ci lui ayant refusé «Contre
Sainte-Beuve».
Par la rédaction de ces deux volumes, on aurait facilement la tentation de rechercher dans la vie de
Proust une origine, un déclic moteur qui aurait tout engagé, tout permis. Si ce n'est déjà fait, lisez le long texte, je doute fort que votre intuition vous trahisse. A l'instar de son précédent roman,
Proust évoque dans la Recherche cette magie de la réminiscence involontaire, il récidive par conviction: effectivement, la madeleine aurait été une biscotte de pain grillé, trempée dans du thé, et Painter marque précisément cette expérience du jour de l'An 1909! Nous tenons le fil, car de manière plus littéraire, il est évident que la Recherche est bâtie justement sur ce jeu de la mémoire et du temps, qu'il y a ici un des fondements structurels profonds qui organisent l'œuvre et qui apparaissent moins dans les textes antérieurs de l'auteur. On parlait de déclic, il est là. Il s'agit d'une trouvaille de taille, décisive à la fois: le plan général de «sa recherche» (l'expression m'est offerte) est tracé, il ne reste qu'à l'écrire. Encore faut-il bien le libeller le tout…
Le temps perdu est retrouvé, on sait que la dernière partie du livre (
Un amour de Swann) fut rédigée pour une bonne proportion en même temps que la première, celle correspondant à (
Du côté de chez Swann). Déjà là, je reconnais que c'est faire preuve de génie; la maniabilité et l'adresse de projection littéraires de
PROUST deviennent ses meilleurs atouts, sa griffe.
Pourquoi avoir dissocié de l'œuvre «La fin de la
Jalousie», diatribe modérée du snobisme, de la
Jalousie bien sûr, mais plus subtilement, je pense, du chemin de la mémoire reliant l'amour à l'émotion artistique? Pour ma part, j'ai lu les trois livres en me donnant la savoureuse impression de parcourir une belle continuité dans le thème.
L'alchimie des mots, des textes, un sentiment de plénitude, le bonheur de lire, enfin autant d'ingrédients j'ai reconnu et ressenti ici qu'à une certaine époque où j'immergeais dans «Le dernier jour du condamné» d'HUGO; au même titre je trouvais la pierre philosophale.
Loin de moi cette volonté farouche à vouloir sacraliser à tout prix la moindre sublimation de l'esprit, mais je pense ici qu'il nous faut protéger le joyau; nous sommes dans l'antre proustien où cérémonie rime avec magie.