> Jean-Yves Tadié (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070754928
Éditeur : Gallimard

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.63/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
«Que celui qui pourrait écrire un tel livre serait heureux, pensais-je, quel labeur devant lui ! Pour en donner une idée, c'est aux arts les plus élevés et les plus différents qu'il faudrait emprunter des comparaisons ; car cet écrivain, qui d'ailleurs pour chaque carac... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par zohar, le 23 mai 2011

    zohar
    La critique doit « dire autre chose que l'œuvre ne dit pas » (Tzvetan Todorov).
    L'essentiel ici, est donc de mettre en relief la signature du livre pour mieux dégager des thèmes-forts et des idées structurales afin de percevoir l'œuvre dans toute son étendue !
    Tout d'abord, il serait une erreur de lire « a LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU » en confondant écrivain et narrateur. Bien au contraire, le roman qui est bâti autour de la structure du double « je », évoque à la fois héros et narrateur. C'est lui qui ordonne l'œuvre selon un mouvement dialectique : le désir de révélation est toujours déçu par l'expérience du réel, et cet échec impose l'œuvre d'art comme seul moyen de salut !
    Si l'on y trouve, ensuite, une satire de la société mondaine, l'analyse minutieuse de la passion et de la jalousie annonce les amours douloureuses du héros. En fait, la description des salons ne renvoie pas seulement au thème de la mondanité s'opposant à la création. Elle révèle aussi l'épaisseur du temps perdu et réponds, par ailleurs, à un but dogmatique qui vise à établir les lois psychologiques et morales.
    Cette somme romanesque accorde, de surcroît,(comme nous l'avons dit plus haut) une grande importance au thème de la création : « a LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU » souligne fortement l'idée selon laquelle le fonctionnement mondain se situe à l'opposé du fonctionnement artistique !
    Le créateur n'est pas, comme chez Honoré de Balzac par exemple, un Dieu omniscient.
    Le narrateur n'a de ses personnages qu'une image floue : ils ne se livrent à lui que de façon parcimonieuse et fragmentaire...
    De même, il ne saurait rester en dehors de l'épaisseur du temps. le narrateur est, dans le roman, une indétermination temporelle que serve la durée de la phrase proustienne.
    Enfin, le temps chez Proust est un autre élément d'une unité encore renforcée par les analogies et les métaphores qui convertissent en une même substance les réalités diverses.
    Ce monument de la littérature XXe siècle apparaît davantage comme l'aboutissement du roman traditionnel que comme l'annonce d'un roman nouveau.
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
  • Par bbintein, le 06 mars 2012

    bbintein
    Proust fait dire à la duchesse de Guermantes, à propos de Zola, qu'il est le Homère de la vidange.
    Proust, lui, c'est le Homère de l'introspection, le Zola des rapports de castes.
    Avec son everest littéraire, il a fait beaucoup de mal à la littérature française... Tous ses suiveurs ont eu l'obligation de se trouver une place dans son sillage écumant. La sécheresse stylistique et psychologique du Nouveau Roman, c'est entre autres choses le refus de la prolifération propre à la Recherche. Les déballages des petits parisiens d'aujourd'hui, c'est la croyance que leurs "petites affaires privées" ont valeur universelle, dès lors qu'elles sont ordonnées sur le papier. Qu'est-ce qui les a autorisés à confondre nombrilisme et universalisme? Leur émoi devant les architectures proustiennes, qu'ils ont eu le mérite, autant que la malchance, de découvrir trop tôt.
    Ecrire après Proust, c'est comme être un saxophoniste tenor après John Coltrane : délicat.
    Marcel, génie indécent, tu as eu tant de choses à écrire et tu t'es si peu retenu. D'ailleurs tout lecteur fanatique de ta prose t'aurait su gré de lui épargner une ou deux descriptions obsessionnelles, de fleurs notamment, de couper par-ci par-là dans l'examen de tes troubles nerveux, surtout à partir du quatrième tome, parce qu'après tout, si on te suit amoureusement par delà les mille pages, c'est que tu nous as déjà un peu convaincus, qu'on a un peu compris tes états et ton propos. Pourtant on ne peut même pas t'accuser de bavardage : c'est par grande nécessité que tu chemines en circumnavigations, et à la lassitude qu'inspirent parfois tes digressions, succède toujours quelque puissante vérité vers laquelle tu ne cessais de nous conduire en tirant des bords, pendant que nous pensions à tort nous ennuyer.
    Voilà pourquoi moi j'y reviens chaque printemps depuis quatre ans et quatre tomes, à cette lecture qui n'est jamais si saine qu'à l'ombre d'un jeune arbre en fleur.
    Cela dit, amoureux de Proust, ne le surestimez pas. Sur le plan de l'analyse psychologique, il emprunte beaucoup à Bergson.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par kikobaus, le 24 juin 2011

    kikobaus
    [Je reprends ici une critique que j'avais faite sur le tome 1, parce qu'il m'est apparu qu'elle y avait plus sa place]
    Sauf à écrire à mon tour une somme pour dire mon immense admiration pour Proust, les intenses émotions que je lui dois, la délicate profondeur de sa pensée, je ne parviendrai pas à épuiser ici l'expression de mon sentiment.
    Alors je m'en tiendrais à vous raconter -une fois n'est pas coutume- ma rencontre étonnamment proustienne avec cette œuvre. Alors adolescent, j'avais acheté en poche Du côté de chez Swann sans vraiment en savoir autre chose qu'il s'agissait d'un "chef d'œuvre". Il resta plusieurs semaines sur les rayons de la bibliothèque de ma chambre sans que je m'y intéressasse, affairé à d'autres lectures. Une première approche avorta au bout d'une trentaine de pages. Trop lent, trop alambiqué, et pas vraiment porté sur l'action. le livre retourna sur les rayonnages. Quelques semaines plus tard, quelque peu vexé que le livre n'ait pas voulu se livrer à mon premier assaut, j'y retournai. La même lassitude me gagna, à peine plus loin qu'à ma première tentative. Cette fois-ci, je le rangeai pensant ne plus jamais le revoir.
    Un dimanche pluvieux d'ennui dans le pavillon de mes parents, j'errai sans énergie ni détermination, dans une sorte de flottement. Je croisai la tranche du livre qui m'évoqua immédiatement, avec une limpidité surprenante, cet épisode de la lampe aidant le narrateur à trouver le sommeil. Cette évocation, pleine de poésie, s'accompagnait d'une sorte de nostalgie accordée au climat pluvieux. Il n'y avait pas de doute, le livre m'appelait. Et il m'avala. Je manquais de sommeil à prolonger tard ma lecture, en dépit des reproches de ma maman.
    Noël approchait, et je demandai La recherche dans la Pléiade, moi qui n'avait jamais prêté trop d'importance au support. Je consacrai à La recherche un trimestre entier, au grand contentement de mon chat dans ces mois d'hiver. Mes résultats scolaires s'en ressentirent, mes parents ne comprenaient pas bien. La phrase proustienne m'avait comme ensorcelé. Sa longueur et son rythme me portaient comme les vagues d'une mer calme, m'emplissaient, me nourrissaient. Il me suffisait de la suivre dans ses entrelacs pour avancer, à la manière du brasseur appliqué que je m'efforçais d'être en tirant parti de l'ondulation-même de la nage pour rejoindre le bord.
    Dans les mois qui suivirent, je n'ai pas pu ouvrir un livre sans qu'il me tombât des mains. Il me manquait cette qualité d'émotion, mais par dessus tout cette complicité avec une œuvre qui me semblait n'avoir été écrite que pour moi. de toutes les qualités de La recherche, celle-ci me semble la plus étonnante. Ce livre épouse votre subjectivité sans jamais la heurter, de sorte que lors d'une relecture de La recherche vers mes trente ans, il me semblait avoir affaire à une œuvre entièrement nouvelle et pourtant familière, comme la réminiscence d'un souvenir, en quelque sorte...
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par guymoq, le 27 juin 2008

    guymoq
    Ce qui m'a poussé à ouvrir ce monument de la littérature est une question entendue à la radio par une dame : "A tous ceux qui me disent qu'ils ont lu la Recherche, je demande "Mais que devient Mme Verdurin ?"
    Piqué au vif par cette remarque, je me suis précipité sur cette excellent édition Quarto (merci Françoise Cibiel). A raison d'une lecture quotidienne, 2 mois et demi pour achever les 2400 pages. Une épreuve dont on ne ressort pas indemne. On repense au "La vie est trop courte, Proust trop long" d'Anatole France. Rien à regretter pourtant. Je vous le conseille vivement pour l'été, à lire dans un coin calme et frais.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par frankgth, le 22 août 2011

    frankgth
    Une oeuvre monumentale dans tous les sens du terme. Tout d'abord par sa longueur, le livre est long, très long, et les phrases le sont aussi ce qui le rend souvent difficile à lire, surtout dans ses nombreux atermoiements qui s'étalent sur des dizaines de pages sans généralement faire avancer l'histoire.
    Alors pourquoi suis-je allé au bout de ce pavé ?
    Parce qu'au milieu de tout cela, bien cachées, se trouvent quelques pépites, des phrases ou des paragraphes qui montrent le génie de son auteur et qui font que l'on supporte les passages indigestes en attendant le prochain grand moment.
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Critiques presse (1)


  • LaLibreBelgique , le 17 août 2011
    "La Recherche" est bien une œuvre magistrale sur le temps qui passe, sur la nostalgie. Une somme sur la condition humaine, une métaphysique, une esthétique.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique

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Citations et extraits

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  • Par petitours, le 25 mai 2010 Première phrase du livre

    Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint.
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  • Par aleatoire, le 10 juillet 2011

    Puis il arriva qu'une seule variation atmosphérique suffit à provoquer en moi cette modulation sans qu'il y eût besoin d'attendre le retour d'une saison. Car souvent dans l'une on trouve égaré un jour d'une autre, qui nous y fait vivre, en évoque aussitôt, en fait désirer les plaisirs particuliers et interrompt les rêves que nous étions en train de faire, en plaçant, plus tôt ou plus tard qu'à son tour, ce feuillet détaché d'un autre chapitre, dans le calendrier interpolé du Bonheur.
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  • Par Laetirature, le 02 mai 2011

    Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur et avant d'avoir vu, au-dessus des grands rideaux de la fenêtre, de quelle nuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu'il faisait. Les premiers bruits de la rue me l'avaient appris, selon qu'il me parvenaient amortis et déviés par l'humidité ou vibrants comme des flèches dans l'aire résonnante et vide d'un matin spacieux, glacial et pur.
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  • Par aleatoire, le 03 août 2011

    Des ailes, un autre appareil respiratoire et qui nous permissent de traverser l'immensité, ne nous serviraient à rien, car si nous allions dans Mars et dans Vénus en gardant les mêmes sens, il revêtiraient du même aspect que les choses de la Terre tout ce que nous pourrions voir. Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais, d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est.
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  • Par sabinesdivoire, le 14 août 2011

    Quand un esprit est porté au rêve, il ne faut pas l'en tenir écarté, le lui rationner. Si un peu de rêve est dangereux, ce qui en guérit, ce n'est pas moins de rêve, mais plus de rêve, mais tout le rêve. Il importe qu'on connaisse entièrement ses rêves pour n'en plus souffrir.
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