ISBN : 2742741097
Éditeur : Actes Sud (2003)


Note moyenne : 4.38/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
En 400 avant Jésus-Christ, les trois filles du tyran Denys de Syracuse s'épanouissent dans un jardin bordé de remparts qui, à leur adolescence, vont dissimuler une réclusion incestueuse.

Elles sont trois petites filles du plus haut lignage, issues des deu... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 13 avril 2011

    nadejda
    J'avais lu ce livre il y a quelques années et il m'avait laissé une sensation d'éblouissement ; un texte aux exhalaisons capiteuses que j'ai eu envie de reprendre. 
Et j'en ai dégusté, savouré et redécouvert avec une intensité toujours aussi vive, la beauté solaire, sensuelle et tragique.
    La richesse de ses thèmes en font un récit que l'on peut lire et relire sans en épuiser les symboles, à l'égal des légendes et mythes grecs qui le jalonnent. Claude Pujade-Renaud nous les rend familiers comme ils le sont pour les trois filles de Denys l'Ancien, tyran de Syracuse dont ils bercent l'enfance et l'adolescence.
    «Plus Denys augmente son pouvoir, plus il construit des murs entre le monde extérieur et lui, prétendant enclore femmes et frères, enfants, serviteurs et compagnons, courtisanes et mercenaires dans l'enceinte d'Ortygia» p44
    Sur l'île d'Ortygia ceinte de hauts remparts, Denys l'Ancien a érigé son palais qui domine Syracuse. Au coeur du palais, un jardin clos où s'ébattent ses trois filles Sophro et Harmonia, nées d'Aristomaque, et Dikè, née de Doris. le récit s'ouvre sur une scène idyllique où les trois fillettes jouent à la balle en compagnie d'Arété de Cyrène amie très chère d'Harmonia qui accompagne son père Aristippe, philosophe invité à la cour par Denys le Tyran, en même temps que Platon.
    «A l'intérieur des remparts, le jardin se clôt sur lui-même, protégé. Seuls les plus hauts feuillages s'agitent.» Les échos de l'extérieur ne parviennent qu'atténués dans ce lieu où s'ébat pour quelques temps encore, l'insouciance et la légèreté des jeux de l'enfance. Et pourtant la balle franchit le mur et disparaît. Elle leur est rendue par un adolescent qui fait figure d'intrus, de prédateur mais émeut Harmonia la plus jeune. C'est le premier signe menaçant de rupture l'équilibre fragile de ce lieu préservé, dont il est interdit de sortir sous peine de punition sévère.
    Les trois filles aiment leur père féru de poésie et de musique, l'admirent, le servent, les mères étant ressenties comme des rivales. Leur sensualité s'éveille dans cette vie close à travers les bains partagés avec leurs mères, par l'intermédiaire de leur plantureuse et silencieuse nourrice Nycteia, de Pimpléa la «pourvoyeuse de légendes» qui les effraie parfois mais en même temps les éveille à la sexualité par le contenu de contes comme celui de la source Aréthuse du nom de celle qui jaillit au centre du jardin ; grâce aussi au médecin Philistion concurrent de Pimpléa, «un de ces patriciens qui croient en la vertu du sommeil, des songes et des récits qui ressemblent à des rêves».
    Mais le cocon protecteur devient piège quand, sur décision de leur tyran de père, pour des raisons politiques, elles seront contraintes d'épouser leurs oncles pour ce qui est d'Harmonia et Dikè et son demi frère Denys le Petit, fils de Doris, pour Sophro.
    A partir de là, la tragédie enfle et se développe. La tyrannie ne peut étouffer indéfiniment l'élan vital et la passion amoureuse. Ce roman est le roman de la transgression : transgression des interdits de la part d'Harmonia qui franchit le mur d'enceinte du jardin pour rejoindre son amant Timocratès , transgression aussi de la part de Denys le Tyran qui est bigame, qui sert ses desseins politiques par l'inceste et se croit tout puissant à l'abri derrière ses remparts. Intermédiaire entre «Platon était malade» qui se déroulait aussi dans la Grèce antique et «Le désert de la grace», on retrouve dans ce roman, le thème, cher à Claude Pujade-Renaud, des femmes se heurtant au pouvoir masculin, pouvoir des pères, qui résistent et parviennent, même si elles le payent cher, à parfois passer outre. Les liens entre femmes, leur solidarité, leur attirance réciproque, sensuelle et douce (pas toujours), face à la brutalité masculine sont aussi magnifiquement rendus. Et les intrigues politiques, les rapports des philosophes et du pouvoir dont ils sont les faire-valoir, par les réflexions qui en émaillent le récit, ont des accents très actuels.
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    • Livres 5.00/5
    Par Nane3bonheurs, le 03 mai 2011

    Nane3bonheurs
    Livre acheté à l'occasion du salon Livres à vous, le 7 novembre 2010 et dédicacé par l'auteur …
    Syracuse, début du IV° siècle avant J.C. Dikè, Sophro et Harmonia sont les trois filles du tyran Denys de Syracuse.
    Dikè est la fille de Doris de Locres et la soeur de l'héritier Denys le jeune. Harmonia et Sophro sont les filles d'Aristomaque, la seconde épouse du tyran, avec lequel elle a eu un fils, Nystaios, né 6 mois après l'héritier.
    Tous vivent sur la presqu'île d'Ortygia qui sert de citadelle à Denys l'Ancien et où il a érigé une citadelle aux remparts imprenables, au coeur de laquelle s'étend un vaste et prolixe jardin, empli d'arbres et de plantes aux essences exotiques, ramenés de ses diverses campagnes de conquêtes guerrières.
    Dans cette citadelle, les filles et femmes vivent en vase clos, leur quotidien rythmé par les bains, les histoires contées par les nourrices Pimpléa et Nyctéia, les jeux et les tentatives de deviner la vie au-delà des remparts.
    Quelques hommes font partie de leur quotidien : le médecin Philistion un « patricien qui croit en la vertu du sommeil, des songes et des récits qui ressemblent à des rêves », le philosophe Aristippe de Cyrène, dont la fille unique Aretè, éduquée et philosophe, est l'amie très chère d'Harmonia. D'autres figures masculines font partie de l'univers des filles : le philosophe Platon, Dion le frère d'Aristomaque, les mercenaires, le jeune Timocratès. Et bien sûr les hommes du clan (père, époux, frères, oncles) viennent se mêler à elles, le temps d'une trève entre deux campagnes ou le temps d'un union … Car les filles deviennent peu à peu femmes, la sensualité et la sexualité se révèlent à travers les mythe contés par Pimpléa la « pourvoyeuse de légendes », les mariages incestueux se font sur ordre du père afin de protéger sa lignée et son héritage.
    Ce roman est magnifique. le texte est empli de douceur, les mots ont une musicalité et une poésie inimaginables, certaines de choses sont suggérées avec tant de finesse que je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir le sentiment de réellement vivre avec les trois soeurs dans le jardin de leur citadelle.
    Il y a beaucoup de symboles, de métaphores et de récits mythologiques au milieu du récit de la vie de ces femmes : éveil de la féminité, éveil à l'amour, réflexions autour du pouvoir, de la consanguinité et des sentiment amoureux altérés par les liens du sang, le pouvoir masculin, la solidarité féminine, la puissance des liens sororaux, la transgression des interdits, intrigues politiques et influence des philosophes …
    Ce récit est d'une grande richesse, d'une grande poésie et d'une grande beauté. La plume de Mme Pujade-Renaud est magique !
    Je vous recommande vivement de lire cette magnifique tragédie !

    Lien : http://auxbonheursdenane.wordpress.com/2011/05/02/le-jardin-forteres..
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 13 avril 2011

    Sophro
    Non, je n'ai pas faim. Ma mère prétend que je maigris. Elle se trompe. Je grandis, m'étire. Je voudrais être droite et longue et souple tel un cyprès. Caressé par le vent, ondulant lentement.
    Dans la rivière du sommeil et du songe, je me transforme et change de règne. Brise nocturne ou sève, bête rampante, envolée d'ailes. De jour, je ne m'en souviens pas, ou si mal si peu. Ces métamorphoses, j'aimerais les capter dans la musique, rivière qui rejoindrait la première. Si je mange trop, je n'y parviendrai pas.
    Une pomme, quelques gorgées de lait de chèvre me suffisent. Jamais de viande, le sang déclencherait le sang, non, je ne veux pas !
    Tant de filles, fuyant un mortel ou un dieu, ont échappé au viol en devenant source, arbre, oiseau. Si je réduis à l'extrême la nourriture, peut-être mon corps changera-t-il de nature. Aquatique, végétale, animale ?
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  • Par nadejda, le 14 avril 2011

    Dorée et cuivré, saisie par la vivacité de la clarté, la chatte plisse ses yeux mi-clos puis avance vers Sophro à pas de fauve et de danseuse tout à la fois. Une lente et sûre rapidité, attaque amoureuse plutôt que prédatrice. Sophro a aussitôt tourné la tête vers l'animal qui, de son front de chèvre têtue, vient donner de petits coups amicaux contre la tempe de sa maîtresse. La jeune femme la fait glisser sur sa poitrine où Glaukia s'installe, royale et sereine, cardant la tunique avec délicatesse.
    .... Ma belle ma toute belle, murmure-t-elle en la caressant, tu es allée aviver du côté des noisetiers le vert de tes prunelles, tu sais toujours ce qui te convient, toi l'Egyptienne, l'étrangère venue de rivages lointains, ma panthère de miel et de lumière, toi qui fort heureusement n'es pas de notre clan, comme je t'aime...
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  • Par nadejda, le 13 avril 2011

    Des draps sont étalés au soleil, largement déployés sur les touffes de romarin, s'imprégnant de leur parfum. Une autre géométrie, immaculée. Nyctéia est en train d'éprouver leur degré d'humidité. Elle commence à en ramasser et plier quelques-uns. Comme autrefois dans l'enfance, Dikè savoure la lenteur pleine de ses gestes. Même lorsque la Carthaginoise s'occupe à distance, sans vous regarder, on a l'impression d'être au centre de ses mouvements, enveloppé par eux, langes moelleux. Elle rassemble êtres et choses au coeur de son énorme obscurité, sans que cette captation et cette densité soient inquiétantes.
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  • Par nadejda, le 13 avril 2011

    Les fillettes aiment ce brun ambré, gorgé de senteurs épicées. Elles sont fascinées par les énormes mamelles répandues sur le ventre, si belles néanmoins. Massive, presque monstrueuse, cette Nyctéia qui fut la nourrice d'Harmonia. Son nom grec signifie la nocturne. Elle-même prétend avoir oublié son nom africain, ainsi que son enfance. Pourtant, Sophro et Dikè en sont persuadées, ses flancs contiennent des cargaisons fabuleuses, une mémoire secrète qu'un jour peut-être, elle leur révèlera. Se nicher dans ses bras, c'est se fondre dans une nuit lumineuse et nourricière, nuit d'été.
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  • Par nadejda, le 14 avril 2011

    Elle (Dikè) repense à l'histoire de Pélopia, cette fille prise entre Atrée et Thyeste, entre oncle et père. Les légendes racontées dans l'enfance étaient-elles destinées à prendre corps à l'âge adulte ? Elle étouffe, désir et désespoir nouent sa gorge, son ventre. Il lui faut vite, quitter ce lit, cette chambre désertés, et retrouver l'amitié des arbres.
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Vidéo de Claude Pujade-Renaud

Clip de présentation de l'adaptation du texte Celles Qui Savaient, de Claude Pujade-Renaud, par la Compagnie Motus








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