ISBN : 2742739300
Éditeur : Actes Sud (2002)


Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes) Ajouter à mes livres
Malade le jour où Socrate a bu la ciguë, Platon fuit Athènes, la cité traîtresse qui a assassiné son maître, et il rejoint à Mégare quelques amis et disciples du philosophe. Il les questionne sur les derniers instants, les ultimes paroles de celui qu’il a tant admiré et... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par brigetoun, le 01 juin 2010

    Tout à l'heure je jouais et je l'ai vu osciller légèrement, paupières closes. Ses mains, telles celles d'un homme atteint de cécité, ont commencé à explorer l'espace autour de lui, un espace qui semblait se métamorphoser et son corps, dans le sillage de ses mains, entrait dans un univers étranger, ou familier ?, se glissait, couleuvre prudente, par des passages étroits, pénétrait très lentement - ah, que cette lenteur était belle ! -, dans ce que j'ai imaginé être un labyrinthe où se dissimuleraient aussi bien des monstres qu'une vérité aveuglante. Il échappé aux deux puisqu'il a ouvert les yeux, a paru étonné de ma présence, de celle de la musique, et s'en est allé puiser de l'eau à la source, chantonnant.
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  • Par brigetoun, le 01 juin 2010

    Troublé, il songe combien il s'est enferré lui-même : il a cru devoir abandonner musique et poésie dès ses premières rencontres avec Socrate. Lequel, bien entendu, n'avait formulé aucune interdiction de cet ordre. Et voilà qu'à travers Apollodore se profile un Socrate inattendu. Un Socrate qui sur le point de disparaître aurait été pris de remords à l'égard de la création... Une montée de colère confuse, Platon se serait-il floué, n'est-il pas trop tard pour comprendre ? Comprendre quoi, à présent : la philosophie serait la véritable création et il faudrait parvenir à la métamorphoser en une poétique ?
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  • Par brigetoun, le 01 juin 2010

    Pourtant la senteur de la menthe flotte, la lumière disséminée vibre, les cigales taraudent le calme. Par quelle bouche d'ombre les femmes hideuses ont-elles réussi à se glisser afin de pénétrer dans les méandres du songe ? Quelle merveille si l'existence après la mort se révélait être un sommeil d'où le rêve serait absent...
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  • Par brigetoun, le 01 juin 2010

    Platon s'interrompt. Étonné, presque, par ce qu'il vient de rédiger. Au moins, se dit-il, il est tranquile : ni Antisthène, ni Phédon ou Eschine de Sphettos ne traiteront de la sorte l'entrevue du sage et de l'ambitieux ! Quand même, ne serait-il pas trop audacieux, ou ridicule, de débuter par un aveu amoureux ? Mais si l'on veut que naissent le soin et le souci de soi, l'appétit de se connaître, il est nécessaire de passer pae l'autre, par l'ébranlement érotique, puis de poursuivre - vers quoi, il l'ignore encore.
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  • Par brigetoun, le 01 juin 2010

    Scandale d'une lumière qu'il ne voit plus. Mon ombre à mes pieds se résorbe et l'ombre de Socrate en moi vacille. Elle secrète encore, par moments, un murmure rafraîchissant. De plus en plus ténu. S'il se perd définitivement, je tombe sur le sable, je tombe et m'effrite, sable moi-même. Ciel d'airain, mer et pensées figées. Loi, de l'autre côté du golfe, ma cité meurtrière, son Acropole radieuse, ternie par la noirceur de l'injustice.
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