Alors que sa grand-mère est au soir de sa vie, Anna découvre une vieille robe dans un placard qui n'appartient à aucune des femmes de la famille. Pour Elsa, sa grand-mère, c'est un lourd secret enfoui depuis plus de trente ans qui remonte à la surface.
En 1964, Elsa est une femme très occupée, qui voyage beaucoup. Martii, son époux, est peintre et n'a pas le temps de prendre soin d'Ella, leur fille. C'est ainsi qu'Eeva, jeune étudiante, entre à leur service et dans leur vie. Au fil des semaines, Eeva et Martii se rapprochent et n'entament pas seulement une relation clandestine, mais tombent véritablement amoureux l'un de l'autre. Cette relation tour à tour passionnée puis tourmentée, cet amour impossible et déchirant, est relaté par la voix d'Eeva dans ce qu'on imagine être son journal de l'époque ou le récit qu'elle en aurait fait à une amie. Ce témoignage se superpose aux scènes familiales d'aujourd'hui et éclaire d'un jour nouveau les questionnements des uns et des autres.
Tous les rapports familiaux sont passés en revue au fil du roman. Les membres de la famille sont réunis auprès d'Elsa qui se meurt doucement. Les doutes l'assaillent. Comment a-t-elle mené sa vie, élevé sa fille, ses priorités ont-elles toujours été les bonnes ? Qu'est-ce qu'on laisse derrière soi ? Que fait-on de ses regrets, de ses remords ? Ces questions fondamentales que chacun aura un jour à se poser s'immiscent dans le roman pour venir toucher le lecteur au plus profond de ses propres doutes.
Les liens d'Elsa avec sa fille Eleoonora sont douloureux, violents, à l'image de leur prochaine séparation. Elles n'ont de cesse de se disputer. Mais comment faire sans elle, se demande Eleoonora ? La douleur de perdre un proche est longuement évoquée, de façon belle et poignante. La douleur de l'autre aussi, sa souffrance, plus dure à supporter que la sienne propre, parce qu'on n'y peut rien. On ne peut que regarder et compatir. Les liens entre Martii et Anna sont également touchants. La complicité qui lie le grand-père à sa petite-fille, cet amour inconditionnel, le monde teinté d'originalité qu'ils ont créé et qui n'appartient qu'à eux, apportent la fantaisie nécessaire au texte afin de ne pas tomber dans un pathos, habilement évité.
La famille et ses tourments, voilà un sujet qui ne cessera jamais d'inspirer les écrivains. Pourtant, l'auteur finlandaise
Riikka Pulkkinen, dont c'est le second roman et le premier publié en France, apporte encore quelque chose de nouveau. Un style aux accents de poésie, des dialogues touchants, une histoire romantique qui, à aucun moment, ne tombera dans le mélodrame ou le ridicule. Les liens entre chaque membre de la cellule familiale sont analysés avec précision, empathie. le cadre du Grand Nord finlandais apporte le dépaysement suffisant à cette histoire où l'on s'aime pour de bon.