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Critiques sur Les Noces barbares (25)


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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan le 22/11/2011


    Il était une fois un gentil petit garçon , Ludovic , choyé par des grands-parents aimants et une maman surprotectrice qui le couvait de son amour journalier . Bon , visiblement , ce scénario ininteressant et convenu à la miévrerie sirupeuse n'a pas tapé dans l'oeil de Queffélec qui a décidé d'en conter son exact opposé . Une couverture rose , pastichant de façon éhontée la délicieuse collection Harlequin , gage d'amour forcément contrarié mais au final toujours vainqueur . Huuum , prometteur tout ça ! Amour contrarié , le doux euphémisme que voilà ...
    Ludovic , victime expiatoire d'une jeune mere démissionnaire et aussi encline aux marques d'affection que le Trésor Public à vous restituer de l'argent , connaitra une vie météorique au cours de laquelle il découvrira un panel de sentiments divers et variés tels que tristesse , désillusion , peur , colere...mais jamais au grand jamais il ne touchera du doigt ce sentiment maternel bien légitime que l'on nomme amour !

    Ludo est le fruit d'un viol ! Fruit pourri dès sa naissance . Cicatrice que l'on cache au grenier , tache indélébile sur l'arbre généalogique des Blanchard , batard emmuré dans un silence familial se voulant punitif . Sept longues années à ruminer , seul , à espérer et quémander le moindre signe d'affection de la part de Nicole , sa maman qu'il aime malgré tout...A entendre , par une lucarne , le bruit de la mer qu'il n'a jamais vu mais qu'il apprécie terriblement .
    Pas facile de se construire...Puis vient le temps de l'espoir symbolisé par Micho , un brave mécanicien veuf assorti de son fils , Tatav , publicité vivante des méfaits du Mc Do et peu partageur quand à l'amour paternel . Tatav est un passionné malgré tout ! Il vit pour deux choses : emmerder le monde et s'emmerder tout seul en pratiquant un petit loisir assez peu représenté dans le milieu associatif : la scatophilie . Une mere desormais esclavagiste , un demi-frere jaloux et merdique , un beau-pere aimant mais ayant bien du mal à s'affirmer face à sa nouvelle compagne : rien de nouveau sous le soleil . Ludovic subit encore et encore . Ses rares éclaircies , il les doit à Nanette , la cousine qui voit en lui ce qu'il est , à savoir un petit garçon en mal d'affection qu'elle s'efforcera de lui apporter avant de personnifier l'adage : ce sont toujours les meilleurs qui...Quand ça veut pas...

    Nicole ne supporte plus son fils . Désormais prégnante , c'est là l'occasion de s'en débarasser en l'expédiant illico presto dans une pension assez particuliere : le Centre Saint-Paul ,établissement mixte dévoué aux simples d'esprit . Car si Ludo n'est pas attardé , il en présente tous les symptomes . Son phrasé est parfois incohérent et souvent aléatoire , ses réactions atypiques mais comment en etre autrement apres un tel parcours ? Mademoiselle Rakoff , vieille fille acariatre , regne en maitre sur ce petit monde et prendra tres rapidement en grippe le dernier arrivant . Les pensionnaires sont éclectiques . Cela va de l'autiste au délirant en passant par l'halluciné . Un monde hétéroclite favorisant peu l'épanouissement personnel . Olidon , nain trigant et posteur , verra d'un tres mauvais oeil sa cote de popularité chuter au profit d'un Ludo n'ayant rien fait pour . Bref , les jours passent et se ressemblent , le confortant dans sa solitude innée , ses parents trouvant toujours un pretexte pour échapper à la visite dominicale . Quand ça veut pas...

    Et le pire reste à venir . Ce bouquin est une ode à la désillusion filiale . Un chant puissant clamant haut et fort les couleurs de la solitude et du ressentiment . Porté par une écriture magistrale , ce récit vous colle un bourdon terrible . Ce petit bonhomme , condamné des la naissance , cristallisant la faute supreme sans en etre en rien responsable , est desormais voué à une vie de ténebres , à une quete sentimentale que l'on sait vaine mais en laquelle il s'evertuera à croire jusqu'au bout , son reve ultime etant de se retrouver enlacé dans les bras de sa mere , désormais baigné d'un amour maternel qui toujours lui fit défaut .

    L'on peut accoler pléthore de rimes aux Noces Barbares : carambar , canard , Giscard , j'en passe et des moins bons . Il en est un que l'on doit taire impérativement : espoir .

    critique de qualité ? (22 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par Celine_72 le 02/04/2012


    Les Noces barbares est un récit dur et révoltant car d'un côté on a un fils cherchant l'amour de sa mère et d'un autre il y a une femme victime d'une agression sexuelle dans sa jeunesse, la marquant à vie et donc, on a bien du mal à lui en vouloir car en une nuit sa vie a été brisée.
    Malgré cette histoire douloureuse, nous bouleversant, Yann Queffélec arrive à nous tenir en haleine jusqu'au bout grâce à son écriture poétique et précise avec des dialogues réalistes.
    Aussi, la fin est totalement inattendue comme quoi la quatrième de couverture peut être trompeuse mais je n'en dirai pas plus.
    Un conseil tout de même avant de commencer cette lecture : ayez le coeur bien accroché.
    En conclusion, je ne suis pas sortie indemne de ce roman et c'est une très belle découverte d'un auteur que je n'avais encore jamais lu et je compte bien lire ses autres oeuvres.


    Lien : http://univers-des-livres.over-blog.com/article-les-noces-barbares-d..

    critique de qualité ? (14 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par nanougo44 le 22/11/2011


    Ce livre raconte une histoire boulversante, une histoire d'amour impossible, triste et douloureuse entre une mère et son fils.

    Nicole a horriblement été violée pendant son adolescence, par trois soldats américains et de ce drame va naître Ludovic, dit Ludo.
    Rejeté par sa mère et ses grands-parents, il va vivre caché aux yeux de tous, dans le grenier de la boulangerie familiale pendant des années, car personne ne doit savoir que ce « batard »,  « demeuré » existe. Voilà les mots prononcés chaque jour pendant des années à l'encontre de cet enfant qui n'a rien demandé et qui se retrouve traité pire qu'un chien à manger les restes et vivre cloîtrer. Etrange réaction de la part des parents de Nicole consistant à « ignorer » le drâme et l'enfant. Ils persuaderont Nicole qu'elle a raté sa vie par ce pêché et qu'elle ne sera plus bonne à rien si elle ne s'en sépare pas...et vite.
    Autre temps, autres moeurs  !
    La seule personne a prendre Ludo sous son aile à ce moment là est Nanette, la cousine de Nicole qui, ayant perdu un fils, reporte son amour sur Ludo et le traitera comme un enfant écorché par la vie et non comme une bête. Il se découvre aussi une curiosité passionnée pour la mer qu'il entend de son grenier et qui le fascine.

    Il va finir par sortir de son isolement grace à Micho, un garagiste veuf, d'une gentillesse profonde, sincèrement amoureux de Nicole et père de Tatav'qui fera de Ludo son souffre douleur.
    Micho épouse Nicole en espérant construire une vraie vie de famille et donner à Ludo une chance de prouver à sa mère qu'il n'est pas un simplet et qu'il mérite son amour, mais Ludo n'arrivera jamais à trouver l'amour de sa mère qui reste hantée par le douloureux souvenir du drâme qui lui a retiré toute innocence, tout amour , toute envie de vivre. Elle va se réfugier dans l'alcool, fuir le plus souvent possible son foyer et son fils.
    Ludo est ensuite placé dans un centre pour handicapés mentaux légés, pour soulager cette mère qui, emprisonnée à jamais dans sa douleur, n'en peut plus de le voir.

    Il attendra chaque dimanche avec l'espoir que Nicole vienne le voir...mais en vain. Et ne trouvant personne pour comprendre son désespoir, il quittera le centre pour aller se réfugier sur l'épave d'un bateau.
    Le retour à la mer, le retour à la mère ( phrase volée d'une autre critique... mais que je trouve juste)
    Ce roman est aussi triste que beau et même avec la boule au ventre, j'ai vraiment adoré le lire en espérant au fil des pages, que la condition de Ludo s'améliorerait...même si tout semblait sans espoir et inévitable.

    critique de qualité ? (14 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par Luniver le 30/01/2012


    Le récit commence avec l'histoire de Nicole, alors âgée de 13 ans, et tombée amoureuse d'un soldat américain sur le point de repartir au pays. Il l'invite dans sa base la veille de son départ, avec des promesses de retour et de mariage plein la bouche. Mais une fois dans sa chambre, le soldat et ses deux compagnons de chambrée violent la jeune fille à tour de rôle.

    Neuf mois plus tard, Ludo arrive dans la famille, haï par tout le monde : pour sa mère, il est le rappel constant du cauchemar qui lui est arrivé. Pour ses grands-parents, la fin de la bonne réputation de la famille, la preuve que leur "fille honnête pour laquelle ils ont tout sacrifié" s'est comportée comme une "catin". Pour ne pas devoir supporter sa vue, on l'enferme dans le grenier. Seule sa tante lui témoigne un peu d'affection et vient le voir de temps en temps.

    Son sort semble s'améliorer quand Micho décide d'épouser Nicole. Mais Ludo recherche en vain l'identité de son père, et l'amour de sa mère, qu'il tente de conquérir par tous les moyens : sang versé dans son café pour devenir frères de sang, vol d'argent pour lui offrir un beau présent, ... Si son beau-père a pris sa défense dans les premiers temps, il capitule finalement devant l'insistance de son épouse, qui tient à tout prix à éloigner Ludo de la maison. Il finira par être envoyé dans un institut pour "simples d'esprit" où il s'attire les foudres de la directrice et de certains pensionnaires pour n'être pas assez docile. Il finira par s'enfuir pour vivre seul, dans une épave abandonnée.

    Le roman est dur et triste : l'histoire d'un garçon rejeté de toute part et qui ne demande finalement qu'un peu d'affection.

    critique de qualité ? (13 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par rolandm1 le 28/04/2012


    Prix Goncourt 1985.
    L'histoire de Ludovic, enfant provenu d'un viol de sa mère par une bande d'individus pris par la boisson. . L'enfance cachée de Ludo, son manque d'amour maternel en feront un enfant simple d'esprit , toujours trainé d'un endroit à l'autre. Quelques moments de bonheur tout de même comme quand il est réfugié dans son grenier, puis sur un bateau échoué sur le plage. Roman plein de beaux personnages, Micho, mademoiselle Rakoff, Lise, Amandine et beaucoup d'autres. On respire l'odeur de résine dans les Landes, l'écume , les déferlantes de la mer.

    critique de qualité ? (11 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par spleen le 19/02/2012


    En promenant mon regard inconsciemment sur les étagères de la bibliothèque que je qualifierais de "recomposée",mes yeux se sont arrêtés sur ce livre de Yann Queffélec que je n'avais jamais lu.
    C'est vrai que j'ai envie, comme beaucoup ,de lire les plus récents romans, ceux qui font l'actualité ... mais c'est dommage car on oublie ceux que l'on a pas eu le loisir ou l'opportunité de découvrir à l'époque.
    Le roman débute par l'histoire de Nicole, 13 ans, amoureuse d'un soldat américain et qui lors de ce qu'elle croyait être la soirée d'adieu sera violée par ce soldat et ses deux comparses.
    Ludovic naît de cet horrible cauchemar, rejeté par sa mère, haï par ses grands parents. Il passe les premières années de sa vie enfermé dans un grenier , caché à la vue des autres .
    Puis après le mariage de sa mère avec Micho, un veuf plus âgé qu'elle, l'espoir d'une vraie vie de famille est vite déçu.
    Nicole ne supportant pas l'existence de cet enfant qui lui rappelle sa jeune vie saccagée, Ludo est envoyé dans une maison spécialisée .
    Il s'en échappera et ira vivre caché dans un cargo échoué.
    La grande majorité du livre est narré par Ludo avec des mots simples sans être simplistes, avec une intensité qui vous prend à la gorge, son regard sur ce qu'il vit est poignant et l'on sent rapidement que tout cela ne peut pas finir bien !

    Le dénouement arrive comme une libération pour Ludo et Nicole , on tremble d'émotion longtemps après avoir fermé le livre.




    Lien : http://lejournaldelouloune.over-blog.com/article-les-noces-barbares-..

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson le 10/11/2011


    « On ne choisit pas toujours dans la vie »
    En lisant ce livre, il m'est revenu les paroles d'une chanson de Maxime le forestier : « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille….. »
    Le moins que l'on puisse dire c'est que Ludo, "l'idiot" dans la bouche de sa mère, n'a pas choisi, mais en plus il a tiré le mauvais lot…
    Né dans la souffrance, né d'une souffrance, il a grandi dans la souffrance au milieu d'une famille elle-même en souffrance.
    « C'est alors qu'on l'avait enfermé là-haut. Pour ne pas ajouter le meurtre au viol. »
    Comment s'étonner ensuite que ce pauvre gosse ne tourne pas mal ? Conçu sans amour, dans la haine, la violence et la terreur par "trois saloperies". Délaissé par une mère qui n'est pas en mesure d'aimer ce gamin qui lui rappelle tant de souffrances, et elle-même rabaissée par une mère et un père plus préoccupés du qu'en dira-t-on, que des états d'âme de Nicole.
    Et pourtant, il l'aime tant sa mère. Il la cherche, la recherche.
    « Plus le temps passait, plus Nicole évitait son fils, et plus il cherchait à la voir. »
    Enfermé dans un grenier, habitant un temps en famille, puis laissé pour un demeuré dans un dépotoir pour gamins dont personne ne veut, il n'aura de cesse de se d'inventer mille et une choses pour qu'enfin l'on s'intéresse à lui, pour être aimé.
    Jusqu'au bout j'ai espéré un miracle, jusqu'au bout j'ai espéré tout court. La fin est surprenante, violente, passionnelle.
    Le style colle parfaitement à l'histoire. L'écriture est alerte, passionnée, chaotique, percutante. Les personnages ont tous une très forte présence. J'avais de la peine pour Ludo, qui dans un autre milieu, serait devenu quelqu'un d'autre. J'avais quelques indulgence pour Nicole qui n'a pas été aidée comme elle aurait du l'âtre. J'ai détesté ce couple de boulangers, ses parents qui portent une grosse part de responsabilité à ce désastre. Que dire des trois saloperies……si ce n'est qu'ils méritaient la corde pour les pendre…..
    Peut-on parler d'un coup de cœur avec un sujet aussi lourd et douloureux ? le mot est-il bien choisi ? Un livre qui marque, un livre coup de poing.



    Lien : http://leblogdemimipinson.blogspot.com/2011/11/les-noces-barbares.html

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par PerdreUnePlume le 14/05/2012


    Sur conseils de nombres de mes comparses, et ce malgré mes deux déceptions, j'ai réitéré avec Queffélec et ce roman plus connu que l'on m'a conseillé.

    Grand mal m'en a pris, j'ai exécré ce roman comme rarement... C'est sombre, violent et je n'ai pas saisi le sens de tout ça. A quoi bon nous exposer ainsi la torture d'une femme, puis celui de l'enfant qu'elle rejette dans le détail et de manière presque chirurgicale, dénué de toute compassion ? J'ai tenu bon pourtant m'attendant à une finalité, quelque chose mais rien. Ludo malgré les sévices et négligences de sa mère, puis de ses éducateurs prend tout de même le bon chemin, tente de s'en sortir malgré ses failles mais Queffélec ne lui laisse pas une chance...

    Je n'ai rien contre les romans sombres, contre les destins tragiques ou sans espoir. Pourtant cette longue énumération de sévices, violences, désamours envers cet enfant m'ont dégouté de cette lecture quand les appels d'affection et l'amour du fils restent désespérément sans réponse, sans même un impact ou une réaction m'ont alourdit la lecture.
    La scène la plus violent est pourtant celle d'introduction avec le viol de la jeune Nicole, à la limite de l'insupportable mais je l'ai supporté comprenant bien qu'il avait une raison, qu'il allait justifier la suite du roman et l'expliquer en un sens.... J'aurai aimé pouvoir en dire autant de ce qui est infligé à l'enfant et par la même occasion au lecteur.

    Je pense donc en avoir définitivement terminé avec Queffélec. Ce n'est vraiment pas un auteur pour moi.
    Même si je reconnais son talent narratif, il le met au service d'un genre qui ne me touche pas, qui me rebute et qui offre un point de vue sur la vie qui ne m'apporte rien et que je trouve vain.


    Lien : http://www.perdreuneplume.com/index.php?post/2012/05/14/Les-noces-ba..

    critique de qualité ? (9 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par petitfrancois9712 le 07/10/2011


    Un livre dur mais très bien écrit et qui ne s'oublie pas facilement.

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette le 02/04/2011


    Roman de Yann Queffélec. Lettre Q de mon Challenge ABC critiques Babelio.

    "À treize ans, bientôt quatorze, elle en paraissait dix-huit avec ce corps déjà mûr, cette bouche sanguine, ces yeux bleus en amande, et ces longs cheveux vermeils comme un feu sur les épaules." (p. 13) D'être aussi jolie, la jeune Nicole Blanchard, fille des boulangers du village, devient la proie de trois militaires américains. de belles promesses en viol collectif, la vie de Nicole chavire et se brise à tout jamais. de cet épisode liminaire étourdissant de violence naît Ludovic, Ludo, un gamin qui ne cessera jamais de mendier l'amour de sa mère.

    On rencontre Ludo après une ellipse de sept ans. L'enfant est cloîtré dans un grenier sordide et il guette les visites de sa mère. Légèrement idiot, il se sait banni, honni, vomi par une famille qui n'a pas voulu de lui. "Nicole avait refusé son lait ; le boulanger refusait son pain." (p. 30) Quand Michel Bossard, dit Micho, propose d'épouser Nicole et d'assumer Ludo, un horizon se dévoile pour l'enfant. "Ce mignon qui n'avait pas de papa, avec une maman qu'osait pas l'aimer comme il faut, il a les deux maintenant. Et même un frangin. Tu vas m'appeler papa, mignon ! " (p. 61) Mais le gros bon coeur de Micho ne suffit pas à construire un foyer dans lequel Ludo et Nicole peuvent cohabiter et s'apprivoiser. Nicole voit en son fils l'incarnation de son malheur et, de haine dégoûtée en mépris sournois, elle n'a de cesse de repousser ce gamin affamé de tendresse et de reconnaissance. Ludo est envoyé dans un centre pour malades mentaux, mais il n'y trouve pas davantage sa place. C'est finalement sur un vieux cargo échoué et rongé de rouille qu'il créera son havre de paix, face à l'océan qui le fascine et dans l'attente inassouvie d'un geste de celle qui n'a jamais su être sa mère.

    Ces noces barbares, c'est d'abord le viol que subit Nicole, enfant dans un corps menteur. Ludo, ensuite, sera un éternel enfant, rêvant de noces de sang avec sa mère. Ébloui d'amour, il trace sans les comprendre des dessins macabres : "son obsession favorite : un visage de femme entrevu par les doigts écartés d'une main noire." (p. 116) Sans le savoir, il trace la ligne de son propre destin en "une allégorie du malheur : la main comme une gifle au néant, les cheveux laqués rouges pareils à du vrai sang." (p. 204)

    Ludo le mal-aimé débite un monologue muet, un souffle intérieur sans ponctuation dans lequel il rassemble ses sentiments et ses peines. Son cri silencieux est un aveu d'amour à l'indifférence incarnée. "Il écrivait à sa mère, mais n'envoyait plus les lettres. Il avait détourné son cahier de catéchisme à cet usage : journal de bord sans date où, s'adressant des réponses imaginaires, il prenait livraison des sentiments qu'on lui refusait. [...] La réalité semblait courir à son rythme, il entendait en lui battre des mots qu'il s'interdisait d'écouter : on l'abandonnait. Dans ses mains calleuses, il contemplait cette évidence : on l'abandonnait. Dans ses yeux il voyait sa mère absente, il fuyait les miroirs, il fuyait sa mémoire, et vaincu fuyait ce dont il était sûr depuis sa naissance : on l'abandonnait." (p. 257)

    La détresse de ce gamin qui pousse au hasard du malheur est puissamment mise en mots par Queffélec. J'avais lu ce texte vers mes douze ans et l'impression bouleversante n'est jamais passée. le reprendre aujourd'hui, c'est retrouver la même émotion et la même haine impuissante face à la figure maternelle. Prix Goncourt en 1985 (décidément une année exceptionnelle !), ce roman ne fane pas. Intemporel, il chante pour toujours la douleur des enfants orphelins d'amour.

    critique de qualité ? (8 votes positifs)






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