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ISBN : 207037856X
Éditeur : Gallimard (1987)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 914 notes)
Résumé :
Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère — Nicole — et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier.
La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles ... >Voir plus
Critiques, Analyses & Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
Epictete
Epictete29 septembre 2014
  • Livres 5.00/5
Une jeune fille ( presqu'une petite fille) s'éprend folement d'un de ces militaires amérricains stationnés en France après la seconde guerre mondiale. Jusqu'à braver tous les codes sociaux, moraux, et familiaux , pour fuguer un soir, avec des vètements qui ne sont pas les siens, des atours destinés à séduire le G.I qui d'ailleurs, lui a promis le mariage et un avenir éblouissant, avec l'assentiment de ses parents.
Bien sûr, les intentions du soldat ne sont pas toutes aussi pures que les espoirs de Nicole et la soirée se transforme rapidement en situation d'horreur orgiaque. Soumise aux délires sexuels de trois hommes avinés, soldats « fétant » la fin de leur mission en France.
De cette union barbare, naîtra Ludovic. Honte inavouée de la famille et symbole de la déchéance maternelle, on le cachera pendant des années dans un grenier, à peine nourri, considéré comme un animal.
Ludovic était déjà un peu limité, mais ces années sans sociabilisation ne vont pas arrranger son profil. Il sera toujours tenu à l'écart que ce soit par sa famille, l'école, les soi-disant copains !
Et même quand il sera pris en charge par un établissement dit spécialisé il aura toujours du mal à comprendre ce que l'on attend de lui.
Yann Quefelec a une grande capacité à nous mettre dans la peau de Ludo, mais aussi de tous ses personnages, de nous faire raisonner comme eux, ressentir les mêmes émotions, les mêmes peines.
Tout est abordé dans ce livre ; Ce pauvre Ludo est idiot, inadapté, enfant non-désiré, juif, boche… tout y passe dans l'esprit des « bonnes gens ».
Il s'agit pourtant d'un gamin sympathique, que l'on a envie de protéger et qui tout à coup sème le doute et que l'on aurait peut-être envie de gifler si on l'avait au quotidien.
On oscille entre la vision d'un enfant relativement sain et pourtant rejeté par des adultes qui semblent avoir de bonnes raisons de le faire, et un enfant/ado/adulte qui raisonne dans son monde et dans l'attente de l'amour des autres.
Chacun des personnages rencontrés à sa personnalité, ses tares, ses fantasmes et ses travers. Il n'en est pas un qui soit parfaitement lisse ou cohérent.
Ce livre est merveilleux, plein d'espoir et cependant désespéré, magnifiquement écrit sur un terrible sujet.
Je connaissais Yann Quefelec médiatiquement, mais là je suis tombé sur un grand roman.
Prix Goncourt ? Mais c'est évident !
J'en suis sans voix, heureux et ému. Je le conseille à tout mon entourage, donc aussi à ceux d'entre-vous qui ne l'auraient pas encore lu.
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lehane-fan
lehane-fan22 novembre 2011
  • Livres 4.00/5
Il était une fois un gentil petit garçon , Ludovic , choyé par des grands-parents aimants et une maman surprotectrice qui le couvait de son amour journalier . Bon , visiblement , ce scénario ininteressant et convenu à la miévrerie sirupeuse n'a pas tapé dans l'oeil de Queffélec qui a décidé d'en conter son exact opposé . Une couverture rose , pastichant de façon éhontée la délicieuse collection Harlequin , gage d'amour forcément contrarié mais au final toujours vainqueur . Huuum , prometteur tout ça ! Amour contrarié , le doux euphémisme que voilà ...
Ludovic , victime expiatoire d'une jeune mere démissionnaire et aussi encline aux marques d'affection que le Trésor Public à vous restituer de l'argent , connaitra une vie météorique au cours de laquelle il découvrira un panel de sentiments divers et variés tels que tristesse , désillusion , peur , colere...mais jamais au grand jamais il ne touchera du doigt ce sentiment maternel bien légitime que l'on nomme amour !
Ludo est le fruit d'un viol ! Fruit pourri dès sa naissance . Cicatrice que l'on cache au grenier , tache indélébile sur l'arbre généalogique des Blanchard , batard emmuré dans un silence familial se voulant punitif . Sept longues années à ruminer , seul , à espérer et quémander le moindre signe d'affection de la part de Nicole , sa maman qu'il aime malgré tout...A entendre , par une lucarne , le bruit de la mer qu'il n'a jamais vu mais qu'il apprécie terriblement .
Pas facile de se construire...Puis vient le temps de l'espoir symbolisé par Micho , un brave mécanicien veuf assorti de son fils , Tatav , publicité vivante des méfaits du Mc Do et peu partageur quand à l'amour paternel . Tatav est un passionné malgré tout ! Il vit pour deux choses : emmerder le monde et s'emmerder tout seul en pratiquant un petit loisir assez peu représenté dans le milieu associatif : la scatophilie . Une mere desormais esclavagiste , un demi-frere jaloux et merdique , un beau-pere aimant mais ayant bien du mal à s'affirmer face à sa nouvelle compagne : rien de nouveau sous le soleil . Ludovic subit encore et encore . Ses rares éclaircies , il les doit à Nanette , la cousine qui voit en lui ce qu'il est , à savoir un petit garçon en mal d'affection qu'elle s'efforcera de lui apporter avant de personnifier l'adage : ce sont toujours les meilleurs qui...Quand ça veut pas...
Nicole ne supporte plus son fils . Désormais prégnante , c'est là l'occasion de s'en débarasser en l'expédiant illico presto dans une pension assez particuliere : le Centre Saint-Paul ,établissement mixte dévoué aux simples d'esprit . Car si Ludo n'est pas attardé , il en présente tous les symptomes . Son phrasé est parfois incohérent et souvent aléatoire , ses réactions atypiques mais comment en etre autrement apres un tel parcours ? Mademoiselle Rakoff , vieille fille acariatre , regne en maitre sur ce petit monde et prendra tres rapidement en grippe le dernier arrivant . Les pensionnaires sont éclectiques . Cela va de l'autiste au délirant en passant par l'halluciné . Un monde hétéroclite favorisant peu l'épanouissement personnel . Olidon , nain trigant et posteur , verra d'un tres mauvais oeil sa cote de popularité chuter au profit d'un Ludo n'ayant rien fait pour . Bref , les jours passent et se ressemblent , le confortant dans sa solitude innée , ses parents trouvant toujours un pretexte pour échapper à la visite dominicale . Quand ça veut pas...
Et le pire reste à venir . Ce bouquin est une ode à la désillusion filiale . Un chant puissant clamant haut et fort les couleurs de la solitude et du ressentiment . Porté par une écriture magistrale , ce récit vous colle un bourdon terrible . Ce petit bonhomme , condamné des la naissance , cristallisant la faute supreme sans en etre en rien responsable , est desormais voué à une vie de ténebres , à une quete sentimentale que l'on sait vaine mais en laquelle il s'evertuera à croire jusqu'au bout , son reve ultime etant de se retrouver enlacé dans les bras de sa mere , désormais baigné d'un amour maternel qui toujours lui fit défaut .
L'on peut accoler pléthore de rimes aux Noces Barbares : carambar , canard , Giscard , j'en passe et des moins bons . Il en est un que l'on doit taire impérativement : espoir .
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Under_The_Moon
Under_The_Moon09 mai 2013
  • Livres 3.00/5
Ludo, rejeté par sa famille, est un genre de petit sauvage à qui on n'a pas inculqué les règles élémentaires (comme la propreté...) et se trouve incapable de livrer le fond de sa pensée à ceux qui l'entourent - seul le lecteur en profite ! le pauvre bougre est rejeté dès sa création et accusé de tous les malheurs du monde, puis on lui rebat sans cesse les oreilles avec le fait qu'il est sale, sournois même et idiot. Pas de quoi s'en étonner lorsque pour seule éducation, il est enfermé dans une sorte de grenier, avec la porte bien fermé à clé, qu'on le nourrit de restes (quand on daigne le nourrir!) et qu'on ne lui adresse pas la parole.
Quant à l'affection, c'est bien sûr une chimère ! C'est dans la 2ème partie du roman que Ludo comprend petit à petit la tragédie qu'est la sienne, à savoir l'absence d'amour : "Tout le monde s'aimait (...) lui seul restait toujours seul." Alors il s'invente une vie ( "Il prenait livraison des sentiments qu'on lui refusait.").
Pourtant, ni lui ni sa mère ne se libèreront du secret qui les a uni - à savoir le terrible viol de Nicole par 3 soldats américains.
La première remarque que je ferai est qu'il est bien agréable de lire la plume d'un romancier qui écrit bien le français (à l'inverse de certains contemporains portés aux nues par les médias et les éditeurs).
L'écriture est très pudique, il y a beaucoup de non-dits dans cette histoire tragique. Et lorsqu'un évènement est décrit en détails, c'est choquant !
J'ai eu plus de mal à m'habituer au parler paysan des personnages et aux motifs presque gênants du sang, de la nudité et des excréments dans la 1ère partie. le romancier n'attend pas du lecteur qu'il ait de la sympathie pour ses personnages, toutefois, j'ai bien aimé le personnage de Micho, le garagiste généreux et crédule.
J'ai été tour à tour très emballée et gênée par ce roman qui met à mal le mythe de l'instinct maternel et explore l'univers de l'aliénation mentale.
Il servirait presque d'avertissement aux adolescentes naïves qui rêvent du grand Amour.
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canel
canel07 octobre 2015
  • Livres 4.00/5
Ludovic a les même grands yeux verts que son père. Mais son père n'est pas un papa, c'est un violeur. Un soldat américain qui a abusé d'une jeune fille de treize ans avant de retourner dans son pays, auprès de sa femme.
Alors la mère et les grands-parents boulangers de Ludovic ne supportent pas les grands yeux verts du petit garçon, ça leur rappelle le drame. L'enfant vit reclus au grenier, attifé de vêtements féminins, mal nourri : « Nicole avait refusé son lait ; le boulanger refusait son pain. » (p. 30)
De loin en loin, Ludovic reçoit la visite d'une cousine, Nanette, une chouette fille qui essaie de lui apprendre à lire, à écrire. Pourquoi n'irait-il pas vivre chez elle ? Elle ne demande pas mieux. Mais non, il ne le mérite pas...
Terrible roman, sombre, suffoquant, qui nous laisse peu de répit. De rares rayons de soleil avec la tendresse de Nanette, l'affection de Micho, qui réchauffent brièvement le coeur glacé du lecteur, mais pas celui de l'enfant, qui souffre trop, depuis trop longtemps, d'un cruel manque affectif. C'est la reconnaissance de sa mère qu'il attend, il n'y a que cela qui puisse le rendre réceptif à l'amour des autres. Alors le lecteur garde la gorge nouée parce que Ludovic est attachant, bouleversant, mais que visiblement personne ne peut rien pour lui. La seule qui pourrait - sa jeune mère - ne le peut pas, revivant à l'infini à la vue de cet enfant le traumatisme d'un viol collectif, pas aidée par des parents bornés qui ont honte et la traitent de catin.
J'ai dévoré ce livre, au programme de 3e de ma fille. Je l'avais lu à sa sortie en 1985, je me souvenais seulement de l'abandon maternel consécutif à un viol et de la douleur d'un enfant. J'ai redécouvert une excellente plume, très classique, qui pourrait être celle d'un auteur du XIXe, et tous les changements dans la vie de Ludovic que j'avais oubliés. Ce roman est l'un des plus poignants que j'aie lus à ce jour, il me semble, à cause de la douleur morale du petit et du sentiment de révolte et d'impuissance qui étreint le lecteur.
On peut y voir un plaidoyer en faveur de l'avortement, de l'adoption. Mais surtout de la parole entre adolescents et adultes - les dégâts auraient été moindres si les parents de la gamine violée n'avaient pas réagi ainsi.
C'est une bonne idée de faire lire ce roman à des collégiens dès 13-14 ans, si souvent persuadés d'être mal aimés, d'avoir des parents tortionnaires, d'être enfermés... Suis mon regard, ô jeune fille qui ressors de cette lecture impressionnée et conquise.
Le roman a été adapté en film, cela me bouleverse d'imaginer qu'on ait pu faire endosser ce rôle à un enfant.
• Merci à Latina qui me précise que "c'est surtout sur le Ludovic jeune homme (Thierry Frémont) que le réalisateur a insisté, et sur la mère (Marianne Basler)".
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LiliGalipette
LiliGalipette02 avril 2011
  • Livres 5.00/5
Roman de Yann Queffélec. Lettre Q de mon Challenge ABC critiques Babelio.
"À treize ans, bientôt quatorze, elle en paraissait dix-huit avec ce corps déjà mûr, cette bouche sanguine, ces yeux bleus en amande, et ces longs cheveux vermeils comme un feu sur les épaules." (p. 13) D'être aussi jolie, la jeune Nicole Blanchard, fille des boulangers du village, devient la proie de trois militaires américains. de belles promesses en viol collectif, la vie de Nicole chavire et se brise à tout jamais. de cet épisode liminaire étourdissant de violence naît Ludovic, Ludo, un gamin qui ne cessera jamais de mendier l'amour de sa mère.
On rencontre Ludo après une ellipse de sept ans. L'enfant est cloîtré dans un grenier sordide et il guette les visites de sa mère. Légèrement idiot, il se sait banni, honni, vomi par une famille qui n'a pas voulu de lui. "Nicole avait refusé son lait ; le boulanger refusait son pain." (p. 30) Quand Michel Bossard, dit Micho, propose d'épouser Nicole et d'assumer Ludo, un horizon se dévoile pour l'enfant. "Ce mignon qui n'avait pas de papa, avec une maman qu'osait pas l'aimer comme il faut, il a les deux maintenant. Et même un frangin. Tu vas m'appeler papa, mignon ! " (p. 61) Mais le gros bon coeur de Micho ne suffit pas à construire un foyer dans lequel Ludo et Nicole peuvent cohabiter et s'apprivoiser. Nicole voit en son fils l'incarnation de son malheur et, de haine dégoûtée en mépris sournois, elle n'a de cesse de repousser ce gamin affamé de tendresse et de reconnaissance. Ludo est envoyé dans un centre pour malades mentaux, mais il n'y trouve pas davantage sa place. C'est finalement sur un vieux cargo échoué et rongé de rouille qu'il créera son havre de paix, face à l'océan qui le fascine et dans l'attente inassouvie d'un geste de celle qui n'a jamais su être sa mère.
Ces noces barbares, c'est d'abord le viol que subit Nicole, enfant dans un corps menteur. Ludo, ensuite, sera un éternel enfant, rêvant de noces de sang avec sa mère. Ébloui d'amour, il trace sans les comprendre des dessins macabres : "son obsession favorite : un visage de femme entrevu par les doigts écartés d'une main noire." (p. 116) Sans le savoir, il trace la ligne de son propre destin en "une allégorie du malheur : la main comme une gifle au néant, les cheveux laqués rouges pareils à du vrai sang." (p. 204)
Ludo le mal-aimé débite un monologue muet, un souffle intérieur sans ponctuation dans lequel il rassemble ses sentiments et ses peines. Son cri silencieux est un aveu d'amour à l'indifférence incarnée. "Il écrivait à sa mère, mais n'envoyait plus les lettres. Il avait détourné son cahier de catéchisme à cet usage : journal de bord sans date où, s'adressant des réponses imaginaires, il prenait livraison des sentiments qu'on lui refusait. [...] La réalité semblait courir à son rythme, il entendait en lui battre des mots qu'il s'interdisait d'écouter : on l'abandonnait. Dans ses mains calleuses, il contemplait cette évidence : on l'abandonnait. Dans ses yeux il voyait sa mère absente, il fuyait les miroirs, il fuyait sa mémoire, et vaincu fuyait ce dont il était sûr depuis sa naissance : on l'abandonnait." (p. 257)
La détresse de ce gamin qui pousse au hasard du malheur est puissamment mise en mots par Queffélec. J'avais lu ce texte vers mes douze ans et l'impression bouleversante n'est jamais passée. le reprendre aujourd'hui, c'est retrouver la même émotion et la même haine impuissante face à la figure maternelle. Prix Goncourt en 1985 (décidément une année exceptionnelle !), ce roman ne fane pas. Intemporel, il chante pour toujours la douleur des enfants orphelins d'amour.
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Citations & extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
canelcanel08 octobre 2015
Le psychiatre se mit à pontifier d'un ton grognon.

« Ludovic est un cas médicalement... peu répandu. Un arriéré de type asilaire, aucun doute là-dessus, mais difficile à catégoriser. Chez lui, c'est l'oblitération des processus cognitifs qui est caractéristique. Pour l'adolescent ce manque est généralement catalyseur d'une dégradation des mécanismes adaptatifs, lexie, latéralité, ce qui est bien sûr très amputant. Ludovic a mécanisé tous ses complexes à contretemps. Il n'a pas eu le pénis paternel ni le sein maternel à mentaliser pour l'élaboration d'une sexualité homogène...

- Et pour le rapport, docteur, intervint le Maire avec nervosité, vous n'auriez pas une formule en deux, trois mots ? »

Le docteur Waille le fusilla du regard.

« Ecrivez donc "dysfonctionnalité paranoïde" et ça suffira. »
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petite-feepetite-fee03 août 2010
Ce soir-là, Nicole rentra vers minuit. Ludo était couché depuis peu. Pareil à ces condamnés ignorant l'échéance du verdict ou ces vieillards lassés d'attendre la mort, il reprenait plaisir à vivre et s'interdisait de penser au futur. Il entendit la Floride arriver de loin, piler à grand bruit, la portière claquer, le crochet du portail racler sur le gravier, puis le moteur s'emballer et la tôle grincer contre les montants de granit : Nicole une fois de plus avait trop bu - sa voiture était une gimbarde. Il s'enfouit dans les draps quand elle se mit à crier son nom du rez-de-chaussée, ne cessant de brailler tout en montant l'escalier.

"Ludo !"

Elle était là, sur le seuil, la respiration sifflante, se découpant dans la lumière du corridor.

"Ludo !... je voudrais que tu disparaisses."
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LiliGalipetteLiliGalipette02 avril 2011
"Il écrivait à sa mère, mais n'envoyait plus les lettres. Il avait détourné son cahier de catéchisme à cet usage : journal de bord sans date où, s'adressant des réponses imaginaires, il prenait livraison des sentiments qu'on lui refusait. [...] La réalité semblait courir à son rythme, il entendait en lui battre des mots qu'il s'interdisait d'écouter : on l'abandonnait. Dans ses mains calleuses, il contemplait cette évidence : on l'abandonnait. Dans ses yeux il voyait sa mère absente, il fuyait les miroirs, il fuyait sa mémoire, et vaincu fuyait ce dont il était sûr depuis sa naissance : on l'abandonnait." (p. 257)



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LSHLSH02 septembre 2012
Le couvert était dressé, le dîner n'allait pas tarder.

En entrant dans la salle de jeux, il eut un mouvement de recul. Il ne pourrait jamais s'habituer. Tous les enfants étaient là, mal à l'aise, penchés, adonnés à leurs tics natals, poussant des vagissements et de petits cris, fixant l'air béatement, debout dos au mur ou serrés autour de la table, et trompant Dieu sait quelle attente avec des bouts de laine et des regards entendus ; l'un d'eux semblait consulter un album sur les galaxies qu'il pointait d'un doigt vibrant.

Ils avaient fait leur journée. Ils avaient lancé des volants, ratissé les allées, coupé du carton, dessiné des étrangers, rendu grâce au ciel, écouté la Petite musique de nuit - " mais non Benoît, Mozart n'est pas un étranger, c'est un grand musicien, mais oui, un enfant si tu veux..." Ils avaient tout avalé : Mozart, les pingouins, la purée du dîner, les cachets blancs du sommeil, les coups de sifflet, les milliers d'instants qu'il faut passer pour ne rien vivre et de pas qu'il faut sacrifier pour aller nulle part, ils allaient s'endormir ignorants du sommeil. Ludo les vit alors se tourner vers lui, le doigt sur les lèvres, et lui faire "chuuut" avec solennité. Il répondit par un cri sans fin.
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lisa3lisa313 février 2011
Ludo compta qu'il était au Centre Saint-Paul depuis dix mois. près d'un an. sa mère n'était jamis venue le voir, il n'était jamais sorti, Tatav ne l'aimait pas, Micho agitait les promesses d'un retour aux Buissonnets dont on le payait avec du vent. Alors il fut envahi physiquement par la nostalgie : il revécut les odeurs du soir au grenier, les nuits d'affût contre la porte maternelle, les après-midi à la mer, les petits déjeuners, les avanies, bons et mauvais souvenirs arrivant égaux et dorés jusqu'à lui, et le ressentiment qu'il éprouvait rejaillit sur les enfants.
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Vidéo de Yann Queffélec
https://www.librairiedialogues.fr/livre/8351337-dictionnaire-amoureux-illustre-de-la-bretagne-queffelec-yann-grund Rencontre avec Yann Queffélec, qui a eu lieu le 27 novembre 2015 à la librairie dialogues à Brest, à l'occasion de la parution du livre le dictionnaire amoureux illustré de la Bretagne (éditions Plon/Gründ/Fayard). Réalisation : Ronan Loup.
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