ISBN : 2246637414
Éditeur : Grasset (2002)


Note moyenne : 4.13/5 (sur 38 notes) Ajouter à mes livres
"À Paris, Richelieu fit venir son luthiste et lui demanda d'interpréter la chaconne intitulée Le Dernier Royaume. Puis il joua les Ombres qui errent, pièce dont François Couperin reprit le thème principal sous le nom Ombres errantes dans so... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par Labyrinthiques, le 05 avril 2012

    Labyrinthiques
    Il est mal­aisé, je trouve, de par­ler des œuvres de P. Qui­gnard. Déjà parce qu'elles sont le plus sou­vent inclas­sables, “pas à leur place” dirait l'auteur (et ceci est d'autant plus vrai pour les volumes qui com­posent ce mys­té­rieux Der­nier Royaume). Écri­vain de l'interstice, du non-socialement-conventionné, l'écriture de P. Qui­gnard échappe aux défi­ni­tions lit­té­raires et au for­ma­lisme uni­ver­si­taire dure­ment acquises au cours des siècles : ni roman, ni poé­sie, ni essai, ni auto-fiction, ni écrit tota­le­ment auto­bio­gra­phique, phi­lo­so­phique ou phi­lo­lo­gique, et tout à la fois, Les ombres errantes se situe dans cet inter­valle indé­fi­nis­sable qui s'établit entre le récit (en l'occurrence ici plu­sieurs récits, fables ou contes, jux­ta­po­sés tels un patch­work) et la pen­sée errante, vaga­bonde, qui cherche sans savoir, qui sait sans trou­ver. Cela abou­tit concrè­te­ment à une trame dis­cur­sive dis­jointe, comme épar­pillée, dis­sé­mi­née, qu'il fau­drait res­sem­bler, relier, renouer, rejoindre, et qui donne à entendre le timbre d'une pen­sée, une pen­sée dont la qua­lité pre­mière est d'être indo­cile à l'ordre, au clas­si­fié, à la logique, d'être régie par l'obsession, la répé­ti­tion du même, le sou­ve­nir, le désir et l'errance.
    Il res­sort de cette lec­ture facile et pour­tant exi­geante, l'impression d'être sur une barque (peut-être que la Barque silen­cieuse qui appa­raît au volume VI de son Der­nier Royaume influence ma per­cep­tion), une péniche des­cen­dant len­te­ment un canal pai­sible et silen­cieux. le passager-lecteur, assis der­rière le bas­tin­gage, per­çoit bien des choses, il observe, avec une cer­taine indif­fé­rence ou une jubi­la­tion inté­rieure, le moindre des détails, ici un bou­quet d'herbes folles, là un saule plon­geant ses branches dans l'eau sombre, là encore une souche juchée sur la berge, il remarque que le décor change, n'est plus tout à fait le même, que le soleil, lui-même, s'est un peu déplacé, que les ombres ne pointent plus dans la même direc­tion… Il se ras­sure à chaque fois qu'il fran­chit une écluse : c'est une étape, un cap qui lui prouve que le temps a passé, que la barque avance mal­gré tout, que le voyage conti­nue… Mais dans le même temps il doute aussi, se deman­dant s'il n'a pas déjà passé cette écluse, si le temps n'a pas fait machine arrière et si sa rade n'a pas remonté le cou­rant à son insu. Car ce voyage est si lent, si imper­cep­tible, ou si glo­ba­le­ment perçu et recons­ti­tué par les liens ténus et mys­té­rieux que lui sug­gère son cer­veau qu'il en perd toute sen­sa­tion de mou­ve­ment spa­tial et temporel.
    Voilà l'effet que m'a pro­curé les Ombres errantes, qui vous l'aurez deviné n'est pas racon­table mais hau­te­ment lisible, lisible à la lisière du livre. On entend encore, en fond très loin­tain, les voix de Blan­chot, de Lévi­nas, mais ces voix sont ténues, celle de Qui­gnard a pris son envol pour son Der­nier Royaume.

    Lien : http://www.labyrinthiques.net/2009/10/20/les-ombres-errantes-pascal-..
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    • Livres 4.00/5
    Par meyeleb, le 08 septembre 2011

    meyeleb
    Une invitation au bal des ombres : celles de sages chinois ou d'illustres antiques qui croisent les notes du clavecin de Couperin. Ombres qui nous parlent de la vie et bien sûr de la mort, dans une sorte de réflexion intérieure à laquelle nous convierait l'auteur, dépositaire des âmes du passé.
    Quand je lis Quignard, ça me laisse toujours cette impression que j'étais toute petite (dans mon savoir, ma vision du monde et des hommes), que grâce à lui j'ai un peu grandi , mais qu'il reste tant à découvrir ! C'est profond, souvent poétique, philosophique. Une écriture esthétique, exigeante, qui nous sort des lectures "ordinaires", nous "élève".
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    • Livres 4.00/5
    Par Philippe67, le 14 octobre 2011

    Philippe67
    ceci n'est pas un roman!
    C'est une oeuvre étrange, poétique, une suite de pensées, d'errances de l'auteur qui nous entraine avec lui dans son monde intérieur.
    Comme toujours chez Quignard c'est profond mais très détaché comme s'il était un observateur extérieur, parfois assez froid.
    Je ne crois pas qu'il faille découvrir Quignard par cette oeuvre assez particulière, mais si on aime cet auteur c'est un livre à ne pas "rater".
    Pour moi Pascal Quignard fait vraiment partie des grand écrivains de langue française actuels.
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Citations et extraits

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  • Par Labyrinthiques, le 05 avril 2012

    On ne sait pas bien quand le propre et le sale se sont sépa­rés dans les socié­tés et les consciences des hommes. […]

    Le sacré n’a jamais été aussi omni­po­tent que dans les socié­tés modernes. On ne s’est jamais à ce point séparé des cadavres, sang des mois, cra­chats, morves, urine, fèces, croûtes, pous­sière, boue.

    Nous sommes tous des prêtres maniaques dans nos cuisines.

    Nous sommes des tyrans fous dans nos salles de bains.

    Il est dif­fi­cile de dis­so­cier les notions d’hygiène, de morale, de sacri­fice, de pen­sée, de racisme, de guerre. Nous épions l’autre, le non-classifié social ou sen­so­riel, le para­site, la sou­ris, la salive, le mar­gi­nal, les habi­tants des inter­stices (les arai­gnées et les mulots ou les scor­pions je sont jamais ni dedans ni dehors), les uni­ver­si­taires auto­di­dactes, les mam­mi­fères pois­sons, les juifs chré­tiens, les mères céli­ba­taires, l’eau non potable, les habi­tants des fron­tières qui s’agisse des ter­ri­toire des pays ou des corps, le sperme, les épingles, les rognures d’ongle, la sueur, la glaire, les reve­nants, les pho­bies, les fan­tasmes (qui piratent le mur qui devrait sépa­rer la veille du som­meil). L’art est une pro­duc­tion parasitaire.

    Celui qui fait sur­gir ce qui jusqu’à lui n’est pas appar­tient au règne de l’inapproprié.

    Il n’est pas à sa place. C’est la défi­ni­tion même de la saleté : Quelque chose n’est pas à sa place. Un sou­lier est propre sur le plan­cher. Il est sale pour peu qu’on le pose sur la nappe, parmi les fleurs, l’argenterie et les verres ali­gnés.
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  • Par Labyrinthiques, le 17 octobre 2011

    On ne sait pas bien quand le propre et le sale se sont sépa­rés dans les socié­tés et les consciences des hommes. […]

    Le sacré n’a jamais été aussi omni­po­tent que dans les socié­tés modernes. On ne s’est jamais à ce point séparé des cadavres, sang des mois, cra­chats, morves, urine, fèces, croûtes, pous­sière, boue.

    Nous sommes tous des prêtres maniaques dans nos cuisines.

    Nous sommes des tyrans fous dans nos salles de bains.

    Il est dif­fi­cile de dis­so­cier les notions d’hygiène, de morale, de sacri­fice, de pen­sée, de racisme, de guerre. Nous épions l’autre, le non-classifié social ou sen­so­riel, le para­site, la sou­ris, la salive, le mar­gi­nal, les habi­tants des inter­stices (les arai­gnées et les mulots ou les scor­pions je sont jamais ni dedans ni dehors), les uni­ver­si­taires auto­di­dactes, les mam­mi­fères pois­sons, les juifs chré­tiens, les mères céli­ba­taires, l’eau non potable, les habi­tants des fron­tières qui s’agisse des ter­ri­toire des pays ou des corps, le sperme, les épingles, les rognures d’ongle, la sueur, la glaire, les reve­nants, les pho­bies, les fan­tasmes (qui piratent le mur qui devrait sépa­rer la veille du som­meil). L’art est une pro­duc­tion parasitaire.

    Celui qui fait sur­gir ce qui jusqu’à lui n’est pas appar­tient au règne de l’inapproprié.

    Il n’est pas à sa place. C’est la défi­ni­tion même de la saleté : Quelque chose n’est pas à sa place. Un sou­lier est propre sur le plan­cher. Il est sale pour peu qu’on le pose sur la nappe, parmi les fleurs, l’argenterie et les verres ali­gnés. (pp. 105, 106)
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  • Par meyeleb, le 20 septembre 2011

    Sans solitude, sans épreuve du temps, sans passion du silence, sans excitation et rétention de tout le corps, sans titubation dans la peur, sans errance dans quelque chose d'ombreux et d'invisible, sans mémoire de l'animalité, sans mélancolie, sans esseulement dans la mélancolie, il n'y a pas de joie.
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  • Par brigetoun, le 17 mai 2010

    On parle du courant du fleuve. Que serait le couru ? Le couru serait la source juste avant le jaillissement. Ce serait le perdu qui revient dans l'avenir qui se perd. Au mot présent il faut préférer le mot plus sûr de passant. Le présent est le passant du temps. Mais de cela je doute. Je doute que le passant du temps soit sa source. Il est possible que dans le passant du temps le passé soit l'énergie (le noyau, le trou noir qui gît au sein de l'affluence, qui déclenche le flux). Comme le mot courant dit quelque chose de plus profond que toute l'eau du fleuve.
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  • Par meyeleb, le 14 septembre 2011

    Il y a un monde qui appartient à la rive du Léthé.
    Cette rive est la mémoire.
    C'est le monde des romans et celui des sonates, celui du plaisir des corps nus qui aiment la persienne à demi refermée ou celui du songe qu l'aime plus repoussée encore jusqu'à feindre l'obscurité nocturne ou qui l'invente.
    C'est le monde des pies sur les tombes.
    C'est le monde de la solitude que requiert la lecture des livres ou l'audition de la musique.
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