ISBN : 2020991098
Éditeur : Editions du Seuil (2009)


Note moyenne : 4.5/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres

« Les romans imaginent une autre vie. Qu’est-ce qu’une autre vie sinon une autre intrigue ?Le large existe ».

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Critiques et avis(2)

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  • Par liberlibri, le 29 novembre 2009

    liberlibri
    « A quoi sert d'écrire ? A ne pas vivre mort. »
    Dans ce 6e volume de Dernier royaume, Pascal Quignard a fait le choix d'écrire précisément sur la mort et la « barque silencieuse » dont il est question est évidemment celle de Charon, qui n'est pas sans rappeler la « barque d'os » d'un Jaccottet. En quatre-vingt-six courts chapitres, Pascal Quignard mêle anecdotes historiques, récits, contes et mythes, autofiction même et il recrée une fois encore cette atmosphère propre à Dernier royaume. Il y décrit pléthore des rites qui entourent la mort, poussant parfois si loin le souci du détail qu'il explique au lecteur, avec une précision d'entomologiste, à quel rythme les chairs se décomposent, à quel moment les os se désunissent. Certaines pages sont pesantes mais vite ponctuées d'épisodes divertissants qui ne sont pas sans rappeler les romans terrifiants, notamment le Moine de Lewis dans la traduction d'Artaud. Inoubliable comtesse de Hornoc, triste petit crâne qui chante.
    Certains aristarques ont pu reprocher à Quignard d'être bouffi d'érudition alors qu'il n'en est rien ; les vastes connaissances partagées ici servent au contraire les motifs du deuil et de la perte, sans jamais les occulter. Pascal Quignard n'a rien d'un mandarin, il tient plutôt du gardien de phare qui, nourri de lectures. Il n'hésite pas à confronter son lecteur à la peur du vide, à l'accompagner dans les questionnements qu'il fait émerger : « Tout destin humain est : l'inconnu de la mise au monde confié à l'inconnu de la mort. » C'est un livre dont on ressort avec l'impression d'avoir avancé.
    Au fil du texte, l'écrivain fait ressortir tous les liens qui se tissent entre la mort et les mots. Comme les morts, les mots manquent à celui qui écrit. La lecture, quant à elle, renvoie à la solitude de l' »autre monde » mais elle constitue aussi une « retrouvaille possible avec l'interne ». Selon Quignard, tout être est à la recherche de l'antre originel du giron de la mère et souffre de cette perte. Chez D'aubigné par exemple, dont la mère mourut de l'avoir mis au monde, cette désolation est souvent exprimée, de même que la conscience d'être né d'un « sein-sépulcre ». Quignard ne fait pas mention de D'Aubigné mais cette conscience aiguë de la naissance qui laisse l'homme aller seul vers sa fin leur est commune.
    La « barque silencieuse » qui glisse au fil des pages sans jamais faire frissonner l'onde met des mots sur bien des tabous. C'est une ode à la solitude, qui rappelle, citant Barthes que « la seule chose qu'un pouvoir ne tolère jamais c'est la contestation par le retrait. » C'est aussi le texte d'un défenseur acharné de la liberté individuelle qui répète à l'envi avec Epictète que « la porte est ouverte » car, pour lui, « le suicide est certainement la ligne ultime sur laquelle peut venir s'écrire la liberté humaine ». C'est enfin le plaidoyer d'un athée radical pour qui ne pas croire est l'expression ultime de la liberté de l'individu.
    « Je nomme athée celui qui vit sans dieux, dont l'âme est sans foi, dont la conscience est exempte de peur, dont les moeurs ne s'appuient pas sur des rites, dont la pensée est sauve de tout référence à dieu, diable, démon, hallucination, amour, obsession, dont la mort est accessible à l'idée de suicide, dont l'après-mort est néant. »
    Il faut lire ce livre de Quignard, ne serait-ce que pour cet incipit magnifique et presque testamentaire, qui livre une très juste définition du littéraire : « J'aurai passé ma vie à chercher des mots qui me faisaient défaut. Qu'est-ce qu'un littéraire ? Celui pour qui les mots défaillent, bondissent, fuient, perdent sens. »

    Lien : http://www.liberlibri.fr/?p=997
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Vincent Landel pour le Magazine Littéraire

    Pascal Quignard poursuit son magnifique exil des hommes, commencé par ses Petits traités, repris dans son Dernier royaume, dont La Barque silencieuse est le sixième tome. Il délaisse définitivement le roman, se... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 30 septembre 2011

    Une bêche, un sécateur, une hache pour le petit bois, deux bottes en caoutchouc pour la terre spongieuse, un parapluie jaune pour le ciel, un crayon à papier et le dos des enveloppes -- la vie solitaire ne coûte pas extrêmement cher quand on la rapporte aux sept bonheurs qui l'accompagnent.
    Ce ne sont que les jours.
    Plus d'autre musique dans ce monde que le bruit de l'eau et des barques précautionneuses des pêcheurs qui font glisser l'ancre avant de lancer leurs lignes dans la brume qui glisse sur l'eau grise.
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  • Par nadejda, le 06 novembre 2011

    Vieille Bible latine que je pris à ma grand-mère maternelle quand elle mourut, seule, sur le tapis du couloir, le long du long couloir tapissé de livres, rue Marié-Davy, dans le XIVe arrondissement. Au fond de moi je suis encore la rue d'Alesia. Je prenais la rue du Lunain. Sans cesse je tourne les pages que sans fin mouillant son doigt, elle tournait, les lunettes posées tout au bout de son nez, une grosse loupe dans la main, à l'angle de la fenêtre. Sans cesse je suis alors à ses côtés. Sans cesse je recopie le latin mystérieux.... p 87-88
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  • Par nadejda, le 26 novembre 2010

    Solitudo est un vieux mot latin qui signifiait le désert.
    L'appel de la solitude est une des voix les plus irrésistibles qu'adressèrent dès l'origine les sociétés aux hommes.
    La solitude est une expérience universelle. Cette expérience est plus ancienne que la vie sociale car toute la première vie, dans le premier royaume, a été une vie solitaire.
    ...En chinois lire et seul sont des homophones. Seul avec le Seul
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  • Par liberlibri, le 29 novembre 2009

    Je nomme athée celui qui vit sans dieux, dont l’âme est sans foi, dont la conscience est exempte de peur, dont les moeurs ne s’appuient pas sur des rites, dont la pensée est sauve de tout référence à dieu, diable, démon, hallucination, amour, obsession, dont la mort est accessible à l’idée de suicide, dont l’après-mort est néant.
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  • Par liberlibri, le 29 novembre 2009

    J’aurai passé ma vie à chercher des mots qui me faisaient défaut. Qu’est-ce qu’un littéraire ? Celui pour qui les mots défaillent, bondissent, fuient, perdent sens.
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