Depuis le temps que j'avais envie de découvrir les aventures de Paul, il aura fallu que
Michel Rabagliati reçoive le Prix du public à Angoulême cette année pour que je puisse enfin trouver facilement un de ses albums sans passer par la case « Commande » obligatoire.
En même temps, je n'ai pas vraiment eu le choix, le seul album disponible étant évidemment le dernier en date, celui primé à Angoulême,
Paul à Québec.
Ce n'est pas forcément par celui-ci que j'escomptais entamer ma découverte de ce personnage. Tant qu'à faire, autant commencer par le début, non ?
Autant le dire tout de suite, j'ignorais totalement de quoi il retournait dans ce
Paul à Québec.
Je suis entré doucement dans l'univers de Paul, m'invitant chez Roland et Lisette Beaulieu, ses beaux-parents.
Dans leur maison de Saint-Nicolas, à deux pas de Québec, Roland et Lisette reçoivent à l'occasion du week-end de la Saint Jean-Baptiste leurs trois « lapins », Suzanne, Lucie et Monique, leurs époux respectifs et leurs « petits-lapins ».
Et voilà la maison bruissante des va-et-vient d'une nichée de treize personnes !
Comme Paul, je me suis mis un peu à l'écart, observant le fonctionnement de cette famille : les grandes tablées, les boutades qui fusent, les discussions animées, les esprits qui s'échauffent dès que la politique affleure, les parties de jeu de société qui s'éternisent jusqu'au milieu de la nuit, les enfants qui courent partout, les nuits plus ou moins agitées, plus ou moins inconfortables, les uns installés dans la chaufferie, les autres casés dans l'ancien bureau…
Une famille ordinaire, quoi.
Le week-end est terminé, et nous voilà un an plus tard. Paul et Lucie ont décidé de quitter leur appartement pour acheter une maison, ce qui n'est pas pour réjouir leur fille Rose, déstabilisée par ce changement d'environnement et triste d'avoir laissé ses amis sur place.
Dans le même temps, Paul se met à son compte comme dessinateur indépendant et découvre les joies de l'informatique et d'Internet (hilarant et tellement vrai !).
Des petites choses, simples, légères, drôles parfois, plus graves par moment, toujours empreintes de nostalgie.
Puis, un voile de tristesse assombrit le paysage : Roland, le beau-père de Paul, est atteint d'un cancer.
Dès lors, l'émotion prévaut. Sans pathos ni sensiblerie,
Michel Rabagliati raconte comment la famille fait corps face à la maladie du patriarche, comment les uns soutiennent les autres et comment tous l'accompagnent dans ses derniers instants. Il dit aussi la dégradation physique de Roland, son agonie, les veilles organisées par ses filles, les silences lourds de signification, l'attente, la réaction des petits-enfants…
Au fil de la progression de la maladie de Roland, le récit s'accélère ; d'abord de mois en mois, puis de jour en jour, comme si le temps soulignait l'urgence de qu'il y avait à profiter des derniers moments passés avec le vieil homme.
La ligne claire et épurée du dessin en noir et blanc de
Rabagliati aide à la diffusion de l'émotion de ce récit délicat sur la perte, sur le temps qui passe, pas vraiment drôle mais d'une tristesse juste et salvatrice, émaillée d'accès de rire incontrôlables et salutaires. L'histoire se termine sur une touche de poésie joliment amenée par la petite Rose.
Si certaines allusions sont vraiment parlantes pour les seuls Québécois (la guerre que se livrent Montréal et Québec sur la prononciation du mot « poteau », les lieux mythiques comme le restaurant Madrid, le non à l'indépendance du Québec…), cette histoire familiale est universelle.
Lien : http://www.incoldblog.fr/?index/oeuvres/Paul%20%C3%A0%20Qu%C3%A9bec