Après
Paul à Québec,
Paul au Parc est ma seconde incursion dans l'univers de
Michel Rabagliati.
Comme souvent, j'ai acheté cet album sans même savoir quel en était le sujet véritable.
Je m'attendais donc à retrouver Paul là où je l'avais laissé, après la mort de son beau-père.
Perdu, joue encore !
Rabagliati retourne dans l'enfance de son « double de papier ».
De parc, il n'est pas (presque) question dans cet album qui se concentre essentiellement sur deux découvertes déterminantes que fera Paul au début des années 1970, alors qu'il a dix/douze ans : le scoutisme et la bande dessinée.
Une période qui se révèlera lourde de conséquences sur la suite de son existence.
Ils ont l'air d'avoir bien du fun ces louveteaux que Paul observe de loin. La bande de gamins s'égaye bruyamment, chante à tue-tête, galope dans tous les sens… Autrement plus rigolo que de passer son après-midi au parc, à piloter seul un cerf-volant.
Paul ne tarde pas à rejoindre les scouts, intègre la sizaine des Bruns, malgré les moqueries de sa sœur aînée. Il part en camp de vacances avec sa nouvelle gang de copains, découvre la guitare et les soirées chantantes autour du feu au son des incontournables Hugues Auffray, Simon & Garfunkel…
Mais ce sont surtout les moniteurs qui vont le marquer à jamais. de jeunes adultes, plutôt gauchistes idéalistes que cathos conservateurs, qui n'hésitent pas à prendre des libertés avec le dogme de
Baden-Powell.
Pour le jeune Paul qui compose maladroitement ses premières planches de BD, leurs encouragements seront décisifs. Ainsi « adoubé » par des aînés qu'il considère comme des modèles, il va gagner cette confiance en lui qui le conduira à faire le parcours qu'on lui connaît aujourd'hui.
Il est fort
Rabagliati. À partir de trois fois rien, il bricole une jolie histoire semi-autobiographique, teintée de nostalgie et d'humour malicieux. Un récit à l'atmosphère faussement légère et insouciante, où une simple dalle de marbre fait basculer le destin d'un gamin et où le guide Comment on devient créateur de bande dessinée de
Franquin et Gillain décidera de son avenir.
Préoccupé par les problèmes d'un garçon de son âge (les copains, le dessin, et le premier amour en la personne de la belle Hélène), le petit Paul est totalement indifférent aux actions des indépendantistes du Front de Libération du Québec (FLQ) qui va plonger le pays dans une crise politique grave qui inquiète les adultes.
Ces allusions aux troubles politiques d'octobre 1970,
Rabagliati les distille au compte-gouttes : ici un graffiti sur un mur de la ville, là un reportage diffusé par la nouvelle télé couleurs, là encore un article en une d'un journal… Façon subtile d'inscrire l'Histoire de la Belle Province en trame de fond de sa propre histoire.
N'allez pas imaginer pas pour autant que ces références puissent ennuyer un lecteur français. Bien entendu, le clown Koko, les Sultans et autres figures de l'époque ne nous parlent pas de ce côté de l'Atlantique. N'empêche qu'au même moment, chez nous, Les Barios passaient à la télévision et les jeunes filles tapissaient les murs de leur chambre de posters des Chaussettes Noires, Lionceaux et autres Chats Sauvages. Seuls les noms changent ; l'esprit de l'époque demeure.
De la même façon, je n'ai jamais été scout mais l'énergie qui anime les chefs scouts m'a renvoyé à mon expérience de mono dans les colonies de vacances gérées par les mairies communistes de la banlieue parisienne.
Pas besoin d'être Québécois non plus, pour s'amuser - et s'émouvoir - de la résistance de la maman de Paul contre la présence envahissante de sa belle-mère (cette tendance, apparemment répandue à l'époque, qu'avaient les familles à habiter des appartements contigus est également sujette à de savoureuses scènes chez
Michel Tremblay).
Et plus encore que dans
Paul à Québec, le dessin noir et blanc au style un peu rétro de
Rabagliati colle parfaitement à la période de narration.
Une vraie réussite.
Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2012/03/05/Scout%2C-toujours