> Maurice Lévy (Éditeur scientifique)
> Victorine de Chastenay (Traducteur)

ISBN : 2070403777
Éditeur : Gallimard (2001)


Note moyenne : 3.89/5 (sur 28 notes) Ajouter à mes livres
Emilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle ?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux ? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 14 août 2010

    LiliGalipette
    Roman d'Ann Radcliffe.
    1584. Émilie Saint-Aubert a grandi dans le refuge paisible d'un domaine de Gascogne, entourée des soins tendres et affectueux de parents aimants, au sein d'une nature sereine et généreuse. Tous les talents de l'enfant ont été developpés et Émilie présente toutes les grâces physiques et morales d'une jeune fille accomplie mais garde l'âme modeste. Dans les lieux paradisiaques qui entoure La Vallée, le château de son père, Émilie partage ses journées entre l'étude, la pratique du dessin ou de la musique et de longues promenades. Quand la maladie la prive d'abord de sa tendre mère puis de son père, Émilie se voir confiée aux soins abrupts de sa tante, Mme Chéron, femme acariâtre et sans tendresse. Cette dernière épouse un Italien, le signor Montoni dont la sombre réputation le précède et ne fait qu'augmenter à mesure que ses actes révèlent sa nature violente et perverse. "Il aimait le tumulte et la vie orageuse ; il était étranger à la pitié comme à la crainte. Son courage ressemblait à une férocité animale." (p. 481) Montoni entraîne à sa suite épouse et nièce par alliance en Italie, terre de violence où les condottieri sont légions. Dans son lugubre château d'Udolphe, gothique forteresse perdue dans les Apennins, il tient recluses les deux femmes avec pour dessein d'obtenir d'elles toutes sortes de fortunes et d'accords. le dédale des couloirs et les chambres obscures fournissent à Émilie un nombre infini de terreurs et de craintes. Les portes dérobent de sombres horreurs et tous les recoins semblent abriter des spectres et des secrets sordides. Alors qu'Udolphe est attaqué, Émilie craint pour la vie de son amant, le jeune Valancourt, rencontré lors d'un voyage en Languedoc avec son père. Attachée au seul souvenir de l'élu de son coeur, elle préserve ses forces dans le dessein de le retrouver et de lui offrir et sa fortune et son coeur tout entier.
    Ann Radcliffe sert un roman gothique de la meilleure facture. Tout est là pour susciter la terreur et les émois du lecteurs. Une longue mise en situation permet une connaissance intime de la jeune héroïne pour laquelle toute âme charitable ne peut concevoir que la plus grande pitié et frémir de la plus furieuse injustice à la vue des chagrins qui l'accablent. L'accumulation de ses malheurs est infinie, mais par un curieux effet d'accoutumance et de dépendance, la lectrice que je suis en voulait toujours plus, pour voir tout ce que la pauvre Émilie pouvait endurer, en versant comme il se doit des seaux de larmes et en se pâmant tous les sept paragraphes. Si je suis un peu ironique, c'est parce que je suis éberluée par la faiblesse des nerfs de la jeune fille, mais il semble qu'à l'époque il était de bon ton pour une femme de perdre ses esprits à la moindre contrariété ou frayeur... Petite digression: les malheurs d'Émilie m'ont rappelé ceux de la Justine de Sade, les sévices sexuels en moins. Dans les deux textes, les jeunes filles en fleur, parées de toutes les grâces possibles, sont précipitées dans des univers sombres et violents d'où seule la pureté de leur âme peut les tirer.
    J'en reviens à la nature du roman gothique. Les personnages de noble nature s'opposent aux vilaines âmes qui n'entendent jamais la voix de la raison ou les plaintes éplorées des suppliantes. Les éléments mystérieux et terrifiants sont légions: voix venues de nulle part, lueurs nocturnes vacillantes, voiles noirs qui couvrent des tableaux horrifiques, ombres spectrales, portes vérouillées ou qui grincent, etc. La description du château d'Udolphe, la "gothique splendeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, [qui] en faisaient un objet imposant et sinistre." (p. 312), s'opposent aux charmes naturels et arcadiens de La Vallée, le berceau de l'enfance d'Émilie. le locus amoenus de Lucrèce est revisité et déplacé en Gascogne. Tout s'oppose à la merveilleuse sérénité de La Vallée dont le nom annonce déjà toutes les beautés et les vertus. À la douceur de La Vallée, nature maîtrisée et domptée par l'homme, s'oppose la sauvagerie de la nature intouchée. Les voyages d'Émilie dans les Pyrénées, les Alpes et les Apennins la confrontent à la beauté féroce de paysages accidentés et inexplorés. Son esprit fragile et enflammé par une imagination féconde la pousse à se voir sans cesse dans les pires dangers et vouée aux périls les plus mortels.
    Il se peint en filigrane de ce roman une acerbe critique de la société et des mondanités. La nature telle que la célèbrent Émilie et Blanche est le seul environnement où l'âme peut communier avec le Seigneur. le vice des sociétés et leurs penchants dénaturés sont morbides pour l'esprit et le corps. Seule une âme forte et pure peut résister aux tentations et se défaire des néfastes habitudes de la ville. le danger n'est pas que dans les montagnes reculées ou les châteaux isolés, il est tapi dans les relations douteuses qu'entretiennent les gens du monde. Les secrets que dissimule M. Saint-Aubert autour du portrait d'une autre femme et d'un manuscrit répondent au mystère qui entoure la disparition de la signora Laurentini, ancienne propriétaire d'Udolphe. Si l'on finit par comprendre que les deux histoires se rejoignent et que les coupables sont en fait les victimes, la conclusion des deux drames tend à réaffirmer que le monde, la politique et la vie en société ne sont que frivolités et dangers. La seule source de félicité ne peut se trouver que dans la paisible retraite du monde en un lieu protégé et au sein d'une compagnie choisie et limitée.
    La musique est omniprésente au fil des pages. Émilie pince plus souvent qu'à son tour les cordes de son luth. De nombreux chants et mélodies mystérieux résonnent dans les bois qu'elle traverse. le luth se fait la voix du coeur, des sentiments, des souvenirs et de la mélancolie. le lyrisme est au rendez-vous, la suavité aussi. Tout cela concourt à accentuer l'horreur que véhiculent les éléments du roman gothique.
    Comme dans toute structure manichéenne, il faut que les deux parties s'identifient rapidement. Il me semble que, dans ce roman plus que dans tout autre que j'ai lus, les caractères se lisent sur les visages. Les méchants ont la gueule de l'emploi, les gentils tout autant. Si les personnages principaux bénéficient de longues descriptions qui permettent de ne concevoir aucun doute sur leur naturel, les personnages secondaires sont plus rapidement esquissés, mais plus clairement également. Les domestiques ont tous un défaut majeur qui les qualifie mieux que de longs discours: Ludovico est fanfaron mais brave, Bernardin est sournois et donc traître, etc. le plus bel exemple est pour moi Annette, la chambrière de Mme Chéron puis la suivante d'Émilie. La jeune personne allie à une crédulité sans fond une capacité de bavardage irrépressible. Certes de bonne nature, elle est incapable de tenir un secret : commère accomplie, elle est la gazette de tout ce à quoi Émilie n'assiste pas.
    Le roman d'Ann Radcliffe est ce que je peux appeler une somme: près de 900 pages d'émois, de frayeurs et de questions. Tout se dénoue finalement et la morale de l'auteure est des plus pontifiantes. Voltaire l'a dit à peu de choses près avec le jardin de Candide.
    J'ai particulièrement goûté ce texte, ses ressorts, ses détours. Il n'y a pas plus de fantastique que de surnaturel et c'est là tout le pouvoir du roman gothique: nous faire crier au loup alors que tout s'explique rationnellement. J'ai même découvert l'existence du feu de Saint-Elme. Je sors ravie de cette lecture qui ne m'a pas essoufflée un instant!
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Bibliolibra, le 07 février 2012

    Bibliolibra
    Ceci n'est pas un livre.
    Éminent, redoutable et mystérieux ce «non-livre» peut s'apparenter à un tourbillon passionnant et passionné.
    Ann Radcliffe arrive avec talent à emporter son lectorat en 1584 pour le faire pénétrer un univers singulier troublant de réalisme. Ici pas de «Famille Adams» ni d'«Edouard et de Bella» (pour reprendre des références «hyper» cultes), juste des frissons, des soupirs, des pensées et des ressentis... Elle démaquille le surnaturel, le met à nu, joue avec afin d'apporter aux lecteurs toutes les subtilités que ce monde angoissant d'invisibilité peut comporter. Enfin, elle le met en scène à travers un amour impossible et triste lequel vient saupoudrer de sa fine et tendre poussière les quelques ruines de la vie de l'héroïne.
    Une belle preuve que l'écriture n'a nul besoin d'être surfaite pour provoquer des sentiments et des émotions ou pour créer un univers particulier. le tout est de bien savoir s'approprier les mots et le sens de ce que l'on veut écrire. Une fois que cela est fait, alors on peut peut-être aboutir à un non-livre comme celui-ci.
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Akeera, le 29 janvier 2012

    Akeera
    Alors certes, Les Mystères d'Udolphe c'est quand même 868 pages dans un français un peu passé de mode (Ann Radcliff a publié ce texte en 1794), sans compter la préface, les notices et autres bibliographies sélectives, mais très honnêtement, j'ai vraiment pris mon pied, et j'étais heureuse de voir durer ce fantastique récit qui m'a captivée du début à la fin!
    Si vous avez aimé Jane Eyre ou encore Orgueil et préjugés, il y a de très fortes chances que vous tombiez sous le charme de ce roman mystérieux et très romantique.
    Lorsque Ann Radcliffe publie ce roman, il devient le top du roman frisson, le roman gothique dans la plus pure tradition: une jeune fille pure et douce, de bonne famille, va connaître bien des malheurs après le décès de ses parents. Placée sous la tutelle de sa tante vaniteuse, elle va être arrachée à son amour le chevalier Valancourt, et enfermée dans un château sombre et inquiétant du nouveau mari de sa tante, au milieu de montagnes italiennes.
    Dans cette forteresse se trament des évènements très sombres, et le surnaturel n'est jamais loin puisque des esprits semblent hanter les lieux...
    De l'action, du mystère, des secrets de famille, des rebondissements, un suspense constant, des passions enflammées, du romantisme, des frissons (même si ce qui pouvait sembler très effrayant à l'époque ne le semble plus tellement maintenant), c'est un vrai feuilleton comme on a du mal à en faire aujourd'hui, et en plus c'est écrit en très bon français pour une fois! On s'attache vite à notre héroïne la jeune Emilie, et on ne peut pas se résoudre à l'abandonner dans ses malheurs avant de l'en voir sortie!
    Certes, tout ça peut paraître un peu manichéen, les gentils sont toujours gentils au fond, et les méchants sont toujours vraiment méchants, la bonne morale n'est jamais loin, mais il ne faut pas oublier que ces mots ont été écrits au 18e siècle ou c'était alors l'usage.
    Ann Radcliffe a écrit là un chef-d'oeuvre, qui en plus de nous offrir une formidable aventure nous décrit de magnifiques paysages de notre bonne vieille France. Bref...n'ayez pas peur de vous plonger dans ce gros pavé, ça vaut vraiment le coup!
    ps: Et c'est en Folio pour une dizaine d'euros, donc un rapport qualité/prix imbattable!
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    • Livres 3.00/5
    Par yoshi73, le 18 septembre 2010

    yoshi73
    Émile Saint-Aubert lorsqu'elle perd ses parents à quelques mois d'intervalle se retrouve orpheline. Avant de mourir, son père a souhaité que sa soeur, Mme Chéron, prenne soin d'elle. Après avoir vécu une enfance de bonheur sous le regard aimant de ses parents, Émile va découvrir la méchanceté avec cette tante. Cette dernière épouse un Italien, Montoni, qui n'a pas une réputation sans tâches. Après ce mariage, il est question de quitter la France et d'aller s'installer à Venise. A cette occasion, Emilie va devoir renoncer à celui qu'elle aime, Valancourt, qui n'a pas reçu les faveurs de sa tante. Lorsqu'elle quitte la France pour ce long voyage, Émile a l'impression de quitter tout ce qui lui était cher et perçoit déjà la noirceur de son avenir ... Elle ne sait pas ce qui l'attend dans ce pays étranger mais sent déjà qu'elle ne reverra plus jamais son bien-aimé Valancourt. A Venise, elle se retrouve vite sous la coupe de sa tante et de son oncle qui essaient de conclure pour elle un mariage "prestigieux" avec un comte pour lequel elle ne ressent rien. Alors que le mariage est programmé, il est question de fuir à Udolphe, dans les Appenins, où Montoni possède un château. Ce château, au milieu de nulle part va vite se révéler une prison pour Émile. En plus d'un environnement inhospitalier, le château semble être hanté par des esprits! Depuis cette prison où elle imagine son avenir funeste, Émile ne pense plus qu'à une chose : s'enfuir et retourner en France pour y retrouver Valancourt que son coeur n'arrive pas à oublier ...
    Le fil rouge de ce roman est l'histoire d'amour qui unit Émile et Valancourt et qui a tout d'un amour impossible. le personnage d'Emilie m'a un peu agacé. En effet, c'est une jeune fille un peu trop parfaite qui se plie aux codes et qui pardonne à ceux qui lui causent le plus de mal. J'avais parfois envie de la secouer au cours de ma lecture. Mais malgré ça, je dois dire que j'ai plutôt apprécié le roman.
    Si ce roman a pu effrayer les lecteurs de l'époque, il n'a plus du tout le même effet sur le lecteur contemporain et aucun passage n'est susceptible de vous faire avoir la chair de poule. Cependant, je m'en doutais un peu et ce n'est pas le but que je recherchais en lisant ce livre donc, cela ne m'a pas gêné.
    J'ai trouvé que ce roman était un peu long (certains passages auraient largement pu être écourtés).
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    • Livres 4.00/5
    Par ignatus-reilly, le 23 janvier 2011

    ignatus-reilly
    Le roman gothique par excellence. J'ai adoré ce livre.
    Tout y est une jeune fille pure, orpheline, avec une propension à s'évanouir mais courageuse.
    Un méchant ombrageux, mystérieux, non sans un certain charme, mais machiavélique à souhait.
    Des décors somptueux, une nature sauvage, des montagnes, des forêts sombres et inquiétantes.
    Des châteaux-forts, lugubres, en ruines et hantés.
    La vertu contre le vice, le bien contre le mal.
    Des brigands, des bandits.... des héros au grand coeur.
    Des histoires d'amours impossibles, des crimes.
    Mais la vertu finira par triompher, de même que toutes les histoires de revenants trouveront des explications rationnelles.
    C'est une magnifique histoire qui nous tient en haleine. Et il le faut, vu les presque 900 pages du roman.
    Au départ, Ann Radcliffe l'avait divisé en 4 tomes. C'est dire...
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Citations et extraits

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  • Par hootyowl, le 15 octobre 2010

    Emilie regarda le château avec une sorte d'effroi, quand elle sut que c'était celui de Montoni. Quoique éclairé maintenant par le soleil couchant, la gothique grandeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, en faisaient un objet imposant et sinistre. La lumière s'affaiblit insensiblement sur les murs, et ne répandit qu'une teinte de pourpre qui, s'effaçant à son tour, laissa les montagnes, le château et tous les objets environnants dans la plus profonde obscurité.
    Isolé, vaste et massif, il semblait dominer la contrée. Plus la nuit devenait obscure, plus ses tours élevées paraissaient imposantes.
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  • Par ignatus-reilly, le 23 janvier 2011

    Son esprit agité lui avait présenté toute la nuit les plus effrayantes images et l'avenir le plus sombre. Elle s'efforça de bannir ces sinistres impressions, mais elle passait d'un mal imaginaire à la certitude d'un mal réel.
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  • Par ignatus-reilly, le 23 janvier 2011

    Emilie se sentit entraînée vers une sorte d'admiration pour lui, mais non pas de cette admiration qui pouvait conduire à l'estime ; elle y joignait une sorte de crainte dont elle ne devinait pas la cause.
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  • Par ignatus-reilly, le 23 janvier 2011

    La lumière du jour chassa de l'esprit d'Emilie les vapeurs de la superstition, mais non pas celles de la crainte.
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Le Moine
Feuilleton en six épisodes d'après le roman d'Ann RADCLIFFE "L'italien ou le confessionnal des pénitents noirs".A la fin du 18ème siècle, à Naples et dans le Royaume des Deux Siciles, c'est l'Eglise qui concentre le vrai pouvoir, tandis que, dans sa cour corrompue, Ferdinand 1er se laisse entourer par une noblesse décadente.A l'église de San Lorenzo où le père Schedoni célèbre sa...








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