ISBN : 2253059501
Éditeur : Le Livre de Poche (1992)


Note moyenne : 4.64/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
A la veille de la Première Guerre mondiale, Fred et Flora, deux gamins des rues, battent le pavé de Paris. Mais bientôt le destin va les conduire dans le sillage de la célèbre bande à Bonnot, puis vers l'aventure anarchiste. Mêlant l'histoire au mythe et à l'autobiograp... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par paulotlet, le 23 février 2011

    paulotlet
    Fred Barthélémy traverse le vingtième aux côtés des anarchistes. Et il en a de la chance le jeune ouvrier parisien qui croisera tous ce que le monde d'alors compte comme figures libertaires. De Raymond La Science, l'artificier de la Bande à Bonot au pacifiste Tolstoi en passant par Makhno et Durutti. Fred côtoye les acteurs de l'histoire, Lénine, Trotsky, Zinoviev, Largo caballero. Il est à Moscou en 17, à Barcelone en 36, il vit les purges et les trahisons staliniennes. A travers cette fresque, Ragon nous dit pourquoi on est libertaire. Il nous raconte l'histoire de cette étrange tribu qui croit que la liberté et l'égalité ne sont pas contradictoires, qui refuse toutes les justes lignes, qui se méfie des ordres et de la discipline, qui crache sur la dictature, fût-elle du prolétariat en deux mot qui croit en un socialisme humain. Un livre touchant, à lire en écoutant Addio Lugano bella...
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par BVIALLET, le 27 avril 2012

    BVIALLET
    Au début de l'autre siècle, un petit orphelin, Fred Barthélemy rencontre Flora, une jeune marchande de poisson dont il tombe amoureux. Les deux enfants sont assez vite recueillis par un couple d'anarchistes de Belleville, Victor et Rirette, amis très proches de la bande à Bonnot. Fred fera son éducation politique auprès de Delesalle, un libraire anarchiste et apprendra le russe avec des émigrés fuyant la répression tsariste. Cette connaissance lui épargnera la boucherie de 14 car il sera envoyé par l'armée comme observateur de la révolution russe. Au contact de Lénine, Zinoviev, Kamenev, Trotsky et Staline, il sera horrifié de la manière dont son idéal sera trahi, mais participera néanmoins à la propagation du communisme dans les autres pays d'Europe. Rentré en France au moment du Front populaire, il participera activement à la guerre d'Espagne dans les rangs des libertaires et des anarchistes qui finiront pour la plupart sous les balles des bolcheviques. Il passera la seconde guerre mondiaLe Prisonnier en France dans le camp de concentration de Gurs et ne sera libéré qu'en 1945 sans avoir eu ni procès ni condamnation, ni réhabilitation d'aucune sorte. A la fin de sa vie, il exercera la profession de bouquiniste sur les quais de Paris.
    Un destin exceptionnel, une vie qui en contient dix et qui permet à Michel Ragon de nous brosser une fresque magnifique sur le mouvement anarchiste et libertaire. En compagnie de Fred, dont on se demande s'il a vraiment existé (auquel cas ce livre est un document et non un roman historique), le lecteur croisera le prince Kropotkine (initiateur avec Bakounine du mouvement en Russie), le rebelle anarchiste ukrainien Mackhno, les espagnols Durruti et Pestana, tous ces « vaincus » qui aidèrent à l'avènement du communisme en Russie et ne furent récompensés de leur zèle que par une balle dans la nuque dans les caves de la sinistre Loubianka ou par la déportation dans les neiges du Goulag. Des idéalistes (souvent réalistes) qui jouèrent par naïveté les supplétifs sur tous les fronts et ne furent que des « idiots utiles » des bolchéviques, tout comme les intellectuels bourgeois de l'époque (Romain Rolland, Aragon, Malraux, Barbusse, etc, etc). Un livre utile, passionnant, indispensable sur un sujet rarement abordé (on apprend beaucoup de choses sur un mouvement trop souvent caricaturé pour ses excès de violence et sur certaines affaires peu ragoûtantes comme la fin de Louis Renault bastonné à mort dans la prison de Fresnes, ou celle de Drieu La Rochelle). Presque un siècle de la vie politique mondiale vu du côté des vaincus, des oubliés et des proscrits. Bravo à Michel Ragon pour cette oeuvre de mémoire si différente de la vulgate officielle si complaisante avec les vainqueurs.

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Madimado, le 18 avril 2012

    Madimado
    Une fresque sur l'histoire de l'anarchisme au XX° siècle absolument passionnante ! Fred Barthélémy est un personnage absolument incroyable. Une vie palpitante à travers laquelle l'auteur dresse un portrait de l'histoire européenne récente. Ce livre m'a donné envie de m'intéresser de plus près à d'autres auteurs dont Victor Serge ou Gorki. Une très belle découverte qui m'a ouvert d'autres horizons.

    Lien : http://madimado.com/2012/03/13/la-memoire-des-vaincus-michel-ragon/
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Citations et extraits

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  • Par paulotlet, le 24 février 2011

    Maintenant, tous les soirs, une fois Mariette couchée, Fred posait un cahier d'écolier sur un coin de la table de la cuisine et écrivait ; décrivait tout ce qu'il avait vécu en Russie, l'enthousiasme des premières années de la Révolution, le désenchantement qui suivit, la mise en place de l'appareillage habituel de l'État, la bureaucratisation, la militarisation, l'univers carcéral, les rivalités entre les chefs du Politburo, l'éviction de l'opposition. Il se souvenait que Vergniaud, le leader des Girondins, avait dit de la Révolution française lorsqu'elle devint Terreur : «Saturne dévorant ses enfants». Il voulait intituler ainsi son livre. La Révolution russe, c'était également Saturne dévorant ses fils. L'ogre bolchevik, après avoir avalé goulûment tous ses adversaires, dévorait maintenant ceux qui l'avaient fait ogre. L’ogre s'autodévorait.

    Claudine, perplexe, regardait Fred qui écrivait. Il lui avait affirmé qu'il rédigeait une sorte de rapport qui servirait à prendre certaines décisions politiques. Claudine rétorqua qu’elle ne comprenait pas quel exposé il pouvait bien concevoir, lui qui ne frayait avec personne. Fred répliqua que, justement, il s'absenterait pendant quelques jours et qu'elle ne devrait pas s'inquiéter. Durruti et lui projetaient en effet de rencontrer en Allemagne Erich Mühsam.

    Pourquoi cette Allemagne, qui devait être le pivot de la révolution mondiale ne bougeait-elle pas ? Durruti savait que Mühsam conservait la confiance des anarchistes allemands et il voulait établir une liaison avec eux. Comme Fred Barthélemy connaissait bien Mühsam, il était indispensable qu'il participe au voyage.

    Durruti et Fred préparèrent leur escapade avec une grande exaltation. Fred trouvait en Durruti un camarade à peu près de son âge. Au contraire de Makhno, qu'ils admiraient d'ailleurs tous les deux, mais dont ils constataient l'inéluctable déclin, ils se sentaient sur un tremplin, prêts à bondir. Ni l'un ni l'autre ne savaient où, mais ils pressentaient qu'un jour ils feraient un grand saut.

    Erich Mühsam jouissait en Allemagne d'un prestige exceptionnel dû à la fois à sa responsabilité de membre du Conseil central de la première République de Bavière, en 1919, et à son succès d'écrivain. Poète, essayiste, dramaturge, son style acerbe et son humour avaient rendu célèbre cet homme qui venait d'avoir cinquante ans, l'aîné donc de vingt ans de Barthélemy et de Durruti.

    Mühsam comprenait bien que les bolcheviks l'avaient abusé. En même temps, il s'effrayait à l'idée de décrocher totalement du parti communiste allemand, demeuré très fort, qui lui paraissait le seul rempart sûr contre la montée d'une nouvelle Ligue prolétarienne qui l'inquiétait beaucoup plus que l'éviction, en Russie, de Trotski et de Zinoviev.

    Ni Durruti, ni Alfred Barthélemy, n'avaient entendu parler de ce parti national-socialiste des ouvriers allemands, pas plus que de son chef, Adolf Hitler.

    — Hitler, dit Mühsam, ne paye pas de mine avec son vieil imperméable et son chapeau cabossé. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il porte l'uniforme des chômeurs. Hitler s'identifie à eux et eux croient qu'il les représente. Cet Hitler est un acteur et un metteur en scène qui ne laisse rien au hasard. Depuis dix ans, dans l'ombre, il prépare sa représentation. Il a déjà créé son drapeau (rouge, bien sûr) avec une croix gammée noire ; ses troupes de choc, les S.A., avec des chemises brunes qui singent les chemises noires de Mussolini.
    — Trotski aussi était un grand metteur en scène et un prodigieux acteur, dit Fred. Il n'empêche que sa pièce a fait un four et que le rideau lui est tombé sur la tête.
    — Mais non, sa pièce n'a pas fait un four, répliqua Mühsam. Staline la joue maintenant à bureaux fermés. Il récupère tout : l'armée rouge, la Tchéka devenue Guépéou, la bureaucratie, le parti unique. Staline couche avec ses bottes dans le lit que lui a borde Trotski.
    — Staline, dit Durruti, c'est la victoire des bureaucrates sur les idéologues.
    — Pas si simple, reprit Fred. Du temps de Lénine, Staline se moquait du bureaucrate Trotski. C'est Trotski et Zinoviev qui ont bureaucratisé le bolchevisme. Staline n'est qu'un héritier. Ton Hitler ne me paraît qu'une pâle imitation de Mussolini, lui-même pitoyable matamore. Le danger n'est pas là. Je suis bien placé pour savoir que la pieuvre Komintern étend ses tentacules sur toute l'Europe. Si nous ne réagissons pas, nous serons étranglés. Proclamons partout que l'avenir de la révolution n'est plus en Russie, que la Russie bafoue la révolution. L'avenir de la révolution se trouve en Espagne, avec Pestaña.
    — Oui, appuya Durruti. Nous venons pour que tu comprennes bien ça, pour que tu abandonnes l'idée que la Russie représente encore un espoir. En Espagne, les anarchistes sont majoritaires et il n'y existe qu'un seul parti communiste important, adversaire de celui de Moscou et avec lequel nous pouvons donc travailler.

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  • Par gill, le 08 avril 2012

    La vie est un curieux parcours, plein d'embûches et de découvertes, de surprises et de déconvenues. On vient, on va. On rencontre des gens, que l'on oublie, qui disparaissent. D'autres qui s'insinuent, qui ne vous lâchent plus, qui s'accrochent à vous comme des tiques et dont on sait bien que l'on ne pourra s'en débarrasser qu'en disparaissant soi-même, à tout jamais, sans espoir de retour. Ils sont si pesants parfois, que l'on a envie de devancer l'heure.
    Pourquoi ceux-là et pas ceux-ci, égarés en chemin et dont le souvenir vous obsède.
    Certains sont morts, du moins on le dit, mais ils ne sont pas morts pour vous. Des prétendus morts nous accompagnent, vivent avec nous, en nous, plus que tant de vivants que l'on côtoie chaque jour avec indifférence....
    (extrait du prologue inséré en début de l'édition de poche)
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  • Par BVIALLET, le 27 avril 2012

    Il y a les putes qui sont des paumées et il y a les super-putes, plus familièrement nommées députes. Alors, elles, ce sont les grandes salopes, les bouffeuses de pèze, les fouteuses de merde. Vive les putes, à bas les députes !
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  • Par BVIALLET, le 27 avril 2012

    Ca devait arriver. Quelqu'un, en Occident, finirait par admirer la bureaucratie soviétique. C'était H.G.Wells. Quelqu'un qui n'était pas communiste, qui considérait Marx comme « un raseur de la pire espèce », encensait Staline : « Je n'ai jamais rencontré un homme plus candide, plus honnête, plus juste... Il doit sa position au fait qu'il n'effraie personne et que tout le monde a confiance en lui.
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  • Par BVIALLET, le 27 avril 2012

    Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur dire, aux camarades libertaires qui m'ont envoyé au pays de cocagne ? Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire de cette Révolution qui exalte l'armée, qui dispose d'une police politique terrifiante, qui muselle les syndicats, qui abolit l'inégalité en instituant la pauvreté universelle ? 
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Michel Ragon, président du Prix Ouest, proclame les résultats du prix 2010 à la Roche-sur-Yon et justifie le choix de Sorj Chalandon, écrivain et journaliste, pour son roman "La légende nos pères"








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