ISBN : 2253010960
Éditeur : Le Livre de Poche (1975)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 33 notes) Ajouter à mes livres
Sasseneire est un pâturage de haute montagne que les gens du village délaissent depuis vingt ans à cause d'une histoire pas très claire dont tremblent encore les vieux. Mais faut-il perdre tant de bonne herbe par crainte d'un prétendu mauvais sort, alors que la commune ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 11 février 2009

    Woland
    Certes, avec ses répétitions qui donnent au lecteur l'illusion d'un lent et pesant piétinement de sabots et avec les moments de silence qui s'installent si souvent entre les protagonistes, ce roman a de quoi surprendre. Mais il surprendra moins de nos jours, habitués que nous sommes à l'intrusion de la sécheresse journalistique, des banalités sollersiennes et des rabâchages angotiens dans des ouvrages régulièrement encensés par les sacro-saints médias.
    Pour en finir avec cette histoire de style, je dirai que Ramuz me rappelle Gabriel Chevalier décrivant ses paysans de Clochemerle (la grivoiserie rabelaisienne en moins), Marcel Aymé dans ses romans villageois ou encore Jean Giono nous racontant "regain." C'est lent, ça prend son temps mais c'est aussi lumineux, attentif au moindre détail de la Nature et bourré de poésie.
    Bref, ce n'est pas ça que je retiendrai de "La grande peur dans la montagne." Non, ce que j'en retiens, c'est le parallèle que je n'ai pu m'empêcher de faire entre ce roman à la connotation fantastique et "Le Projet Blair Witch." Jeté comme ça sur un fil webien, rien ne pourrait paraître à première vue aussi antinomique et pourtant ...
    Pourtant, ce que Myrick & Sánchez réussissent à produire en jouant de leurs caméras (ceux qui ont vu le film savent que ce pluriel recèle de diabolique roublardise Nyarknyarknyark ), Ramuz l'a fait en n'utilisant que les mots et les images littéraires : à l'issue du films comme du livre, le spectateur-lecteur se retrouve complètement déstabilisé et ne sait plus que croire. Si quelques menus détails gore et une interprétation de très grande qualité ont aidé les réalisateurs dans leur entreprise, Ramuz, lui, n'a eu que l'encre, le papier et les mots pour matérialiser le cauchemar imaginé par lui. Et ça, c'est du grand Art !
    L'intrigue est très, très simple : le maire d'un petit village vaudois décide de louer un pâturage déserté depuis vingt ans, à la suite d'on ne sait trop quelle histoire qui a laissé quelques morts sur le carreau et beaucoup trop de silences et de non-dits derrière elle. En plus du nouveau locataire et de son neveu, montent donc à l'alpage quatre valets de ferme d'âge adulte et un petit garçon, surnommé traditionnellement "le boûbe" et destiné à remplir les menues tâches. Parmi les hommes, Barthélémy, le seul rescapé de la première aventure, vingt ans plus tôt. Désormais porteur d'une amulette, il se croit à l'abri de toute fâcheuse surprise ...
    Ni spectres, ni apparitions, ni démons dans ce roman. Rien que la Montagne, omniprésente avec ses glaciers et qui change de couleur et d'atmosphère selon que le soleil l'éclaire ou pas. Sous les rayons du soleil ou poursuivis par les ombres qui rôdent au crépuscule, les hommes voient leur visage se transformer, s'avancer ou reculer brutalement comme s'il était doué d'autonomie et n'était en rien tributaire des mouvements du corps qui le porte. La prose faussement simple de Ramuz anime également les bruits du chalet et de l'alpage : un bruit menu sur le toit qui, dans la nuit, s'enfle jusqu'à singer les pas d'un homme (??), celui de la rivière toute proche et glacée, les ronflements des hommes et puis, à l'extérieur, toujours de nuit, l'affolement du troupeau qui a attrapé "la maladie."
    A lire. Sans s'attendre à du Stephen King ou même à du Charles Nodier. Mais à lire, pour nous rappeler que la Nature nous cache bien des choses et est capable de nous haïr. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par vincentf, le 24 juin 2010

    vincentf
    Ce qui frappe d'abord, c'est le style, ce mélange d'ancien et de moderne. Qui nous raconte cette histoire ? « On » ? « Nous » ? « Vous » ? Vu de l'intérieur et de l'extérieur à la fois, on passe des sentiments des personnages, les amoureux, le vieux, le brigand, au récit d'un homme du village quelconque, puis à un narrateur tout à fait extérieur. Rien n'est stable. J'ai souvent pensé au nouveau roman. Crescendo dans l'horreur, oui, mais pudeur, on ne dit pas, ou au dernier moment. Victorine ne meurt pas, même quand elle est cadavre qui bouge, à la lumière des bougies, sous les yeux de Joseph, qui ne comprend pas. La catastrophe finale, il faut un moment pour qu'on soit sûr que c'est bien une avalanche. le mot n'est lâché qu'une fois, presque à la fin. Monde du non-dit, village illettré, celui qui raconte me fait penser à un instituteur de village, peut-être même pas, un paysan qui pond une rédaction comme on en faisait à l'école primaire. Malédiction surnaturelle ? Hasard ? Indécidable. La fatalité, annoncée, fait son œuvre. On savait. On ne voulait pas croire. Il a bien fallu. Etrange atmosphère, impossibilité souvent de visualiser. La montagne devient une sorte de monstre, un lieu mythique qui dévore celui qui enfreint ses mystérieuses lois. N'allez pas à Sasseneire, celui qui y va meurt, n'en revient pas, c'est comme ça. Les personnages ont beau lutter, ils sont marionnettes, ils ne sont pas vraiment des personnages de romans, des êtres qui ont leur caractère propre, leur liberté, Joseph tué par l'amour fou de Victorine, tuée elle-même pour la même raison, Barthélemy et son papier béni qui ne sert à rien. Un seul personnage sort du lot, un seul n'est peut-être pas mort. Drôle de nom, Clou, sorte de porte-malheur, impossible de s'en débarrasser, Joseph lui tire trois fois dessus, à bout portant, la bale le traverse sans qu'il ne tombe. Il (on se demande si « Il », ça n'est pas lui ?) s'échappe, disparaît. Ce texte avance comme l'avalanche. Il dévaste toujours plus. Litanies des morts, les vaches qui ont la maladie, Victorine, ceux du chalet, le village entier, litanie des mots, répétés comme par maladresse d'écriture pour donner un sentiment d'incantation, inutile. « On sonnait pour les morts ». Les morts font des petits. Il ne reste plus rien. La mécanique est implacable. On ne provoque pas plus fort que soi.
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    • Livres 3.00/5
    Par cequejelis, le 09 décembre 2011

    cequejelis
    Ramuz use et abuse des descritpions de la montagne, qui est " l'héroïne " de son roman. Il veut démontrer que les hommes qui l'habitent ne la connaissent pas, et que c'est elle qui domine tout. Son style me plait beaucoup bien qu'il manque d'homogénéité ; il semble s'être inspiré du parler des montagnards. Finalement ses personnages sont plus victimes de leurs ignorance, et de leurs superstitons que de la montagne elle-même !
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    • Livres 4.00/5
    Par Glacha, le 25 avril 2012

    Glacha
    Charles Ferdinand Ramuz, dans La grande peur dans la montagne développe une ambiance très inquiétante au fil de son récit. La montagne est sombre, les personnages sont isolés et livrés a eux-même, ; la mort frappe de nouveau comme elle avait frappé bien des année avant. Alors les vieilles légendes resurgissent, et la peur s'abat sur le village de montagne et ses fameux volontaires à "remonter". Une sorte de "conte" à l'atmosphère extraordinaire qui flirte parfois avec les romans fantastique et d'épouvante...
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    • Livres 5.00/5
    Par James, le 16 novembre 2010

    James
    Lu au collège, relu à l'âge adulte avec une vision différente mais tout aussi favorable à ce roman de Ramuz. Est-ce l'union des peurs villageoises telles qu'on les trouve dans le fantastique et d'une description parfaite de la vie en montagne qui fait que cette étude de la société est si intéressante ?
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 11 février 2009

    [...] ... Eux [les bergers], là-bas, regardent : Pont s'est mis debout. Pont s'était mis debout, il passe par-dessus sa veste une blouse. Et ce n'est pas tout encore car, l'instant d'avant, il était nu-tête ; mais maintenant, ceux du chalet ont senti le coeur leur faiblir, tandis qu'ils sont devenus gris, à cause du sang qui se retirait de leurs visages à la peau cuite.

    C'est que Pont venait de nouveau, et eux se retenaient difficilement de prendre la fuite ; car, au lieu de chapeau, c'est sous un voile noir que Pont venait, l'ayant fixé soigneusement sous son visage et par derrière ; et le voile lui tombait plus bas que la taille, de sorte que seules les mains en sortaient, couvertes de gros gants de cuir.

    Un voile de tulle noir, comme ceux qu'on met pour aller lever le miel et quand on va déranger les abeilles ; grâce à quoi il pouvait maintenant approcher, et Pont approchait, approchait toujours plus, puis on a vu sa bouche s'ouvrir derrière le voile ; - alors une des bêtes malades avait commencer à meugler dans l'abri, et, derrière le voile, la bouche de Pont s'est ouverte :

    - "Vous ne les avez pas mélangées avec les autres, au moins ? ... Bon !"

    Ses yeux étaient blancs, c'est-à-dire qu'on n'en voyait plus que le blanc. ... [...]
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  • Par Woland, le 11 février 2009

    [...] La voix, quand elle est venue, leur est venue depuis derrière ; ils n'ont reconnu que c'était Barthélémy qu'à sa voix.

    On disait :

    - "Vous n'avez rien entendu, cette nuit ?"

    Le maître continua un instant à faire tourner avec une pelle de bois la masse de lait dans la chaudière ; puis le maître, sans qu'on pût deviner si c'était à lui plus particulièrement que Barthélémy s'était adressé, mais il était le maître :

    - "Non."

    Ne s'étant toujours pas retourné, et Barthélémy :

    - "Alors bon ... Si vous n'avez rien entendu ..."

    Il était éclairé sur l'épaule et autour de sa barbe par le jour ; il était éclairé sur le devant de sa personne par le feu ; il se tenait debout dans l'ouverture de la porte ; il a dit :

    - "Parce que, l'autre fois, ça avait commencé comme ça ... Alors je me suis demandé si vous aviez entendu marcher cette nuit, parce que l'autre fois, on avait entendu marcher, et moi, cette nuit, il m'a bien semblé entendre marcher, mais si vous n'avez rien entendu, peut-être que je me suis trompé ... [...]
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  • Par cequejelis, le 09 décembre 2011

    Il faudrait avoir des toiles d'araignée, il n'y a rien de meilleur pour arrêter le sang...
    Le Livre de Poche 2474 p. 105
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Video de Charles-Ferdinand Ramuz

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Vidéo de Charles-Ferdinand Ramuz

Derborence, roman de Charles Ferdinand Ramuz, conte la terrible histoire d'Antoine, gardien de troupeaux dans les Alpes suisses, enseveli par la chute d'un pan de la falaise des Diablerets. Grand classique de la littérature romande, Derborence est aussi l'histoire d'un amour et d'une folie, l'histoire de deux vies séparées puis rassemblées par la montagne impitoyable. Cette vidéo, dont les textes sont directement tirés de l'oeuvre susmentionnées, met en scène les authentiques paysages de Derborence et invite chacune et chacun à se (re-)plonger dans la lecture de cet auteur fascinant. Plus d'infos sur cet ouvrage : http://www.plaisirdelire.ch/?page_id=289








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