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ISBN : 275783598X
Éditeur : Points (2013)


Note moyenne : 3.65/5 (sur 138 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Travis Shelton, 17 ans, découvre un champ de cannabis en allant pêcher la truite au pied de Divide Mountain, dans les Appalaches. C'est un jeu d'enfant d'embarquer quelques plants sur son pick-up. Trois récoltes scélérates plus tard, Travis est surpris par le propriétai... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Zebra, le 16 novembre 2012

    Zebra
    « Le monde à l'endroit » de Ron Rash est un superbe roman noir.
    D'un côté, vous avez une nature inviolée, propre, douce, intègre, grandiose, majestueuse, lumineuse et somptueuse : les Appalaches dans toute leur couleur et leur magnificence. D'un autre côté, vous avez des femmes et des hommes marqués par une vie personnelle très contrastée et par un passé mystérieux, pas toujours glorieux, celui de la guerre de Sécession. Ron Rash nous dépeint un monde, ni à l'endroit, ni à l'envers, où la lumière et l'obscurité côtoient la réalité et ses fantômes d'un autre temps, où l'ingéniosité côtoie la méchanceté et la perversité, où l'envie de vivre côtoie le renoncement et le désespoir.
    De cet univers particulier du Middle West, Ron Rash nous montre l'homme comme pur produit d'une histoire personnelle et collective, mais aussi comme être modelé par la nature dans laquelle il évolue. La guerre de Sécession a déchiré le peuple américain : les cicatrices apparaissent à fleur de peau des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Par ailleurs, le sol américain regorge, malgré eux, de vestiges et de marques innombrables qu'on ne peut effacer (une paire de lunettes par-ci, des morceaux de visière militaire par-là, des boutons de veste, des éclats de crosses de fusil …). Pour les jeunes et les moins jeunes d'aujourd'hui, se pose la question de la responsabilité trans-générationnelle. Ron Rash ne nous propose pas de réponse à cette question : il attire seulement notre attention sur une situation qui touche l'Amérique et le monde contemporain.
    L'Amérique sociale d'aujourd'hui ? Un « melting-pot » où le riche côtoie le SDF ou le quart-monde en sursis : dans cette Amérique là, les marginaux cherchent à survivre, quitte à s'adonner à un commerce louche pour ne pas dire illégal (vente de drogues dures et de pilules, contrebande, racket …), un fléau qui irrigue la société contemporaine. Dans ce contexte, certains américains essayent de s'en sortir (Travis va tenter de passer son GED ; Léonard va subitement décider d'arrêter de dealer), dans une démarche très « Yes ! we can » ou plutôt « Yes ! we go ».
    Ron Rash nous montre également une Amérique agricole, loin des centres urbains et de son hyper consommation. On y voit des paysans rudes (Carlton Toomey sait user de son scalpel dès lors qu'une faute doit être réparée) mais simples, attachés à leurs racines et peu enclins à toute remise en cause (pour ne pas dire à toute contestation, y compris à la remise en cause de l'autorité parentale) On y trouve des amours campagnardes assez loin des images « peace and love », des amours toutes en retenue (ainsi, Lori ne voudra pas coucher avec Travis tant qu'ils ne sont pas unis par les liens du mariage). On y trouve une Amérique où la femme n'a pas le beau rôle : la mère de Lori, la femme de Léonard, mais aussi Déna sont à leur façon des exemples évidents de femmes que la vie a bousculées. Lori ne veut pour rien au monde ressembler à sa mère : elle fait donc des études pour se sortir de son milieu social et de la condition qui l'attend. Kéra, la femme de Léonard, profite d'une faute de son mari pour le quitter et emmener leur fille en Australie : Léonard s'est fait pincer par la police qui a découvert de la marijuana dans sa voiture, marijuana qu'un élève avait planquée « en échange » d'un zéro reçu à un devoir sur table pour cause de tricherie. Déna, qui est hébergée dans le mobile-home de Léonard, est ravagée par une vie de drogues et de nuits passées dans des motels minables.
    « Le monde à l'endroit » nous montre également la difficulté de construire et d'entretenir une relation satisfaisante entre un père et son fils. Travis vit chez ses parents qu'il aide dans leur production de tabac. Chétif, il envie son père, lequel le jalouse (puisque le fils a la chance de pouvoir orienter sa vie vers un avenir plus prometteur et moins dégradant) et le rejette. du coup, Travis veut tout envoyer promener, contestant cette autorité parentale et retournant « jouer le caïd » au sein d'une bande d'adolescents que la rudesse, la vantardise et les manifestations de violence, n'effraient plus dans la mesure où elles font partie intégrante de leur fonctionnement au quotidien..
    Dans ce bout d'Amérique, la musique – et notamment le gospel – fait bien plus qu'adoucir les mœurs : elle permet au mal (en l'occurrence, à Carlton Toomey) d'avancer masqué, travesti, sous les apparences de la douceur, de la générosité et de la réconciliation avec autrui : lors de la fête foraine, aidé par des proches, le vieux Carlton Toomey, 1 m 90 et 140 kg, monte sur l'estrade et se met à chanter le gospel, arrachant des larmes aux yeux de la foule attendrie ! Mais c'est le même Carlton Toomey qui, froidement, avait tranché le talon d'Achille de Travis après l'avoir surpris à couper quelques plants de cannabis dans sa propriété.
    Les personnages du roman sont riches en couleurs :
    Travis, intelligent, obstiné et ambitieux, révolté contre son père, désireux d'être considéré par Lori et par la société comme un adulte à part entière, souhaitant décider de son destin.
    Léonard, ex-prof « baba cool », reconverti après une sordide affaire de tricherie aux examens (voir plus haut) en dealer de dope, ayant perdu sa femme Kéra et sa fille Emily, accompagné dans sa vie par Déna, une femme qui vit avec lui dans un mobile-home vraiment crade, au plancher et au toit vermoulus, planqué au milieu de nulle part.
    Déna, ravagée par l'alcool, la marijuana et les qaaludes, offrant son corps à tout homme qui pourra lui apporter sa ration de dope ; une loque humaine au grand cœur, se prenant d'affection pour Travis, lequel vit avec Léonard et avec elle dans ce mobile-home.
    Hubert et Carlton Toomey (le père et le fils), des paysans rudes et simples, cultivant la marijuana, jouant les racketteurs et terrorisant de temps en temps ceux qui auraient des velléités d'autonomie.
    Shank et Wesley, adolescents ratés, adeptes de la défonce (alcool, drogue) et de la déconne, sur fond de vie insipide et sans réel avenir.
    Les massacres perpétrés lors de la guerre de Sécession ne sont qu'à peine esquissés dans ce roman, en tout cas avec pudeur et retenue : ils n'apparaissent qu'en toile de fond. Ron Rash aurait pu se dispenser de les évoquer mais il tenait à montrer que l'histoire joue un rôle dans la construction identitaire de chaque individu, qu'elle est un marqueur trans-générationnel. Ron Rash ne nous apprend d'ailleurs pas grand chose sur cette guerre : les historiens resteront donc sur leur faim !
    La nature est magnifiquement décrite dans ce roman, avec poésie et simplicité, pour ne pas dire avec candeur et naïveté. L'écriture est directe, certainement pas alambiquée : le lecteur « voit » se dérouler les images précises d'un film riche en couleurs, plein de sonorités (le bruit de l'eau, des branches qui craquent …) et d'odeurs (le tabac imprégné de goudron, l'herbe mouillée …). Un scénario propre, un réel suspense (même si la tension n'est pas extrême), une fin assez inattendue. Certains lecteurs considèrent que ce roman n'a rien d'original, signalant qu'il y a déjà pléthore d'excellents romans américains où l'on trouve la nature, la pêche à la truite, les forêts, les marginaux, les flics plus ou moins corrompus, la drogue, les ados, l'Amérique du Middle West, etc. Certes, mais la « patte » de Ron Rash vaut le détour. Voyez par vous-mêmes : une petite sortie de route et le monde se met subitement à l'endroit. Je ne vous en dis pas plus …
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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 25 juin 2013

    marina53
    Travis Shelton est un jeune homme de 17 ans. Sa passion est la pêche à la truite qu'il pratique dans les rivières, près de chez lui. En conflit perpétuel avec son père, il quitte la maison dès que l'occasion se présente et ainsi échappe aux corvées que lui impose son paternel pour l'aider dans la culture du tabac. Un jour de pêche, il tombe par hasard sur un champ de cannabis. L'occasion est trop tentante de se servir et d'aller revendre l'herbe au fameux Leonard Shuler, un ancien professeur reconverti dealer. Sans lui poser de questions sur la provenance de sa récolte, le transaction a lieu et Travis voit là un bon moyen de gagner de l'argent si facilement. Malheureusement, il se fera choper par le propriétaire des lieux, Carlton Toomey. Celui-ci lui sectionne son tendon d'Achille, histoire de lui faire comprendre qu'on ne vole pas le bien d'autrui, et encore moins celui du vieux Carlton. Mis à la porte de chez lui pour le punir, il trouvera alors refuge chez Leonard. Entouré de ce dernier et de Dena, c'est tout un nouveau monde qui s'offre à lui. Tel un mentor, Leonard lui apprendra les secrets qui pèsent sur la communauté de Shelton Laurel et l'aidera à passer un examen. Confronté à ses doutes, Travis découvrira bien vite qu'il y a toujours un prix à payer...
    Ron Rash nous livre un roman décrivant à la fois les tréfonds de l'être humain et la nature sauvage, belle parfois cruelle et omniprésente. On suit la parcours initiatique de Travis, à travers son éducation, sa découverte de l'amour mais aussi du monde qui l'entoure. C'est un texte à la fois très sombre et plein d'espoir. Ancré dans l'Amérique profonde, ce récit fait la part belle à la nature sauvage et à son histoire. Avec une écriture à la fois lyrique, mélancolique ou grave, l'auteur a su créer une ambiance vraiment particulière où notre héros n'aura de cesse d'affronter les hommes et le monde qui l'entoure. C'est un roman noir à la fois d'apprentissage, d'histoire, d'amour et d'amitiés.
    Le monde à l'endroit... de quoi vous mettre la tête à l'envers !
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 21 février 2013

    caro64
    Après Un pied au paradis et Serena, Ron Rash revient en force pour notre plus grand plaisir. Contrairement à ces derniers, Le monde à l'endroit n'est pas exactement un polar, mais tout simplement un remarquable roman noir, âpre et très poétique. Rash nous livre une œuvre profonde, très liée à son pays et son vécu, cette Amérique où les paysages, à couper le souffle, modèlent les habitants.
    Travis Shelton est né aux pieds des Appalaches dans le comté de Marshall (Caroline du Nord) et est le fils d'un producteur de tabac. Il a 17 ans, est ignorant sans être stupide, s'ennuie fermement, ne pense pas à l'avenir et encore moins au passé. Il erre dans la vie sans but avec une seule passion, la pêche à la truite. Son destin bascule le jour où il découvre une plantation illicite. Il se sert et revend le fruit de son petit larcin à Léonard, dealer local. Leurs vies vont, dès lors, se trouver intimement liées. Léonard, tel un père, livre peu à peu à Travis les clés pour s'éveiller à la vie. Il lui donne la force d'étudier et surtout l'envie de s'intéresser à ses racines.
    Ron Rash nous offre une nouvelle fois une histoire passionnante, écrite dans un style vif et prenant, où se mêlent suspens, intrigue, Histoire (ici un massacre perpétré pendant la guerre de Sécession) et quête d'identité. Il parvient à créer des personnages complexes, riches et entiers. Ils nous prouvent que les apparences sont parfois trompeuses et qu'une seule rencontre peut changer toute une vie ! Bien sûr, c'est un roman noir, mais au sein duquel transparaît cet optimisme qui consiste à croire que l'éducation et la connaissance, entre autre historique, peuvent être de véritables facteurs de développement personnel, d'accomplissement de soi. le questionnement des actes commis durant la guerre de Sécession, la difficulté de quitter sa région pour étudier ou travailler, la beauté de la nature, de ces parcs, de ces torrents et de ces ravins où tout se termine, font de ce roman initiatique un grand roman dans la pure tradition américaine.
    A lire en écoutant du Johnny Cash dont la voix est “capable de transformer le chagrin et le regret en quelque chose de beau".
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    • Livres 3.00/5
    Par le_Bison, le 26 février 2014

    le_Bison
    Et si je t'emmenais pêcher la truite ce soir. Monte dans le pick-up, je connais un coin qui mord à coup sûr, au pied des Appalaches, Caroline du Nord. Peut-être même la première fois que je plante mes santiags dans ce comté. Une nature luxuriante et paisible. L'endroit est idéal pour découvrir Ron Rash. « Le monde à l'endroit » et sa couverture qui sent bon le nature writing. Et effectivement, cela commence par une promenade, le long du ruisseau, de Travis jeune gamin du coin, 17 printemps et en pleine rébellion avec son vieux. Une truite dans sa besace… mais que voit-il aux détours d'un coude de la rivière ? Dans le mille, des plants sauvages de cannabis. Enfin, pas si sauvages. Ils doivent bien appartenir à quelqu'un.
    Et voilà comment les ennuis commencent, comment le roman deviendra roman noir…
    Car lorsqu'on revend des plants de cannabis qui ne t'appartiennent pas, attends-toi à de sérieux ennuis, l'ami. D'autant plus qu'en conflit permanent avec son paternel, cultivateur de tabac intransigeant, le jeune Travis va trouver refuge auprès de Leonard, vieux solitaire, ancien professeur, dealer à l'occasion. Deux paumés qui vont se trouver et retrouver le gout de la vie, de l'enseignement et de l'étude. Une seconde chance, pour les deux… A voir. A lire.
    Mettre un disque de Johnny Cash, fumer un joint et lancer la mouche. Les pieds dans l'eau glacée, les premiers émois adolescents et une réflexion sur la vie. Savoir saisir une seconde chance, peut-être la dernière et accepter l'aide d'autrui. Savoir qu'à dix-sept ans, ce n'est pas parce qu'on conduit un pick-up qu'on connait déjà tout de la vie. Et en guise de rédemption, apprendre que sa vie n'est que le découlement de ses racines. Sauf que là-bas, en Caroline, il faut aller chercher ses racines dans la guerre de Sécession et le massacre de Shelton Laurel.
    « Le monde à l'endroit », du Cannabis, du Johnny Cash et une histoire d'Amitié.

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=6992
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    • Livres 4.00/5
    Par joedi, le 27 novembre 2013

    joedi
    Nous sommes dans les Appalaches, lieu d'un massacre perpétré pendant la Guerre de Sécession. Travis Shelton âgé de 17 ans ne supporte plus l'intransigeance de son père propriétaire de terres de culture du tabac. Après un vol de plans de cannabis, surpris par le propriétaire du champ, celui-ci lui laisse la vie sauve mais lui sectionne le talon d'Achille. Travis trouvera refuge auprès de Leonard, professeur déchu et devenu dealer. Leonard, originaire du lieu, possède des carnets relatant la vie des habitants pendant les affrontements entre les soldats de l'Union et les Confédérés.
    La cohabitation de Leonard et Travis va changer leur vie. Leonard ne va plus dealer et Travis obtiendra son certificat d'études. Ron Rash décrit magistralement la nature lors des parties de pêche à la truite de Travis et a comblé la lectrice que je suis avec une histoire et des personnages très intéressants.
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Critiques presse (3)


  • Telerama , le 27 novembre 2012
    Lyrique et terrien, usant d'une écriture ample et sans artifice, Ron Rash n'est pas un donneur de leçons, mais il pense que les livres peuvent sauver les hommes. Un beau défi à relever.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • Actualitte , le 07 novembre 2012
    Le roman envoûte par ses descriptions lyriques dans lesquelles le paysage s'anime, par la sobre poésie de ses mots, à mi-chemin entre réalisme et inaccessible mystérieux.
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • Lexpress , le 18 octobre 2012
    Tirant toujours le meilleur parti de son décor naturel, Ron Rash a l'art de jouer avec intensité dramatique, de dessiner le portrait d'êtres pris dans les pièges de l'existence. Et une manière implacable de faire cohabiter dans ses pages habitées la violence et l'humanité.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par Zebra, le 17 novembre 2012

    page 129
    [...] Travis avança plus lentement. Il s'arrêta dans les eaux d'aval. Dans les remous du plan d'eau, des feuilles jaune et rouge tendaient une mince courtepointe à la surface du ruisseau. Les feuilles plus détrempées noircissaient le fond, et rendaient les petits obstacles plus difficiles à voir.
    Il visa l'écume blanche en haut du bassin, mais le lancer trop long s'accrocha dans les rhododendrons. Au moment où il s'avançait pour libérer le leurre, l'eau se rida à l'autre bout quand une truite fila sous la berge.
    "Je suis rouillé", remarqua-t-il.
    Il décrocha la cuiller et ils remontèrent le ruisseau. Ses lancers suivants furent plus réussis, mais ce ne fut qu'à l'endroit où le cours d'eau décrivait une courbe créant un grand surplomb qu'une touche fit plier et trembler la cane. Un éclair rouge et argent fila vers l'aval. C'était un gros poisson pour un ruisseau, de trente-cinq ou peut-être quarante centimètres. [...]
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  • Par caro64, le 21 février 2013

    Quand il était petit, la mère de Léonard s'était souvent assise dehors sur les marches de leur ferme, restant parfois une demie heure les yeux fixés sur les montagnes qui s'élevaient au-delà de leur pré. C'est si joli que ça m'emporte loin de moi, lui avait-elle expliqué un jour d'une voix douce, avec l'air de lui confier un secret. Une bible ou la messe ne lui suffisait pas toujours, lui avait-elle avoué. Voilà pourquoi avant tout, il faut un monde, avait-elle ajouté. Dans les jours qui avaient suivit le départ d'Emilie et de Kéra, Léonard avait tenté de voir le monde comme l'avait vu sa mère. Il avait pris sa voiture pour aller au bord de la Calumet River, l'unique endroit où il y avait assez d'arbres pour dissimuler un paysage semblant avoir été aplani par un rouleau à pâtisserie géant. Il s'était assis sur la berge et avait scruté les peupliers et les bouleaux, les aulnes noirs et les hamamélis blottis sous les arbres plus grands, l'eau lente et brune, en s'efforçant de trouver la même paix intérieure que sa mère, des années auparavant, sur les marches de la galerie.
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  • Par le_Bison, le 26 janvier 2014

    11 janvier 1863, Bald Mountain, Tennessee - frontière de la Caroline du Nord.

    Boyce Alexander. Touché sommet du bras gauche par tireur isolé. Balle Minié donc os pulvérisé. Amputation. Whisky. Chloroforme - dix gouttes. Utilisé scie à amputation. Artères garrottées avec crins de cheval. Cautérisé avec lame plate couteau de chasse du lieutenant Keith. Mortification possible. Deux drachmes de laudanum contre la douleur au réveil.

    Emmit Johnson. Engelure, pied gauche.
    Billy Revis. Engelure, deux pieds.
    Thomas Rigsbee. Engelure, pied gauche.
    Bryce Ross. Engelure, gros orteil droit.
    Immergé membres dans l'eau froide avant manipulation énergique de la peau atteinte. Application teinture d'iode. Retiré tissus noirs du pied gauche de Revis. A refusé chloroforme mais bu beaucoup de whisky. Même en temps de paix Billy jamais contre l'alcool.
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  • Par pyrouette, le 04 juin 2014

    Il y a une chose que j'aimerais vraiment savoir. C'est sans importance, mais j'aimerais simplement savoir. Pourquoi es tu incapable de faire quoi que ce soit dont tu risques d'être tenu pour responsable ? Es tu faible à ce point, effrayé à ce point ? serait-ce que tu aimes pouvoir rejeter la faute sur le dos des autres quand cela tourne mal, parce que alors d'une certaine façon tu te sens mieux ? Ou n'est-ce que de l'égoïsme, de vouloir qu'on te laisse tranquille pour n'avoir jamais à te préoccuper de personne, sinon de toi ?
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  • Par joedi, le 26 novembre 2013

    Il n'avait pas pêché depuis l'automne et ce serait agréable de sentir l'eau palpiter contre ses jambes, encore meilleur de sentir le moment où une truite mordait, cette secousse remontant de son poignet le long de son bras et jusqu'à son cerveau, comme si le courant n'était pas de l'eau mais de l'électricité. À cet instant-là, avant de pouvoir évaluer la charge qui courbait la canne ou le bourdonnement du frein, vous ignoriez si la truite n'était pas plus grande que votre main ou la plus grosse de votre vie.
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