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ISBN : 2021081745
Éditeur : Editions du Seuil (2012)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 250 notes)
Résumé :
Travis Shelton, 17 ans, découvre un champ de cannabis en allant pêcher la truite au pied de Divide Mountain, dans les Appalaches. C'est un jeu d'enfant d'embarquer quelques plants sur son pick-up. Trois récoltes scélérates plus tard, Travis est surpris par le propriétaire, Toomey, qui lui sectionne le tendon d'Achille, histoire de lui donner une leçon.

Mais ce ne sera pas la seule de cet été-là : en conflit ouvert avec son père, cultivateur de tabac i... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (80) Voir plus Ajouter une critique
lehane-fan
24 août 2015
  • 4/ 5
Plutôt que d'évoluer dans un monde à l'endroit, c'est surtout l'envers du décor qui va s'offrir à notre tout jeune héros un brin fou-fou.
Dix-sept balais, l'âge des possibles.
Travis Shelton n'aurait pas dû. Non, il n'aurait pas dû prendre ce qui ne lui appartenait pas. En l'occurence le champ de cannabis de Toomey pour un libre-service. Résultat des courses, un tendon d'Achille sectionné et la peur de sa vie. Côté réconfort, oublions son paternel et ses champs de tabac. Le courant est depuis bien longtemps en mode off au point de tout larguer pour aller se réfugier dans le mobile home de Leonard, dealer notoire.
Difficile d'imaginer ce gamin, à la croisée des chemins, se construire sereinement aux côtés d'un tel modèle...
Si vous appréciez l'humain dans tout ce qu'il a de faillible et vouez un amour immodéré au nature writing alors n'hésitez pas un instant, ce monde là vaut vraiment le détour.
A mille lieues de ces récits qui font de la surenchère leur marque de fabrique, Le Monde à l'Endroit se déguste lentement, au rythme des saisons qui s'égrènent et de notre jeune Travis qui se construit au travers de choix parfois discutables mais toujours riches d'enseignement.
Bien plus qu'un récit initiatique, une ode à la nature et à la rédemption.
Toujours sur la corde raide, constamment tiraillé entre le bien et le mal, Travis devra également lever le voile sur un pan tragique de son histoire familiale. Un drame qui pourrait bien avoir des répercussions dévastatrices sur cet adolescent en mal de figure paternelle. Se dire qu'il a essayé avec les moyens qu'il avait et que sa vie valait finalement la peine d'être vécue, voilà ce vers quoi il tendra invariablement.
Sans être un modèle de droiture et d'ambition, Travis et son parcours, régulièrement en mode essorage à 1400 tours/mn, programme homme délicat, ne génère qu'un unique sentiment, le respect.
Un très grand Rash, encore.
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andman
27 février 2016
  • 5/ 5
Qu'ils aient pour théâtre la Caroline du Nord ou sa voisine du Sud, les romans de Ron Rash offrent toujours la promesse d'une communion avec la nature.
Si l'oeuvre de cet écrivain flirte avec le genre “nature writing”, les splendeurs appalachiennes sont rarement transcrites sur le mode contemplatif mais semblent mises en exergue pour atténuer le caractère bien trempé des habitants de ces contrées autrefois Cherokee.
“Le monde à l'endroit” n'échappe pas à la règle et le décalage entre la magnificence de l'endroit et la noirceur de la plupart des protagonistes cette fois encore saute aux yeux.
La Caroline du Nord faisait partie en 1861 des onze états sécessionnistes. La guerre civile américaine, opposant les confédérés aux unionistes, y fit rage quatre années durant.
Le massacre de Shelton Laurel le 18 janvier 1863 où périrent treize sympathisants unionistes, dont un adolescent âgé de 13 ans, est resté dans les mémoires comme un des sommets de la barbarie de ce conflit qui fit des centaines de milliers de victimes civiles et militaires.
“Le monde à l'endroit” n'est pas à proprement parler un roman historique mais l'intrigue qui se passe de nos jours se situe tout près de ce lieu sanglant. En outre plusieurs membres de la famille du personnage principal, un jeune homme de 17 ans prénommé Travis, faisaient partie des martyrs lâchement assassinés un siècle et demi plus tôt.
Alors que commence le roman, notre Travis n'est guère en meilleure posture que ses malheureux ancêtres : les mâchoires d'un piège à ours viennent en effet de se refermer sur son pied droit mettant l'os à nu.
Il faut une sacrée dose d'inconscience pour venir une troisième fois au même endroit voler des plants de marijuana ; qui plus est dans le champ des Toomey père et fils, deux colosses dont la férocité est connue bien au-delà du comté.
L'intensité dramatique de cette première séquence donne le ton d'une histoire captivante dont des acteurs sont pour la plupart impulsifs, à la personnalité borderline.
Et toujours la nature dans son rôle équilibrant qui tout à la fois subjugue et apaise. Ainsi en bordure du champ des sinistres Toomey coule une rivière peuplée de truites brunes, d'arc-en-ciel, d'achigans à petite bouche et de poissons-chats.
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carre
17 septembre 2014
  • 4/ 5
Travis ne supporte plus les reproches incessants d'une père autoritaire. La rencontre avec Léonard un ex prof devenu dealer va changer le cours de sa vie.
Voilà du bien bel ouvrage. Ron Rash signe un livre pessimiste, chaque personnage excepté Travis semble avoir dévié de leur trajectoire initiale. Alors que leur vie aurait pu être acceptable, le constat est sans appel, ils payent chers un moment de faiblesse ou de malchance.
Travis et Léonard sont, par leur trajectoire, bigrement attachants. On est même frustrer de ne pas faire un bout de chemin plus long avec eux, tant leur portrait est touchant et complexe. Une nouvelle fois , Rash s'appuie sur la nature pour donner plus de corps à son récit. Elle m'a semblé à la fois belle mais aussi par moment terriblement inquiétante.
Un roman plus noir que polar qui confirme le talent d'un sacré conteur.
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Zebra
16 novembre 2012
  • 4/ 5
« le monde à l'endroit » de Ron Rash est un superbe roman noir.
D'un côté, vous avez une nature inviolée, propre, douce, intègre, grandiose, majestueuse, lumineuse et somptueuse : les Appalaches dans toute leur couleur et leur magnificence. D'un autre côté, vous avez des femmes et des hommes marqués par une vie personnelle très contrastée et par un passé mystérieux, pas toujours glorieux, celui de la guerre de Sécession. Ron Rash nous dépeint un monde, ni à l'endroit, ni à l'envers, où la lumière et l'obscurité côtoient la réalité et ses fantômes d'un autre temps, où l'ingéniosité côtoie la méchanceté et la perversité, où l'envie de vivre côtoie le renoncement et le désespoir.
De cet univers particulier du Middle West, Ron Rash nous montre l'homme comme pur produit d'une histoire personnelle et collective, mais aussi comme être modelé par la nature dans laquelle il évolue. La guerre de Sécession a déchiré le peuple américain : les cicatrices apparaissent à fleur de peau des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Par ailleurs, le sol américain regorge, malgré eux, de vestiges et de marques innombrables qu'on ne peut effacer (une paire de lunettes par-ci, des morceaux de visière militaire par-là, des boutons de veste, des éclats de crosses de fusil …). Pour les jeunes et les moins jeunes d'aujourd'hui, se pose la question de la responsabilité trans-générationnelle. Ron Rash ne nous propose pas de réponse à cette question : il attire seulement notre attention sur une situation qui touche l'Amérique et le monde contemporain.
L'Amérique sociale d'aujourd'hui ? Un « melting-pot » où le riche côtoie le SDF ou le quart-monde en sursis : dans cette Amérique là, les marginaux cherchent à survivre, quitte à s'adonner à un commerce louche pour ne pas dire illégal (vente de drogues dures et de pilules, contrebande, racket …), un fléau qui irrigue la société contemporaine. Dans ce contexte, certains américains essayent de s'en sortir (Travis va tenter de passer son GED ; Léonard va subitement décider d'arrêter de dealer), dans une démarche très « Yes ! we can » ou plutôt « Yes ! we go ».
Ron Rash nous montre également une Amérique agricole, loin des centres urbains et de son hyper consommation. On y voit des paysans rudes (Carlton Toomey sait user de son scalpel dès lors qu'une faute doit être réparée) mais simples, attachés à leurs racines et peu enclins à toute remise en cause (pour ne pas dire à toute contestation, y compris à la remise en cause de l'autorité parentale) On y trouve des amours campagnardes assez loin des images « peace and love », des amours toutes en retenue (ainsi, Lori ne voudra pas coucher avec Travis tant qu'ils ne sont pas unis par les liens du mariage). On y trouve une Amérique où la femme n'a pas le beau rôle : la mère de Lori, la femme de Léonard, mais aussi Déna sont à leur façon des exemples évidents de femmes que la vie a bousculées. Lori ne veut pour rien au monde ressembler à sa mère : elle fait donc des études pour se sortir de son milieu social et de la condition qui l'attend. Kéra, la femme de Léonard, profite d'une faute de son mari pour le quitter et emmener leur fille en Australie : Léonard s'est fait pincer par la police qui a découvert de la marijuana dans sa voiture, marijuana qu'un élève avait planquée « en échange » d'un zéro reçu à un devoir sur table pour cause de tricherie. Déna, qui est hébergée dans le mobile-home de Léonard, est ravagée par une vie de drogues et de nuits passées dans des motels minables.
« le monde à l'endroit » nous montre également la difficulté de construire et d'entretenir une relation satisfaisante entre un père et son fils. Travis vit chez ses parents qu'il aide dans leur production de tabac. Chétif, il envie son père, lequel le jalouse (puisque le fils a la chance de pouvoir orienter sa vie vers un avenir plus prometteur et moins dégradant) et le rejette. du coup, Travis veut tout envoyer promener, contestant cette autorité parentale et retournant « jouer le caïd » au sein d'une bande d'adolescents que la rudesse, la vantardise et les manifestations de violence, n'effraient plus dans la mesure où elles font partie intégrante de leur fonctionnement au quotidien..
Dans ce bout d'Amérique, la musique – et notamment le gospel – fait bien plus qu'adoucir les moeurs : elle permet au mal (en l'occurrence, à Carlton Toomey) d'avancer masqué, travesti, sous les apparences de la douceur, de la générosité et de la réconciliation avec autrui : lors de la fête foraine, aidé par des proches, le vieux Carlton Toomey, 1 m 90 et 140 kg, monte sur l'estrade et se met à chanter le gospel, arrachant des larmes aux yeux de la foule attendrie ! Mais c'est le même Carlton Toomey qui, froidement, avait tranché le talon d'Achille de Travis après l'avoir surpris à couper quelques plants de cannabis dans sa propriété.
Les personnages du roman sont riches en couleurs :
Travis, intelligent, obstiné et ambitieux, révolté contre son père, désireux d'être considéré par Lori et par la société comme un adulte à part entière, souhaitant décider de son destin.
Léonard, ex-prof « baba cool », reconverti après une sordide affaire de tricherie aux examens (voir plus haut) en dealer de dope, ayant perdu sa femme Kéra et sa fille Emily, accompagné dans sa vie par Déna, une femme qui vit avec lui dans un mobile-home vraiment crade, au plancher et au toit vermoulus, planqué au milieu de nulle part.
Déna, ravagée par l'alcool, la marijuana et les qaaludes, offrant son corps à tout homme qui pourra lui apporter sa ration de dope ; une loque humaine au grand coeur, se prenant d'affection pour Travis, lequel vit avec Léonard et avec elle dans ce mobile-home.
Hubert et Carlton Toomey (le père et le fils), des paysans rudes et simples, cultivant la marijuana, jouant les racketteurs et terrorisant de temps en temps ceux qui auraient des velléités d'autonomie.
Shank et Wesley, adolescents ratés, adeptes de la défonce (alcool, drogue) et de la déconne, sur fond de vie insipide et sans réel avenir.
Les massacres perpétrés lors de la guerre de Sécession ne sont qu'à peine esquissés dans ce roman, en tout cas avec pudeur et retenue : ils n'apparaissent qu'en toile de fond. Ron Rash aurait pu se dispenser de les évoquer mais il tenait à montrer que l'histoire joue un rôle dans la construction identitaire de chaque individu, qu'elle est un marqueur trans-générationnel. Ron Rash ne nous apprend d'ailleurs pas grand chose sur cette guerre : les historiens resteront donc sur leur faim !
La nature est magnifiquement décrite dans ce roman, avec poésie et simplicité, pour ne pas dire avec candeur et naïveté. L'écriture est directe, certainement pas alambiquée : le lecteur « voit » se dérouler les images précises d'un film riche en couleurs, plein de sonorités (le bruit de l'eau, des branches qui craquent …) et d'odeurs (le tabac imprégné de goudron, l'herbe mouillée …). Un scénario propre, un réel suspense (même si la tension n'est pas extrême), une fin assez inattendue. Certains lecteurs considèrent que ce roman n'a rien d'original, signalant qu'il y a déjà pléthore d'excellents romans américains où l'on trouve la nature, la pêche à la truite, les forêts, les marginaux, les flics plus ou moins corrompus, la drogue, les ados, l'Amérique du Middle West, etc. Certes, mais la « patte » de Ron Rash vaut le détour. Voyez par vous-mêmes : une petite sortie de route et le monde se met subitement à l'endroit. Je ne vous en dis pas plus …
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Annette55
06 janvier 2015
  • 4/ 5
Voici un trés beau roman, à la fois ample, rude et lumineux grâce à la beauté des paysages oú la violence côtoie l'humanité, une écriture sans artifice oú la nature affleure à chaque page dans ces Appalaches, un paysage qui n'est pas un simple décor mais le personnage central. L'on y ressent l'humidité et la fraîcheur de la rivière , l'eau se ride quand une truite mouchetée ou mordorée file sous la berge, dans les replis du plan d'eau.....un ouvrage noir traversé par les éclats argentés du dos de quelques truites filant dans le courant et les odeurs prenantes de l'humus , cette terre bien venue qui apaise ou enivre Travis, le héros de cette histoire ...." Tout ce qu'il connaissait " C'était la pêche,les moteurs,la culture du tabac et quelques trucs qu'il avait lus".
Tout commence un samedi d'août , quand la lumiére de l'après - midi illumine Divide Mountain, Travis, fils de cultivateur de tabac pas trés souple, 17 ans,qui joue au dur, travaille 45 heures par semaine dans une épicerie. Il tombe par hasard sur un champ de cannabis en allant pêcher.....il coupe cinq pieds avec son canif, son copain Shank lui conseille d'aller les vendre à Léonard Shuler: un professeur déchu inconsolable du départ de sa femme et de sa fille, parties vivre en Australie.... Qui va lui donner le goût de la lecture et l'aider dans la découverte d'un passé que toute la communauté veut oublier , un massacre perpétré lors de la guerre de la sécession....
Travis a le tort de retourner piller les plants de marijuana, il va apprendre à ses dépens qu'on n'arnaque pas sans dommage Carlton Toomey..... Un cultivateur sans états d'âme ...qui utilise un piége à ours Particulierement efficace et lui sectionne le tendon pour lui donner une leçon....on ne plaisante pas avec les voleurs...chassé de chez lui,ayant quitté l'école, ne supportant plus son pére, Travis se réfugie dans le mobil home de Léonard, l'ancien prof dealer qui héberge Dena, alcoolique et droguée qui a du mal à s'en sortir....
Pour Ron Rash, il semble que la rédemption peut venir du savoir, connaître son histoire, ses origines pour grandir et échapper à son destin...un roman initiatique: face à Travis,, une figure féminine qui lui apprend l'amour ,trois figures masculines, un pére méprisant et irascible, un professeur lecteur, éducateur à la marge,et l'inquiétant Carlton Toomey, les trois lui dispensent une sorte d'éducation sauvage qui est pour lui la seule façon d'avancer dans un monde dépourvu d'innocence.
Ron Rash ne donne pas de leçon mais pense que les livres peuvent sauver les hommes.... Nous sommes dans un monde cruel, habité par le drame et les pièges de l'existence oú les hommes et les femmes cohabitent avec la religion, les superstitions, où les fantômes n'ont pas besoin de drap blanc....en parallèle à l'intrigue principale l'auteur ramène le lecteur au temps de la guerre de Secession, avec les comptes rendus journaliers tenus dans les années 1850 par le docteur Candler, les deux histoires ne sont pas sans rapport....un ouvrage aussi âpre, beau et terrien , lyrique et trés noir qu'une" Terre d'ombre " lu il y a quelque temps du même auteur où celui- ci souligne à chaque page la permanence de la nature à l'aide de cette langue simple et belle.....qui montre que les ombres du passé de Travis Shelton vont lui permettre d'accepter sa personnalité et d'accéder à l'image du pére....
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Les critiques presse (3)
Telerama27 novembre 2012
Lyrique et terrien, usant d'une écriture ample et sans artifice, Ron Rash n'est pas un donneur de leçons, mais il pense que les livres peuvent sauver les hommes. Un beau défi à relever.
Lire la critique sur le site : Telerama
Actualitte07 novembre 2012
Le roman envoûte par ses descriptions lyriques dans lesquelles le paysage s'anime, par la sobre poésie de ses mots, à mi-chemin entre réalisme et inaccessible mystérieux.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Lexpress18 octobre 2012
Tirant toujours le meilleur parti de son décor naturel, Ron Rash a l'art de jouer avec intensité dramatique, de dessiner le portrait d'êtres pris dans les pièges de l'existence. Et une manière implacable de faire cohabiter dans ses pages habitées la violence et l'humanité.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
mesrivesmesrives18 mars 2016
Travis roula vers le sud en direction de Marshall, et quelques instants plus tard dépassa l'embranchement de Harbin Road menant à la ferme de ses parents. Il longea un champ de tabac moissonné où ne restait plus que du chaume. Il y avait des gens qui pouvaient passer en voiture à côté de ce champ et ne pas avoir la moindre idée de tout le travail qui avait été accompli, Travis le savait et se rappela que son père et lui avaient semé les graines en février avant d'installer des bandes de plastique noir retenues par des pierres du ruisseau. En avril, ils avaient retiré les pierres et soulevé en douceur les bandes de plastique, comme ils auraient ôté un pansement recouvrant une plaie. Son père et lui s'étaient mis à genoux devant les plants et avaient délicatement sorti de terre la tige et les racines, puis déposé les plants sur un sac en toile de jute avant de les repiquer avec des plantoirs à tabac. Et ce n'était que le début, l'arrosage, la chasse aux vers, l'écimage et le pincement restaient à venir. Et finalement, la coupe, le travail agricole où on suait le plus. Maintenant ces plants, d'un ton adouci d'or séché et poudreux, étaient suspendus aux chevrons de la grange, une odeur de vieux cuir chargeant l'air de de son musc. La grange serait sombre, sauf tôt le matin et tard dans l'après-midi, quand le soleil filtrait entre les lattes et que les feuilles de tabac s'éclairaient et miroitaient comme teintées de feu.
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caro64caro6421 février 2013
Quand il était petit, la mère de Léonard s'était souvent assise dehors sur les marches de leur ferme, restant parfois une demie heure les yeux fixés sur les montagnes qui s'élevaient au-delà de leur pré. C'est si joli que ça m'emporte loin de moi, lui avait-elle expliqué un jour d'une voix douce, avec l'air de lui confier un secret. Une bible ou la messe ne lui suffisait pas toujours, lui avait-elle avoué. Voilà pourquoi avant tout, il faut un monde, avait-elle ajouté. Dans les jours qui avaient suivit le départ d'Emilie et de Kéra, Léonard avait tenté de voir le monde comme l'avait vu sa mère. Il avait pris sa voiture pour aller au bord de la Calumet River, l'unique endroit où il y avait assez d'arbres pour dissimuler un paysage semblant avoir été aplani par un rouleau à pâtisserie géant. Il s'était assis sur la berge et avait scruté les peupliers et les bouleaux, les aulnes noirs et les hamamélis blottis sous les arbres plus grands, l'eau lente et brune, en s'efforçant de trouver la même paix intérieure que sa mère, des années auparavant, sur les marches de la galerie.
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mesrivesmesrives14 mars 2016
Travis s'enfonça un peu plus dans son siège et ferma les yeux. Pense à quelque chose d'agréable, se dit-il, et il fixa son esprit sur le poisson qu'il avait pris, pas la grosse arc-en-ciel mais la truite mouchetée. Assez grosse pour qu'on la mange, mais Travis était content de l'avoir relâchée. Il songea aux nageoires pectorales orange déployées comme de petits éventails éclatants quand la truite se cachait sous la berge, à l'abri des loutres et des martins-pêcheurs, ou de tout ce qui risquait de l'arracher au ruisseau. La truite mouchetée aurait la gueule abîmée et se méfierait de l'hameçon, mais elle ne tarderait pas à sortir du renfoncement sous la rive et à recommencer à se nourrir d'écrevisses ou de nymphes, peut-être d'une sauterelle ayant survécu à la première gelée. Puis au fur et à mesure que viendrait l'hiver elle s'alimenterait moins, resterait près du fond, là où l'eau n'était pas aussi froide, L'eau, un lieu sombre et calme devenant plus sombre et plus calme encore tandis qu'une coiffe de glace venait recouvrir le bassin, isolant la truite du reste du monde. Un lieu sombre et silencieux, Travis le savait, et la truite là-bas au fond, le métabolisme au ralenti, aussi proche de l'hibernation que pouvait l'être un poisson. Les chiens rêvaient. Ils les avait vus aboyer doucement et agiter les pattes arrières, les yeux fermés, tandis qu'ils poursuivaient un lapin ou un raton-laveur dans les bois obscurs de leur sommeil. Travis imagina la truite mouchetée sous la glace, montant dans ses rêves gober à la surface des éphémères jaune vif, rêvant du printemps en attendant patiemment que passe l'hiver.
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ZebraZebra17 novembre 2012
page 129
[...] Travis avança plus lentement. Il s'arrêta dans les eaux d'aval. Dans les remous du plan d'eau, des feuilles jaune et rouge tendaient une mince courtepointe à la surface du ruisseau. Les feuilles plus détrempées noircissaient le fond, et rendaient les petits obstacles plus difficiles à voir.
Il visa l'écume blanche en haut du bassin, mais le lancer trop long s'accrocha dans les rhododendrons. Au moment où il s'avançait pour libérer le leurre, l'eau se rida à l'autre bout quand une truite fila sous la berge.
"Je suis rouillé", remarqua-t-il.
Il décrocha la cuiller et ils remontèrent le ruisseau. Ses lancers suivants furent plus réussis, mais ce ne fut qu'à l'endroit où le cours d'eau décrivait une courbe créant un grand surplomb qu'une touche fit plier et trembler la cane. Un éclair rouge et argent fila vers l'aval. C'était un gros poisson pour un ruisseau, de trente-cinq ou peut-être quarante centimètres. [...]
+ Lire la suite
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le_Bisonle_Bison26 janvier 2014
11 janvier 1863, Bald Mountain, Tennessee - frontière de la Caroline du Nord.

Boyce Alexander. Touché sommet du bras gauche par tireur isolé. Balle Minié donc os pulvérisé. Amputation. Whisky. Chloroforme - dix gouttes. Utilisé scie à amputation. Artères garrottées avec crins de cheval. Cautérisé avec lame plate couteau de chasse du lieutenant Keith. Mortification possible. Deux drachmes de laudanum contre la douleur au réveil.

Emmit Johnson. Engelure, pied gauche.
Billy Revis. Engelure, deux pieds.
Thomas Rigsbee. Engelure, pied gauche.
Bryce Ross. Engelure, gros orteil droit.
Immergé membres dans l'eau froide avant manipulation énergique de la peau atteinte. Application teinture d'iode. Retiré tissus noirs du pied gauche de Revis. A refusé chloroforme mais bu beaucoup de whisky. Même en temps de paix Billy jamais contre l'alcool.
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