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ISBN : 2021081745
Éditeur : Editions du Seuil (2012)


Note moyenne : 3.62/5 (sur 80 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Travis Shelton est un jeune gars de dix-sept ans, en perpétuel conflit avec son père, un peu bravache, un peu paumé. L’été où débute ce roman, un jour de
pêche à la truite, le hasard lui offre l’occasion de commettre la bêtise qui va sans doute changer le... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Zebra, le 16 novembre 2012

    Zebra
    « Le monde à l'endroit » de Ron Rash est un superbe roman noir.
    D'un côté, vous avez une nature inviolée, propre, douce, intègre, grandiose, majestueuse, lumineuse et somptueuse : les Appalaches dans toute leur couleur et leur magnificence. D'un autre côté, vous avez des femmes et des hommes marqués par une vie personnelle très contrastée et par un passé mystérieux, pas toujours glorieux, celui de la guerre de Sécession. Ron Rash nous dépeint un monde, ni à l'endroit, ni à l'envers, où la lumière et l'obscurité côtoient la réalité et ses fantômes d'un autre temps, où l'ingéniosité côtoie la méchanceté et la perversité, où l'envie de vivre côtoie le renoncement et le désespoir.
    De cet univers particulier du Middle West, Ron Rash nous montre l'homme comme pur produit d'une histoire personnelle et collective, mais aussi comme être modelé par la nature dans laquelle il évolue. La guerre de Sécession a déchiré le peuple américain : les cicatrices apparaissent à fleur de peau des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Par ailleurs, le sol américain regorge, malgré eux, de vestiges et de marques innombrables qu'on ne peut effacer (une paire de lunettes par-ci, des morceaux de visière militaire par-là, des boutons de veste, des éclats de crosses de fusil …). Pour les jeunes et les moins jeunes d'aujourd'hui, se pose la question de la responsabilité trans-générationnelle. Ron Rash ne nous propose pas de réponse à cette question : il attire seulement notre attention sur une situation qui touche l'Amérique et le monde contemporain.
    L'Amérique sociale d'aujourd'hui ? Un « melting-pot » où le riche côtoie le SDF ou le quart-monde en sursis : dans cette Amérique là, les marginaux cherchent à survivre, quitte à s'adonner à un commerce louche pour ne pas dire illégal (vente de drogues dures et de pilules, contrebande, racket …), un fléau qui irrigue la société contemporaine. Dans ce contexte, certains américains essayent de s'en sortir (Travis va tenter de passer son GED ; Léonard va subitement décider d'arrêter de dealer), dans une démarche très « Yes ! we can » ou plutôt « Yes ! we go ».
    Ron Rash nous montre également une Amérique agricole, loin des centres urbains et de son hyper consommation. On y voit des paysans rudes (Carlton Toomey sait user de son scalpel dès lors qu'une faute doit être réparée) mais simples, attachés à leurs racines et peu enclins à toute remise en cause (pour ne pas dire à toute contestation, y compris à la remise en cause de l'autorité parentale) On y trouve des amours campagnardes assez loin des images « peace and love », des amours toutes en retenue (ainsi, Lori ne voudra pas coucher avec Travis tant qu'ils ne sont pas unis par les liens du mariage). On y trouve une Amérique où la femme n'a pas le beau rôle : la mère de Lori, la femme de Léonard, mais aussi Déna sont à leur façon des exemples évidents de femmes que la vie a bousculées. Lori ne veut pour rien au monde ressembler à sa mère : elle fait donc des études pour se sortir de son milieu social et de la condition qui l'attend. Kéra, la femme de Léonard, profite d'une faute de son mari pour le quitter et emmener leur fille en Australie : Léonard s'est fait pincer par la police qui a découvert de la marijuana dans sa voiture, marijuana qu'un élève avait planquée « en échange » d'un zéro reçu à un devoir sur table pour cause de tricherie. Déna, qui est hébergée dans le mobile-home de Léonard, est ravagée par une vie de drogues et de nuits passées dans des motels minables.
    « Le monde à l'endroit » nous montre également la difficulté de construire et d'entretenir une relation satisfaisante entre un père et son fils. Travis vit chez ses parents qu'il aide dans leur production de tabac. Chétif, il envie son père, lequel le jalouse (puisque le fils a la chance de pouvoir orienter sa vie vers un avenir plus prometteur et moins dégradant) et le rejette. du coup, Travis veut tout envoyer promener, contestant cette autorité parentale et retournant « jouer le caïd » au sein d'une bande d'adolescents que la rudesse, la vantardise et les manifestations de violence, n'effraient plus dans la mesure où elles font partie intégrante de leur fonctionnement au quotidien..
    Dans ce bout d'Amérique, la musique – et notamment le gospel – fait bien plus qu'adoucir les mœurs : elle permet au mal (en l'occurrence, à Carlton Toomey) d'avancer masqué, travesti, sous les apparences de la douceur, de la générosité et de la réconciliation avec autrui : lors de la fête foraine, aidé par des proches, le vieux Carlton Toomey, 1 m 90 et 140 kg, monte sur l'estrade et se met à chanter le gospel, arrachant des larmes aux yeux de la foule attendrie ! Mais c'est le même Carlton Toomey qui, froidement, avait tranché le talon d'Achille de Travis après l'avoir surpris à couper quelques plants de cannabis dans sa propriété.
    Les personnages du roman sont riches en couleurs :
    Travis, intelligent, obstiné et ambitieux, révolté contre son père, désireux d'être considéré par Lori et par la société comme un adulte à part entière, souhaitant décider de son destin.
    Léonard, ex-prof « baba cool », reconverti après une sordide affaire de tricherie aux examens (voir plus haut) en dealer de dope, ayant perdu sa femme Kéra et sa fille Emily, accompagné dans sa vie par Déna, une femme qui vit avec lui dans un mobile-home vraiment crade, au plancher et au toit vermoulus, planqué au milieu de nulle part.
    Déna, ravagée par l'alcool, la marijuana et les qaaludes, offrant son corps à tout homme qui pourra lui apporter sa ration de dope ; une loque humaine au grand cœur, se prenant d'affection pour Travis, lequel vit avec Léonard et avec elle dans ce mobile-home.
    Hubert et Carlton Toomey (le père et le fils), des paysans rudes et simples, cultivant la marijuana, jouant les racketteurs et terrorisant de temps en temps ceux qui auraient des velléités d'autonomie.
    Shank et Wesley, adolescents ratés, adeptes de la défonce (alcool, drogue) et de la déconne, sur fond de vie insipide et sans réel avenir.
    Les massacres perpétrés lors de la guerre de Sécession ne sont qu'à peine esquissés dans ce roman, en tout cas avec pudeur et retenue : ils n'apparaissent qu'en toile de fond. Ron Rash aurait pu se dispenser de les évoquer mais il tenait à montrer que l'histoire joue un rôle dans la construction identitaire de chaque individu, qu'elle est un marqueur trans-générationnel. Ron Rash ne nous apprend d'ailleurs pas grand chose sur cette guerre : les historiens resteront donc sur leur faim !
    La nature est magnifiquement décrite dans ce roman, avec poésie et simplicité, pour ne pas dire avec candeur et naïveté. L'écriture est directe, certainement pas alambiquée : le lecteur « voit » se dérouler les images précises d'un film riche en couleurs, plein de sonorités (le bruit de l'eau, des branches qui craquent …) et d'odeurs (le tabac imprégné de goudron, l'herbe mouillée …). Un scénario propre, un réel suspense (même si la tension n'est pas extrême), une fin assez inattendue. Certains lecteurs considèrent que ce roman n'a rien d'original, signalant qu'il y a déjà pléthore d'excellents romans américains où l'on trouve la nature, la pêche à la truite, les forêts, les marginaux, les flics plus ou moins corrompus, la drogue, les ados, l'Amérique du Middle West, etc. Certes, mais la « patte » de Ron Rash vaut le détour. Voyez par vous-mêmes : une petite sortie de route et le monde se met subitement à l'endroit. Je ne vous en dis pas plus …
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 21 février 2013

    caro64
    Après Un pied au paradis et Serena, Ron Rash revient en force pour notre plus grand plaisir. Contrairement à ces derniers, Le monde à l'endroit n'est pas exactement un polar, mais tout simplement un remarquable roman noir, âpre et très poétique. Rash nous livre une œuvre profonde, très liée à son pays et son vécu, cette Amérique où les paysages, à couper le souffle, modèlent les habitants.
    Travis Shelton est né aux pieds des Appalaches dans le comté de Marshall (Caroline du Nord) et est le fils d'un producteur de tabac. Il a 17 ans, est ignorant sans être stupide, s'ennuie fermement, ne pense pas à l'avenir et encore moins au passé. Il erre dans la vie sans but avec une seule passion, la pêche à la truite. Son destin bascule le jour où il découvre une plantation illicite. Il se sert et revend le fruit de son petit larcin à Léonard, dealer local. Leurs vies vont, dès lors, se trouver intimement liées. Léonard, tel un père, livre peu à peu à Travis les clés pour s'éveiller à la vie. Il lui donne la force d'étudier et surtout l'envie de s'intéresser à ses racines.
    Ron Rash nous offre une nouvelle fois une histoire passionnante, écrite dans un style vif et prenant, où se mêlent suspens, intrigue, Histoire (ici un massacre perpétré pendant la guerre de Sécession) et quête d'identité. Il parvient à créer des personnages complexes, riches et entiers. Ils nous prouvent que les apparences sont parfois trompeuses et qu'une seule rencontre peut changer toute une vie ! Bien sûr, c'est un roman noir, mais au sein duquel transparaît cet optimisme qui consiste à croire que l'éducation et la connaissance, entre autre historique, peuvent être de véritables facteurs de développement personnel, d'accomplissement de soi. le questionnement des actes commis durant la guerre de Sécession, la difficulté de quitter sa région pour étudier ou travailler, la beauté de la nature, de ces parcs, de ces torrents et de ces ravins où tout se termine, font de ce roman initiatique un grand roman dans la pure tradition américaine.
    A lire en écoutant du Johnny Cash dont la voix est “capable de transformer le chagrin et le regret en quelque chose de beau".
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    • Livres 4.00/5
    Par tynn, le 23 mai 2013

    tynn
    Au creux des Appalaches, dans le comté de Madison résonnent encore les atrocités des belligérants de la guerre de Sécession. Qui se souviendrait ou évoquerait les massacres de civils perpétrés par les deux camps, si n'existaient pas les pages fanées du journal de bord du médecin de l'époque, bon samaritain des soldats et des familles.
    Un fait de guerre, atroce et oublié, liant irrémédiablement les descendants encore présents sur ces campagnes.
    Dans ces contrées reculées du middle West, cent ans plus tard, les hommes sont rudes, frustres, trafiquants en tous genres. La pauvreté est monnaie courante dans les fermes décaties ou les mobile-homes rouillés.
    On y croise des cultivateurs de cannabis aux méthodes musclées pour sauvegarder leur petit trafic, des profs dealeurs, interdits d'enseignement et d'autorité parentale, des femmes vieilles à quarante ans, cabossées par la vie, le sexe et la drogue, des jeunes guys paumés, soit sans désir, soit farouchement conquérants pour conjurer le mauvais sort.
    Pour le jeune Travis, en rupture familiale, gérer son futur c'est faire des choix, avec l'intelligence que le sort lui a donnée. C'est aussi faire un devoir de mémoire envers le passé, pour mieux se construire.
    Un roman d'apprentissage, âpre et sombre, un roman noir aux êtres frustres, attachés à la terre, à la pêche, et liés instinctivement à leurs racines, un roman où le pire côtoie le meilleur de l'homme comme un gage d'espoir et de rédemption.
    Si la vie lamine les individus, ils en restent néanmoins les maitres.

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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 07 décembre 2012

    brigittelascombe
    "Il repensa à ce qu'elle avait dit l'automne d'avant,qu'elle commençait à croire que les gens pouvaient changer".
    Ce principe, mis en avant dans le roman Le monde à l'endroit, par l'Américain Ron Rash (nouvelliste, romancier, lauréat de grands prix littéraires) se retrouve dans les trois personnages principaux, à l'envers (anticonformistes), dans ce récit.
    Travis Shelton, le jeune délinquant (qui parle ci dessus) "un sacré buveur", un "craneur", qui, se croyant malin, vole par deux fois les plans de marijuana d'une culture illégale, les revend à Leonard Shiler, ex prof devenu dealer, puis se fait sectionner le tendon d'Achille par les brutaux et dangereux propriétaires du champ, en guise d'avertissement.
    Leonard, le prof désabusé,mis au ban de la société,qui se fout de pousser les jeunes et moins jeunes à la drogue en leur revendant cachets et marijuana.
    Dena, la paumée autodestructrice, qui loge dans le mobil-home de Leonard.
    Le monde à l'endroit évoque les raisons qui font que certains êtres se perdent, un jour, sur leur propre chemin de vie (non reconnaissance de leur valeur,humiliation,injustice,dénonciation,abandon..) puis leur laisse une deuxième chance pour se racheter (leur empathie,leur intelligence,leur besoin de béquilles, leur rencontre avec l'amour ou l'amitié..).
    J'ai trouvé ce roman noir, très noir car les Toomey (père et fils), à la serpette chirurgicale et aux sales coups faciles sont ignobles, car l'inconscience de Travis, le cynisme de Leonard et l'avilissement de Dena m'ont énervée, car le passé sanguinaire (du comté "Bloody Madison" lors de la guerre de Secession) sur lequel le présent revient sans cesse,m'a révoltée...puis soudain j'ai vu, à travers mots, s'éclairer une lumière...j'ai entendu le Messie de Haendel qu'écoute Leonard, avec ferveur, une musique qui dit "Les passages tortueux deviendront droits" car il y a de la beauté en ce monde...et j'ai pensé voilà un sacré bon livre que celui dont l'infime parcelle d'espoir fait halluciner et frissonner son lecteur.
    Ajoutez à cela une belle écriture,une plongée dans la nature souveraine où l'on se croit dans une tranquille partie de pêche à la truite et où l'on se retrouve sur un terrain de chasse, une ambiance angoissante à souhait (avec moult péripéties),un panel d'émotions contradictoires (en rapport ou non avec la question: porte-t-on le poids des actes répréhensibles de ses ancêtres?),des portraits psychologiques forts (contradictoires aussi, avec la mise en évidence du conflit père-fils) et vous obtenez un excellent roman!
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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 07 octobre 2012

    Seraphita
    D'un côté, une nature intègre, paisible, lumineuse. Des montagnes, à pic, des cours d'eau paisibles, nimbés de douceur. de l'autre, des hommes, des femmes, d'une noirceur sans fin, sans fond. Travis, un adolescent de 17 ans, s'essaye à vivre dans ce milieu, tant bien que mal. Un « monde à l'endroit » ? Il a plutôt l'impression d'être comme sur un manège à la foire, dans un monde qui n'est plus trop d'aplomb. D'ailleurs, quand on y regarde de plus près, ce paysage en apparence tranquille et rassurant recèle des ombres cachées, des fantômes d'un autre temps. C'est ce qu'il va apprendre au contact de Leonard, un dealer paumé qui le recueille. Entre ombres et lumière, la vie et la mort se côtoient tandis que le temps laisse « tomber ses secondes goutte à goutte ».
    « Le monde à l'endroit » est un roman noir qui joue habilement sur les contrastes. On est frappé d'emblée par la majesté des paysages décrits dans une langue poétique apaisante. le rythme est lent, Ron Rash semble poser le décor. L'envers des mots laisse cependant affleurer une réalité en demi-teinte : « les arbres se firent plus denses, quelques bouleaux des rivières pareils à des lames de lumière emprisonnées parmi les feuillus plus sombres. » Car les montagnes portent ici, dans leur majesté même, leur part de menace et d'obscurité. Les fantômes de la guerre de Sécession hantent les lieux. Ron Rash joue aussi sur le contraste entre le passé et le présent, liés par un fil ténu qui reste, au moins au début, énigmatique.
    « Le monde à l'endroit » est une œuvre… lumineuse dans sa façon de distiller la noirceur humaine, perpétuellement aux prises avec ses parts d'ombres, ses errances, ses failles, mais aussi ses forces et points d'appui. Si la mort guette au bord des gouffres, la vie peut aussi jaillir dans la blancheur des pages qui restent à écrire…
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Critiques presse (3)


  • Telerama , le 27 novembre 2012
    Lyrique et terrien, usant d'une écriture ample et sans artifice, Ron Rash n'est pas un donneur de leçons, mais il pense que les livres peuvent sauver les hommes. Un beau défi à relever.
    Lire la critique sur le site : Telerama
  • Actualitte , le 07 novembre 2012
    Le roman envoûte par ses descriptions lyriques dans lesquelles le paysage s'anime, par la sobre poésie de ses mots, à mi-chemin entre réalisme et inaccessible mystérieux.
    Lire la critique sur le site : Actualitte
  • Lexpress , le 18 octobre 2012
    Tirant toujours le meilleur parti de son décor naturel, Ron Rash a l'art de jouer avec intensité dramatique, de dessiner le portrait d'êtres pris dans les pièges de l'existence. Et une manière implacable de faire cohabiter dans ses pages habitées la violence et l'humanité.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par Zebra, le 17 novembre 2012

    page 129
    [...] Travis avança plus lentement. Il s'arrêta dans les eaux d'aval. Dans les remous du plan d'eau, des feuilles jaune et rouge tendaient une mince courtepointe à la surface du ruisseau. Les feuilles plus détrempées noircissaient le fond, et rendaient les petits obstacles plus difficiles à voir.
    Il visa l'écume blanche en haut du bassin, mais le lancer trop long s'accrocha dans les rhododendrons. Au moment où il s'avançait pour libérer le leurre, l'eau se rida à l'autre bout quand une truite fila sous la berge.
    "Je suis rouillé", remarqua-t-il.
    Il décrocha la cuiller et ils remontèrent le ruisseau. Ses lancers suivants furent plus réussis, mais ce ne fut qu'à l'endroit où le cours d'eau décrivait une courbe créant un grand surplomb qu'une touche fit plier et trembler la cane. Un éclair rouge et argent fila vers l'aval. C'était un gros poisson pour un ruisseau, de trente-cinq ou peut-être quarante centimètres. [...]
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  • Par caro64, le 21 février 2013

    Quand il était petit, la mère de Léonard s'était souvent assise dehors sur les marches de leur ferme, restant parfois une demie heure les yeux fixés sur les montagnes qui s'élevaient au-delà de leur pré. C'est si joli que ça m'emporte loin de moi, lui avait-elle expliqué un jour d'une voix douce, avec l'air de lui confier un secret. Une bible ou la messe ne lui suffisait pas toujours, lui avait-elle avoué. Voilà pourquoi avant tout, il faut un monde, avait-elle ajouté. Dans les jours qui avaient suivit le départ d'Emilie et de Kéra, Léonard avait tenté de voir le monde comme l'avait vu sa mère. Il avait pris sa voiture pour aller au bord de la Calumet River, l'unique endroit où il y avait assez d'arbres pour dissimuler un paysage semblant avoir été aplani par un rouleau à pâtisserie géant. Il s'était assis sur la berge et avait scruté les peupliers et les bouleaux, les aulnes noirs et les hamamélis blottis sous les arbres plus grands, l'eau lente et brune, en s'efforçant de trouver la même paix intérieure que sa mère, des années auparavant, sur les marches de la galerie.
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  • Par brigittelascombe, le 07 décembre 2012

    "Elle a trente-quatre ans,reprit Leonard.Elle doit se débrouiller toute seule.
    -Je crois pas qu'elle sache comment."
    Leonard traversa la pièce et verrouilla la porte.
    "Si c'est vrai,c'est trop tard pour qu'on le lui apprenne".

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  • Par ph_hugot, le 09 septembre 2012

    Travis tomba sur les pieds de marijuana en pêchant dans Caney Creek. C’était un samedi, la première semaine d’août, et après avoir aidé son père à pincer le tabac toute la matinée il avait eu
    le restant de la journée pour lui. Il avait enfilé sa tenue de pêche
    et suivi cinq kilomètres de chemin de terre pour aller au bord de
    la French Broad. Il roulait vite, la canne et le moulinet bringuebalant bruyamment sur le plateau du pick-up qui soulevait dans son sillage un nuage de poussière rouge. La Marlin .22 long rifle glissait sur son râtelier bricolé, à chaque virage un peu sec.
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  • Par Nadael, le 05 mars 2013

    Il passa la main par la fenêtre, et la fit tourner comme une girouette. L'air lui giflait la paume. Il n'avait pas besoin de regarder sa montre pour savoir qu'il était midi passé, il sentait l'air du début de l'après-midi cailler comme du beurre. La fin de la canicule, le pire moment de l'année pour travailler aux champs. Pas un souffle, tout, partout, sec et poussiéreux. Les matinées n'étaient pas trop dures parce que les montagnes tenaient un moment le soleil à distance, mais arrivé midi il vous grésillait en pleine tête.
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