J'aime les histoires simples. J'aime quand elles sont racontées sobrement et qu'elles touchent au cœur des hommes. «
Un pied au paradis » de
Ron Rash est de cette veine.
Dans un style épuré, l'auteur nous entraine dans une histoire ordinaire, celle d'une terre et des hommes qu'elle porte. Une terre sauvage, assommée par la chaleur et balayée par les vents, arrachée aux indiens, et bientôt perdue par les hommes. Une terre qui façonne les caractères, et fait de ces paysans pauvres, des gens rudes à la tâche, âpres et peu causants, courbés aux champs mais droits et dignes dans l'adversité.
Nous somme dans les années cinquante, à Jocassee dans le comté d'Oconee , au sud des Appalaches. La compagnie d'électricité Carolina Power construit un barrage qui va submerger cette terre aride, où ne poussent que des choux et des plants de tabacs qui grillent au soleil.
C'est dans cette vallée perdue et condamnée qu'un homme a disparu. Un enfant du pays, un dur à cuire revenu de la guerre les poches pleines d'oreilles, des trophées pris sur l‘ennemi en guise de tribu pour son courage.
Sa mère a bien entendu un coup de feu. Elle fut aussitôt persuadée que son fils était mort, et même convaincue que son voisin avait assassiné son enfant. Mais le corps est resté introuvable.
Reste le temps. La présence de cette absence, obsédante et tapit au fond des cœurs, et qui des années plus tard, progressivement, remontera à la surface à mesure que l'eau du barrage commencera à envahir les terres.
Ron RASH a fait le choix de narrer son histoire à cinq voix. Cela n'est pas sans me rappeler le jeux à douze chandelles de
David PEACE dans « Tokyo, ville occupée» ( "TOKYO, ville occupée" de
David PEACE ). Mais là où
David PEACE jouait avec l'écriture et les styles narratifs, Don Rash s'attache quant à lui à l'épaisseur psychologie de ses personnages.
Le shérif, la femme, le mari, le fils et l'adjoint du sheriff, nous délivrent chacun dans un chapitre qui leur est consacré, un angle différent d'une même histoire, leur vérité et pour certains une part de ce fardeau qu'ils portent, dans cette disparition que le temps n'arrive pas à effacer. Et fort sera le prix de la rédemption.
A travers ce roman émouvant, c'est aussi le portrait d'une Amérique rurale au seuil des grands bouleversements technologiques de la seconde moitié du XXe siècle que nous dépeint
Ron Rash. Un monde agricole et familial mal préparé au chambardement technologique qui va redessiner les contours d'une nouvelle ruralité, et jeter sur les routes de l'exode les plus pauvres de ces paysans besogneux, qui iront grossir les rangs ouvriers d'une industrie elle-même en pleine mutation.
C'est ce monde paysan que symboliquement le barrage est en train inexorablement d'engloutir.
« J'ai quitté Jocassee , pour la dernière fois pourvu que ca ne tienne qu'à moi. Je reviendrais pas ici pour pêcher, faire du ski nautique ou me baigner ni rien de tout ça. Ici, c'était pas un coin pour les gens qui avaient un foyer. Ici, c'était un coin pour les disparus ».
Le roman de Don Rash est poignant, jusque dans le parler de ses personnages. Certains le comparent déjà de grands auteurs américains, dit du Sud. Pour ma part je n'en ferai rien.
Si le roman m'a véritablement séduit et touché, j'ai l'impression cependant qu'il me manque un petit quelque chose ( que je n'arrive pas encore à identifier au moment où j'écris ces lignes) pour être totalement convaincu. Un très bon roman, oui, sans doute, un très grand auteur, peut être, mais en devenir.
Don Rash a déjà publié 4 romans aux états unis. «
Un pied au paradis » est le premier traduit et publié en France. C'est aussi un poète et un nouvelliste.
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