ISBN : 2226121544
Éditeur : Albin Michel (2004)


Note moyenne : 4.67/5 (sur 6 notes) Ajouter à mes livres
A l'extrême pointe du continent sud-américain, aux confins du détroit de Magellan et du cap Horn, s'étendent la Patagonie et la Terre de Feu. voyageant en 1951 dans ces terres reculées, Jean Raspail y a aussitôt reconnu la vraie patrie : celle du cœur. Elle a inspiré pl... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par BVIALLET, le 18 avril 2012

    BVIALLET
    Jean Raspail fait ici œuvre d'historien de ce très lointain territoire appelé la Terre de Feu. D'une plume alerte, il nous raconte la colonisation de ce bout du monde si inhospitalier qu'on n'y bénéficie pas de plus de trois jours de soleil par an ! Les tempêtes succèdent aux tempêtes, le froid, la neige, la glace sont les perpétuels compagnons des malheureux qui s'y hasardent. Combien de drames, combien de naufrages se produisirent dans ces lieux sauvages ? Autant sinon plus qu'ailleurs. On est particulièrement ému par la fin des peuplades primitives qui avaient réussi à y survivre : les indiens des canaux comme les Alakalufs ou ceux des terres comme les Onas. En tout moins de 20 000 hommes, Femmes et enfants qui disparurent très vite après l'arrivée des premiers colons. L'alcool, les maladies et le mode de vie moderne suffirent à les faire disparaître à tout jamais de la surface de la terre.
    Raspail s'attache également à la figure d'Antoine Tounens auquel il a déjà consacré deux romans. Cette fois, il laisse un peu le romantisme, le rêve pour en venir à l'Histoire, à la réalité plus prosaïque. Tounens, simple fils de paysan périgourdin mais véritable mythomane s'était proclamé vers 1868 roi de Patagonie et d'Auracanie. Il rêvait de fédérer les Indiens en révolte et la vie lui fut cruelle. Personne ne s'intéressa vraiment à son projet si ce n'est pour se moquer de lui. Les Chiliens le mirent en prison et le renvoyèrent en France. La bande de Charles Cros, Verlaine et autres, les Parnassiens, se gaussèrent de lui et en firent un roi d'opérette que l'on montrait dans tout Paris comme un personnage de cirque ou de fête foraine. Tounens ruina sa famille et sa santé pour une cause perdue et termina sa vie comme fada dans son propre village. Raspail lui, en grand poète qu'il est, s'est proclamé « Consul général de Patagonie ». Il a donc repris le flambeau. On a les royaumes qu'on peut…

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 14 mai 2010

    Ils portent des noms gutturaux. Ils s'appellent Tséfayok, Lafko, Yatsé, Yuras, Tchakval, Ksafak, pour les hommes… Waka, Chayatakara, Tellapakatcha, Samakanika, Kamankar, Yerfa, pour les femmes. Ils sont petits, un mètre cinquante en moyenne, avec un gros torse et des pieds de canard gluant de crasse. Ils sont nus, mais sans pilosité, les femmes comme les hommes, avec, en revanche, une tignasse noire pleine de poux, et le corps enduit de graisse de phoque. Ils empestent terriblement. Ils ne rient pas, ou très rarement. L'ethnologue José Emperaire, qui a recueilli in extremis l'essentiel du vocabulaire de cette langue moribonde, souligne que s'ils avaient trente façons de nommer des vents différents, ils n'en avaient en revanche aucune pour exprimer la beauté, la gaieté, le bonheur. Quant à la bonté, n'en parlons pas. Leurs dieux sont terrifiants. Ce sont des dieux qui n'existent que pour les écraser !

    Le premier, le plus puissant, c'est Ayayéma. C'est lui qui déclenche les tempêtes, les naufrages, les accidents, les incendies. Le deuxième, tout aussi effrayant. s'appelle Kwatcho. Il règne sur la nuit et les rivages. S'il surprend un Alakuf la nuit hors du tchelo, il lui crève les yeux et l'étrangle. On ne le voit jamais. Il n'attaque que par-derrière. Enfin, Mwono, le troisième larron, fait énormément de bruit. C'est lui qui précipite les valanches, les blocs de glacier, les pans de montagne, les coulées de boue, les rochers, et ces funestes tourbillon de vent, les williwaw, qui tombent sur les malheureux Alakalufs. Imaginons une nuit de campement d'hiver, qui n'en finit pas, dans un chenal, sur une grève, des milliers et des milliers de nuits tout aussi intensément obscures de la tempête, qui n'a d'autre abri que sa hutte de peau, avec, par-dessus le marché, ces trois divinités infernales qui le guettent pour l'achever. Chose étrange : mis en présence du Christ rédempteur et de l'Évangile prêché par les missionnaires, c'est-à-dire une religion de compassion et de recours, les Alakalufs la refuseront, la fuiront, contrairement aux Yaghans et aux Onas, qui, d'ailleurs, en mourront tout autant…
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  • Par Piling, le 14 mai 2010

    Trois, et même quatre si l'on compte les Haush, très tôt disparus, quatre peuples minuscules – en tout une vingtaine de milliers d'individus – se partageaient la Terre de Feu avant l'arrivée des Blancs : les Alakalufs (ou Kaweskars), les Yaghans (ou Yamanas), les Onas (ou Selk'nams) et leurs proches cousins les Haush. Les deux premiers vivaient sur l'eau, nomadisant avec leurs canots à travers l'immense labyrinthe maritime, les Alakalufs au détroit de Magellan, dans les mers de Skyring et d'Otway et dans tout cet univers inconnu de fjords, de passes et de chenaux qui longe le Chili austral entre le glacier infranchissable du Hielo Patagonico et l'océan Pacifique, les Yaghans au canal de Beagle et dans les archipels du cap Horn. La terre ferme leur inspirait une telle terreur que jamais ils ne s'aventuraient au-delà des grèves étroites où ils campaient. En revanche, les Onas et les Haush risquaient rarement un orteil dans l'eau. C'étaient des terriens, des marcheurs, des chasseurs. Les Onas sillonnaient la grande île de leurs pas infatigables et les Haush se contentaient de la pointe extrême de la Terre de Feu, toujours inaccessible aujourd'hui, qui par le cap San Diego et le détroit de Le Maire fait face à l'île des États où Jules Verne planta son phare imaginaire. Deux modes de vie radicalement différents et quatre peuples qui parlaient chacun leur langue, alors que Darwin, en 1834, les considérant avec mépris, jugeait qu'ils n'avaient pour tout langage que des cris inarticulés…
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  • Par Piling, le 13 mai 2010

    Il vivait à Nuremberg, la Rome des géographes de ce temps-là, loin des mers et des océans. Tout capitaine d'ambition se devait avant le grand départ d'accomplir le pèlerinage à Nuremberg, comme les médecins allaient à Montpellier, les mathématiciens à Salerne et les philosophes à Heidelberg. Behaïm en était le maître, la lumière de la géographie. Il connaissait les secrets de la tour de Sagres que lui avaient transmis les savants juifs qui entouraient naguère Don Enrique, Henri le Navigateur. On ne parvenait pas jusqu'à lui facilement. Il fallait d'abord franchir tout un réseau d'initiateurs secondaires qui filtrait les visiteurs. Il ne recevait qu'en secret. Au capitaine enfin admis qui se présentait, il demandait : "Qu'avez-vous d'abord à m'apprendre ?" C'était le prix à payer pour accéder au monde de Martin Behaïm,la face encore cachée de la terre, cette Amérique que lui, déjà, entrevoyait. Assis dans un fauteuil droit, vêtu de noir, un bonnet à oreillettes enfoncé sur le crâne, il écoutait en silence : un Flamand avait couru la baleine blanche au pied de falaises immenses, un Malouin avait troqué l'ambre loin à l'ouest avec des sauvages emplumés, un Portugais avait longé les côtes du Brésil sans parvenir à imaginer qu'il avait découvert un continent, un Hollandais qui marchait au sud entraîné par une tempête avait vu surgir un cap neigeux dominant un puissant courant qui semblait venir de l'intérieur des terres... Des scribes muets comme des tombes notaient : vents dominants, courants de haute mer, terres incertaines entrevues dans la brume, récits de capitaines égarés découvrant des bois flottés encore recouverts de feuillage vert ou des vols d'oiseaux inconnus à des milliers de lieues supposés d'un rivage identifié, légendes celtiques ou norvégiennes, journaux de bord volés, propos de gabiers qu'on a fait boire dans les tripots de Lisbonne et d'Anvers et qu'on retrouvait plus tard un poignard planté dans le dos, telles étaient les monnaies d'échange que Martin Behaïm entassait dans les épais dossiers cadenassés qui tapissaient les murs de sa bibliothèque : un puzzle géographique qui peu à peu se construisait et dont il était le seul à posséder la clef.
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  • Par Piling, le 13 mai 2010

    Puis il posait des questions : Combien de jours en mer ? Par quels vents ? Quels changements de cap ? Quelle position estimée ? Quelle vitesse au jugé ? Quelles appréciations de chaleur ou de froid ? De l'eau ? De l'air ? Quelles étoiles dans le ciel et leur position au firmament ? Quelles espèces de poisson ou d'oiseaux rencontrées ? Les scribes grattaient, grattaient. Le capitaine savait-il dessiner ? Alors qu'il dessine ce canot qu'il avait vu flotter à demi-coulé et qui ne ressemblait à rien de connu… Ensuite Behaïm congédiait le visiteur, souvent venu d'un port lointain, après lui avoir livré en échange quelques informations fragmentaires, et se retirait dans son cabinet secret. Là trônait l'œuvre de sa vie, éclairée par des chandeliers, une sphère fabuleuse, monumentale, représentation interdite de notre monde, le pôle Nord atteignant le plafond et l'équateur cerné d'une galerie accessible par une échelle. Une merveille d'ébénisterie tendue de parchemin sur lequel il n'était pas un détail de la géographie du globe que Behaïm n'ait recoupé plusieurs fois, de la bouche de différents capitaines, avant de l'y faire figurer lui-même à la pointe de son pinceau. Personne n'entrait jamais dans cette pièce, à l'exception du maître des lieux et des plus grands marins de ce temps qu'il jugeait seuls dignes de la révélation, Dias, Vasco de Gama, Colomb, Balboa, Magellan, auxquels il confiait aussi les secrets d'un instrument magique qu'il avait inventé : l'astrolabe*. Lorsque Christophe Colomb, affrontant la révolte de ses équipages, leur jura qu'après un nombre de jours donné une terre surgirait de l'horizon, cette terre, il l'avait déjà vue, à sa position presque exacte, sur le globe de Nuremberg, dans le cabinet de Martin Behaïm. Quand enfin elle lui apparaîtra, il en sera soulagé, certes, mais étonné, non pas. Il savait.
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  • Par Piling, le 15 mai 2010

    Cette rive du Beagle est argentine. Celle d'en face appartient au Chili. Ces deux pays se montrent fort sourcilleux dès qu'il s'agit de leurs frontières maritimes. Ils ont failli en venir aux mains plusieurs fois. On a même frôlé la vraie guerre il y a une vingtaine d'années, rappelé les réservistes et dépêché flottes et escadrilles à propos des îles Picton et Nueva où ne vivent pas dix personnes, à la sortie d'un canal. Curiosité diplomatique : en vertu d'un précédent sous le pape Alexandre VI en 1494, c'est le Vatican qui évita de justesse l'effusion de sang et sépara les combattants en fixant définitivement, à leur demande de médiation, la frontière la plus australe du monde. Il n'empêche que les deux ex-belligérants se regardent encore en chiens de faïence d'une rive à l'autre.
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Chronique d'Alexis Brezet (rédacteur en chef du Figaro Magazine) sur la réédition du Camp des Saints, de Jean Raspail (RTL, 31/1/11)








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