> Jan Dusay (Traducteur)

ISBN : 2879293715
Éditeur : Editions de l'Olivier (2003)


Note moyenne : 4/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres

« Skoutchno est un mot russe très difficile à traduire. Cela signifie plus que morne ennui : c'est un vide de l'âme qui vous aspire de manière indéfinie mais vive vers une nostalgie prenante, telle une vague. Alors que j'avais tr... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 10 mars 2011

    nadejda
    Je découvre Gregor von Rezzori avec ces «Mémoires d'un antisémite» qui viennent d'être rééditées en poche «Points Signatures» et je pense que je vais rester un long moment en sa compagnie même si j'alterne avec d'autres lectures.

    Il entre une grande part de fantaisie dans ces «mémoires», pleine de portraits inoubliables, dont le fond est autobiographique et elles ne sont pas vraiment antisémites. Ses relations avec des juifs, dans son enfance et ensuite jeune homme à Bucarest, sont parfois entachées d'un reste de culpabilité, issue de son éducation aristocratique où l'antisémitisme était érigé en principe. Il a l'impression de trahir son milieu même s' il a envie de rompre avec lui. Mais ce que Gregor von Rezzori aime, avant tout, c'est la diversité de la Mitteleuropa grouillante de vie dont il aura toujours la nostalgie, où les juifs et leur culture tenait une grande place mais aussi les arméniens, les roms et bien d'autres ; en particulier dans la Bucovine où il est né, sise à l'extrémité orientale de l'empire Austro-hongrois, souvent partagée et annexée au gré des invasions et des guerres. 

«M.Garabetian était un Arménien au charme et à l'embonpoint extrêmes. Jour après jour, de l'aube au crépuscule, il restait assis, immobile, tel un bouddha, devant sa boutique. il faisait jouer entre ses doigts de couleur mate et aux ongles rosés un chapelet en noyaux d'abricots artistement sculptés. Ses lourdes paupières laissaient filtrer un regard brillant dans des yeux en amande dont on aurait dit que c'étaient des olives conservées dans l'huile ; et puis aussi, il avait sur la lippe inférieure une excroissance de la taille d'un pois et couleur d'aubergine en dessous d'une moustache à la Charlot.... M. Garabetian chassait les mouches de son nez en forme de courge, tout en fumant des cigarettes de Macédoine et en buvant d'innombrables tasses de café turc. » p 122-123
    D'une lucidité impitoyable, railleur vis à vis de son milieu d'origine et vis à vis de lui-même, von Rezzori est souvent plein d'humour dans les anecdotes qu'il nous conte. C'est un curieux, un hédoniste, orgueilleux, parfois maladroit dans ses amitiés et ses amours, et un conteur captivant, plein de charme.
    «Par exemple, il était bien connu que cela portait malheur de croiser un Juif quand on allait à la chasse. Or, il faut dire que mon père ne faisait guère autre chose qu'aller à la chasse et, vu le nombre de Juifs en Bucovine, il était impossible d'aller à la chasse sans tomber promptement sur plusieurs d'entre eux, et c'était presque chaque jour qu'une telle gêne lui était infligée. Cela le faisait souffrir, tel un ongle d'orteil incarné.» p 244
    Pour apprécier pleinement ce livre il ne faut pas le juger à l'aune des crimes de la seconde guerre mondiale même si l'on peut penser que le nazisme ait fait son lit grâce à l'antisémitisme préexistant en Allemagne et dans les pays qui appartenaient à l'empire austro-hongrois démantelé après la première. Si des familles comme celle de von Rezzori ont permis et favorisé directement ou non l'ascension du nazisme, elles en ont aussi terriblement souffert. Tout ce qui faisait leur vie s'est écroulé et de leur monde il n'est resté que des ruines.
    La premier chapitre de ces «Mémoires d'un antisémite» qui en comporte cinq est dédié à Claudio Magris qui nous avait offert un beau voyage avec son «Danube». Il est intitulé Skoutchno, mot russe, dont l'auteur nous dit : «plus que morne ennui, c'est un vide de l'âme qui vous aspire de manière indéfinie mais vive vers une nostalgie prenante, telle une vague». Et Gregor von Rezzori parvient à nous entraîner avec lui.
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Citations et extraits

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  • Par nadejda, le 10 mars 2011

    Mais il fut convenu que je ferais mes études en Autriche et cette décision m'inspira beaucoup de ressentiment car j'adorais la Bucovine. Il semblerait que ce soit le lot de toute enfance sans histoire que d'être solitaire. Là-bas comme ici j'étais solitaire. A Vienne, j'étais solitaire parce que j'étais un petit garçon venant d'un pays des Balkans si lointain maintenant et que je vivais au milieu de vieilles gens et d'imbéciles. Revenu en Bucovine, j'étais solitaire car j'étais le petit snob qui avait reçu une éducation étrangère et qui essayait d'éviter tout contact avec ceux de son âge. En fait, ce n'était pas du tout dans mes intentions. C'était la conséquence logique de l'isolement dans lequel la monomanie de mon père et la nostalgie de ma mère nous avaient enfermés.
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  • Par nadejda, le 10 mars 2011

    «M.Garabetian était un Arménien au charme et à l’embonpoint extrêmes. Jour après jour, de l’aube au crépuscule, il restait assis, immobile, tel un bouddha, devant sa boutique. il faisait jouer entre ses doigts de couleur mate et aux ongles rosés un chapelet en noyaux d’abricots artistement sculptés. Ses lourdes paupières laissaient filtrer un regard brillant dans des yeux en amande dont on aurait dit que c’étaient des olives conservées dans l’huile ; et puis aussi, il avait sur la lippe inférieure une excroissance de la taille d’un pois et couleur d’aubergine en dessous d’une moustache à la Charlot.... M. Garabetian chassait les mouches de son nez en forme de courge, tout en fumant des cigarettes de Macédoine et en buvant d’innombrables tasses de café turc. » p 122-123
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  • Par nadejda, le 10 mars 2011

    .... j'entends encore, par les fenêtres ouvertes d'une école hébraïque, les voix intactes des garçons au visages d'oeuf, à la pâleur identique, encadrés de longues papillotes, ou le piétinement des danseurs lors d'un mariage paysan, la sueur dégoulinant du front d'un violoneux, les nattes s'échappant de leur fichu noué sur la tête ; les prairies enserrant l'argent d'un cours d'eau, les cigognes s'avançant avec majesté dans les marais qu'elles habitent et puis, accélérant leur marche, s'envolant dans l'azur du jour ; l'eau éclaboussée en stries au-dessus du lin vert battu par les filles cachées derrière les saules -- tout cela et beaucoup d'autres souvenirs sans prix. p 190
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  • Par nadejda, le 10 mars 2011

    Comme atteint d'une douleur soudaine, je ressentis la profonde nostalgie de chez nous, de la Bucovine où j'aimais tant cette heure qui précède les ténèbres que je sortais en courant de la maison pour aller dans la campagne, dans cette lumière abstraite couleur lilas. Du côté de la vallée déjà pleine de la poussière de la nuit, il y avait le battement des ailes de chauves-souris qui grouillaient, tandis que le vent du soir m'inondait le visage de l'odeur du foin des pâturages lointains ; et devant cette immense source de la nuit, vers la Galicie, la terre plate s'étendait en éventail pour se fondre dans les cieux d'une manière cosmique. p 136
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  • Par nadejda, le 10 mars 2011

    «Par exemple, il était bien connu que cela portait malheur de croiser un Juif quand on allait à la chasse. Or, il faut dire que mon père ne faisait guère autre chose qu’aller à la chasse et, vu le nombre de Juifs en Bucovine, il était impossible d’aller à la chasse sans tomber promptement sur plusieurs d’entre eux, et c’était presque chaque jour qu’une telle gêne lui était infligée. Cela le faisait souffrir, tel un ongle d’orteil incarné.» p 244
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Grégor von Rezzori : Murmures d'un vieillard
Dans une pièce de la Cité internationale universitaire de Paris dans le 14ème arrondissement, Olivier BARROT présente le texte ultime de Gregor von REZZOLI "Murmures d'un vieillard", livre de souvenirs et de réflexions sur le XXème siècle. Des images filmées de façon floue illustrent le programme.








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