L'année brouillard, porte bien son titre, autant que pour le décor dans lequel se place l'intrigue que pour l'histoire qui mêle intimement la psychologie au suspense. Abby est heureuse ce matin là. Elle se promène sur une plage embrumée de San Francisco avec Emma, la fille de son fiancé. Elle est photographe et la fillette arrive à lui échapper du regard. Tout bascule. Dans ce brouillard sans fin, Abby panique et perd Emma. Noyade ou kidnapping, la police mène l'enquête sous les yeux d'un père anéanti qui dans son silence accuse Abby de sa négligeance. Pourtant Abby, rongée par la culpabilité, trouve la force de ne pas oublier pour retrouver Emma...
L'année brouillard raconte cette longue recherche après la disparition mystérieuse d'un enfant. Ce livre nous ramène en pleine figure ce que l'on côtoie tous les jours: l'enlèvement d'enfants, l'inquiétude des parents, des messages d'alertes. Hélas, ceci est classé dans la catégorie faits divers alors que c'est une véritable tragédie pour ceux qui la vivent. L'auteur dit des choses étonnamment vraies sur le fait que cela n'arrive qu'aux autres mais que c'est faux! qu'après des recherches infructueuses on abandonne. Des rangées où sont alignées des photos d'enfants qui pour la plupart ne sont pas retrouvés ou pire retrouvés morts. C'est une terrible histoire, mais c'est le reflet d'une réalité certaine, présente au coin de la rue, au bas de l'immeuble. En cela le roman offre un premier intérêt: le déroulement des recherches, comment cela se passe. Mais à mon sens, ce qui est le plus saisissant dans ce livre tient à deux points:
-l'extrême rigueur à détailler les sentiments, avec une sensibilité attachante. La culpabilité, l'amour d'une belle-mère, le désespoir, la colère, la peur; toutes ces émotions sont fortes et dépeintes avec sobriété, calme et efficacité. La longue recherche, les jours que l'on compte sans fin, cet épuisement physique et moral sont l'apanage du roman. Pourtant on ne rentre pas dans un pathos démesuré, ni dans un éloge larmoyant. La grande qualité de l'auteur réside dans cet autre point:
-ce qui donne son titre au roman. le brouillard, la chose contre laquelle Abby se bat. Une métaphore pour signaler le flou dans lequel tout s'enchaîne alors que l'on voudrait que tout soit clair et limpide. Retrouver des éléments de l'accident, des détails qui lui auraient échappés...pour cela Abby est prête à tout: lectures sur le développement de la mémoire, hypnose, acharnement psychologique à chercher des souvenirs évocateurs. Et là on rentre dans un roman époustouflant. Quel travail pour
Michelle Richmond qui passe en revue tous les recoins de la mémoire humaine...De ses souvenirs qui s'imbriquent et qui se mélangent, Abby nous entraîne dans un monde cognitif à la limite du scientifique tellement tout est détaillé. Parce que chaque détail est important, parce qu'un détail crucial peut être retrouvé plusieurs jours après les faits. C'est stupéfiant et
L'année brouillard a le mérite de nous plonger dans cette quête contre l'oubli et le déni. Abby est un personnage fort et courageux. Nous sommes de tout coeur avec elle lorsque tout le monde abandonne. Elle fait confiance à son instinct...
Le récit prend une dimension affective renversante et le lecteur ne peut être que touché par l'acharnement, la persévérance, le combat ultime d'une mère qui n'en ai pas vraiment une mais qui poussée par un amour sincère; se livre à une introspection douloureuse. Un enfant n'en vaut-il pas le coup ? malgré la douleur, l'attente, l'angoisse d'un silence pesant.
L'année brouillard fait l'apologie du souvenir, de la réminiscence du passé pour mieux comprendre le présent et permettre d' avancer : et c'est là tout le message d'espoir que porte en lui ce roman d'une profondeur captivante.
Lien : http://souslefeuillage.blogspot.com/2009/06/lannee-brouillard.html