ISBN : 2702128858
Éditeur : Libella Maren Sell
(1998)
Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Lettres à une musicienne2Ajouter à mes livres
le 26 janvier 1914, par l'intermédiaire de son éditeur, Rilke, qui habite alors Paris, reçoit la lettre d'une inconnue. Elle est viennoise, pianiste, et s'appelle Magda von Hattingberg. La réponse du poète ne se fait pas attendre. le to... > voir plus
J'ai plongé avec délectation dans ces pages, qui ne sont pas seulement constituées des lettres de Rilke mais aussi de celles de Magda von Hattinberg (néanmoins en moins grand nombre dans le recueil, peut-être un choix de la succession de madame von Hattinberg), qui sait comment transmettre la musique de l'intérieur. J'y ai découvert un Rilke touchant de fragilité. Il n'est plus seulement un poète au sommet de ses moyens (qu'on les lise en langue originale ou en traduction, plusieurs de ces textes sont magnifiques et ont inspiré nombre de compositeurs... dont Brad Mehldau, qui en a tiré il y a quelques années The Book of Hours: Love Poems to God) ou un maître pour les écrivains de demain. Ici, il redevient un homme, séduit par une pianiste qui lui envoie un témoignage de reconnaissance après avoir lu ses textes, qu'il cherche à faire sienne à travers ses mots, ses souvenirs, le récit de son quotidien et quelques très belles réflexions sur la musique et la littérature.
Mais vois-tu, mes livres sont des télescopes; lorsque quelqu’un approche son œil, son champ de vision est assailli par une multitude de choses : des ciels, des nuages, des choses et autres phénomènes divers, que sais-je encore, tout cela baigné d’une fraîche et profonde franchise, avec plus de violence, de précision et de validité qu’il n’en a l’habitude, c’est beau, c’est beau, il a le loisir d’en faire moisson, mais tout cela n’est pas moi, toi seule le sais, n’est-ce pas, regarde bien dans le tube dressé, ce petit point lumineux, là-bas – tu vois? – C’est mon cœur, on ne peut le reconnaître.