Lorsque je tiens ce vieux recueil écorné entre les mains ce sont des tableautins résolument modernes qui défilent sous mes yeux.
Ces historiettes en prose, hallucinatoires,sont de courts puzzles de photons imaginaires issus de l'inconscient obscur d'un Arthur enfant étouffé par sa mère qui de fugue en fugue écrit sa propre musique.
Porte ouverte au surréalisme.
Rimbaud en était-il le précurseur?
En tous cas, l'insolite de Magritte joue du pinceau avec brio.
L'empire des lumières (
René Magritte 1954), maison surnaturelle, aux volets presque tous clos, éclairée intérieurement de sa veillée mais plongée dans l'obscurité nocturne sous un ciel clair diurne est-il celui d'un
Arthur Rimbaud qui tire sa lumière du vide crée par l'enfance effacée?
L'empire des lumières(1967
René Magritte) repris mais non achevé car laissé en suspens par la mort, resté clos sur quelque secrète parabole peint-il le monde d'un
Rimbaud qui vagabonde, blesse
Verlaine son amant d'un coup de révolver(
Les illuminations publiées en 1886 ont sans doute été écrites vers cet épisode là de 1873) ?
Le salon de Dieu(
René Magritte 1948) avec son inversion jour est nuit tend-il des cordes à ses fenêtres pour danser d'étoile en étoile?
Le retour de flamme (
René Magritte 1943) avec son Fantomas mystérieux géant surgi de la nuit qui plane au dessus de la ville est-il le circus de
Rimbaud dont "les boutiques doivent contenir des drames sombres"?
Stop le délire,me voici prise d'hallucinations, c'est dire la puissance évocatrice de ces récits, ras de marées,contes,rêveries,parades,rencontres de décadants,beautés,vies paisibles,départs,châteaux,ivresses,visionsphrases,fictions,ponts qui s'effacent,ornières entre vie et mort,villes idéales,veillées-bonheur,mystiques,fêtes,angoisses....mondes inassouvis qui brillent dans la nuit aux portes de l'irréel.
Arthur Rimbaud poète français(1854 1891) après avoir écrit des
Poésies de forme régulière,suite aux évènements de la Commune en 1871, a crié sa propre révolte et est passé à une forme plus nouvelle et inventive dont
Une saison en enfer et
Illuminations font partie qui ont fait de lui, dira Mallarmé "ce passant considérable".