> Bertille Hausberg (Traducteur)

ISBN : 2864247097
Éditeur : Editions Métailié (2011)


Note moyenne : 3.3/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres
Elle devait s’appeler Malvarrosa mais, à cause d’une erreur de l’officier de l’état civil ou parce que son écervelé de père était tellement bourré en allant la déclarer, elle finit par s’appeler Malarrosa.
Cette petite fille marquée par le destin dès sa naissance... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par moustafette, le 09 septembre 2011

    moustafette
    Oui, mais ceux dont il est question ici sont mille fois plus attrayants. Loin d'être figés dans la froidure danoise, ils animent les rues poussièreuses de Yungay, petit village minier du nord du Chili qui subsiste tant bien que mal alors qu'alentour les mines ferment les unes après les autres.
    C'est là que vit Malarossa, gamine d'une dizaine d'années, lucide, têtue, et un brin farouche. Elle veille sur Saladino Robles, son flambeur de père, seule famille qui lui reste, et le suit comme son ombre dans ses déambulations éthyliques et pugilistiques. Les tripots et les bordels n'ont plus aucun secret pour elle, ses amis sont ceux de son père ou les prostituées du Pancho Déchiré, quartier général où se retrouve toute une clique de personnages truculents en quête d'un avenir meilleur tout en usant leurs vies à coup de pocker, à coup de poing et à coup de gnôle. Quand elle ne prend pas soin de son petit papa, Malarossa retrouve les objets perdus, maquille les morts, va à l'école quand il y a une institutrice et dessine des oiseaux en rêvant.
    Un arrière-fond nous brosse un aperçu de la situation sociale et politique du pays, et plus précisément de la lutte des mineurs qui voient leurs villages disparaître aussi vite qu'ils ont été construits, c'est à dire à la va vite pour alimenter les fûts des canons de l'Europe alors en guerre. Les années de paix et la crise de 29 aidant, le salpêtre n'intéresse plus personne et l'exode vers les villes de la côte s'intensifie.
    Voilà, ça pourrait être sordide, misérabiliste, glauque, etc, etc mais comme ça se passe en Amérique du sud, forcément c'est cocasse, pittoresque, démesuré voire surnaturel... On côtoie les morts et les putains, ça picole et ça castagne à toutes les pages mais... re-forcément puisqu'on est en Amérique du sud, c'est magique et poétique.
    En digne héritier des ses aînés, Hernan Rivera Letelier est un merveilleux conteur de la vie et de l'éphémère.
    A ranger dans la catégorie réalisme magique sud-américain et à découvrir donc.
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    • Livres 3.00/5
    Par Aaliz, le 04 septembre 2011

    Aaliz
    Avec Malarrosa de Hernan Rivera Letelier, on plonge au cœur des villages miniers du désert d'Atacama au Chili riche en salpêtre.
    Le salpêtre entre dans la composition de la poudre et des explosifs, abondamment utilisé au XIXème et au début du XXème, son emploi se fait plus rare au lendemain de la première guerre. La chute de la demande en salpêtre conduisent à la fermeture progressive des mines et parallèlement à la disparition et l'abandon des communes ouvrières.
    On découvre dans ce roman la vie difficile des ouvriers des mines de salpêtre, on assiste à la vie puis à la mort d'un de ces villages miniers, victime des contraintes naturelles extrêmes et du cours de l'Histoire.
    On accompagne ainsi Malarrosa, fille d'un de ces ouvriers victime de la fermeture de sa mine. Privée de mère, elle suit son père dans les bordels où ce dernier ne pense qu'à jouer le peu d'économies qu'ils ont et à assister à des combats de boxe clandestins.
    Je pensais lire le récit de la vie entière de Malarrosa mais le roman se cantonne à la période de ses 13 ans avec quelques évocations de son enfance. le reste de sa vie n'est que superficiellement évoqué (présenté sous forme de simples rumeurs) dans le tout dernier chapitre (qui ne fait qu'une page).
    J'ai donc été déçue, je m'attendais à autre chose. En fait, il ne se passe pas grand chose dans ce roman, les évènements sont relativement insignifiants (d'un autre côté, comment pourrait-il en être autrement au fin fond du désert ?) et j'ai parfois eu l'impression de me retrouver en plein western. Tous les éléments rappelant le western sont réunis : le désert, le bordel qui évoque le saloon où on joue au poker, où ceux qui gagnent trop se font descendre, où les filles se déhanchent avec leur boa en plumes, le policier du village qui évoque le sheriff, sans oublier le croque-mort fidèle à sa caricature : vêtu de noir, aux allures de vautour etc…
    L'auteur nous présente également un aperçu de la politique du pays à l'époque, il dénonce les épisodes très durs des massacres des ouvriers de San Gregorio qui avaient voulu se révolter contre la fermeture de leur mine et les exactions commises par l'armée et approuvées par les dirigeants au pouvoir.
    Le roman est trop court pour qu'on puisse s'attacher aux personnages malgré les figures sympathiques de Oliverio Trebol et Morgano, et j'ai trouvé ça dommage. L'histoire en elle-même m'a paru trop fade pour m'émouvoir et, malgré le nombre restreint de pages, j'ai eu beaucoup de difficulté à avancer dans ma lecture. Je lisais une dizaine de lignes et reposais le livre. Ma lecture s'est donc étalée sur plus d'une semaine alors qu'elle n'aurait du me prendre qu'à peine 2 jours. le style est pourtant simple, le langage courant. J'ai apprécié les passages descriptifs sur le soleil et son ardeur, sur le vent et le désert. J'ai trouvé ces passages très bien écrits, avec de jolies métaphores, l'ensemble est assez poétique. Les oiseaux sont un élément récurrent tout au long du récit. Tout comme les oiseaux dans leur cage, les hommes sont prisonniers du désert :
    « Voilà ce que le désert était pour eux - et pour tous - une sorte de prison ouverte. »
    La figure du mirage revient souvent aussi symbolisant la disparition prochaine du village.
    Au final, une lecture qui ne m'a forcément déplu, j'ai beaucoup apprécié certains passages …trop rares hélas, mais je ne l''ai pas trouvée exaltante non plus.
    Je souligne enfin que l'objet livre en lui-même est très beau avec une magnifique couverture ( tout comme Malarrosa j'adore aussi les oiseaux).


    Lien : http://booksandfruits.over-blog.com/article-malarrosa-hernan-rivera-..
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    • Livres 5.00/5
    Par sandrine57, le 19 mai 2011

    sandrine57
    Yungai, petit village du désert d'Atacama, a longtemps été prospère grâce aux mines de salpêtre qui ont fait vivre toute la région. Mais ces temps sont révolus, la demande de salpêtre s'est amoindrie, les mines ferment tour à tour et Yungai se désertifie. C'est dans ce contexte que grandit Malarrossa, l'héroïne du roman. Elevée par un père buveur invétéré et joueur de poker malchanceux, la petite fille suit son bonhomme de chemin entre l'école du village, les maisons closes où se déroulent les parties de carte, les rings improvisés où combat Tristesburnes, l'ami de toujours et les veillées funèbres où elle exerce ses talents de maquilleuse des morts.
    Les mots me manquent pour dire à quel point j'ai aimé ce roman! J'ai aimé les personages hauts en couleur, aux surnoms farfelus et surtout Malarrossa, petite fille si mature, tellement attachée à ce père blessé par la vie. J'ai aimé Yungai qui survit malgré le vent et le sable, malgré les rues désertes, malgré la crise. Et puis j'ai aimé cette histoire, faite de multiples anecdotes, qui se lit comme un conte. Tragique et drôle à la fois, ancré dans la réalité sociale et politique du Chili des années 30, ce roman a le souffle des grands romans d'Amérique du Sud. J'ai souvent pensé en le lisant à Cent ans de solitude de GARCIA MARQUEZ.
    Il faut le lire ABSOLUMENT! Cela me chagrine qu'il risque de passer inaperçu alors qu'il mérite le même destin que Le coeur cousu de Carole MARTINEZ.
    Un grand merci à Babelio et aux éditions Métailié pour ce coup de coeur.
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    • Livres 4.00/5
    Par tessgeffroy, le 06 mai 2011

    tessgeffroy
    C'est au Chili, dans le village de « yungay », près des mines de salpêtre (où travaillent bon nombre des personnages), que nous rencontrons Malarrosa. Dans ce désert où le soleil est ardent et la terre si sèche.
    Dès le début du récit nous ressentons combien cette petite fille est mature du haut de ses 10 ans face aux souffrances endurées (décès des grands-parents, de ses frères jumeaux puis de sa mère adorée, Malva). Elle se retrouve vite seule, à veiller sur son père, Saladino, buveur invétéré et joueur de poker. Saladino et Olivério, son ami, l'entrainerons vers les « bordels » où se déroulent les parties de jeu, ainsi que les bagarres de rues, ou beaucoup misent leurs pécules. Malarrosa (déguisée en garçon par son père), vit donc au beau milieu des prostituées et des mineurs avinés, tous dotés d'un sobriquet vraiment risible !
    Ça n'aurait pu être qu'une simple histoire dramatique, mais c'était sans compter sur le talent de cet écrivain, sa manière de raconter, légère et ironique. Il a aussi le pouvoir de nous faire voyager dans ces terres arides d'une façon indescriptible, et donc si réelle !
    Certes cette histoire est tragique, mais allégé par la poésie, la tendresse, la musique des mots et un incroyable humour.
    J'ai tout aimé dans ce livre, la fantaisie, la dérision, les personnages plus loufoques les uns que les autres, la découverte de ce pays, et le destin de Malarrosa.
    Bref a lire absolument !!!
    (le petit plus : merci Babélio j'ai découvert un nouvel écrivain !)
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    • Livres 2.00/5
    Par yv1, le 29 avril 2011

    yv1
    Hernan Rivera Letelier situe son histoire dans le Chili de la fin des années vingt et du début des années trente. Les mines de salpêtre ferment les unes après les autres. Les villages créés autour se vident, les anciens mineurs partant pour les villes chercher du travail. Yungay, le village de Malarrosa, à ses heures de gloire comptait "trois hôtels, les pensions de famille, la pharmacie, les boutiques de vêtements, les dépôts de vin, les billards, les bistrots, les tavernes, dix-sept lupanars" (p.16) Mais à la suite de l'exode de ses habitants "sur les dix-sept bordels il n'en restait plus que deux : le Poncho Désiré et le Perroquet Vert"(p.16). A travers l'histoire de Malarrosa, l'auteur raconte la naissance, la vie et la disparition de ces petits villages du désert, poussés artificiellement grâce aux mines. Yungay partiellement déserté ressemble un peu aux villages désertiques qu'on voit dans les albums de Lucky Luke, on y rencontre même le croque-mort qui se promène avec son mètre à la main, ici, don Uldorico. Les bagarres, les beuveries, les jeux de cartes, les visites au lupanar et les combats de boxe à mains nues distraient les habitants. La vie s'écoule lentement, paisiblement. Celle de Malarrosa, comme celles des autres habitants est une suite d'anecdotes plus ou moins drôles, plus ou moins tristes, parfois anodines, parfois importantes. Ma lecture a subi les mêmes hauts et bas, parfois lente et pas vraiment passionnante, sans jamais pour autant être désagéable. Et puis, sur la fin, le récit s'agite un peu, les personnages aussi, ils sortent un peu de leur léthargie... et moi aussi.
    Me voilà encore une fois partagé sur un livre : d'un côté des personnages attachants mais qui subissent et qui ne réussissent pas à captiver -bien qu'on les aime beaucoup et qu'on ait envie qu'ils s'en sortent- et qui, fort heureusement pour eux et pour nous ont un sursaut final bienvenu et de l'autre côté une écriture plaisante, propre et assez lisse (j'ai toujours du mal à parler de l'écriture d'un écrivain traduit : quelle est la part du traducteur -ici, une traductrice, Bertille Hausberg- dans la qualité du travail ?). Un rien de détachement de l'auteur pour ses personnages, là est peut-être l'explication de ma réserve.
    Pour conclure, ce n'est pas une mauvaise lecture, bien au contraire, mais elle n'a pas emporté mon enthousiasme. Cependant, je pense que cette petite Malarrosa pourrait plaire à beaucoup de lecteurs. Et puis, quelle belle couverture !

    Lien : http://lyvres.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par moustafette, le 09 septembre 2011

    Le ciel du désert, haut, diaphane, explicite, est une éclatante célébration d'étoiles magnifiées par l'obscurité qui prétend les voiler ; des étoiles qui font briller et resplendir leur lumière naissante, de toutes les tailles et luminosités, étoiles proches ou lointaines, étoiles inaccessibles, belles comme des lanternes de papier, fixes comme des prunelles de chat ou clignotantes commes les yeux des lézards ; étoiles baptisées ou sans nom, étoiles mortes, étoiles froides comme le givre, ardentes comme des braises, mystérieuses comme des feux follets ; étoiles formant des croix, des voies, des constellations, un univers scintillant et mystérieux de corps célestes - astres, nébuleuses, soleils, planètes, aérolithes - réunis en grappes, là à deux doigts de son ivresse.
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  • Par FaBmNrD, le 30 août 2011

    Le mirage vient d'éclore : c'est une rose née de la seule réverbération, de la seule vapeur des sables brûlants, de la seule imagination de la pierre ; une irréalité absolue, un pur rêve de pierre devenu rose incorporelle, volatile, translucide comme des ailes de libellule. Voilà ce qu'est un mirage dans le désert, tellement irréel qu'il n'existe que dans la pupille de celui qui le regarde, celui qui, fatigué et assoiffé, scrute l'horizon comme on hume la mer, comme on flaire des yeux et, au lieu de l'arôme marin, voit se former un mirage, une illusion qui peu à peu s'amplifie, se dilate comme sous l'action d'un souffleur de verre. Voilà comment naissent les mirages : par la grâce de qui les regarde. Car un mirage n'existe que par le regard, comme Dieu n'existe que si on y pense. C'est ainsi qu'il s'évapore comme le reflet sur la rétine de celui qui voyait en lui une rose fragile, fugace, éthérée, aussi irréelle que l'écho de l'imagination.
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  • Par kathel, le 18 mai 2011

    Saladino Robles sourit et hocha la tête dans l’obscurité de la nuit. Bizarres, les choses de la vie : maintenant, il avait un authentique trésor, un pactole entre les mains, car le doigt d’Amable Marcelino représentait une véritable fortune, seule la poule aux œufs d’or avait une valeur comparable. Avec cette amulette il allait devenir riche en un rien de temps. il posa la pelle pour se reposer de nouveau. Il était près du but. Il prit un e cigarette et l’alluma à la flamme de la lanterne. la nuit lui semblait maintenant plus claire mais peut-être s’était-il habitué à l’obscurité. Pendant un moment, il crut avoir des yeux phosphorescents. maintenant, personne ne pourrait le battre aux cartes. L’heure approchait où sa chance allait tourner et le ciel s’ouvrir une fois pour toutes. Désormais sa fille l’admirerait.
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  • Par kathel, le 18 mai 2011

    C’est d’abord la fumée qui a disparu : fumée de la fonderie, fumée des locomotives, fumée des fourneaux de briques des cuisines ; un peu plus tard, les gringos ont disparu avec leurs femmes, leurs animaux de compagnie, leurs majordomes en redingote ; ensuite, ce sont les commerçants qui ont disparu -d’abord les camelots puis ceux qui tenaient boutique -, la police, elle aussi, a disparu, bientôt suivie par les putes, et finalement, le village a disparu. Et là, debout au milieu du néant, sous le soleil blanc du désert, nous avons découvert que, pendant toutes ces années, nous avions vécu, travaillé, engendré nos enfants et enterré nos morts dans un mirage.
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  • Par moustafette, le 09 septembre 2011

    Les pierres du désert sont des étoiles tombées du ciel, dans leur moelle se niche le souvenir cosmique, la nostalgie de la nuit sans nom où resplendissent ces autres pierres célestes dont les lumières scintillent comme des trilles d'alouettes ou les battements de cils de ballerines mélancoliques.
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