Qui me raconte cette histoire ? Question que l'on ne se pose pas habituellement mais qui, ici, est primordiale. le narrateur, reprenons ma thèse (mon mémoire, restons modeste), extradiégétique, raconte toute l'histoire du point de vue de Mathias, l'assassin qui cherche maladroitement à cacher un meurtre non décrit que le roman nous révèle petit à petit. La confusion s'établit entre les instances du récit, le narrateur et le personnage se trouvant bien souvent difficiles à démêler. OK. Qu'est-ce que je fais de ça ? En suis-je, avec le recul, encore surpris ? Ce roman me touche-t-il ?
Le voyeur est plus abouti que
Les gommes. le vertige demeure un peu, parfois, dans ces passages qui entrent en écho avec la suite de l'oeuvre obsessionnelle d'
Alain Robbe-Grillet, dans ces moments où, sous la description détaillée d'un objet quelconque, se glisse le sadisme d'un personnage qui n'assume pas encore sa perversité, ce qu'il fera (l'oeuvre de
Robbe-Grillet doit se lire comme un tout) dans des romans ultérieurs bien plus manifestement sadiques. Tout dans
Robbe-Grillet tourne et retourne à vide, avance sur un double circuit qui ramène au point de départ, comme si de rien n'était. D'ailleurs, était-il quelque chose ? Mathias a-t-il vraiment tué Violette (je veux dire, Jacqueline) ? Tout dans le roman le sous-entend mais tout ne fait que le sous-entendre. La frontière entre réalité et fiction est si brouillée que l'on se met à se demander si cette fiction qu'est
Le voyeur n'a pas un pendant réel, celui que, avec encore plus d'ambiguïté, les Romanesques mettront à jour (tout en l'obscurcissant terriblement, le lecteur ne parvenant pas à dire ce qui tient du vécu ou de la fiction, puisque ce que cherche à faire
Robbe-Grillet, c'est défaire les catégories de fiction et de réalité). Ce roman me touche-t-il ? Bien peu, je crois. En brouillant toutes les pistes et toutes les identités, le nouveau romancier aboutit à un jeu dont il faut bien admettre la stérilité. Tout ça est très bien écrit, trop bien peut-être.