L'aventure d'une lecture qui se perd
Dans le Labyrinthe de l'aventure d'une écriture. le monde de
Robbe-Grillet, toujours auto-dévoré, serpent se mordant la queue, errance incontrôlée, a ceci de fascinant que même quand on saute du coq à l'âne, on reste en territoire familier, parce que cet univers dans lequel le narrateur n'est pas toujours le même sans pour autant changer, ce texte tantôt essai, tantôt mémoires, tantôt roman sacrificiel, tantôt récit de voyages, c'est celui dans lequel nous vivons. Emprisonnés dans le vide, nous ne pouvons que gesticuler, jouer à Henri de Corinthe, violer impunément d'innocentes jeunes filles, nous souvenir d'une rencontre, parler de nos romans, tout ça revient au même, au moi. Ce bric-à-brac est sans doute ce que l'on peut faire de plus sincère quand on se propose de parler de soi, même si cela a un prix : l'effacement.
Tentant de saisir ce que je suis, je m'échappe, je me dédouble, je disparais pour laisser la place à des images, qui sont moi et qui m'échappent, des récits avortés, des mythes qui naissent, disparaissent, cèdent la place à l'œil, qui détaille ce qu'il perçoit, l'étiquette d'une bouteille de rouge, qui est moi, encore et toujours, et qui n'est pas moi, bien sûr.
Robbe-Grillet, c'est la mise à plat. Tout est moi et je ne suis rien, « soudé au vide ». le monde entier m'assaille en vrac. Tout a la même importance. Et la même insignifiance. L'apologie du désordre qu'est l'œuvre de
Robbe-Grillet se détruit elle-même pour faire de l'ordre, les objets sont rangés, les jeunes filles sont alignées, toutes dans la même position, les jambes légèrement écartées, les mains dans le dos, cambrées, une perle de sang…
Chez
Robbe-Grillet, tout revient. Toujours. Redites. Reprises. Tout est ordre dans ce désordre. le sang qui perle au pubis des jeunes filles était là de toute éternité, partout, c'est écrit. Dans ce fourre-tout que reprend sans cesse
Robbe-Grillet, tout est toujours nécessaire. Et inutile.