
"Toutes les histoires sont des histoires d'amour", déclare Robert McLiam Wilson en exergue. Certes, l'amour mène le monde... et les héros de son roman par le bout du nez. Mais quoi, faudrait-il céder à la fureur ambiante et finir par poser des bombes pour imposer sa vision - forcément borgne - d'un monde devenu fou ? Si Belfast ne regorge pas uniquement de terroristes en armes, elle a cependant ce petit quelque chose qui rompt avec la monotonie des villes tranquilles... Car à Belfast, lorsqu'on ne soigne pas les blessures d'un coeur lacéré, il faut lutter pour s'en sortir, tout simplement tenter de survivre. C'est le lot commun de Jake, Chuckie ou les autres, emblèmes d'une génération sacrifiée qui se recroqueville sur elle-même et qui, si elle perd espoir, n'est jamais à court d'ironie ou de générosité fraternelle. Eureka Street, c'est le roman de la guerre et de la paix avec des paumés en guise de héros et une ville crucifiée pour champ de bataille. Mais c'est aussi un hymne humble, savoureux, complice et drôle fait à la ville natale de l'auteur : "Belfast - un simple fouillis de rues et quelques grosses collines, un simple murmure de Dieu". --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot