ISBN : 2253003530
Éditeur : Le Livre de Poche (1974)


Note moyenne : 4.12/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres
Juillet 1812.
Le chef vénézuélien a été battu et capturé dans une suprême bataille, le 11 juillet, par le capitaine général espagnol Monteverde. Simon Bolivar, lieutenant de Miranda, est en fuite. Caché par des patriotes, il a pu, jusqu'ici, échapper aux recherch... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Hahasiah, le 02 mai 2012

    Hahasiah
    Montserrat de E Roblés, lu il y a près de vingt ans déjà, est une pièce de théâtre qui fut à l'origine d'une rencontre inoubliable. J'ai eu l'occasion d'étudier au collège cette fiction inspirée de la lutte ardente de Bolivar contre l'oppression espagnole. Comme ce fut le cas pour bon nombre de lectures imposées durant ma scolarité, je ne me suis pas précipitée à la librairie du coin pour me procurer cette œuvre et la dévorer compulsivement.
    J moins 5 ! Nous sommes mercredi et je dois rendre un devoir sur ce livre le lundi suivant. Je me fais violence, non sans avoir bougonné un bon moment au préalable, et contacte une à une les librairies de la ville. Panique à bord : Montserrat est introuvable ! Il ne me reste plus qu'une seule librairie à contacter sur les pages de l'annuaire, que mes mains fébriles survolent, à savoir la librairie de Monsieur A. J'appelle. Une voix salvatrice me confirme que Montserrat m'attend.
    Enfant, Monsieur A m'impressionnait déjà : grand, la cinquantaine bien sonnée, des cheveux indisciplinés poivre et sel, un regard sombre mangé par des sourcils broussailleux, un visage aux traits irréguliers. Monsieur A nourrissait, sans le savoir, bon nombre des mes terreurs enfantines. Qu'importe, je dois aller là-bas.
    D'un pas décidé, je me dirige vers la librairie. J'arrive sur le seuil. La poignée métallique de la porte est froide et son contact me fait frissonner. Un carillon retentit et j'entends Monsieur A prononcer un « j'arrive !» que je trouve, sur le moment, peu engageant. Un chat blanc potelé passe nonchalamment devant moi. Un autre s'installe dans la vitrine, se cale confortablement contre un livre et s'endort. L'attente me permet de découvrir l'endroit. D'hostiles néons éclairent violemment la pièce et donnent à des étagères d'un bleu éteint des airs fantasmagoriques. Une odeur lointaine, un peu âcre, mélange de papier journal vieilli, de renfermé et d'urine de chat, me saisit. le fumet d'un plat longuement mijoté vient compléter cette palette de senteurs hétéroclites. Monsieur A surgit d'une porte dérobée.
    «Bonjour, excusez-moi de vous avoir fait attendre ! Monserrat c'est pour vous ? »
    « Bonjour, oui c'est pour moi. » dis-je penaude et rougissante jusqu'aux oreilles.
    Monsieur A me tend le livre et m'annonce le prix. Je souhaite partir rapidement. Au moment de le payer, je m'aperçois avec effroi qu'il me manque cinquante centimes. Je sens des sueurs froides m'envahir et mon cœur cogner dans ma poitrine. Monsieur A me regarde d'un œil amusé compter et recompter les pièces.
    Je parviens à articuler enfin d'une voix chevrotante : « Vous pouvez me le garder ? Je reviens. »
    Monsieur A me sourit et me répond : « C'est bon. » Il prend les pièces sur le comptoir et les fait disparaître dans le tiroir caisse. Après l'avoir remercié chaleureusement, je me dirige vers la sortie quand un livre sur une étagère attire mon regard. Monsieur A se glisse silencieusement près de moi. Je n'ai rien entendu tout absorbée que je suis par la lecture d'une quatrième de couverture. Monsieur A me dit alors : « Tu aimes lire ? ». Je lui réponds avec l'impatience d'une future mariée sur l'autel un « oui » franc et appuyé. Ce passage au tutoiement scella un respect mutuel. Nous nous étions reconnus lecteurs et cela suffit à nous rapprocher.
    Je me rendis par la suite régulièrement dans la librairie de Monsieur A. Je conserve encore en mémoire la présence insolite et silencieuse de ces chats que Monsieur A aimait démesurément.
    Puis un triste jour, Monsieur A est mort et sa librairie avec lui. L'endroit devint une agence immobilière impersonnelle. Peu de gens doivent se souvenir aujourd'hui de ce vieux garçon, doué pour le billard, amoureux des livres et des chats et libraire attachant.
    Si j'ai partagé ce souvenir avec vous, c'est dans le but de faire revivre Monsieur A durant au moins quelques lignes.
    Je suis certaine que vous avez près de vous des Monsieur A et de ces petites librairies insolites. Alors même s'il est aisé de commander un ouvrage d'un simple clic, rendez-vous de temps à autres, dans ces lieux atypiques et habités et profitez des conseils personnalisés d'un libraire ou d'un simple sourire. Aucune machine, si puissante et sophistiquée soit elle, ne pourra vous apporter cela.
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    Critique de qualité ? (13 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par nastasiabuergo, le 08 mars 2012

    nastasiabuergo
    Si ce livre vous laisse froid, c'est que vous êtes déjà mort!
    Colombie, au XIXème siècle, encore sous le joug de la couronne d'Espagne. Montserrat, soldat espagnol mais partisan des indépendantistes de Simon Bolivar, a joué le rôle de la taupe. Izquierdo, son supérieur, sait maintenant qui l'a trahi et va mettre en branle un chantage machiavélique pour le faire avouer où se situe la planque de Bolivar. le plus formidable "méchant" que j'ai jamais lu, Izquierdo, adversaire de Montserrat est magistral de cynisme et de cruauté. Montserrat, tiraillé entre sa conscience morale et la réalité crue tiendra-t-il bon? Il y a un proverbe qui dit "choisir, c'est renoncer", à quoi donc Montserrat va-t-il renoncer? Un huis-clos incroyable, une œuvre tellement forte qu'il ne vous reste plus d'autre choix que de la lire. C'est court et quand vous avez plongé le nez dedans vous n'en sortez plus, du coup l'histoire est pliée en quelques heures (quelques minutes si vous êtes rapide!) et vous en garderez un souvenir à vie durant. On peut lire beaucoup de messages dans cette pièce coup de poing, au premier rang desquels, une dénonciations des exactions des colonisateurs envers les colonisés. N'oublions pas qu'Emmanuel Roblès est algérien et que les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en 1945 ne sont probablement pas bien loin de son esprit quand il écrit ces lignes. Mais, il semble également évident que l'auteur cherche à nous interpeler du plus haut et du plus fort de son art sur le génocide des juifs perpétrés par le régime nazi. Jugez plutôt :
    "IZQUIERDO : Deux millions ? (Un temps.) Non... Pas extraordinaire ! Je t'assure que je me sens capable d'exterminer tes deux millions de Vénézuéliens. Ce serait question de temps et de patience. Il faudrait qu'on me fournisse une longueur de corde suffisante pour économiser les balles. Sans quoi, je ne vois pas où serait la difficulté... Non. Je ne vois vraiment pas... Et je te signale ces cabanes de bois, faciles à construire, dans lesquelles on peut griller jusqu'à cent cinquante condamnés à la fois !
    Montserrat : Canaille !
    IZQUIERDO : Mais pourquoi ? Quand l'église a voulu extirper l'hérésie en Espagne, elle a fait mourir autant d'hérétiques que cela lui a paru nécessaire... Et tu sais qu'elle a réussi.
    Montserrat : Elle a tué les hérétiques. Pas l'hérésie."
    Cette pièce, vous l'aurez compris, est un brillant manifeste contre la barbarie universelle, de tous temps et en tous lieux. S'il a souhaité déplacer l'action loin (dans l'espace et le temps) c'est à mon avis pour cela. Sa harangue semble claire, que peu nous importe qu'il soit en Arménie, au Cambodge, il y a deux jours, il y a mille ans, un génocide est un génocide et nous devons bien fourrer ça dans la tête de nos enfants, il n'y a pas de petits génocides ou de génocides acceptables ou de génocides moins horribles que d'autres. Bref, plus jamais ça, à aucun prix, que ce soit sous nos fenêtres ou à l'autre bout de la vie, nous ne pouvons rester résignés. Mille mercis Monsieur Roblès pour cette pièce dont j'ai encore le bleu dans la mâchoire après deux décennies. Je n'ai pas l'impression d'être particulièrement objective, tant pis, ce n'est que mon avis après tout.
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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 27 juin 2010

    vincentf
    Théâtre de torture, théâtre de questions. La liberté d'un peuple vaut-elle la peine qu'on lui sacrifie six innocents pris au hasard ? Comment les hommes peuvent-ils devenir si cruels ? Quelle est la valeur de la vie ? Toujours, au bout de la lecture, l'envie de voir la pièce, de saisir d'en face la souffrance de Montserrat, d'entendre les cris d'effroi des innocents, de vomir en vrai l'ironie macabre d'Izquierdo et le fanatisme aveugle du Père Coronil... Un texte sans concession, un héros pourtant, un héros vrai, tragédie cornélienne moderne. Fait-il juste ? L'Histoire lui donne raison. Bolivar libérera l'Amérique du Sud. A quel prix ? Pièce écrite en 1948. Il n'y a rien à ajouter, juste relever la date, se rappeler, penser.
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    • Livres 5.00/5
    Par Luniver, le 25 décembre 2011

    Luniver
    Montserrat, officier espagnol, ne supporte plus les massacres, tortures, viols, pillages que son camp commet pour maintenir la paix en Amérique du Sud. Il se range alors du côté de Bolivar, seul chef capable de mener à bien la révolte, et l'avertit de l'embuscade que les Espagnols allaient lui tendre.
    Son supérieur, le cruel Izquierdo, apprend sa trahison, et pour le faire parler, lui propose ce choix : six personnes, parfaitement innocentes sont arrêtées dans la rue. S'il ne parle pas avant une heure, ces six personnes seront exécutées.
    Quatre d'entre elles tentent de faire fléchir Montserrat en invoquant leurs familles, leurs enfants, leur innocence, ... Pour le jeune homme, le choix est difficile et douloureux. Comme le lui rappelle Izquierdo, est-ce que le vague espoir d'une vie plus juste, sans aucune garantie de réussite, vaut-elle plus que six vies humaines ?
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    • Livres 2.00/5
    Par Bunee, le 30 mai 2008

    Bunee
    La pièce écrite par Emmanuel Roblès se passe en 1812, au Venezuela, dans un contexte révolutionnaire (le peuple, mené par Miranda puis Bolivar, se soulève contre l'occupant Espagnol). Mais elle pourrait se passer n'importe quand. Sous l'occupation, sous l'Inquisition, lors de la conquête du nouveau monde, Voire, et c'est évoqué dans la pièce, sous l'occupation, par les troupes de Napoleon, de l'Espagne ...
    Le règne espagnol au Venezuela est atrocement cruel, et toute tentative de rebellion est réprimée impitoyablement - le lecteur se voit décrire de nombreux massacres frappant aveuglément la population civile. Parmi l'armée espagnole, un officier, Montserrat, est horrifié par ce qu'il voit, et par le cynisme ambiant qui consiste à faire de dieu une notion à géométrie variable (Dieu veut que nous massacrions ceux qui se soulèvent contre nous en tant qu'occupant, mais Dieu veut aussi que nous nous soulevions contre les Armées françaises qui nous envahissent. Dieu est amour et miséricorde mais est également jaloux de Son prestige. Dieu, merveilleux instrument politique!).
    Traître parceque profondément humain, il va aider Bolivar dans sa traque.
    Découvert, il est promis à une mort certaine. Néanmoins, on veut lui faire avouer à tout prix où est caché le renégat. Pour ce, il est confronté à un terrible choix: son aveu contre la vie de six otages, pris au hasard sur la place de la ville...
    http://lelabo.blogspot.com/2007/02/hommes-libert-dieu.html
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Citations et extraits

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  • Par nastasiabuergo, le 09 avril 2012

    IZQUIERDO : Deux millions ? (Un temps.) Non... Pas extraordinaire ! Je t'assure que je me sens capable d'exterminer tes deux millions de Vénézuéliens. Ce serait question de temps et de patience. Il faudrait qu'on me fournisse une longueur de corde suffisante pour économiser les balles. Sans quoi, je ne vois pas où serait la difficulté... Non. Je ne vois vraiment pas... Et je te signale ces cabanes de bois, faciles à construire, dans lesquelles on peut griller jusqu'à cent cinquante condamnés à la fois !

    MONTSERRAT : Canaille !

    IZQUIERDO : Mais pourquoi ? Quand l'église a voulu extirper l'hérésie en Espagne, elle a fait mourir autant d'hérétiques que cela lui a paru nécessaire... Et tu sais qu'elle a réussi.

    MONTSERRAT : Elle a tué les hérétiques. Pas l'hérésie.

    (Acte III, Scène VIII)
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  • Par Spilett, le 18 juin 2010

    IZQUIERDO: Tu parleras... (Il marche, tête basse, de long en large, puis s'arrête et regarde fixement Montserrat). Ecoute-moi. Six personnes vont être enfermées ici, dans cette salle, avec toi. Des gens pris au hasard, dans la rue. Des innocents, Montserrat ! des hommes et des femmes de ce peuple que tu aimes plus que ton drapeau. Dans une heure, si tu n'as pas dénoncé l'endroit précis où se cache Bolivar, ils seront fusillés !
    MONTSERRAT: C'est impossible ! Izquierdo ! C'est inhumain !
    IZQUIERDO: Qu'importe ! Si c'est efficace...
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  • Par Luniver, le 25 décembre 2011

    IZQUIERDO
    Ce n'était pas l'avis des otages de tout à l'heure. Ils étaient presque tous bien convaincus qu'on les assassinait gratuitement. Que ceux-tu ? Il y a des gens sans orgueil qui se résignent à végéter sous notre domination plutôt que de recevoir douze balles dans la poitrine. Ils préfèrent vivre avilis sous notre botte que mourir glorieusement pour la Liberté...
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  • Par Luniver, le 25 décembre 2011

    IZQUIERDO
    [...] Mais pour toi, c'est différent. Si l'intérêt des millions de Vénézueliens prime tout, alors tu as raison. La vie de six de leur compatriotes devait lui être sacrifiée. Mais Bolivar est malade. Il peut être, cette nuit même, emporté par cette fièvre qui le tient depuis Puerto-Caballo. Mais Bolivar est poursuivi. Il peut être capturé ce soir. Mais Bolivar, ayant rejoint Puebla et regroupé ses partisans, n'est pas sûr de nous vaincre. De sorte que, si Bolivar meurt, ou s'il est capturé ou battu, tout ceci n'aura été qu'une farce sanglante ?
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  • Par Luniver, le 25 décembre 2011

    Enfant ! Comment ne comprends-tu pas que dans ces charniers, dans ces incendies, c'est l'esprit même du Malin qui est frappé, brûlé, affaibli ? Pourquoi t'apitoyer sur ces misérables, puisque à travers eux, en eux, c'est le Mal qu'on atteint et qu'on tue. L'odeur horrible de leurs cadavres n'est que la puanteur du Maudit. Réjouis-toi donc, Montserrat, si, passant à travers les décombres d'un village, tu sens s'exhaler, en relents de pourriture, la fureur impuissante de l'éternel Damné !
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