Éditeur : Charpentier (1891)

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  • Par Lali, le 22 décembre 2011

    Si tristes les vieux quais bordés d’acacias!
    Pourtant, toi qui passais, tu les apprécias
    Ces vieux quais où tel beau cygne de l’eau changeante
    Entre parfois dans une âme qui s’en argente.
    Si tristes les vieux quais, les eaux pleines d’adieux,
    Inertes comme les bandeaux silencieux
    D’une morte! les eaux sur qui pleure une cloche,
    Les immobiles eaux sur qui le carillon
    Égoutte ses sons froids comme d’un goupillon.
    Et plus tristes les quais lorsque l’hiver approche!
    En mai, quand le ciel rit, on s’était essayé
    À mettre de la joie aux vitres des demeures,
    - Tendant de rideaux blancs le passage des heures -
    Et des roses afin que l’air fût égayé,
    Petit luxe, au-dehors, de l’aisance des chambres…

    Mais quand l’hiver revient, quand cinglent les décembres,
    Les acacias nus, filigranés en noir,
    Portent le deuil de la saison; le vent disperse
    Leurs feuilles comme des oiseaux parmi l’averse;
    L’eau du canal se gerce et se gèle – miroir
    Las de mirer toujours d’identiques façades!
    Maintenant les vieux quais sont déserts et maussades;
    Et, dans les logis clos, les rideaux s’échancrant
    Laissent voir, en la chambre et derrière l’écran,
    Quelques vieillards sans joie autour d’une lumière
    Qui végète sur le réchaud de la théière…
    Lumière survivante en ces hivers du nord;
    Faible lueur, clarté triste qui les ressemble;
    On dirait un chétif feu de cierge qui tremble,
    Et qu’en chaque maison muette, on veille un mort!
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  • Par Lali, le 19 décembre 2011

    Mon âme, tout ce long et triste après-midi,
    A souffert de la mort d’un bouquet, imminente!
    Il était, loin de moi, dans la chambre attenante
    Où ma peur l’éloigna, déjà presque engourdi,

    Bouquet dépérissant de fleurs qu’on croyait sauves
    Encor pour tout un jour dans la pitié de l’eau,
    Gloxinias de neige avec des galons mauves,
    Bouquet qui dans la chambre éteignait son halo

    Et se désargentait en ce soir de dimanche!
    Mon âme, tu souffris et tu t’ingénias
    A voir ta vie, aussi fanée et qui se penche,
    Agoniser avec ces doux gloxinias.

    Or me cherchant moi-même en cette analogie
    J’ai passé cette fin de journée à m’aigrir
    Par le spectacle vain et la psychologie
    Douloureuse des fleurs pâles qui vont mourir.

    Triste vase : hôpital, froide alcôve de verre
    Qu’un peu de vent, par la fenêtre ouverte, aère
    Mais qui les fait mourir plus vite, en spasmes doux,
    Les pauvres fleurs, dans l’eau vaine, qui sont phtisiques,

    Répandant, comme en de brusques accès de toux,
    Leurs corolles sur les tapis mélancoliques.
    Douceur! Mourir ainsi sans heurts, comme on s’endort,

    Car les fleurs ne sont pas tristes devant la mort,
    Et disparaître avec ce calme crépuscule
    Qui d’un jaune rayon à peine s’acidule.
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  • Par Orphea, le 10 mars 2011

    Ah ! Vous êtes mes sœurs, les âmes qui vivez
    Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés
    Parmi l'isolement léthargique des villes
    Qui somnolent au long des rivières débiles ;

    Âmes dont le silence est une piété,
    Âmes à qui le bruit fait mal ; dont l'amour n'aime
    Que ce qui pouvait être et n'aura pas été ;
    Mystiques réfectés d'hostie et de saint chrême ;

    Solitaires de qui la jeunesse rêva
    Un départ fabuleux vers quelque ville immense,
    Dont le songe à présent sur l'eau pâle s'en va,
    L'eau pâle qui s'allonge en chemins de silence...

    Et vous êtes mes sœurs, âmes des bons reclus
    Et novices du ciel chez les visitandines,
    Âmes comme des fleurs et comme des sourdines
    Autour de qui vont s'enroulant les angélus

    Comme autour des rouets la douceur de la laine !
    Et vous aussi, mes sœurs, vous qui n'êtes en peine
    Que d'un long chapelet bénit à dépêcher
    En un doux béguinage à l'ombre d'un clocher,

    Oh ! Vous, mes sœurs, - car c'est ce cher nom que l'église
    M'enseigne à vous donner, sœurs pleines de douceurs,
    Dans ce halo de linge où le front s'angélise,

    Oh ! Vous qui m'êtes plus que pour d'autres des sœurs
    Chastes dans votre robe à plis qui se balance,
    Ô vous mes sœurs en notre mère, le silence !
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  • Par Lali, le 18 décembre 2011

    Quand le soir est tombé dans la chambre quiète
    Mélancoliquement, seul le lustre émiette
    Son bruit d’incontenté dans le silence clos.
    Lustre toujours vibrant comme un arbre d’échos,

    Lustre aux calices fins en verre de Venise
    Où la douleur de la poussière s’éternise,
    Mais en gémissements qu’à peine on remarqua,
    Grêles comme un chagrin lointain d’harmonica.

    C’est une panoplie aux cliquetis de verre
    Où l’on entend le bruit blessé qui persévère;
    C’est un grand reliquaire à l’aspect végétal
    Où d’invisibles pleurs, captifs dans le cristal,

    Roulent en sons mouillés parmi les pendeloques.
    Lustre, fontaine blanche aux givres équivoques;
    Lustre, jet d’eau gelé, mais où l’eau souffre encor…

    Ce lustre, c’est mon cœur visible en ce décor
    Qui frissonne en sourdine et sans cesse s’afflige,
    Jet d’eau fleurdelisé dont la plainte se fige!
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  • Par Lali, le 23 décembre 2011

    Songeur, dans de beaux rêves t’absorbant,
    La pendule, à l’heure où seul tu médites,
    T’afflige avec ses bruits froids, stalactites
    Du temps qui s’égoutte et pleure en tombant.

    C’est une eau qui filtre en petites chutes
    Et soudain se glace aux parois du cœur;
    Et cela produit toute une langueur
    L’émiettement de l’heure en minutes.

    Collier monotone et désenfilé
    De qui chaque perle est pareille et noire,
    Roulant parmi la chambre sans mémoire;
    Piqûres du temps; tic-tac faufilé.

    Ah ! Qu’elle s’arrête un peu, la pendule!
    Toujours l’araignée invisible court
    Dans le grand silence, avec un bruit sourd…
    Et ce qu’elle mord, et nous inocule!

    La peur que demain soit comme aujourd’hui,
    Que l’heure jamais ne sonne autre chose;
    Un destin réglé dans la chambre close;
    Un peu plus de sable au désert d’ennui.
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