Mon commentaire concerne simplement pour le moment les quatre premiers livres contenus dans ce recueil, à savoir LE 6 OCTOBRE, CRIME DE QUINETTE, LES AMOURS ENFANTINES et ÉROS DE
Paris. Ces 4 premiers tomes sont une sorte de longue introduction à l'ensemble de l'œuvre, ayant pour but de nous présenter les personnages (nombreux vous l'imaginez) et le "jus" dans lequel ils baignent au débuts des événements qui vont être contés.
Le 6 octobre est le point d'ancrage de la fresque. A ce titre, il n'est probablement pas le meilleur car l'auteur est obligé de passer un certain temps à poser le décor, vu l'ampleur de la tache qu'il s'est proposé (nous raconter une tranche de trente ans de l'humanité de laquelle il a été témoin). le 6 octobre est en fait ce jour de 1908 où la Bulgarie a déclaré son indépendance. L'auteur nous fait sentir du doigt
Tous les enjeux politiques sous-jacents et les forces en présence qui finiront par s'opposer lors de la première guerre mondiale. Il nous dépeint aussi le mode de vie
Parisien de l'époque. Il s'agit d'une fiction mais traitée avec autant de sérieux (voire plus) qu'un documentaire journalistique. L'auteur a probablement désiré faire un témoignage sur son temps, dans la lignée des grands cycles littéraires comme
La comédie humaine de
Balzac et
Les rougon-macquart de
Zola, mais en prenant le parti dès le début de faire un roman total et non des épisodes comme peuvent être considérés chacun des opus
De Balzac et
Zola. Il est donc vain d'essayer de lire l'un des livres de l'ensemble seul et sorti de sa trame.
Le second tome des "Hommes de bonne volonté" est dominé par l'affaire surgie dès le premier tome et impliquant le relieur Quinette et l'imprimeur Leheudry. Ce dernier, meurtrier crapuleux d'une vieille dame, c'était présenté dans la boutique de Quinette, les mains en sang et avait demandé à se les laver. Quinette fasciné par cet imprévu dans sa vie sans relief va s'impliquer corps et âme dans cette histoire jusqu'à y tenir un rôle de tout premier plan. Mi-fabulateur, mi-réaliste, celui-ci va tour à tour monter des scenarii incroyables auprès de différentes personnes, tant pour éviter à Leheudry de se faire pincer que pour devenir incontournable dans
Tous les menus actes ayant trait à l'histoire. Se laissant porter par son élan, et sa mitomanie, Quinette va escalader les échelons de la folie jusqu'à sombrer lui aussi dans le crime.
Ce second opus est également dominé par le député Gureau, un des rares députés intègres, qui est tombé sur un dossier explosif pouvant mouiller considérablement un grand groupe pétrolier. On assiste donc à différentes tentatives d'intimidation ou de corruption pour tenter d'acheter le silence de Gureau.
Le troisième ouvrage débute sur un thème qui m'a un peu moins intéressé que le reste, à savoir les conversations de deux normaliens, Jerphanion, jeune auvergnat fraîchement débarqué à
Paris et Jallez, lui de pur jus
Parisien. Leurs préoccupations de jeunes adultes étudiants intellos, un peu coincés, et leurs évocations de l'Amour avec un grand A, n'est pas spécialement captivante à mon goût. Par contre, vers le milieu du roman, la description des familles aristocratiques sur le déclin (de Saint-Papoul) ou richissime (de Champcenais) m'a paru beaucoup plus savoureuse.
Jules Romains y dépeint une vieille famille aristocratique qui peine à maintenir son rang, faute de rentrées d'argent suffisantes (
Le revenu des terres agricoles n'étant plus un gage de fortune au début du XXè siècle) et qui donc tâche à de brefs instants d'éblouir son cercle d'amis par de brillantes réceptions. de l'autre côté, une famille effectivement riche que son cercle envie et qu'on n'hésite pas à qualifier de pingre, en regard des millions supposés glisser entre leurs doigts, tels l'eau d'une fontaine jamais tarie. La fortune des de Champcenais issue du pétrole est menacée par le rapport du député de gauche Gureau, lequel est contacté par un proche de de Champcenais, Sammécaud, probablement, le personnage le plus ambigu et attachant jusqu'à ce point. Les rapports entre Gureau et Sammécaud, étonnamment pacifiques et complices rendent ce passage délicieux. Romains dessine bien toute l'ambiguïté qu'il peut y avoir chez un député qui rencontre un gros capitaliste, mais aussi, ce qui est moins évident, tout ce que peut avoir de compromettant pour le capitaliste cette relation. Lequel Sammécaud cultive une certaine duplicité dans
Tous les domaines en essayant de nouer une liaison avec la femme de son collaborateur, de Champcenais. de son côté, Quinette, semble se fourrer de plus en plus dans un guêpier...
Le quatrième volume, Éros de
Paris, est celui qui m'a le moins intéressé. Un peu comme sont jumeau "Les amours enfantines" il est beaucoup centré sur les deux étudiants Jerphanion et Jallez, dont les préoccupations et les états d'âmes ne m'avaient déjà pas vraiment captivé dans les volumes précédents. Ici, on suit les pérégrinations des deux jeunes hommes, l'un, Jallez en proie à la méditation sur son passé et sa rupture d'avec Juliette, l'autre, Jerphanion, fraîchement débarqué de son Auvergne natale, submergé par l'attrait sexuelle qu'exerce sur lui ces milliers de femmes de la capitale. Parallèlement, ce volume dévoile les dessous du syndicalisme et de ses réunions plus ou moins secrètes en vue de faire la révolution communiste. le personnage d'Haverkamp, entrepreneur en transactions immobilières, employeur du jeune Wazemmes, prend corps. A la fin de ce volume,
Jules Romains explique qu'il a conscience que ces volumes ne sont pas les meilleurs mais qu'ils sont essentiels comme trame de fond au restant de l'œuvre.
J'étofferai au fur et à mesure ce commentaire avec les autres volumes.