Une histoire étrange, celle d'un cadre… comme n'importe quel cadre « normal » qui rencontre au détour d'un stage une jeune femme qu'il se met à aimer. Un amour presque impossible par la distance géographique qui les sépare… mais aussi parce qu'elle ne répond pas entièrement à sa « demande ». Cet amour à sens unique, souvent issu de la rupture, est source de très grandes souffrances, on se souvient de Adèle Hugo ou d'une certaine Camille Claudel. Dans «
Double Je », notre héros ne se sent pas vaincu et crée par la force du rêve un double de son Amour. Monde réel le jour, monde du rêve la nuit son petit univers pourrait ainsi tourner sans anicroches, mais la femme du héros (Laurence) sent tout de même que quelque chose ne va pas chez son mari, et elle n'hésite pas à le provoquer pour rencontrer sa rivale « imaginaire » Julie. C'est là que le récit de
Jean Roncenelle est très fort, car dans deux ou trois scènes où Laurence et Julie doivent se rencontrer, il arrive à déjouer toutes les invraisemblances et à créer des situations très troublantes. Une histoire déroutante, tant la partie est finement jouée par notre auteur, et qui évoque, dans un autre registre, le film du réalisateur d'origine indienne M. Night Shyamalan « le Sixième Sens » où un jeune garçon entretient des relations avec le monde des morts…
A cela s'ajoute, en arrière plan, l'univers professionnel du héros qui n'est pas sans rappeler les récents évènements chez France Télécom où des employés, victimes du stress, se sont suicidés.
Une écriture simple et directe, un décor du quotidien avec un narrateur « limite border » qui nous entraine doucement dans sa folie, font de ce livre un moment de lecture d'une grande qualité.
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