ISBN : 2070358623
Éditeur : Editions Gallimard (2008)


Note moyenne : 4.2/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres
J'ai la mémoire de toutes mes photos, elles forment le tissu de ma vie et pal Ibis, bien sûr, elles se font des signes par-delà les années. Elles se répondent, elles conversent, elles tissent des secrets. À partir d'une cinquantaine de photos, Willy Rouis dessine son au... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par MonsieurO, le 12 novembre 2010

    MonsieurO
    Contemporain des Kertesz, Brassaï, Capa ou encore Cartier Bresson, Willy Ronis est l ‘homme des quartiers populaires. l'‘homme de Belleville et Ménilmontant qu ‘il arpente, appareil au poing, des premières heures du Front Populaire jusqu ‘au début des années 80. Et c ‘est pourtant une photo prise en Provence à laquelle on associe le plus souvent son nom : le nu provençal (ci-contre) mettant en scène Marie-Anne, sa femme, dans le Vaucluse, 3 ans après leur mariage. Sa carrière se prolonge jusqu ‘en 2001, date à laquelle il créée sa dernière série de photo : « j ‘ai sous les doigts plus de soixante-dix ans de clics » avoue t ‘il.
    Willy Ronis est aujourd ‘hui un vieil homme, âgé de 96 ans. Un âge où l ‘on écrit plus volontiers ses mémoires qu ‘on ne les invente. Ce jour-là , publié en 2006 au Mercure de France, est une série de cinquantes photos en forme d ‘autoportrait. Willy Ronis s ‘y raconte autant qu ‘il décrit ces instant qu ‘il a vécu entre deux clics. A travers toutes ces photographies, c ‘est bien plus que l ‘homme que l ‘on découvre. C ‘est un regard toujours bienveillant et fraternel posé sur les gens, l ‘époque, les histoires qu ‘il se plaît à raconter après les avoir vécues. le monde d ‘hier, mais aussi toutes ces vies particulières fixées à jamais sur la pellicule. C ‘est ainsi qu ‘au détour d ‘une lettre, d ‘une conférence ou d ‘un mot, ces inconnus se révèlent au grand jour et font entendre leur voix. l'‘âme de Ronis est là , dans ces mots comme dans ces quelques pages.
    Ma plus belle lecture depuis bien longtemps.

    Lien : http://monsieur-o.fr/2009/09/13/deces-de-willy-ronis/
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Citations et extraits

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  • Par MonsieurO, le 12 novembre 2010

    Chez Maxe – Willy Ronis (1947)
    Joinville, 1947

    Ce jour-là , j ‘étais debout sur une chaise. J ‘étais allé à Joinville pour un reportage sur les guinguettes que m ‘avait demandé Le Figaro qui éditait alors tous les trimestres un bel album sur papier couché, avec des textes d ‘artistes, d ‘écrivains, de poètes.

    C ‘était en 1947, un dimanche après-midi. J ‘aimais en particulier l ‘ambiance de ces guinguettes, j ‘y venais régulièrement. Chez Maxe, c ‘était le nom de celle-ci, curieusement écrit avec un « e », et dès que je suis entré, j ‘ai vu un groupe de danseurs vers le fond, que j ‘ai eu envie de photographier. Tout de suite. Mais il me fallait chercher un point de vue, je ne pouvais pas aller directement sur la piste car la photo aurait été prise de trop près, il me fallait trouver un endroit qui me ferait dominer l ‘ensemble de la danse. C ‘est ce mouvement général de la salle et de la danse qui m ‘attirait. Et que je voulais saisir. Alors, j ‘ai grimpé sur une chaise, juste derrière ce couple qui est là , devant, de dos. Ce sera mon premier plan, j ‘ai pensé. Mais une fois sur la chaise, mon attention a été attirée vers un garçon qui faisait danser deux filles, très librement, très élégamment, sur la droite. C ‘est mon sujet, je me suis dit. Je le sens tout de suite quand je trouve mon sujet. Alors, j ‘ai fait signe au danseur pour qu ‘il se rapproche. Lui aussi m ‘avait remarqué, il m ‘a compris aussitôt et, tout en dansant avec les deux filles, il s ‘est avancé vers moi : c ‘est alors que j ‘ai fait ma photo. Il dansait comme un dieu. Et d ‘ailleurs, pour faire danser deux filles comme ça, il fallait qu ‘il ait vraiment du talent. Mais quand la musique s ‘est arrêtée et qu ‘il a repris sa place, je me suis aperà§u qu ‘il avait un pied bot. J ‘étais stupéfait. C ‘était tout à fait invisible quand il dansait.

    Le moment où je choisis de prendre une photo est très difficile à définir. C ‘est très complexe. Parfois les choses me sont offertes, avec grâce. C ‘est ce que j ‘appelle le moment juste. Je sais bien que si j ‘attends, ce sera perdu, enfui. J ‘aime cette précision de l ‘instant. D ‘autres fois, j ‘aide le destin. Par exemple, ici, je sais que le premier couple ne s ‘est rendu compte de rien, mais pour avoir cette photo précise, je les ai vraiment appelés mes danseurs.

    L ‘histoire ne s ‘arrête pas là . Il y a trois ans, j ‘ai reçu une lettre de la danseuse qui est sur la droite. Elle me disait qu ‘elle voyait cette photo de temps en temps dans la presse et qu ‘elle tenait à me dire combien elle était touchée par tout ce qu ‘elle représentait. Sa jeunesse, l ‘ambiance de ces guinguettes, et bien sûr la jeune fille qui dansait sur la gauche qui était une copine d ‘enfance : depuis la maternelle me précisait-elle. Mais le garçon, non, elles ne l ‘avaient plus jamais revu. Elles n ‘avaient dansé que cette fois-là avec lui.
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