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Critiques sur Cyrano de Bergerac (116)


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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B le 24/10/2013


    Ah ! Cyrano ! Cyrano ! Je défaille à ton nom, à ta seule évocation, noble Sire, anneau de mes épousailles avec la lyre, avec la fougue, avec l'immatériel. Fasse que jamais ne meure le soucis de la rime en tes accents sublimes ni choir la fière petite plume qui vient couvrir ton chef de son panache blanc...
    Il y a quelque chose d'une époque révolue, quelque chose comme on n'en fait plus. Même pour l'époque de Rostand, un je-ne sais-quoi, un parfum 1600, un mélange de Cervantès et de Shakespeare, un mélange de sveltesse et d'élixir.
    Des mots qui répugnent à dire leur âge tant ils sont éternels, on les croirait tombés, au hasard, d'un manuscrit perdu, d'une poche oubliée de Beaumarchais ou de je ne sais quel autre de ses devanciers ou de je ne sais quelle muse des temps du beau français.
    Et l'on a beau marcher, par avant, par après, rien de comparable ne s'est jamais rejoué.
    Cyrano De Bergerac est l'ultime avatar de ces temps où le français était un art, ou dentelle ou brodé, piqué, surpiqué un fil d'or de douze pieds ; un art qu'on plaçait comme un étendard pour dire : " Vous voyez, je suis Français, jugez comme ça sonne, oyez comme ça claironne ce qui sort de mon gosier ! " Et des quatre coins de la Terre on accourait pour l'écouter.
    Pas comme désormais où l'on ne jure que par l'anglais, le chinois, l'arabe, le russe ou le javanais.
    " Vous parlez français ? Qu'est-ce que ce dialecte malsonnant difficile à apprendre ? Do you speak english ? No, really ? I'm sorry ! Next, please. "
    Ah ! le français d'Edmond Rostand, aaaaahhh !, bon sang !, ça vous fait frétiller les coronaires, ça vous fait chanter les artères, ça vous fait swinguer les ulcères !
    Que pouvons-nous dire ici-bas de cette pièce culte ?
    Drôle à crever, triste à périr ; c'est un saut, c'est un vol, c'est un jet,
    Que dis-je, c'est un jet, c'est une catapulte !
    Bon allez, rien que pour le plaisir de la redite,
    C'est un top, c'est un hit, c'est un feu,
    Que dis-je, c'est un feu, c'est une dynamite !
    N'aurait-il fait que cela, l'ami Rostand, qu'il pouvait s'arrêter là, la légende était assurée.
    J'évoquais plus haut Cervantès et Shakespeare et je souhaite m'en expliquer.
    Indéniablement, il y a du Don Quichotte dans Cyrano, une chevalerie d'un autre temps, batailleur pour un rien et surtout si c'est inutile, pour les motifs les plus anodins qui égratignent ou qui heurtent son sens de l'honneur qu'on sait assez sensible à la moindre stimulation.
    Le personnage ou le nom même de Don Quichotte est mentionné dans la pièce. (Acte I, Scène 7, Cyrano : J'ai dix cœurs ; j'ai vingt bras ; il ne peut me suffire de pourfendre des nains... Il me faut des géants ! et Acte II, Scène 7, De Guiche : Avez-vous lu Don Quichot ? Cyrano : Je l’ai lu.)
    Il y a également dans son amour illimité, irréfléchi pour Roxane une bonne dose de celui de l'hidalgo pour sa Dulcinée du Toboso. Mais au lieu de le rendre grotesque comme son illustre père littéraire, Rostand le rend touchant, pathétique, mélancolique et ajoute au comique le tragique tel que sut le faire Lope de Vega, éveillant en nous un fort élan de compassion et de commisération.
    Il y a aussi indubitablement des accents shakespeariens tels que la fameuse scène du balcon de l'acte III, qui évoque sans ambages Roméo et Juliette.
    Bon, il va sans dire également que l'auteur emprunte probablement beaucoup, pour son Cyrano, au D'Artagnan d'Alexandre Dumas, pour forger un côté un peu plus pittoresque, mais aussi, peut-être, pour réactiver cette image de mousquetaire vaillant, très présente dans l'imaginaire d'alors. D'ailleurs, Dumas lui aussi comparait son héros à Don Quichotte.
    Pourtant, on ne peut pas dire qu'Edmond Rostand n'emprunte également beaucoup aux textes mêmes du véritable Cyrano de Bergerac, je pense notamment à sa pièce Le Pédant Joué, auquel on doit l'inspiration du nez (excusez-moi, c'était facile) qui précède en tous lieux d'un quart d'heure son propriétaire.
    Rostand intitule sa pièce "comédie héroïque", j'écrirais plus volontiers tragi-comédie car constamment, derrière des bribes de comique, il y a de la douleur, du tragique, des souffrances pudiquement retenues qui évoquent en nous, lecteur ou spectateur, des larmes qui n'ont rien d'un rire. (On se souvient à ce propos que Pierre Corneille trouvait le terme tragi-comédie désuet et qu'il lui préféra, pour désigner ses propres tragi-comédies, une appellation de sa création, à savoir la comédie héroïque. Tout s'explique donc, sauf qu'à cette appellation, je trouve trop peu de résonance en moi ou de fallacieuses tandis que tragi-comédie, n'importe qui perçoit de quoi il s'agit.)
    Cette pièce, vous le savez tous est une histoire d'amour, enrobée dans beaucoup d'autres choses, mais une histoire d'amour.
    L'amour d'un homme qui porte une plaie béante, énorme, en plein milieu de la figure, comme un pied de nez à ses autres talents, immenses, mais qui lui interdit d'accéder à la félicité, être aimé par celle qu'il voudrait.
    Cyrano est vibrant, touchant, de loyauté envers celui qui lui prête sa belle figure pour approcher sa belle cousine. Le sens de l'honneur mis au plus haut degré, plus haut que tout, certains diraient, jusqu'à la bêtise, d'autres pensent que non, que c'est ça la grandeur, même si elle est terrifiante...
    J'en ai assez dit, je pense, sur celle, cette œuvre, que tout le monde connaît et que chacun adore ou chérit, à sa façon, en un coin de son cœur.
    Non, encore un mot cependant. Ce Cyrano, si laid dehors, si beau dedans, touche à l'inconscient collectif, à la perception que l'on a communément de nous-même, cette impression, lorsque l'on aime, que si l'autre nous connaissait du dedans, il y verrait nos trésors qui palpitent, mais que malheureusement, notre enveloppe charnelle occulte.
    Peut-être est-ce là, le vrai secret de Cyrano, de matérialiser, d'être le symbole de cette incompréhension du monde à notre charme et à notre beauté, qui sait ?
    Il est des œuvres nobles et par delà les modes et par delà les siècles, Cyrano De Bergerac, assurément figure parmi celles-là.
    Plus rien, à présent, laissez-vous faire et venez croiser le fer avec ce héros au long nez rehaussé d'un plumet qu'on appelle...
    ... SON PANACHE.

    Ah oui, j'oubliais... ceci n'est que mon avis, un amuse-bouche au moins aussi maigre que ceux qui remplissent l'estomac du héros de ce livre, autant dire, pas grand-chose, face à l'immensité, face à l'œuvre, qui elle est consistante, qui elle nourrit pour des jours, pour des nuits, pour des décennies, ceux qui s'en repaissent goulûment et qui ont bien raison...

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    • Livres 5.00/5
    Par Laurence64 le 30/10/2012


    Sur une île déserte avec moi Cyrano
    Saurait me rappeler que les mots furent beaux
    Avant les SMS qu'on appelle texto
    Et la médiocrité érigée en credo.
    Oui, lire Cyrano c'est refuser le pot
    De soupe moulinée pour deux milliards de sots
    Qu'on nous prie d'avaler sans piper un seul mot.

    C'est rêver, s'échapper et encore rêver
    C'est tenir l'idéal, jamais l'abandonner
    C'est courir dans les cieux, tempêter, exiger
    Toujours mieux, toujours plus; croire et espérer.
    C'est créditer l'esprit de qui semble si laid.
    C'est de l'envol des mots être persuadé.
    C'est abattre en douceur l'homme infatué
    Dégonfler les baudruches, percer les vanités.
    C'est aimer bien ou mal mais aimer sans compter
    Tendre un fil entre deux fait de phrases celées.
    C'est s'enchanter d'un trait, jouir d'un quolibet
    Servi avec panache et quelqu'hilarité
    C'est le rustre puissant qui se fait brocarder
    C'est l'homme-éléphant qui va se faire aimer.

    Cyrano c'est cela et aussi davantage.
    C'est tellement pour moi bien qu'avancée en âge;
    Comme à l'adolescence j'admire sans partage
    Et je sers cet hommage proche du bredouillage.

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    • Livres 5.00/5
    Par litolff le 19/12/2012


    Cyrano aime Roxane qui aime Christian qui aime Roxane : il y en a un de trop… oui mais à Cyrano il manque la beauté, à Christian il manque l'esprit : qu'à cela ne tienne, à eux deux ils ne formeront qu'un pour séduire et se faire aimer de Roxanne, Roxanne pour qui amour rime avec esprit et beauté.
    Le panache, la grandeur, le désintéressement, la générosité, autant de vertus magnifiquement célébrées par les parfaits alexandrins de Rostand ; la quintessence de la comédie et de la tragédie réunies en un texte sublime et extraordinairement indémodable, capable de tirer autant de rires que de larmes, aux enfants comme à leurs grands-parents
    Et je cite un adolescent sortant du Théâtre où il était allé voir la pièce « ouais, ça déchire grave cette pièce : Cyrano, il a un texte trop cool ! »

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    • Livres 5.00/5
    Par Luniver le 12/04/2013


    Une représentation de Théâtre est sur le point de démarrer à l'hôtel de Bourgogne. Les spectateurs affluent, mais pas seulement pour la pièce elle-même : un acteur se produit alors que Cyrano de Bergerac le lui a formellement interdit. Osera-t-il interrompre la représentation comme il l'a dit ?

    Et oui, il osera ! Car Cyrano est un personnage entier, qui refuse les compromis, qui agit sans se soucier des conséquences de ses actes et des inimitiés qui en résulteront. Ajoutons à cela un esprit vif et une langue agile qui s'allie pour mettre en pièce les adversaires, et on obtient un héros presque parfait. Mais presque seulement, puisque son long nez le défigure et le complexe horriblement.

    Cyrano aime en secret sa cousine Roxane, qui elle est amoureuse de Christian. Mais ce dernier n'a pas grand chose dans la cervelle. Qu'à cela ne tienne ! Cyrano se sacrifiera, lui écrira ses poèmes et ses déclarations, lui soufflera les répliques qui lui feront gagner le cœur de sa belle.

    Cyrano de Bergerac est une pièce magistrale, à mi-chemin entre comédie et tragédie. On peut qu'aimer ce personnage plein de panache, et qui va jusqu'au bout de ses idées. Les tirades sont admirables et restent gravées dans la mémoire (j'ai dû apprendre le tirade du nez il y a presque dix ans, j'ai été ravi de constater que je n'en avais pas perdu grand chose).

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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon le 04/11/2012


    Si certains artistes exceptionnels s'imposent universellement en fonction des horizons nouveaux qu'ils ont su ouvrir aux yeux éblouis de leurs contemporains (les éblouissant parfois au point de rendre la majorité aveugle à leur art), la plupart d'entre eux, bien plus modestes, travaillent à construire leurs œuvres au sein d'horizons préétablis par quelque prédécesseurs aux génies plus hardis. La qualité du travail de ces derniers ne doit donc pas être évaluée en terme d'originalité mais plutôt en fonction de leur capacité à atteindre les plus hauts sommets de la perfection au sein de ces horizons préétablis.
    À mon sens, Rostand est un géant au sein de ce deuxième type d'artistes. Si il n'invente rien, il arrive à une synthèse parfaite entre les Théâtres tragique et comique. Son Cyrano peut, en effet, être apprécié uniquement en tant que comédie d'une grande finesse sans décevoir aucun amateur du genre, comme il peut également être apprécié exclusivement en tant que tragédie avec autant de succès. En cours de lecture, la constitution de notre jugement, taillé au burin de l'histoire de l'Art, se voit ainsi ballotté du comique au tragique, puis du tragique au comique, jusqu'à atteindre la position de synthèse dialectique propre à la pièce de manière rétrospective.
    Rostand s'impose de plus le lourd carcan de l'alexandrin rimé avec une telle maîtrise que, loin d'en faire sentir le poids à son lecteur, il l'entraîne plutôt à une sensation de légèreté et de vivacité qui accentue aussi bien la noblesse des sentiments que la finesse comique du récit.
    Tout cela constitue déjà un véritable exploit littéraire que Rostand a voulu dédier à l'âme de Cyrano et c'est effectivement ce qu'il fait. Car Cyrano a existé comme personnage historique avant de devenir personnage de Théâtre. Ce Cyrano réel avait effectivement un grand nez (il en existe toujours quelques portraits) et aimait s'en moquer tout en se montrant très susceptible à ce sujet, il a écrit quelques récits de voyages imaginaires, des lettres, des poèmes et une pièce de Théâtre.
    Dans son Voyage sur la lune, tous les lunaires ont d'ailleurs le nez long, et Cyrano s'en fait ainsi expliquer la raison par l'un deux :

    « Maintenant, afin que vous sachiez pourquoi en ce pays tout le monde a le nez grand, apprenez qu'aussitôt que la femme est accouchée, la matrone porte l'enfant au Prieur du Séminaire; et justement au bout de l'an les experts étant assemblés, si son nez est trouvé plus court qu'à une certaine mesure que tient le Syndic, il est censé camus, et mis entre les mains des gens qui le châtrent. Vous me demanderez la cause de cette barbarie, et comme il se peut faire que nous chez qui la virginité est un crime, établissons des continences par force? Mais sachez que nous le faisons après avoir observé depuis trente siècles qu'un grand nez est le signe d'un homme spirituel, courtois, affable, généreux, libéral, et que le petit est un signe du contraire. » (Voyage sur la lune, 119)

    En échos, Rostand écrira :

    « Énorme, mon nez!
    Vil camus, sot camard, tête plate, apprenez
    Que je m'enorgueillis d'un pareil appendice,
    Attendu qu'un grand nez est proprement l'indice
    D'un homme affable, bon, courtois, spirituel,
    Libéral, courageux, tel que je suis, et tel
    Qu'il vous est interdit à jamais de vous croire,
    Déplorable maraud! »(42-42)

    Le vrai Cyrano, comme le raconte Rostand, avait aussi un fort penchant pour la philosophie et goûtait particulièrement Gassendi (119, 135) dont il a souvent glissé des opinions dans la bouche de ses personnages. Ses récits de voyages sur la lune et le soleil ont quelque chose de parfaitement ridicules au premier abord, mais contiennent tellement de formules ingénieuses et amusantes, tellement d'inventions mécaniques et de réflexions philosophiques que même le plus récalcitrant à cette lecture se laissera gagner et pourrait finir par dire, comme de Guiche devant la porte de Roxanne :

    « Mes compliment, monsieur l'inventeur des machines :
    Votre récit eut fait s'arrêter au portail
    Du paradis, un saint! Notez-en le détail,
    Car vraiment cela peut resservir dans un livre! »(160)

    Les talents d'écriture du vrai Cyrano de Bergerac sont si indéniables que le grand Molière lui-même été lui plagier certains passages, dont la fameuse phrase « Que diable allait-il faire dans cette galère? » des Fourberies de Scapin que Cyrano avait d'abord écrite dans le Pédant Joué. Plagiat auquel Rostand ne manquera évidemment pas d'y faire allusion dans son hommage.
    Le Cyrano historique, comme Rostand le raconte (227), est aussi bel et bien mort des suites d'une pièce de bois qui lui est tombé sur la tête, et l'on ne sait effectivement pas si l'incident s'est produit de manière accidentelle ou non, il aurait aussi tenu tête à cent hommes à la porte de Nesle (29) et montré une grande liberté d'esprit avec beaucoup de constance dans son œuvre par rapport aux vérités religieuses.(232)
    Bref, l'hommage à l'âme de Cyrano que fait Rostand se trouve aussi bien dans la forme tragi-comique pleine d'ingéniosité verbale que dans le fond historique de ce chef d'œuvre qui est vraiment à lire et relire, voir et revoir, ouïr et entendre!

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    • Livres 5.00/5
    Par juliette2a le 26/04/2012


    Je viens d'achever "Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand, célèbre drame romantique théâtral. Quel plaisir ! J'avoue que le théâtre n'est pas ce que je préfère mais cette pièce, si célèbre autant pour ses répliques sublimes que pour ses personnages inoubliables, m'a emportée ! Parlons tout d'abord de l'histoire; nous sommes en 1640, Cyrano de Bergerac, un poète extraordinaire, aime sa cousine Magdeleine (aussi connue sous le nom de Roxane). Toutefois, son physique, peu avantagé par son nez -d'où la réplique : "C'est une péninsule !" ne lui permet pas d'avouer son amour à sa cousine. Ayant de nombreux ennemis (à cause notamment de sa franhise) mais aussi des amis fidèles, il fait la connaissance de Christian, celui que Roxane aime. Cyrano propose alors un "pacte" au jeune homme : il est son âme et Christian est sa beauté. le soldat accepte mais le mensonge ne saurait tarder à être découvert...

    Edmond Rostand nous présente donc un anti-héros, Cyrano, pour nous offrir une réflexion sur le théâtre et ses personnages. L'originalité de cette pièce est sans doute l'une des caractéristiques qui permettent à "Cyrano de Bergerac" d'être considéré comme un véritable chef-d'oeuvre du théâtre classique.

    A lire absolument !

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    • Livres 4.00/5
    Par paulotlet le 22/01/2012


    C'est grâce à la pièce de Rostand que j'ai pu faire l'expérience de l'universalité de certaines oeuvres pour la première fois. J'avais perdu mon travail et avais répondu à une petite annonce; une école professionnelle de Bruxelles cherchait d'urgence un professeur de français intérimaire. Bien qu'historien et absolument sans expérience en matière d'enseignement, on m'avait accueilli à bras ouverts et le lendemain je commençais à enseigner la langue de Voltaire à des élèves de professionnelle qui avaient échoué au CEB, notre certificat d'étude. Les enfants étaient tous issus de l'immigration; Marocains et Turcs pour la plupart. C'était l'enfer. Aucun n'avait de cahier, ils saccageaient tout et avaient même fini par forcer la porte d'une armoire remplie de fournitures et à en jeter le contenu par la fenêtre du troisième.
    J'ai craqué. le lendemain je devais passer trois heures de suite avec eux. J'ai attrapé la première cassette vidéo que j'ai trouvée dans mon salon et leur ai passé Cyrano. Je n'y croyais pas trop, mais peut être qu'ils préfèreraient regarder un film plutôt que de chahuter.
    Au bout de trois minutes de projection, j'ai compris qu'il se passait quelque chose. Non seulement, on n'entendait pas une mouche voler mais en plus, mes élèves semblaient passionnés par le film. Là où j'ai vraiment été déconcerté, c'est lorsque la cloche a sonné pour indiquer la récréation et qu'ils m'ont dit préférer voir la suite.
    A la séance suivante, j'ai demandé s'ils avaient aimé le film et l'un d'entre eux a pris la parole: "c'est super parce que c'est un Gascon dont on se moque parce qu'il n'est pas d'ici. Mais il est fort et il met une sacrée raclée à ceux qui se fichent de lui" et une fille a ajouté; "il croit qu'il n'est pas beau et qu'aucune fille ne l'aimera et il ne voit pas que Roxane aurait pu se marier avec lui". Cyrano parlait vraiment à ces jeunes qui y avaient lu l'histoire d'un immigré qui peine à se faire respecter et une histoire d'amour universelle. Bref, il ne faut pas enlever les grands classiques du programme.

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    • Livres 5.00/5
    Par Gwen21 le 15/10/2012


    Cyrano, bel esprit, bonne épée, brave officier, fidèle ami et bon vivant, aime sa cousine Roxane. En réalité, il fait plus que l'aimer, il la vénère à la façon des poètes, de tout son être. Son amour pour elle est profond, indestructible. Elle incarne la femme idéale. Elle en a d'ailleurs pleinement conscience ; c'est une Précieuse, autrement dit une intellectuelle doublée d'une coquette. Cyrano est aimé de Roxane... comme un frère, comme le cousin qu'il est. le coeur de Roxane appartient à un fringant officier, Christian (plus beau que Cyrano qui, pour son malheur, est affublé d'un nez disgracieux) qui n'a pas même eu à se donner la peine de le conquérir tant sa beauté virile a flatté la vanité de la Belle qui ignore que derrière la belle tête bien faite se cache une pauvre cervelle pas même capable de tenir une conversation. Un trio amoureux inédit va alors voir le jour. Cyrano sera l'amant de Roxane à travers les lettres de Christian dont il deviendra le nègre ; Roxane s'éprendra de Cyrano (toujours via les mêmes lettres) en pensant aimer Christian ; Christian bâtira son amour pour Roxane sur le mensonge, sur les mots d'un autre...

    Au-delà de l'excellence de la langue, parfaitement maîtrisée, de l'excellence du style, parfaitement affirmé, de l'excellence de la trame, parfaitement explorée, ce qui fait de Cyrano de bergerac un chef-d'oeuvre c'est la finesse de l'analyse psychologique des personnages.

    Quelle autre pièce offre au spectateur une si grande figure alors que la laideur est justement sa caractéristique ? Quel amour est plus tragique que celui que Roxane inspire à son cousin ? Quelle fidélité et quelle ferveur sont plus admirables que celles de Cyrano ? Quel destin de poète peut autant émouvoir le lecteur ?

    A lire absolument.
    Film de JP Rappeneau à voir dans la foulée.

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    • Livres 5.00/5
    Par Mimimelie le 06/04/2013


    Cette œuvre est une véritable délectation, pour ne pas dire une jouissance à l'état pure. Et pour une fois, l'adaptation qui en a été faite par Jean-Paul Rappeneau au cinéma et la magistrale prestation de Gérard Depardieu était un pur délice et ne m'avait pas déçue.

    Ce n'est pas sans émotion que j'ai récemment visité la villa Arnaga à Cambo les Bains, somptueuse demeure que Jean Rostand se fit construire peu après son installation à Cambo, où il avait décidé de demeurer après son séjour là bas pour soigner une pleurésie.
    C'est un lieu magique où semble encore flotter l'âme du maître des lieux, une visite que je recommande vivement, d'autant que les jardins sont splendides.

    A l'entrée de sa villa on devenue son musée, on y trouve ce très beau quatrain :

    "Toi qui viens partager notre lumière blonde
    Et t'asseoir au festin des horizons changeants
    N'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde
    Et ne raconte pas ce que disent les gens."

    Pour ceux qui souhaiteraient la découvrir : http://www.arnaga.com/

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    • Livres 5.00/5
    Par charlotteman le 15/05/2012


    Jubilatoire ! La beauté des mots portée à son paroxysme, je n'aurais jamais cru prendre autant de plaisir à relire ce classique en alexandrins étudié au collège !

    La magie de Rostand est formidablement puissante, chaque citation relue sur Babelio me donne la chair de poule et m'emporte très loin vers les sommets qu'atteint l'éloquence de Cyrano. La réplique finale est belle à en mourir, et je décide désormais que moi aussi, ma vie sera pleine de panache ! Mode d'emploi ? Voici la description qu'en donne Edmond Rostand :

    « le panache, n'est pas la grandeur mais quelque chose qui s'ajoute à la grandeur, et qui bouge au-dessus d'elle. C'est quelque chose de voltigeant, d'excessif - et d'un peu frisé [...], le panache c'est l'esprit de bravoure. [...] Plaisanter en face du danger c'est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l'héroïsme, comme un sourire par lequel on s'excuse d'être sublime [...] »51

    N'est-ce pas beau à lui en faire des bisous sur le museau ?

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