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ISBN : 275780815X
Éditeur : Points (2008)


Note moyenne : 4.28/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Ira Stigman, huit ans, connaît déjà la misère, l'humiliation et la haine. Depuis que sa famille a quitté l'East Side pour emménager dans l'Irish Harlem, le jeune garçon est devenu la cible favorite des enfants du quartier qui le traitent de " maudit juif ". Lorsqu'il ne... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 17 août 2009

    Woland
    Mercy of a Rude Stream :
    A Star Shines Over Mount Morris Park
    Traduction : Michel Lederer
    Premier volume de la tétralogie autobiographique de l'auteur, "Une Etoile Brille sur Mount Morris Park" est un texte qui déstabilise souvent son lecteur par son étrange construction. En effet, le récit compte trois types de narration : le récit autobiographique impersonnel, à la troisième personne, avec un narrateur omniscient ; le récit autobiographique personnel, à la première personne, dans lequel l'auteur se confond avec son héros, Ira, mais toujours dans un action et un décor qui datent du début du XXème siècle ; et enfin, des sortes d'intercalaires, où l'écrivain évoque sa vie présente, auprès de sa femme, désignée par l'initiale M. Ces dernières pages se présentent en outre comme une forme de dialogue entre Henry Roth et son ordinateur, surnommé "Ecclésias."
    A notre humble avis, pareil choix dessert le texte qui alterne des scènes de réelle puissance avec un ergotage assez fastidieux, centré sur une chose mystérieuse que, selon Ecclésias, Henry Roth ferait bien de révéler au plus tôt à ses lecteurs. Et c'est bien vrai : pourquoi ne le fait-il donc pas ? Car, à la fin de ce premier tome, on ne dispose d'aucun élément nouveau sur l'énigme en question.
    Le romancier-biographe tourne autour du pot, avance d'un pas pour reculer de trois, énerve prodigieusement son lecteur mais lui et permet aussi de comprendre quel enfer d'angoisses dut être son existence. Ce refus de révéler ce que l'on soupçonne assez tôt toucher à sa sexualité lui vient peut-être de sa religion mais là encore, il y a ambiguïté puisque Roth admet assez vite - et sans difficultés majeures - rejeter sa judéité.
    A part cela, que retient-on d'"Une Etoile ..." ? Avant toute chose, un tableau réaliste et impressionnant du New-York d'avant 1914, avec ses carrioles de laitiers tirées par des chevaux, ses premières voitures automobiles, ce conflit qu'on croit d'abord si lointain mais qui finira par toucher le Nouveau Monde, et cette masse d'immigrants venus des quatre coins de la Vieille Europe.
    Henry Roth dépeint les communautés qu'il a bien connues : sa communauté natale, tout d'abord, des Juifs issus de Galicie, au parler yiddish savoureux (fort intelligemment, un glossaire a été placé à la fin du livre) où les initiés s'amuseront à retrouver mêlés des mots d'origine allemande ; la communauté irlandaise catholique ensuite, où le petit Ira se fera des ennemis mais aussi des amis ; et enfin, à un moindre degré, la communauté noire, cette communauté dont les membres, au retour de la Grande guerre, veulent de plus en plus être tenus pour des citoyens à part entière - ce qui stupéfie tous les bons WASPS avant de commencer à les inquiéter.
    Puis l'atypisme, la bizarrerie de caractère du petit Ira. Si Henry Roth a vraiment ressemblé à son alter ego de papier, avec lequel sa plume le confond d'ailleurs souvent en utilisant le "Je" comme si l'écrivain, perdu dans sa transe, se mettait en pilotage automatique, on conçoit combien sa vie put ne pas être simple. Ira redoute son père - là encore, on perçoit que bien des choses sont passées sous silence - adore sa mère - mais qui ne l'aimerait pas ? - étouffe sous les tentacules de la sa vaste parentèle et pourtant n'aime pas à envisager l'idée qu'un jour, ses membres puissent venir à lui faire défaut, et enfin se cherche une identité qui ne soit pas juive tout en conservant tout ce qu'il peut y avoir de meilleur dans la judéité.
    Ergoteur, oui : complexe aussi, hypersensible, touché par la grâce de l'écriture mais accablé en parallèle par la certitude que sa prose n'était pas si terrible que ça, tel nous apparaît Henry Roth à la fin d'"Une Etoile Brille sur Mount Morris Park." Et le lecteur, tout surpris, s'aperçoit que, malgré les tours et détours empruntés, malgré tout ce qui a pu l'agacer et l'ennuyer dans la structure du texte, il s'est pris de sympathie pour cet étrange personnage et désire l'accompagner jusqu'au bout de son périple intime.
    Un livre déconcertant mais bien plus riche qu'il n'y paraît. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par belledenuit11, le 25 juin 2008

    belledenuit11
    Ce livre m'a été transmis grâcieusement par les Editions Points dans le cadre de l'opération “Masse Critique” lancée par Babelio.
    Il s'agit de la biographie de l'auteur lui-même. “A la merci d'un courant violent” est le premier volet de cette biographie (qui en compte 4 au total) et la vie du jeune Ira (alias Henry Roth) est racontée sur une période de 7 ans (elle débute alors qu'il est âgé de 8 ans et se termine à ses 14 ans).
    Tout au long de la narration, le “présent” (1985 - période d'écriture d'Henry Roth) et le passé s'entremêlent, soulignant ainsi l'importance et les questionnements d'Ira sur une période ou un évènement précis.
    Si j'ai eu du mal à entrer dans cette biographie, je suis néanmoins parvenue à comprendre le mal-être de ce jeune garçon, juif habitant un quartier essentiellement (pour ne pas dire totalement) irlandais et ayant du mal à être accepté par les garçons de son âge.
    Sa judéité est un défaut qu'il veut cacher. Oublier pour arriver à vivre “normalement”.
    On le verra aussi de jeune garçon devenir un adolescent avec les questions existentielles qui se posent à cet âge et les problèmes qu'il rencontre à l'école…
    Si au départ je ne pensais pas parvenir à bout de cette partie de la biographie d'Henry Roth par l'intervention de l'auteur au milieu de sa narration (ce qui a eu le don de m'exaspérer à certains moments), il n'en demeure pas moins que je suis restée très émue et touchée par cette enfance racontée.
    Ce livre n'est qu'un petit bout de la vie d'Henry Roth et si vous souhaitez vous plonger complètement dans sa biographie, il conviendra de lire 3 autres tomes : “Un rocher sur l'hudson” (T2) - “La fin de l'exil” (T3) et “Requiem pour Harlem” (T4).
    Je ne sais pas si je me lancerai dans l'intégralité de la biographie mais le tome 2 me tend déjà les mains.
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    • Livres 2.00/5
    Par Pralinerie, le 30 juin 2008

    Pralinerie
    Tout d'abord, je tiens à remercier Babelio et les éditions Points pour ce gracieux envoi du livre d'Henry Roth. Encore une fois (c'est chronique en ce moment), lecture un peu tumultueuse et peu convaincue.
    Ira est un enfant juif qui vit à Harlem au début du XXe siècle. le jeune garçon est assez isolé, vivant loin du reste de sa famille et du quartier juif. Bien sûr, les Irlandais de sa rue l'insultent et se battent avec lui, le prenant comme bouc émissaire, éternel sort des minorités. Son père n'est pas tendre non plus. Bref, une enfance entre bleus et coups. Fils unique, il est écartelé entre les désirs de Pa, qui veut en faire un travailleur, et de Ma, qui souhaite privilégier ses études. Ira nous conte donc son enfance, ses rares amitiés, les retentissements de la guerre sur les soldats américains (très intéressant pour cela, on a tendance à les considérer comme les sauveurs mais on oublie qu'ils ont aussi souffert des tranchées), la perversité des hommes, le premier job.
    Notons que la narration est à deux voix : le vieil Ira raconte sa difficulté à tout dire et prend du recul sur son texte ; une voix omnisciente voit et décrit la jeunesse de ce même personnage. Parmi les difficultés, des expressions en yiddish qui ne sont pas explicités en bas de page mais à la fin du livre et dans un glossaire (c'est à dire pas de note mais un classement alphabétique un peu long à parcourir).
    Cette lecture m'a replongé dans les eaux douces d'Europe (même période vue par une jeune juive en Turquie) et montré un aspect plus brutal de la judéité stigmatisée.
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    • Livres 5.00/5
    Par Malice, le 28 juin 2008

    Malice
    Ira habite un quartier de Harlem, dans un taudis , avec une grosse majorité d'irlandais la violence est présente à tous les coins de rue. Il connait la misère. La première guerre mondiale 14/18 fait rage en Europe. En italique, le présent de l'écriture de février à avril 1985 au Nouveau Mexique (loin de N.Y et d'Harlem), le regard du vieillard qui est entrain d'écrire sur Ecclessias (le non qu'il donne à son ordinateur, son conseiller) , regard sur le temps, et sur son enfance le passé de 1914 à 1920.
    Les sentiments de lecture sont la mélancolie. Un livre terriblement attachant, un livre qui m'a beaucoup plus. Un livre magnifique, dense une écriture forte à lire, un incontournable !!!!! Un coup de cœur !
    Ce tome 1 donne envie de lire la suite...
    http://livresdemalice.blogspot.com/
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    • Livres 5.00/5
    Par Outis, le 15 janvier 2009

    Outis
    Un style particulièrement fluide et prolixe. Une matière abondante dans un récit où surgissent des personnages plus vrai que nature. L'effort de fraicheur et d'honnêteté dont fait preuve cet écrivain en fin de vie pour retrouver l'enfant qui revit sous nos yeux m'a profondément ému. Parce que j'en suis un aussi, je ne suis plus seul à assumer les malaises de cette aventure fondatrice tellement éloignée des clichés idylliques.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 17 août 2009

    [...] ... Ira pleura un nombre incalculable de fois. Et il se désola quand il vit approcher le moment où il lui faudrait se séparer de Jean Valjean - à la fin du livre qu'il gardait sous son lit, dans sa petite chambre sombre, et avec lequel il se réveillait le samedi et le dimanche, tel un précieux cadeau qui l'attendait. Il fit durer le plaisir, relut, rêva. Des centaines de mots nouveaux se dissimulaient au détour des phrases, des mots inconnus parmi les centaines de pages du récit, et qui ne présentaient pourtant aucun obstacle à la compréhension. Il ne possédait pas de dictionnaire - l'idée d'en avoir un ne lui était même jamais venue à l'esprit. Il n'en avait pratiquement pas besoin. Il lui semblait que ses sentiments seuls le guidaient à travers le contexte, et, une fois deviné le sens des mots, ceux-ci paraissaient ensuite se loger dans son esprit et y demeurer pour qu'il puisse en admirer à satiété le lustre et la résonance.

    Au petit bonheur, après Huckleberry Finn et L'Appel de la Forêt, il goûta avec voracité, et au hasard de ses fantaisies, des livres qui allaient du Loup des Mers à Lorna Doone, en passant par Les Cavaliers de la Sauge Pourpre, Les Trois Mousquetaires, Le Prisonnier de Zenda, Notre-Dame de Paris, Le Comte de Monte-Cristo, les contes fantastiques de Poe, et puis She de H. Rider Haggard, Ben Hur de Lew Wallace, et ... chose étrange : dans le monde des textes imprimés, le monde qui se situait entre les pages de couverture d'un livre, le monde des histoires "vraies", comme auparavant dans celui des mythes, il s'imaginait être chrétien, ainsi que l'étaient les héros des livres - sauf Ben Hur, un Juif romain ou un Romain juif, peu importe. Ira s'imaginait donc être chrétien. Que pouvait-il faire d'autre alors qu'il aimait et estimait le héros ? Tout ce qu'il demandait à un livre, c'est de ne pas trop lui rappeler qu'il était juif ; plus un livre l'impressionnait, plus il priait pour qu'on oublie les Juifs. ... [...]
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  • Par Woland, le 17 août 2009

    [...] ... On était en juillet, un mois avant le début de la guerre. La proche famille de Ma devait arriver en Amérique d'ici quelques jours, partie du petit village de Veljich, en Autriche-Hongrie, pour venir s'installer à Harlem. Leur appartement, un vaste six-pièces bien situé, au deuxième étage seulement, avec chauffage à la vapeur, électricité et eau chaude courante - et même stores rayés au-dessus des fenêtres de devant - se trouvait au milieu du bloc, au milieu de la 115ème Rue, entre Park Avenue et Madison Avenue. En "yinglish", on appelait ça un shaïner b'tveen - littéralement : "un joli entre." C'était un quartier cent pour cent juif et sympathique, et en plus très pratique pour les courses. Tout près, le marché juif des voitures à bras s'abritait sous le grand pont en fer du New-York Central Railway, sur Park Avenue ; les immigrants pouvaient sans contrainte y marchander en yiddish avec les colporteurs. L'appartement possédait en outra l'avantage d'être en face de celui de tanta (tante) Mamie et sa famille (sans nul doute une raison supplémentaire pour laquelle les deux oncles américanisés d'Ira, Moe et Saul, l'avaient choisi). Mamie pouvait ainsi parler à Bobe [grand-mère maternelle d'Ira) et à Zaïde [grand-père maternel de l'enfant], ou encore à l'un de ses frères et soeurs - et inversement - d'une fenêtre à l'autre, sans que quiconque eût besoin de sortir de chez soi. ... [...]
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  • Par Outis, le 15 janvier 2009

    Mais il voulait une histoire, il en avait un besoin maladif ; non seulement les histoires vous transportaient dans l’imaginaire, mais elles vous tenaient en haleine, et pendant tout ce temps, elles vous disaient ce que les gens éprouvaient, ce qu’ils voyaient et entendaient, et comment ils vivaient... C’était ça l’important : ils appartenaient à un monde, un monde qui n’existait peut-être plus, et c’était la seule façon de l’approcher.
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  • Par Malice, le 28 juin 2008

    Seulement, la bar-mitsva lui fit comprendre qu'il n'était juif que parce qu'il se devait de l'être ; il détestait être juif ; il ne voulais pas être juif, ne voyait aucune vertu l'être , et il comprit soudain qu'il était pris au piège, prisonnier d'une identité dont il n'avait pas la moindre chance de se libérer un jour.

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