> Marie-Claire Pasquier (Traducteur)

ISBN : 207012309X
Éditeur : Gallimard (2010)


Note moyenne : 4.02/5 (sur 88 notes) Ajouter à mes livres

Nous sommes en 1951, deuxième année de la guerre de Corée. Marcus Messner, jeune homme de dix neuf ans, intense et sérieux, d’origine juive, poursuit ses études au Winesburg College, dans le fin fond de l’Ohio. Il a quitté l’école de Newark, dans le New Jersey o... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 27 septembre 2011

    Malaura
    Années 1950. L'Amérique est en pleine guerre de Corée.
    Fils d'un boucher kasher de Newark, Marcus Messner est un jeune homme d'origine juive de 19 ans sérieux et travailleur, un garçon honnête et droit, bon fils et excellent élève.
    Mais son père est subitement pris d'une peur paranoïaque de le voir mourir et le harcèle constamment sur ses allées et venues.
    Une attitude extrême intolérable qui incite Marcus à s'inscrire dans une université loin de chez lui.
    Sur le campus, Marcus vit ses premiers émois amoureux mais découvre aussi la difficulté de s'intégrer dans un monde rigide et conservateur.
    L'étudiant se sent de plus en plus incompris, isolé, révolté, bridé dans ses désirs à une époque où les tabous sont légions.
    Quelques mots malheureux vont changer irrévocablement sa vie, qui s'annonçait pourtant sous les meilleurs auspices…
    Dès le départ on sent la mort rôder autour du jeune Marcus, un sentiment qui ne nous lâche plus, depuis l'angoisse irrationnelle mais prémonitoire du père, à la difficulté d'intégration dans une université trop conventionnelle, jusqu'à ce "allez vous faire foutre" décisif et fatal, dit avec toute l'Indignation d'une jeunesse incomprise, qui sonne le glas d'un avenir qui aurait pu être, si seulement...
    Amorcée avec le roman « Un homme », « Indignation » fait partie d'une série de textes courts rassemblés sous l'appellation « Cycle Némésis » par la brièveté et la noirceur de leurs sujets centrés essentiellement sur la maladie, la dégradation du corps et la mort.
    L'on y retrouve l'importance accordée à la famille et à l'enfance, véritable et sincère fidélité pour l'environnement parental.
    Si l'écriture de Philip Roth se fait ici moins licencieuse, elle reste néanmoins tout aussi jubilatoire et subversive car davantage politisée et imprégnée des difficultés sociales de son temps.
    L'auteur s'est souvent attaché à des autofictions - « Le complot contre l'Amérique », « Pastorale américaine » - par lesquelles, en se servant du contexte historique et des évènements politiques et sociaux de l'histoire américaine, sont abordés les thèmes puissants de l'héritage et du poids de l'Histoire.
    Homme aux multiples influences, il a su créer un univers tout à fait personnel fait de rire et de désillusion.
    Un écrivain qui n'a cessé de s'interroger sur l'humain, sa fragilité, sa vulnérabilité dans une société qu'il a observé à la loupe pour nous en donner la radioscopie impitoyable.
    Son œuvre hétéroclite passant sans retenue de l'autobiographie à la satire, du roman intimiste à la fresque sociale, en fait un écrivain majeur des lettres américaines.
    « Indignation » est un petit bijou de noirceur, un roman d'apprentissage qui vire au drame et dépeint une Amérique des années 1950 corsetée dans des traditions et un conformisme restrictifs et vains.
    Brillant.
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    Critique de qualité ? (20 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 21 novembre 2010

    cprevost
    Il faut toute l'implacable acuité et tout le savoir faire de Philip Roth pour imaginer et agencer les étapes qui mèneront un jeune homme à la mort. le style est fluide et agréable. Tout s'enchaîne et se suit. La construction d' « Indignation » donne en permanence le sentiment que nous n'avons aucun contrôle sur ce qui arrive. Nous apprenons en effet rapidement que Marcus est décédé et que c'est lui qui d'outre tombe s'adresse à nous. Ce livre est donc un compte à rebours d'actes anodins qui mène vers un trépas certain. C'est la relation des évènements du point de vue de celui qui les a vécus. L'avancée vers une conclusion connue et le récit résigné du mort lui-même donnent ici le sentiment d'une profonde fatalité.
    Ces quelques lignes extraites des dernières pages du livre semblent être un bon raccourci de ce bref roman :
    « Oui, le bon vieux défi américain, "Allez vous faire foutre", et c'en fut fait du fils de boucher, mort trois mois avant son vingtième anniversaire – Marcus Mesner, 1932-1952 – , le seul de sa promotion à avoir eu la malchance de se faire tuer pendant la guerre de Corée, qui se termina par la signature d'un armistice le 27 juillet 1953, onze mois pleins avant que Marcus, s'il avait été capable d'encaisser les heures d'office et de fermer sa grande gueule, reçoive son diplôme consacrant la fin de ses études à l'université de Winesburg -très probablement comme major de sa promotion -, ce qui aurait repoussé à plus tard la découverte de ce que son père sans instruction avait tâché de lui inculquer dès le début : à savoir la façon terrible, incompréhensible dont nos décisions les plus banales, fortuites, voire comiques, ont les conséquences les plus totalement disproportionnées. »
    Tout est dit : l'exaspération et l'intransigeance de Marcus, la morale d'un moment et un conflit lointain vont entrer en résonnance pour broyer un individu.
    Marcus, le gentil garçon juif, travailleur, dévoué à sa famille n'aura pas vu sa vie passer. Son court destin le conduira de la boucherie kasher familiale à la guerre de Corée. Il veut échapper à la surveillance maladive d'un père hyper inquiet et il choisit pour ses études une lointaine université du Middle West. Il désire simplement travailler d'arrache-pied et échapper à la guerre de Corée. Sorti de son milieu, Marcus va se révélé inadapté aux conventions sociales de son temps. Chacun de ses gestes va désormais être une réaction d'Indignation à la sottise et à l'hypocrisie d'une époque. Il refuse de changer, d'accepter le moindre compromis avec ses propres convictions ou de faire le moindre effort d'intégration ou d'assimilation. Il exclut d'intégrer une fraternité, de suivre les rites religieux, de renier un corps, un amour miraculeusement offert.
    « Indignation » est un roman extraordinairement humain. Il est le miroir d'une époque et d'un milieu. Il dévoile un pan de l'histoire des Etats-Unis peu connu. Une période de frustration sexuelle des étudiants sur les campus des années 1950 et de boucherie guerrière en Corée. L'Amérique est vorace. Elle dévorera ses enfants qui ne sont, quoiqu'en disent les parents, amis ou doyens, ni rebelles, ni coupables.
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 21 décembre 2011

    brigittelascombe
    A l'instar de ses autres romans tels que L'écrivain des ombres, La Leçon d'anatomie et La contrevie, Philip Roth (prix Pullitzer-fiction 1998 pour Pastorale américaine) aborde dans Indignation le thème de l'impuissance et de la frustration.
    "Oh merde à la fin" s'indigne Markie, fils unique brillant, harcelé par son père boucher kasher, sans instruction, obsédé par la peur de le perdre.
    "C'est toi qui pue" s'indigne Markus, devenu étudiant (au collège universitaire de Newark) en droit et préparation militaire, alors que son "coturne" Flusser "l'emmerdeur" lui fait mille misères qui l'empêchent d'étudier et lui reproche d'être un être humain "qui pue".
    "Va te faire foutre" lance le puceau Marc (déstabilisé par la conduite d'Olivia Hutton "qui l'a sucé" avec dextérité) au mutique Elwyn, son deuxième "coturne" après changement de chambre, alors que ce dernier, pour une fois en verve, traîte son "héroïne" de "pouffe".
    "Allez vous faire foutre" crache Marcus, étudiant modèle convoqué par le doyen et poussé dans ses retranchements par un discours sur son intolérance, son caractère asocial,son inanaptation,sa non appartenance à des fraternités,son non respect de sa judaïté...bref son intimité.
    "Allez vous faire foutre" explose-t-il à nouveau, "incapable de fermer sa grande gueule", re-convoqué par le doyen qui fouille plus profondément sa relation avec Olivia repartie chez elle pour dépression nerveuse.
    Alors c'est lui Markie,Markus,Marc,Marcus, le major, pris d' IN-DI-GNA-TION, qui, soldat en Corée, enrôlé dans le "bon vieux défi américain" ira se faire foutre par la mort en 1952.
    Indignation, fort et émouvant, est (je trouve) l'un des meilleurs ouvrages de Philip Roth (dont j'ai chroniqué dernièrement La bête qui meurt et Le rabaissement) car il s'indigne contre l'intolérance et l'intrusion. Il ouvre le débat sur l'individualisme par rapport au groupe qui noie ou peut détruire (comme dans le cas d'Olivia dite "la reine de la fellation 1951"), le respect d'autrui, l'autorité toute puissante. Il aborde le cocon familial trop possessif et la vie communautaire sur un campus, ses dérives, ses fantasmes, ses violences inhérentes et les angoisses engendrées.
    Il dénonce enfin l'absurdité de la guerre (ici de Corée) et les massacres d'innocents.
    Un excellent livre, avec toujours ce petit grivois et pimenté qui signe la pâte de Philip Roth!
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 19 janvier 2012

    carre
    1951.Marcus Messner, 19 ans d'origine juive, poursuit ses études au Winesburg College. Il a quitté l'école de Newark, où habite sa famille pour s'émanciper d'un père hyper protecteur, boucher de métier et dont l'attitude envers son fils devient étouffante pour Markus. le jeune homme rêve d'une Amérique plein d'espoir et de surprises, mais l'Amérique est engagée dans la guerre en Corée.
    Philip Roth avec ce roman d'apprentissage, brosse le portrait d'une Amérique qui ne cesse de bomber le torse mais dont la jeunesse est sacrifiée par des guerres successives. Roth reprend les thèmes qui lui sont chers : l'amour, le sexe, la judaité, la mort le tout formant une photographie de l'Amérique peut reluisante. C'est magnifiquement raconté, cette comédie humaine est à la fois passionnante et émouvante, et l'on se dit que Roth est l'un des plus grand écrivains contemporains.
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    • Livres 3.00/5
    Par janemar, le 20 novembre 2011

    janemar

    L'Amérique des années 50, Marcus Messner 19 ans « intense et sérieux » d'origine juive poursuit ses études au Winesburg College Ohio. Il échappe ainsi à l'autorité ou plutôt à l'inquiétante protection de son père, et espère échapper par ses études à la Guerre de Corée. Que va être pour lui cette vie d'étudiant et cette découverte de l'Amérique profonde qu'il espère différente de celle qu'il côtoie tous les jours ? Il va donc se mesurer aux autres, les différentes communautés, religieuses et ethniques, affronter le régime de l'internat dans un « collège » religieux, et la stricte observance des règles quasi militaires, où la présence des étudiantes deviendra une source de transformation dans tous les sens du terme.
    C'est évidemment de la part de Philippe Roth, une critique assez violente de cette Amérique des années 50, dans un climat politique très anti-communiste. Les mœurs sont rétrogrades, et il n'est que la discipline quasi-militaire qui peut sauver cette jeunesse (?) On préserve « la différence » religieuse ou communautaire à condition qu'elle soit encadrée dans les communautés et que chacun participe pour le bien fondé de l'institution aux obligations qu'elle impose.
    Mais il ne s'agit pas simplement des exigences de l'Institution, voir la façon dont la mère réagit à la « folie » de son mari, et à la « maladie » d'Olivia, montre que c'est aussi ancré dans l'individu même. La peur de l'autre, la peur de la différence poussent Marcus à l'Indignation totale et le rejet, mais il sera perdant un contre tous : impossible pari.
    J'ai bien cru que P. Roth allait sortir de sa « noirceur » légendaire, pour nous permettre d'entrevoir un soupçon de bonheur avec Olivia …Je me suis trompée.
    Mais malgré cela à cause de ce talent fabuleux, et cette écriture fluide et magistrale, je reste et resterai une lectrice assidue. J'espère toutefois qu'il est plus heureux que ces personnages…
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Alexis Lacroix pour le Magazine Littéraire

    En littérature, il y a plusieurs façons de s'adonner à l'élégie.D'abord, la manière crépusculaire, aux frontières du morbide : Roth l'a consacrée récemment dans un bref et sombre récit, Un homme, évocation d'une ... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par michelekastner, le 15 mai 2012

    Chaque fois que je lisais des récits sur les combats à la baïonnette contre les Chinois en Corée, je voyais les couteaux et les couperets de mon père. Je savais à quel point une lame effilée pouvait être meurtrière. Et je savais à quoi ressemblait le sang quand il séchait tout autour du cou des poulets qu'on avait égorgés rituellement, ou quand il dégoulinait de la viande sur mes mains lorsque je découpais une côte de boeuf le long de l'os, qu'il suintait à travers les sacs en papier d'emballage malgré le papier sulfurisé qui enveloppait la viande à l'intérieur, qu'il se déposait dans les sillons entrecroisés du billot tracés par les coups violents du couperet (...).J'avais grandi au milieu du sang, de la graisse, des fusils à aiguiser, des machines à trancher et des doigts amputés ou des phalanges qui manquaient sur les mains de mes trois oncles aussi bien que de mon père ; je ne m'y étais jamais habitué, et cela ne m'avait jamais plu(....).
    Tout ce que je savais sur le métier de juriste, c'est qu'il vous emmenait aussi loin que possible d'un monde professionnel où il fallait porter un tablier puant et taché de sang : du sang, de la graisse, des petits bouts d'entailles - tout se retrouvait sur le tablier à force de s'essuyer les mains dessus. J'avais accepté de bon coeur de travailler pour mon père quand c'était ce qu'on attendait de moi, et j'avais docilement appris tout ce qu'il pouvait m'apprendre sur le métier de boucher. Mais il n'avait jamais pu m'apprendre à aimer le sang, ni même à avoir vis-àvis de lui une attitude détachée.
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  • Par MarianneDesroziers, le 28 octobre 2010

    Oui, le bon vieux défi américain, "Allez vous faire foutre", et c'en fut fait du fils de boucher, mort trois mois avant son vingtième anniversaire -Marcus Mesner, 1932-1952 -, le seul de sa promotion à avoir eu la malchance de se faire tuer pendant la guerre de Corée, qui se termina par la signature d'un amistice le 27 juillet 1953, onze mois pleins avant que Marcus, s'il avait été capable d'encaisser les heures d'office et de fermer sa grande gueule, reçoive son diplôme consacrant la fin de ses études à l'université de Winesburg -très probablement comme major de sa promotion -, ce qui aurait repoussé à plus tard la découverte de ce que son père sans instruction avait tâché de lui inculquer dès le début : à savoir la façon terrible, incompréhensible dont nos décisions les plus banales, fortuites, voire comiques, ont les conséquences les plus totalement disproportionnées.
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  • Par kathel, le 01 juin 2011

    J’étais toujours en train de prendre sur moi. Je poursuivais toujours un but. Livrer les commandes et plumer les poulets, nettoyer les billots de boucher, avoir les meilleures notes pour ne jamais décevoir mes parents. Raccourcir ma prise sur la batte de base-ball pour qu’elle frappe la balle et qu’elle retombe exactement entre les joueurs de l’équipe adverse du champ intérieur et ceux du champ extérieur. Changer d’université pour échapper aux restrictions imposées par mon père de façon irrationnelle. Ne pas devenir membre d’une fraternité afin de me consacrer exclusivement à mes études. Prendre la préparation militaire avec le plus grand sérieux pour essayer de ne pas me faire tuer en Corée. Et maintenant, le but à atteindre , c’était Olivia Hutton.
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  • Par Eric75019, le 10 juillet 2011

    La religion, déclare-t-il, est fondé principalement sur la peur - la peur de l'inconnu, la peur de la défaite, et la peur de la mort. La peur, dit Bertrand Russel engendre la cruauté, et il n'est donc pas étonnant que cruauté et religion aillent de pair depuis des siècles.
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  • Par playgirl, le 15 avril 2012

    Sauras-tu détourner les yeux lorsque quelqu’un qui souffre te suppliera encore et encore de lui donner ce que tu lui refuses ? Oui, à un père tu as pu dire : « Ca ne te regarde pas, laisse-moi tranquille ! » Mais auras-tu la force qu’il faut pour résister à une femme ? Parce que tu as aussi une conscience. Cette conscience, je suis fière que tu l’aies, mais elle peut se retourner contre toi. Tu as une conscience, tu as de la compassion, et tu as en toi, aussi, de la douleur. Alors dis-moi : sauras-tu faire le genre de chose qui s’impose sans doute avec une fille comme elle ? Parce que la faiblesse des autres peut vous détruire tout autant que leur force. Les gens faibles ne sont pas inoffensifs. Leur faiblesse peut justement être leur force. Une personne aussi instable est un danger pour toi, Markie, c’est un piège.
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