> Blanche Gidon (Traducteur)
> Stéphane Pesnel (Préfacier, etc.)
> Alain Huriot (Collaborateur)

ISBN : 2020238195
Éditeur : Editions du Seuil (1998)


Note moyenne : 4.31/5 (sur 26 notes) Ajouter à mes livres
Lors de la bataille de Solférino, le lieutenant d'infanterie Joseph Trotta sauve la vie de l'empereur d'Autriche François-Joseph, qui le récompense en lui accordant le grade de capitaine et le titre de Baron.

Mais cette distinction éloigne notre homme de... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par lolo71, le 21 octobre 2009

    lolo71
    A la veille de la première guerre mondiale, le puissant empire austro-hongrois vit ses dernières années. Les signes avant-coureurs sont là pour qui est assez lucide pour les voir : la montée des nationalismes dans la mosaïque de peuples et d'ethnies qui composent l'empire ; les premières grèves et révoltes ouvrières ; une armée, autrefois prestigieuse, minée par l'oisiveté, le jeu et l'alcool ; les escrocs de tout poil qui, flairant l'odeur de la charogne, s'abattent comme des rapaces sur un pays en voie de décomposition.
    Le jeune sous-lieutenant Charles-Joseph Trotta von Sipoljie sert dans l'armée impériale. Son grand-père, modeste sous-lieutenant, a sauvé la vie de l'empereur sur le champ de bataille de Solferino en 1859. François-Joseph Ier anoblit ce descendant de paysans slovènes et lui offre sa protection. Charles-Joseph est élevé dans le culte de son grand-père. Son père, préfet en Moravie, a choisi pour lui la carrière militaire, afin de servir au mieux la patrie et « Sa Majesté apostolique, impériale et royale ». C'est l'histoire de cette famille sur trois générations, en particulier celle de Charles-Joseph et de son père, que narre avec brio Joseph Roth. Si les deux hommes appartiennent à ces piliers de la monarchie que sont l'administration et l'armée, et se vouent corps et âme à la haute idée qu'ils se font de l'Autriche-Hongrie, le père refuse d'admettre le déclin qui se profile et se raccroche à son devoir, alors que le fils, qui rêve de se sacrifier pour son empereur (comme l'a fait son grand-père), finit par douter de son pays et de lui-même. L'époque n'est plus à l'héroïsme, Charles-Joseph est né trop tard.
    Joseph Roth nous offre en outre une émouvante évocation de rapports père-fils (les mères sont absentes du récit, mortes prématurément), faits ici de respect, de crainte, de pudeur et de tendresse contenue. On compare souvent la manière de Roth à celle d'un Dostoïevski. Il y a en effet quelque chose de très russe dans cette façon de décortiquer les tourments de l'âme, et de les révéler par les gestes, les actes, les attitudes, les expressions des personnages plus que par leurs paroles. L'âme slave imprègne ce roman dont l'action se déroule en majorité en Moravie et en Galicie, dans ces confins de l'empire qui commencent à s'agiter sous la pression d'un désir grandissant d'autonomie.
    Les nationalismes, un empereur vieillissant et la première guerre mondiale auront eu raison de l'Autriche-Hongrie. le livre s'achève en 1916, à la mort de François-Joseph. Avec lui meurt l'empire et le rêve de grandeur qu'il portait avec lui. Dans l'œuvre de Joseph Roth, Juif de langue allemande né en Ukraine, ayant vécu à Vienne, à Berlin, puis à Paris de 1933 à sa mort, s'exprime une grande nostalgie de l'Autriche-Hongrie, qu'on retrouve aussi chez ses compatriotes écrivains de la mitteleuropa Stefan Zweig et Robert Musil. Ils admiraient en elle cette agrégation de cultures et de religions diverses qui préfigurait ce qu'ils rêvaient pour l'Europe, et qui les faisait se sentir citoyens du monde. Mélancolique au souvenir de cette période, Joseph Roth ne l'idéalisa pas pour autant, acceptant de regarder en face les causes du malheur. Mais cela ne diminua pas pour autant sa peine, qu'il tenta peut-être d'apaiser en écrivant « La Marche de Radetzky », ce chef-d'œuvre en forme d'adieu.


    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2009/10/21/la-marche-de-radetzky-..
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 17 mars 2009

    Woland
    Radetzkymarsch
    Traduction : Blanche Gidon et Alain Huriot
    Doucement, avec une tendresse infinie et les grimaces ironiques, et même bouffonnes, d'un enfant qui veut dissimuler aux adultes son envie de pleurer, "La Marche de Radetzky" dit adieu à l'Empire des Habsbourg, à ses ors et à sa splendeur autant qu'à ses fonctionnaires un peu trop bornés et à ses incapables. L'ouvrage a cette senteur chaude et parfumée des dimanche matins de notre enfance, quand le soleil brillait sans se préoccuper de la couche d'ozone, quand les cloches sonnaient en prélude à la traditionnelle réunion familiale et quand, enfin, tout était simple ou, tout au moins, le paraissait. La saveur d'un passé qui ne se posait pas de questions et qui ne reviendra plus jamais - mais qui, parce qu'il nous a jadis protégés de ses ailes, nous a rendu plus forts.
    Pourtant, de tout ce que j'avais lu ce sur livre, j'en avais conclu qu'il s'agissait d'une charge grinçante et amère lancée à l'assaut d'une double-monarchie sclérosée et depuis longtemps anachronique. En certains lieux, virtuels ou non, Joseph Roth est en effet présenté comme un grand contempteur de l'Autriche-Hongrie, un révolté libertaire, une espèce de Don Quichotte en guerre contre l'impérialisme colonialiste des Habsbourg.
    De deux choses l'une : ou bien ceux qui prétendent pareille chose n'ont jamais lu le roman, ou bien, pour une raison inconnue, ils déforment à plaisir son propos.
    Certes, à travers l'ascension de la famille Trotta, de la bataille de Solferino durant laquelle le grand-père sauve la vie de François-Joseph Ier, jusqu'à la mise en bière du vieil Empereur en 1916, au beau milieu de la Grande guerre, Joseph Roth ne se fait pas faute de pointer du doigt l'immobilisme suicidaire de la société et de l'Etat autrichiens, engoncés dans un centralisme militaire et un système de castes aux relents moyenâgeux. Il souligne également combien le multi-ethnisme de l'Empire, en s'ouvrant aux idées nationalistes qui annonçaient le XXème siècle, a, plus que tout autre facteur, contribué à sa perte.
    Mais avec quelle tendresse, avec quelle indulgence un peu amusée ne s'attarde-t-il pas, en parallèle, à nous dépeindre l'intégrité foncière de ces Trotta qui furent si nombreux dans l'Empire et qui parvinrent si longtemps à le maintenir au premier rang de l'Europe ! du grand-père qui hait le mensonge au petit-fils qui se fait tuer par devoir, en allant chercher de l'eau pour ses camarades, en passant par le fils, préfet strict et discipliné qui n'a jamais pu réaliser son rêve, servir dans la cavalerie, Joseph Roth fait des archétypes, gardiens vigilents et héroïques d'une société en laquelle, malgré ses inégalités, ils continuent à croire, et plus encore gardiens de l'Histoire de leur pays dans ce qu'elle a de plus grand et de plus noble.
    Joseph Roth, qui dut assister, impuissant, à la montée en force du nazisme, a peut-être eu la tentation de considérer comme inutiles les touchants efforts de ses personnages pour conserver leur intégrité morale au milieu d'un monde en décomposition. Et pourtant, sa "Marche de Radeztky", en dépit de son désenchantement et de son infinie nostalgie, n'est pas un chant du cygne : c'est celui d'un phoenix. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par LVI, le 24 mars 2012

    LVI
    Empire blues !

    C'est un roman de 1933 de l'auteur autrichien Moses Joseph Roth (1894-1939), qui est né et qui a grandi dans un ‘Schtetl' de la monarchie austro-hongroise situé à la frontière avec la Russie.

    Le livre raconte sur trois générations l'histoire des Totta, devenus des von Trotta, après que le grand-père ait sauvé la vie de l'Empereur François-Joseph à Solferino et ce faisant la décadence et la fin de l'Empire Austro-Hongrois : en 1859, Joseph Trotta, un jeune lieutenant slovène, sauve, au péril de sa vie, son Empereur et devient le quasi légendaire' héros de Solferino' ; anobli, le nouveau Baron von Trotta, qui n'a pas vraiment l'esprit guerrier, se retire sur les terres allouées par l'Empire et interdit à son propre fils, Franz, d'entrer dans l'armée ; celui-ci devient donc, bien malgré lui, fonctionnaire, et ce au plus haut niveau, mais tente, plus tard, en forçant la main à son fils à lui, le jeune Carl Joseph, de rendre à leur famille ses lettres de noblesse ; mais Carl-Joseph, devenu officier de cavalerie, puis par après d'infanterie, est une jeune homme instable et dépressif qui a bien du mal à supporter la figure tutélaire de son grand-père comme à satisfaire aux désirs de son père et qui, envoyé dans un trou perdu aux confins de l'Empire (ambiance ‘Le désert des Tartares'), finira de s'effondrer en même temps que celui-ci au moment de la première guerre mondiale.

    C'est un livre sur la fin d'un monde et des valeurs qu'il représentait, sur le temps qui passe, inexorablement, et la vie, qui enterre parfois idéalisme et manque d'idéalisme dans le même cercueil, mais surtout toujours continue d'aller de l'avant, sans cœur et sans pitié : « the show always goes on » et les acteurs-marionnettes de ce show sans fin sont battus par la vie comme les rochers côtiers par les vagues impétueuses, à s'en effriter…

    A noter : il existe une très réussie adaptation télévisée de 300mn de 1993 du réalisateur autrichien Axel Corti -mort d'ailleurs à l'époque durant le tournage de ce film- de ce roman, qui a été écrite par Axel Corti lui-même avec la collaboration des Français Georges Conchon, Erik Orsenna et Louis Gardel (ce fut une coproduction) avec Max von Sydow, Charlotte Rampling et Claude Rich
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 17 mars 2009

    [...] ... Trois jours plus tard, on mettait dans sa tombe le corps de M. von Trotta. Le maire de la ville de W* prononça un discours. Et comme tous les discours de ce temps, le sien aussi commença par la guerre. Puis le maire dit encore que le préfet avait donné à l'Empereur son fils unique et qu'il avait continué malgré tout à vivre et à servir. Cependant, la pluie arrivait, infatigable, sur les têtes nues des personnes rassemblées autour de la fosse. Un frémissement, un bruissement s'échappaient des buissons, des couronnes et des fleurs mouillées. Dans la tenue de médecin-chef de la territoriale, qui lui était inhabituelle, le Docteur Skowronnek [médecin et ami du disparu] essayait de garder la position martiale du garde-à-vous bien que, en sa qualité de civil, il ne la tînt aucunement pour l'expression d'une piété exemplaire. "La mort n'est pas un médecin d'état-major, après tout !" se disait le docteur. Puis il fut l'un des premiers à s'approcher de la fosse. (...)

    Comme il quittait le cimetière, le maire l'invita à partager sa voiture. Le docteur y monta.

    - "J'aurais bien dit encore," déclara le maire, "que Monsieur von Trotta ne pouvait pas survivre à l'Empereur. Ne croyez-vous pas, docteur ?

    - Je ne sais pas," répondit Skowronnek. "Je crois qu'ils ne pouvaient, ni l'un, ni l'autre, survivre à l'Autriche." ... [...]
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  • Par Woland, le 17 mars 2009

    [...] ... Joseph Trotta, baron von Sipolje, reçut de mauvaise grâce, comme un affront, les faveurs impériales. Sans lui, on mena, et perdit, la campagne contre les Prussiens. Il était amer. Déjà, ses tempes devenaient d'argent, ses yeux ternes, son pas était lent, sa main lourde, sa bouche plus silencieuse qu'auparavant. Bien qu'il fût dans ses meilleures années, il paraissait vieillir vite. Il avait été chassé de ce paradis qu'était sa foi rudimentaire en l'Empereur, la vertu, la vérité et le droit. Prisonnier de la résignation et du mutisme, il découvrait que la ruse fonde la pérennité du monde, la force des lois et l'éclat des majestés. L'Empereur en ayant occasionnellement exprimé le désir, le texte n° 15 [le texte incriminé par Trotta et dont il voulait la révision ou le retrait] disparut des manuels de lecture de la monarchie. Le nom de Trotta subsista exclusivement dans les annales du régiment. ... [...]
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  • Par Sachenka, le 29 avril 2012

    Cette région [à deux lieues, tout au plus, de la frontière russe] s'apparentait à la patrie des paysans ukrainiens, de leur accordéons mélancoliques, de leurs inoubliables chansons : c'était la soeur septentrionale de la Slovénie.
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  • Par Sachenka, le 29 avril 2012

    Maintenant, la mort fulgurait à ses yeux comme un éclair noir, frappait son inoffensif plaisir, réduisait sa jeunesse en cendres et leprécipitait au bord des profondeurs mystérieuses qui séparent les vivants des morts. Une vie pleine d'affliction s'ouvrait à lui. Il se prépara à la supporter, résolu et blême, comme il convient à un homme.
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  • Par Sachenka, le 04 mai 2012

    On dirait même que Dieu en personne ne veut plus porter la responsabilité du monde.
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Video de Joseph Roth

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Joseph Roth : Automne à Berlin
A Turin, non loin des rails du tramway puis dans celui-ci, Olivier BARROT parle du livre "Automne à Berlin" de Joseph ROTH. - Il rappelle brièvement le destin de J. ROTH, juif né en Galicie, venu habiter à Vienne, mobilisé en 1913 et mort à Paris en 1939 après de nombreux voyages en Europe.











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