> Josée Kamoun (Traducteur)

ISBN : 2070315932
Éditeur : Gallimard (2004)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 234 notes) Ajouter à mes livres
Portrait d'une Amérique à la fois profonde et proche. Voilà le dessein de Philip Roth. Un portrait brossé sans mise à quatre épingles et à travers la figure centrale d'un professeur d'université, Coleman Silk, juif et noir à ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 26 décembre 2007

    Woland
    The Human Stain
    Traduction : Josée Kamoun
    A mes yeux - mais ce n'est qu'un avis probablement orienté par ma passion toute proustienne pour les histoires aux mille et un méandres - un bon romancier se reconnaît au naturel avec lequel il parvient à imposer une histoire extrêmement complexe (et surtout plus complexe qu'elle ne veut le bien paraître) et truffée de personnages si possibles ambigus à un lecteur fasciné.
    Et Philip Roth, qui me paraît entre parenthèses un chantre de la phrase à point-virgule, Philip Roth est un grand romancier qui n'a pas usurpé la réputation qui est la sienne.
    "la tache" - en anglais, "la tache, la souillure humaine" - débute sur un incident si banal que l'auteur, auquel son héros, Coleman Silk, vient le rapporter afin qu'il en rédige un ouvrage vengeur, n'est même pas enthousiasmé par cette histoire d'un doyen d'université américaine que l'utilisation d'un mot bien précis (mais doté de deux acceptions) pour désigner deux élèves de sa classe éternellement absentéistes a fait basculer sans autre sommation dans le camp des "racistes."
    De ces deux étudiants, Silk ne savait rien : il ne les avait même jamais vus. du coup, un jour, il demande aux élèves présents quelque chose comme : "Quelqu'un sait à quoi ils ressemblent ou sont-ce des zombies ?"
    Ah ! Malheur ! Voilà que les absentéistes sont Noirs (pardon ! de couleur !) et que le mot "spook", traduit par "zombi" dans notre langue, désigne en anglais :
    1) tout d'abord un ectoplasme, un fantôme - songez au Spooky des "Casper"
    2) et puis un Noir mais de manière péjorative.
    Et évidemment, bien qu'il ait été le premier à embaucher un professeur noir à l'université d'Athena, il est clair que le doyen Silk ne peut avoir utilisé le terme que dans son sens second.
    Eh ! oui ! Il n'y a pas qu'en France qu'on ne peut plus utiliser certains mots sans se voir traité de raciste et autres billevesées charmantes : aux USA aussi.
    Silk a beau se défendre, en appeler à ses collègues (qui ne bougent pas), rien n'y fait : il finit par démissionner. Il perd aussi sa femme que la maladie ratrappe à ce moment-là. Bref, il perd tout. Sauf sa rage.
    Le narrateur-auteur Nathan Zukermann ayant poliment mais fermement refusé d'écrire le livre vengeur que Silk entend titrer "Zombies", ce dernier s'y attèle. Et puis, un jour, il arrête tout. Au début, Zukermann pense que cela est dû au nouveau scandale que vient de provoquer l'ex-doyen de l'université d'Athena.
    En effet, cet incorrigible anti-conformiste de 71 ans, aidé par le Viagra, prend pour maîtresse une femme de ménage de l'université qui s'affirme complètement illettrée, Faunia Farley, presque traquée en permanence par son ex-époux, un vétéran du Viêt-Nam complètement frappé.
    Avec cet instinct propre à l'écrivain et, de façon générale, à l'artiste, Zukermann, que Silk a pris en amitié, finit par s'intéresser à l'affaire qu'il flaire plus compliquée qu'elle ne lui avait semblé à première vue : il se pose donc des questions, il cherche, il fouille et même s'il n'apprend le secret de l'ancien doyen qu'à l'enterrement de celui-ci, à la fin du roman, ce secret est d'emblée présenté en long et en large dès le chapitre 2, amenant le lecteur à reconsidérer sa vision du racisme - ou plutôt des racismes.
    Mais dans ce livre envoûtant, il n'y a pas que cela que Roth nous contraint à remettre en question. Avec une habileté magistrale, il entremêle tous les fils de ses marionnettes par ailleurs si terriblement humaines de façon telle que tantôt elles nous font pitié, tantôt au contraire elles ne nous inspirent plus que du dégoût. Il n'est pas jusqu'au "dingue" de service, Les Farley, responsable de l'accident où Faunia et Coleman ont perdu la vie tous les deux, qui ne nous apparaisse, dans la scène finale, perdu dans la solitude gelée au milieu de laquelle il pêche, sa perceuse à ses côtés et assis sur un sot en plastique jaune retourné dont la description a quelque chose de grotesque, qui ne se dresse brusquement devant Zukermann-Roth - et donc devant nous, lecteurs - comme bien moins fou et pourtant beaucoup plus dangereux qu'il n'en avait donné jusqu'ici l'impression.
    Ouvrez "la tache", commencez à lire lentement, à haute voix si vous pouvez, ne tombez surtout pas dans le piège apparent de cette rivalité sournoise et typique du milieu universitaire qui conspire à éjecter le doyen Silk après avoir pressé celui-ci comme un citron - ce n'est qu'un leurre lancé par Roth pour jauger son lecteur - et continuez.
    Oubliez les longueurs des paysages, si vous n'aimez pas. Lisez,
    laissez-vous imprégner, laissez-vous envoûter, acceptez de regarder tous les personnages sous les différents prismes que vous tend obligeamment Philip Roth, indignez-vous contre ce "Silky Silk" qui, par ambition et "pour vivre libre", décide de renier sa propre mère dont il fut l'enfant préféré et qui n'a pourtant pas le courage de protéger ses enfants à lui du risque qui les guette et qui guettera leurs propres enfants dans les générations à venir, applaudissez aussi à sa rage de vivre, à son tempérament de "teigneux" irrésistiblement séduisant, jugez et ne jugez pas Fiauna, mère indigne ou pas, fermez un instant les yeux et rappelez-vous toutes les actualités sur les horreurs du Viêt-nam, "Voyage au bout de l'Enfer" de Cimino ou encore le gigantesque et inégalé "Apocalypse Now", absorbez toutes les souffrances, tous les excès, tous les mensonges, toutes les demi-vérités, toutes les erreurs des personnages de Roth ...
    ... et vivez "la tache" qui prouve une fois de plus que, s'il a existé ou s'il existe encore aux USA des Malcom X, des Bush, des politicards irresponsables et des Juifs assez stupidement orthodoxes pour chanter sur une tombe non pas : "Un homme est mort aujourd'hui ..." mais bel et bien "Un Juif est mort", tentant ainsi de faire entrer dans l'Au-delà l'âme même du Ghetto (la scène est d'autant plus grinçante que, si le fils orthodoxe de Silk ignore la vérité, nous, nous la connaissons), leurs contraires absolus existent eux aussi.
    Cinq ans après le 11 septembre 2001 et ses conséquences au Proche-Orient, ce qui a une fâcheuse tendance à nous le faire oublier à l'un ou l'autre moment, ça fait du bien de le savoir.
    Merci, Philip Roth. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par Nadja, le 19 janvier 2011

    Nadja
    Il y a des livres qui pourraient en faire dix, il y a des livres qui vous subjuge litteralement, « la tâche » est, pour moi, de ceux-là.
    En 1998, alors qu' « un siècle de destruction sans précédent dans son ampleur vient de s'abattre comme un fléau sur le genre humain », le crime- pardon, les crimes- de Coleman Silk, l'universitaire émérite, est d'avoir dit « spook » (soit « zombi, invisible» ou « noir » dans une acception péjorative) et de s'être acoquiné avec Faunia, une jeune femme de ménage soi-disant illetrée; celui de Bill Clinton, le Président des Etats-Unis, d'avoir reçu quelques turluttes d'une secrétaire pipelette. Les conséquences sont semblables. Tous deux deviennent les bouc-emissaires d'une société tartuffe : « le clou qui dépasse connaîtra le marteau» disait Li M'Hâ Ong, tout comme le penis qui dépasse connaîtra la censure (en passant par le viagra....).
    L'auteur laisse entrevoir avec brio l'extrême ambiguïté de chacun de ses personnages qui se traduit dans l'ambiguité du langage. le mot « spook » cristallise l'ensemble des événements racontés. Un simple mot donc amène à des jugements qui eux sont sans ambiguité de la part "des autres", de la communauté qui s'en nourrit et qui alimente à travers la rumeur la vindicte populaire, toujours tranchante.
    Au delà du fil de l'histoire très intéressante constuite par de nombreux retours en arrière sur la vie de Coleman Silk et de son entourage, j'ai été fascinée par l'écriture, le style, de P. Roth. Il décrit les traits psychologiques de ses personnages avec une finesse et une subtilité admirables, faites à la fois de dit et de non-dit. Il a la sagesse de laisser les nombreuses questions que se posent le narrateur Nathan Zuckerman -et par là même le lecteur- non tout à fait résolues. Il tente avec modestie, à sa mesure, de se rapprocher au plus près non pas de la vérité mais de la subjectivité de ses personnages qu'il traite avec une égale considération. A noter une description de Delphine Roux, normalienne française voulant faire carrière aux Etats-Unis, d'une justesse confondante. Je parie que certaines de ses admiratrices francophones ont alègrement nourri son écriture!
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    • Livres 5.00/5
    Par Malaura, le 22 juillet 2011

    Malaura
    1998, en pleine affaire Clinton/Léwinsky, Nathan Zuckerman, un écrivain vieillissant et solitaire, se prend d'amitié pour un ancien professeur de Lettres injustement accusé de racisme.
    A l'époque, Coleman Silk avait démissionné mais il attise de nouveau le scandale en entretenant une liaison avec une jeune femme de ménage illettrée.
    Fasciné par la personnalité et le charisme de son ami, Nathan va peu à peu percer à jour le secret de cet homme qui a bâti sa vie sur un mensonge inouï.
    Difficile de décrire l'enthousiasme que procure un tel livre au style admirable, à l'écriture magistrale.
    Véritable satire des moeurs de l'Amérique bien-pensante, réquisitoire féroce d'une société régie par les convenances et les préjugés, ce roman sur l'identité, où chacun porte en lui la marque du secret, est une pure merveille de réflexion et de subtilité.
    Avec autant de finesse que de brutalité, Philip Roth dénonce la bêtise humaine dans un monde où tout n'est qu'équivoque.
    Simplement Géant !
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  • Par petitegenisse, le 24 juin 2010

    petitegenisse
    (Cette critique met en parallèle la tache de Philip Roth et Leviathan de Paul Auster).
    A environ dix ans d'intervalle, Auster précédant Roth, la proximité entre ces deux romans me semble saisissante.

    Léviathan est mon premier Paul Auster. Il fallait bien que je lise quelque chose de lui un jour et on m'a offert Léviathan. Il est resté un moment sur mon étagère, la quatrième de couverture me donnant peu envie de me plonger dans une intrigue que je pensais, à tort, politico-terroriste. Et puis je l'ai ouvert. J'ai commencé à remonter la vie de Benjamin Sachs, écrivain, qui meurt dès le début dans l'explosion d'une bombe artisanale. C'est Peter Aaron, un de ses amis, écrivain également, qui me sert de guide dans la vie de Sachs. La narration est faite de va-et-vient, d'incursions et de digressions, et tente de saisir l'insaisissable Sachs.

    la tache est également le récit de la vie de Coleman Silk, universitaire, mis au ban de l'Université pour propos racistes, au ban de la société pour sortir avec une femme de ménage de la fac, de 40 plus jeune que lui, un peu paumée, un peu analphabète, mais très sexuelle. C'est son voisin, écrivain, qui est ici le narrateur.

    Des points communs entre ces deux romans, il y en a - je ne les aurais pas rassemblées sinon : deux oeuvres majeures de la littérature américaine, milieux intellectuels, un narrateur écrivain qui retrace la vie d'un personnage charismatique, un titre qui est aussi celui du roman qu'écrivent ces narrateurs, une narration sur le mode de l'exhumation des souvenirs, du puzzle à reconstituer, une galerie de personnages secondaires...
    Mais là où Auster déroule une quête assez égale et sans véritable sursaut littéraire - c'est-à-dire cette émotion de l'écriture qui soudain vous happe et vous fait lâcher un "Waouh!" ou plutôt dans mon cas un "putain!" - Roth écrit quelques pages sublimes, où on sent soudain que les mots disent plus qu'une histoire. Je pense notamment au premier monologue de Les Farley (l'ex mari de la copine de Coleman et ancien du Vietnam), texte d'une beauté violente, qui coupe le souffle par sa puissance, la page qui devient rage. Beaucoup d'humour également chez Roth ; les pages sur Delphine, l'universitaire française sont un régal.
    Chez Auster, c'est un personnage, que j'ai particulièrement apprécié, celui de Maria, photographe, qui côtoie d'abord le narrateur puis Sachs. Artiste électron libre, qui vit la vie et la création comme une série d'expériences, se perdant pour mieux se trouver, attachante et horripilante. Je me disais que c'était elle la vraie création d'Auster. Jusqu'à ce matin, où j'ai appris que ce personnage était directement inspiré par Sophie Calle.
    Vous hésitez entre les deux ? Lequel lire en premier... Je dirai la tache, si vous n'êtes pas rebuté par une énième histoire en milieu universitaire (pour le début en tout cas). Pour Auster, ce ne fut pas une révélation, mais ça ne m'a pas non plus fermé les portes de cet auteur. Et c'est un drôle de bilan : j'ai préféré la tache sans forcément avoir envie de lire autre chose de Philip Roth, Léviathan m'a un peu ennuyé mais m'a donné envie de lire autre chose de Paul Auster. Cherchez l'erreur.
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    • Livres 4.00/5
    Par le_Bison, le 20 mars 2012

    le_Bison
    L'affaire Lewinski comme point de départ de ce roman de Philip Roth. Elle a pour but de décrire la pensée américaine du moment, sa perversité et son hypocrisie. C'est le retour de la morale bien-pensante et de la persécution de ceux qui ne s'y soumettent pas. Ainsi Coleman Silk, professeur de lettres classiques proche de la retraite, va subir le châtiment de l'ordre conformiste pour un petit mot de trop, une expression anodine qui l'obligera à démissionner de ses prestigieuses fonctions.
    A la charge de son voisin Nathan Zuckerman d'écrire le roman de sa vie, la chronique de son histoire abracadabrantesque entre les frasques du présent avec une jeune illettrée de trente ans, un ex-mari vétéran du Vietnam encombrant et acharné, et les routes de son passé aussi inouïes qu'inimaginables. Coleman Silk a vécu avec un profond et terrible secret qui aurait permis de stopper net tout procès d'intention… sauf que ce secret fut pour lui inavouable.
    Il est de notoriété public que ce roman est un chef d'œuvre. Toutes les critiques abondent en ce sens, et ce n'est pas moi qui vais les démentir. Bien au contraire ! du roman et de Coleman Silk se dégage une force magnétique si puissante qu'il est difficile de se séparer de cette lecture. Pourtant, par moment, j'avais bien envie de tout abandonner, de mettre le livre au pilon, ou tout en bas de ma p.a.l. A travers l'histoire de Coleman, il s'agit de s'affranchir de tous les grands bouleversements de l'Amérique contemporaine ; et en cela, la lecture devient passionnante, les aventures de Coleman, mélange sulfureux de délires paranoïaques et sexuelles, captivent mon attention. Alors pourquoi ce frein, pourquoi cette hésitation à poursuivre le roman ? En fait, je n'ai rien contre les corneilles, par exemple, mais lire pendant une dizaine de pages, comment elles cassent des noix en les déposant sous les roues des voitures aux feux rouges… Ce n'est pas que la vie sociale des corneilles ne me passionnent pas, mais je trouve que l'on s'éloigne un poil du sujet… Enfin, malgré ce que j'appellerai quelques longueurs, j'ai tenu bon, je connais tout de l'étrange et extraordinaire histoire de Coleman Silk, ancien doyen de la faculté d'Athéna et professeur de littérature classique démissionnaire pour un mot de trop.

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/
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Citations et extraits

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  • Par le_Bison, le 20 mars 2012

    Ce fut l’été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt-un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite.
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  • Par MarcBibliotheca, le 03 septembre 2010

    Lorsque je réalisai où je me dirigeais, et que je me pris à considérer combien il était étrange d'avoir des nouvelles d'Ernestine, d'être convié à rencontrer Walter, de passer mes jours et parfois mes nuits à penser à un homme que je n'avais connu moins d'un an et qui n'était jamais devenu mon ami intime, le cours des événements me parut somme toute logique. Voilà ce qui arrive quand on écrit des livres. Ce n'est pas seulement qu'une force vous pousse à partir à la découverte des choses ; une force les met sur votre route. Tout à coup, tous les chemins de traverse se mettent à converger vers votre obsession.
    Et c'est ainsi que l'on fait ce que j'étais en train de faire. Coleman, Coleman, Coleman, toi qui n'es plus, tu régis désormais mon existence. Bien sûr que tu ne pouvais pas l'écrire ce livre. Tu l'avais déjà écrit - c'était ta vie. Ecrire à la première personne, c'est révéler et cacher à la fois, mais pour toi il ne pouvait s'agir que de cacher, donc la tâche était impossible. Ton livre, c'était ta vie - et ton art ? Une fois le mécanisme enclenché, ton art a été d'être un Blanc. D'être, selon la formule de ton frère, "plus blanc que les Blancs". Telle fut ton invention singulière : chaque jour tu t'éveillais pour réaliser cet être dont tu étais l'auteur.
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  • Par MarcBibliotheca, le 03 septembre 2010

    Le secret, si l'on veut vive dans le tumulte du monde tout en maintenant la douleur au plus bas, c'est d'entraîner autant de gens que possible dans ses illusions ; le secret, pour vivre seul ici, loin de l'agitation des imbroglios, des séductions, des attentes, et surtout à l'écart de sa propre intensité, c'est d'organiser le silence ; de considérer la plénitude du sommet de la montagne comme un capital, et le silence comme une richesse qui connaît une progression exponentielle. De considérer ce silence qui vous encercle comme un privilège acquis par choix, et d'y trouver votre seul ami intime. Le truc, pour citer Hawthorne une fois de plus, c'est de faire son miel de la "communication d'un esprit solitaire avec lui-même". Le secret, c'est de faire son miel de l'héritage de Hawthorne, des morts talentueux.
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  • Par MarcBibliotheca, le 03 septembre 2010

    On croirait, se dit-il, que Babbitt n'a jamais été écrit. C'est à croire que la conscience est restée imperméable à tout embryon de réflexion et d'imagination susceptible de la perturber. Un siècle de destruction sans précédent dans son ampleur vient de s'abattre comme un fléau sur le genre humain - on a vu des millions de gens condamnés à subir privations sur privations, atrocités sur atrocités, maux sur maux, la moitié du monde plus ou moins assujettie à un sadisme pathologique portant le masque de la police sociale, des sociétés entières régies, entravées par la peur des persécutions violentes, la dégradation de la vie individuelle mise en œuvre sur une échelle inconnue dans l'histoire, des nations brisées, asservies par des criminels idéologiques qui les dépouillent de tout, des populations entières démoralisées au point de ne plus pouvoir se tirer du lit le matin, sans la moindre envie d'attaquer leur journée… voilà ce qui aura marqué le siècle, et contre qui, contre quoi, cette levée de boucliers ? Faunia Farley. Ici en Amérique, on prend les armes contre Faunia Farley ou Monica Lewinsky !
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  • Par MarcBibliotheca, le 03 septembre 2010

    […] - il a de nouveau le secret. Et le génie du secret, aussi, ce qui n'est pas donné à tout le monde. Peut-être, en effet, y a-t-il une douzaine de types comme lui qui traînent dans le Village. Mais ce don, tous ne l'ont pas. Ils l'ont, si, mais à une échelle minable : ils passent leur vie à mentir. Ils n'ont pas le sens du secret à la manière grandiose et raffinée de Coleman. Le voilà revenu sur sa trajectoire centrifuge. Il a l'élixir du secret. C'est comme de parler couramment une langue étrangère ; on se trouve en un lieu toujours nouveau pour soi. Il a vécu sans, c'était très bien, il ne s'est rien passé de fâcheux, il n'y avait rien là de critiquable. Il s'est bien amusé, amusé innocemment. Mais ça ne suffisait pas. Certes, il avait recouvré son innocence ; Ellie la lui avait rendue, en effet. Mais à quoi ça sert, l'innocence ? Iris lui donne davantage. Elle fait monter le niveau du vécu. Iris lui rend sa vie à l'échelle où il veut la vivre.
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