> Henri Robillot (Traducteur)

ISBN : 2070364704
Éditeur : Gallimard (1973)


Note moyenne : 3.63/5 (sur 73 notes) Ajouter à mes livres
Peut-être que si nous posions la question suivante à Alex Portnoy : "Si vous deviez tirer un trait sur une partie de votre anatomie, laquelle choisiriez-vous ?", il nous répondrait : "Mes organes génitaux, mon schlong en yiddish"... ju... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

Critiques et avis(3)

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 08 février 2012

    colimasson

    Alexander Portnoy est profondément désespéré. Sa personnalité chancelle, déchirée entre l'envie de respecter les valeurs juives inculquées par sa famille, dans le désir de faire la fierté de son père et de sa mère, et entre ses aspirations propres qui se définissent strictement à l'opposé de cet idéal. Se marier avec une juive ? Fonder une famille ? Garder cette famille ? Alexander en aurait bien du mal. Alors que l'heure tourne et qu'il n'a toujours rien accompli, il se livre à son psychiatre dans un long monologue lui faisant part des contradictions qui l'assaillent.
    Alexander ne comprend pas ce qui l'a dévié du chemin de la réussite. Il disposait pourtant de toutes les conditions requises pour faire la fierté de ses parents. Mais cette attente, précisément, s'est abattue sur lui comme une fatalité dès son enfance. Et tant qu'Alexander n'aura pas répondu à cette attente, il restera un enfant dévoué, immature, totalement incapable d'éprouver le moindre sentiment pour quiconque. Et 33 années sont déjà derrière lui…
    Aujourd'hui comme toujours, ses parents exigent qu'il atteigne la perfection. Alexander sait toutefois qu'il en est incapable. Il n'en a pas la carrure, il n'en a pas l'ambition, et le sexe est la seule activité qui donne un sens à sa vie. Pratiquée frénétiquement lors des premières heures de son adolescence, rien n'échappe au désir furieux d'Alexander, qu'il s'agisse d'une tranche de foie, d'une pomme évidée ou d'un des soutien-gorge de sa sœur. Plus tard, Alexander délaisse le plaisir solitaire pour le partager avec de jeunes et jolies femmes, blondes de préférence – des shikses ! Quel malheur pour ce jeune homme qui sait que la voie de la perfection est unique. Ce n'est pourtant pas compliqué de réussir sa vie ! Il suffit de faire de bonnes études, de trouver un emploi gratifiant, de se marier avec une jolie petite juive et de faire quelques enfants. le soir, Alexander pourrait alors s'installer devant la télé, avec un journal, pendant que sa femme le dorlote et que ses enfants jouent sagement dans le salon.
    Malheureusement, Alexander est trop profondément perturbé pour se satisfaire de ce mode de vie. Il a pourtant essayé de s'y plier, cherchant dans ses conquêtes le visage de sa future femme –mais à chaque fois, il ne l'a pas trouvé. Peut-être pensait-il trop à sa mère ? Et puis, comment se satisfaire d'une seule et même femme -aussi charmante, tendre, cultivée et excitante soit-elle- tout au long de sa vie, alors que chaque nouvelle rencontre éveille en Alexander des fantasmes incontrôlables ? Alexander ne sait pas après quoi il court, mais il court. Et pendant ce temps-là, l'heure tourne. A 33 ans, il constate avec désespoir qu'il n'a toujours rien construit alors que les autres hommes de son âge semblent déjà avoir tout accompli.
    Alexander Portnoy est malheureux, et sa détresse provient d'une trop grande lucidité qui l'empêche de choisir entre une vie qui comblerait les attentes de ses parents, mais lui donnerait le sentiment de vivre dans un environnement étriqué, et une vie dissolue, sans attaches, une vie dont il n'a visiblement pas encore identifié les caractéristiques puisqu'il passe son temps à lui courir après.
    Si encore Alexander pouvait se détacher définitivement des attentes de ses parents… Mais non, il vénère ses géniteurs, aussi dégénérés qu'ils soient. Sa mère est dévorante, envahissante, hystérique et futile. Malgré cela, Alexander ne peut s'empêcher de la considérer comme la femme parfaite, celle qu'aucune de ses amies ne pourra jamais égaler. Son père, figure effacée et résumée à l'image d'Un homme qui partage ses journées entre la cuvette des toilettes –éternel constipé bourré de pruneaux et d'All Brans- et ses heures dans l'administration, trouve tout de même grâce à ses yeux ne serait-ce que parce qu'il a réussi à devenir ce qu'Alexander ne pourra jamais se résoudre à être : un père de famille dévoué et fidèle à son épouse.
    La lucidité, qui pulvérise tous les dogmes et les préjugés, permet également à Alexander d'évoquer ses déboires et ses misères existentielles avec un recul et un cynisme enchanteurs. Ce récit ne tombe jamais dans le sordide. le désespoir du personnage, même s'il est profond, sait aussi s'effacer pour faire apparaître la réalité qui transparaît au-delà de la quête menée par Alexander : celle, peut-être, aboutissant à la conclusion qu'il n'y a rien à accomplir.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-portnoy-et-son-complexe-1969..
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par souslevolcan, le 05 février 2012

    souslevolcan
    Cet article a été publié sur : http://souslevolcan.over-blog.com/
    « Drôle et émouvante variation sur le thème du sexe, de la culpabilité et des origines » pourrait-on lire sur l'affiche du film tiré de cette histoire. C'est la fièvre sexuelle de son enfance que Philip Roth exploite pour nous dévoiler l'être intime d'Un homme contemporain. Sa confession insiste sur les émois libidineux du héros enfant en compagnie d'une tranche de foie de veau ou d'une bouteille de lait au goulot graissé, et nous fait hurler de rire devant l'appréhension néanderthalienne de ses parents pour tout ce qui touche l'ailleurs, les autres et la transgression des interdits de sa religion. Mais le rire ne serait pas si plein et salvateur s'il n'était pas le miroir personnel du désarroi et de la souffrance du narrateur pour qui la peur du grotesque occupe une place plus importante que la peur de Dieu.
    Les premières pages traitent des problèmes de constipation du père, c'est l'occasion d'admirer l'affection comique avec laquelle le narrateur va considérer ses parents tout au long du livre. Tendresse et culpabilité. le regard du héros sur les conditions d'existence du milieu juif des années cinquante en Amérique vaut son pesant de causticité et de tendresse, il dessine avec pertinence un monde révolu, la stratification religieuse, la stratification morale dans un panégyrique tout à la gloire de sa transformation en homme du siècle. Il est l'enfant tourmenté par son désir, il est l'enfant tourmenté par le monde des gentils. Il est le témoin de la corruption de la réalité, mais la corruption de son monde viendra d'un au-delà plus puissant que la simple trahison à son clan, la trahison à lui-même, car la femme qu'il aime le plus lui est un amour impossible par le seul jeu des conventions sociales (elle est stupide et illettrée), et le long monologue à son médecin qui est le prétexte au récit n'est que la recherche du sens. Philip Roth nous livre une réflexion sur le fait d'être un juif dans le monde, sur le fait d'être Un homme. Sa visite finale en Israël achèvera de le convaincre qu'il est étranger partout, même au pays des juifs, parce qu'il est surtout étranger à lui-même et à sa vie.
    Un livre brillant et drôle (je ne compte pas les éclats de rire digne d'un bon spectacle de stand-up), une pépite, une pépite !


    Lien : http://souslevolcan.over-blog.com/article-98645249.html
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par motherinside, le 13 mars 2011

    motherinside
    Hilarant, féroce, décapant
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)

> voir toutes (42)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par colimasson, le 08 février 2012

    Se peut-il que j’aie vraiment détesté cette enfance et honni mes pauvres parents avec la même virulence qui semble m’habiter aujourd’hui –lorsque je considère ce que j’étais dans le passé, de la position supérieure que j’occupe- et n’occupe pas ? […] Quoi qu’il en soit, ma conscience souhaite faire connaître, avant que je recommence à renâcler, qu’à l’époque mon enfance n’était pas le phénomène auquel je me sens si étranger et qui m’inspire tant d’aversion aujourd’hui. Si vaste que fût ma confusion, si profond que semble m’apparaître rétrospectivement mon tourment intérieur, je ne me souviens pas avoir été de ces gosses qui passaient leur temps à souhaiter vivre sous un autre toit, avec d’autres gens, quelles qu’aient pu être mes aspirations inconscientes en ce sens.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par colimasson, le 08 février 2012

    Mais enfin, pourquoi, bon Dieu, est-ce que je ne pourrais pas m’amuser un peu ? Pourquoi la moindre tentative de ma part dans la recherche du plaisir est-elle aussitôt illicite –pendant que le reste du monde se vautre en riant dans la boue ? Porc ?
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par colimasson, le 08 février 2012

    Ecoutez, au moins je ne me retrouve pas encore au début de la trentaine, bouclé dans un mariage avec une charmante créature dont le corps a cessé de présenter pour moi le moindre intérêt réel –au moins je ne suis pas contraint de me mettre au lit tous les soirs avec une bonne femme que dans l’ensemble je baise par obligation et non par désir. Je pense à cette dépression cauchemardesque qui accable certaines personnes à l’heure de se coucher… D’autre part, même moi je dois admettre qu’il y a quelque chose d’un peu déprimant dans ma situation aussi. Bien sûr, on ne peut pas tout avoir, c’est du moins ce que je comprends –mais la question à laquelle je suis prêt à faire face est celle-ci : ai-je quelque chose ?
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par colimasson, le 08 février 2012

    Je perçois dans sa voix comme elle est heureuse et soulagée de se retrouver vivante par ce bel après-midi de septembre. Et n’est-ce pas un soulagement pour moi aussi ? N’est-ce pas pour cela que j’ai prié, prié un Dieu à l’existence duquel je ne crois même pas ? La chose impensable n’était-ce pas la vie sans elle pour nous faire la cuisine, le ménage, pour…pour tout faire pour nous ! Voilà pourquoi j’ai prié et pleuré : pour qu’elle s’en sorte à l’autre bout de son opération et conserve la vie, et ensuite qu’elle revienne à la maison pour y être notre seule et unique mère.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par colimasson, le 08 février 2012

    Mais s’agit-il bien de misère humaine ? Je l’imaginais plus noble ! Une souffrance chargée de sens –peut-être plus ou moins dans l’esprit d’Abraham Lincoln. Une tragédie, pas une farce ! Quelque chose d’un peu plus sophocléen, voilà ce que j’avais en tête. Le Grand Libérateur et ainsi de suite. L’idée ne m’avait à coup sûr jamais effleuré que je finirais par tenter de libérer de l’esclavage ma seule biroute. LIBEREZ MA PINE ! Le voilà, le slogan de Portnoy ! La voilà l’histoire de ma vie, tout entière résumée en trois mots grossiers et héroïques.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)

> voir toutes (10)

Videos de Philip Roth

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Philip Roth

Les carnets de route de François Busnel, France 5 Rencontre avec Philip Roth Au Nord-Est des Etats-Unis s'étend une région de collines et de prairies, de montagnes et de lacs, de forêts profondes et de plages sauvages. C'est l'une des régions où débuta l'histoire de l'Amérique : la Nouvelle-Angleterre. C'est ici qu'au XVIIe siècle se sont installées les premières universités. En 1636, l'université de Harvard est créée à Boston. Aujourd'hui, de nombreux écrivains habitent cette région et se sont penchés, depuis ces terres, sur l'évolution de la société américaine.








Acheter sur Amazon

Faire découvrir Portnoy et Son complexe par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (189)

> voir plus

Quiz