Au champ d'honneur, les petits péchés se taisent, pour chanter les héros disparus de la légende familiale.
Grand-père était grippe-sous, diabétique(hum les bonbons!!), gros fumeur et un brin voyeur sur l'île du Levant (chut!!), seuls restent en mémoire les rodéos improvisés dans sa 2CV (son armure, sa cellule),ses bons mots lorsque la goutte de pluie perlait au bout de son nez, ses noces d'or avec une grand-mère râleuse au grand coeur et les recommandations de cette dernière lorsqu'il "roulait à l'aveuglette", ses recueillements intempestifs dans l'abbaye de Melleraye.
La petite tante bigotte garde un visage lumineux et même si ces sempiternelles prières un brin supersticieuses prêtent à sourire,elle n'en garde pas moins une aura scintillante. On lui pardonne car "il y allait de son honneur de vieille institutrice de ne pas s'en laisser conter par ces jeunes esprits outrecuidants".
Julien le fossoyeur, lui honore les morts et ramène même les dentiers.. qui s'égarent parfois sur les buffets pour des usages à ne pas ébruiter sous peine d'en rire.
L'embarras de papa, le pudique qui parle de "robinet" là où d'autres lancent des pénis et phallus à toute volée est charmant.
Et puis, il y a Pierre aussi, qui "sourit du fond de l'horreur" de la guerre en écrivant "à celle qu'il aime tant" Pierre qui laisse un orphelin....
Et ainsi de suite,
Jean Rouaud avec sa verve, ses images, son humour imparable, sait naviguer sur le registre émotionnel pour camper sur
Les Champs D'Honneur de beaux portraits de famille.
Prix Goncourt 1990. Plus rien à ajouter!