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ISBN : 2843046637
Éditeur : Zulma (2013)


Note moyenne : 4.34/5 (sur 53 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Jacques Roumain est né en Haïti à Port-au-Prince. Poète, romancier, ethnologue, diplomate, il a été aussi le fondateur du Parti communiste haïtien. Son roman - qui avait fait l'objet d'une adaptation télévisée par Maurice Failevic - est un livre miraculeux de poésie. Un... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 16 novembre 2014

    nadejda
    Un livre magnifique, lumineux, débordant d'amour et de vie, une vie pourtant rendue bien amère et misérable par le manque d'eau. Il commence dans le deuil et finit par un deuil annonciateur pourtant du retour à la vie, une vie nouvelle, dans la réconciliation.
    A son retour de Cuba, où il a passé 15 ans, Manuel fils de Bien-Aimé et Delira découvre que le village de Fonds Rouge et les habitants de cette terre qu'il avait hâte de retrouver sont plongés dans une profonde misère. La beauté des souvenirs qu'il en avait sont désormais enfouis sous la poussière due à la sécheresse. La source qui donnait la vie est tarie et avec elle la division en deux clans et la haine qui existaient déjà entre les villageois s'est exacerbée, le lien communautaire entre les villageois, pourtant tous cousins, semble irréversiblement rompu.
    Manuel ne peut supporter ce qu'il voit et entend, et surtout pas la résignation douloureuse de tous ceux qu'il retrouve, résignation entretenue par l'emprise que veulent garder sur « les pov' nègres » les autorités, le hougan vaudou et le prêtre catholique en les maintenant dans la peur et l'ignorance.
    Dialogue entre Laurélien :
    « Icitte, il faut se gourmer dur avec l'existence et à quoi ça sert ? On n'a même pas de quoi remplir son ventre et on est sans droit contre la malfaisance des autorités. le juge de paix, la police rurale, les arpenteurs, les spéculateurs en denrées, ils vivent sur nous comme des puces. »
    et Manuel : « ...nous sommes misérables, c'est vrai. Mais sais-tu pourquoi, frère ? À cause de notre ignorance : nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force : tous les habitants, tous les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d'un point à l'autre du pays et nous ferons l'assemblée générale des Gouverneurs de la Rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle. »
    Persuader qu'il est possible de trouver une autre source il va partir à sa recherche d'autant plus enthousiaste qu'il a rencontré l'amour en la personne de la sensuelle mulâtresse Annaïsse qui fait partie du clan ennemi.
    Elle l'encourage, le soutient : « Oui, tu le feras. Tu es le nègre qui trouvera l'eau, tu seras le maître des sources, tu marcheras dans ta rosée et au milieu de tes plantes. Je sens ta force et ta vérité. »
    Il va découvrir cette autre source, guidé par un vol de ramiers vers un lieu où se trouve un vieux figuier, « le gardien de l'eau », et faire tout son possible, malgré la haine et la jalousie que lui voue Gervilen, lui-aussi amoureux d'Annaïsse, pour convaincre les « cousins » ennemis d'unir leur force afin que l'eau de la source nouvelle irrigue et revivifie le village de Fonds Rouge.
    Ce livre, qui n'est pas sans rappeler le mythe de Roméo et Juliette, a aussi des accents bibliques et irradie une grande poésie. La langue savoureuse mélange de français et de créole rend les échanges entre les différents protagonistes cocasses et truculents. La nature est magnifiée, personnifiée et sacralisée par les habitants qui vivent en symbiose avec elle.
    A mes yeux un livre inoubliable qui fait désormais partie des livres que j'emmènerais sur une île déserte car il redonne force, chante la primauté de la vie et nous dit que malgré l'apparence « l'amour est plus fort que la mort »
    « La vie, c'est la vie : tu as beau prendre des chemins de traverse, faire un long détour, la vie c'est un détour continuel. Les morts, dit-on, s'en reviennent en Guinée et même la mort n'est qu'un autre nom pour la vie. le fruit pourrit dans la terre et nourrit l'espoir de l'arbre nouveau. »
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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde2, le 17 mars 2013

    Charybde2
    Magnifique roman haïtien de l'union des paysans pauvres contre l'adversité et l'oppression.
    Publié en 1944 dans une relative indifférence, quelques mois avant la mort de son auteur, à 37 ans, "Gouverneurs de la Rosée", le troisième roman de l'activiste infatigable (en particulier contre la féroce occupation américaine des années 1915-1934) Jacques Roumain, est devenu depuis un grand classique de la littérature haïtienne moderne.
    Sous la plume du fondateur du Parti Communiste haïtien, en 1934, des personnages et une histoire prennent rapidement forme et se donnent rapidement les moyens d'accéder à un statut quasi-mythique.
    Lorsque le jeune Manuel revient de Cuba, où il a passé quinze ans comme ouvrier agricole dans les plantations de sucre, et participé de près à l'éveil d'une conscience socio-politique chez les prolétaires de la plus grande île caraïbe, il découvre son village natal haïtien au bord du gouffre, terrassé à la fois par une terrible sécheresse qui, ruinant les cultures vivrières des paysans pauvres, les met à la merci des riches marchands, qui rachètent leurs lopins à vil prix, et de leurs cohortes d'intermédiaires et fonctionnaires corrompus, qui les saignent de prêts usuraires et de tracasseries arbitraires, et par une sombre vendetta qui divise les forces vives des travailleurs de la terre, déjà amoindries, en deux clans apparement irréconciliables.
    Il faudra toute l'abnégation de Manuel, arpentant inalssablement les mornes et les ravines à la recheche d'une source, et tout son amour partagé pour Annaïse, belle jeune fille du clan d'en face et complice de son rêve d'unité et de liberté, pour que, peut-être, les choses changent...
    En forme de fable, dans une langue magnifique où les dialogues font mouche et tapent fort, où les personnages ne sont jamais caricaturaux, où les descriptions, pourtant tout en retenue, font vivre la beauté, où transparaît comme le souffle d'un Giono qui aurait disposé d'une conscience socio-politique, un très grand roman.
    "Il touchait le sol, il en caressait le grain :
    - Je suis ça : cette terre-là, et je l'ai dans le sang. Regarde ma couleur : on dirait que la terre a déteint sur moi et sur toi aussi. Ce pays est le partage des hommes noirs et toutes les fois qu'on a essayé de nous l'enlever, nous avons sarclé l'injustice à coups de machette.
    - Oui, mais à Cuba, il y a plus de richesse, on vit plus à l'aise. Icitte, il faut se gourmer dur avec l'existence et à quoi ça sert ? On n'a même pas de quoi remplir son ventre et on est sans droit contre la malfaisance des autorités. le juge de paix, la police rurale, les arpenteurs, les spéculateurs en denrées, ils vivent sur nous comme des puces. J'ai passé un mois de prison, avec toute la bande des voleurs et des assassins, parce que j'étais descendu en ville sans souliers. Et où est-ce que j'aurais pris l'argent, je te demande, mon compère ? Alors qu'est-ce que nous sommes, nous autres, les habitants, les nègres-pieds-à-terre, méprisés et maltraités ?
    - Ce que nous sommes ? Si c'est une question, je vais te répondre : eh bien, nous sommes ce pays et il n'est rien sans nous, rien du tout. Qui est-ce qui plante, qui est-ce qui arrose, qui est-ce qui récolte ? le café, le coton, le riz, la canne, le cacao, le maïs, les bananes, les vivres, et tous les fruits, si ce n'est pas nous, qui les fera pousser ? Et avec ça nous sommes pauvres, c'est vrai. Mais sais-tu pourquoi, frère ? A cause de notre ignorance : nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force, tous les habitants, les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d'un point à l'autre du pays et nous ferons l'assemblée générale des Gouverneurs de la Rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle."
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    • Livres 5.00/5
    Par Lyv, le 15 janvier 2012

    Lyv
    La première fois que j'ai lu ce roman remonte à environ dix ans. de lui, je me rappelais la silhouette fine d'une femme qui remontait un sentier, une jarre sur la tête.
    Je me rappelais une histoire d'amour, tendre et simple. Je me rappelle qu'après l'avoir refermé, j'avais soupiré et je m'étais dit "quelle belle histoire"
    J'ai ressenti à peu près la même chose à cette deuxième lecture, mais ai été plus sensible à la force et à la poésie de ce récit.
    L'histoire se passe en Haïti.
    Dans la commune de Fonds-rouge, les temps sont durs. La sécheresse fait rage, et d'elle découle la pauvreté, les habitants étant dépendants des fruits de la terre pour subsister.
    Manuel revient de Cuba, après des années d'exil, pour retrouver une terre qu'il ne reconnaît plus. L'eau y a disparu, et l'unité d'antan avec elle. Des rivalités entre familles et une haine dont on a oublié la raison font rage.
    Sur son chemin, Manuel rencontre Annaïse. A deux ils décident d'entreprendre un projet : ramener l'eau à Fonds Rouge et rassembler un peuple désuni.
    Plus qu'un roman, c'est un poème. C'est un chant qui raconte une histoire d'amour entre la terre et l'homme, entre l'homme et les siens, une histoire d'amour entre un homme et une femme.
    L'écriture de Roumain enchante, tout en images et en métaphores.
    Ce livre regorge de leçons de force, de courage et de solidarité.
    Il parle de la condition de nègre à l'époque, mais ses messages ont encore place aujourd'hui et s'appliquent à tous, surtout dans un monde où l'homme cause tant de dommages à la terre, où l'eau devient une ressource rare, et où la division règne au sein des peuples.
    Roumain était politiquement engagé dans le parti communiste quand il a écrit ce livre, et certains trouveront les messages politico / philosophiques trop évidents, mais ce livre se lit plus comme une fable qu'un roman.
    Je le recommande à tous, pour ses messages forts, et pour la beauté du langage, surtout.
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    • Livres 5.00/5
    Par olivberne, le 19 janvier 2013

    olivberne
    Ce roman est un classique de la littérature antillaise, puisqu'il a été écrit dans les années 40 par un Haïtien, Jaques Roumain et publié à titre posthume. C'était un militant politique de la liberté, des droits des plus pauvres et plus tard il fut diplomate avant de mourir jeune.
    C'est cette envie de liberté, de droit et de vie au pays qu'on retrouve dans ce roman, qui n'a pas vieilli et que j'ai dévoré avec plaisir.
    Manuel rentre de Cuba où il travaillait et a été formé à la lutte syndicale et retrouve ses parents en Haïti, où la terre est sèche et rien ne pousse. Il va lutter pour se faire accepter, pour mener les pauvres et les esprits face aux planteurs et pour se faire aimer de la belle Annaïsse. Son œuvre sera de retrouver la source de la rivière qui empêche le village de vivre. Mais il aura aussi contre lui tous les opposants à ses idées et à son bonheur. La fin est inévitable mais je vous laisse la découvrir.
    Il y a là tous les ingrédients pour faire un roman à l'eau de rose et pourtant, il y a toute l'âme d'Haïti chérie dans ce livre, avec des mots et expressions empruntées au créole et très couleur locale. Les descriptions, les réflexions des personnages, tout concourt à s'attacher aux personnages et en faire des amis. le texte est bien écrit, avec une langue châtiée telle qu'on pouvait l'utiliser dans certains cercles cultivés de l'époque.
    Je ne sais pas si ce roman est réédité aujourd'hui mais il a été pour moi une bonne découverte et un réel plaisir de lecture.
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    • Livres 5.00/5
    Par clairejeanne, le 15 mars 2014

    clairejeanne
    Dès les premières lignes, le lecteur est sous le charme; c'est un livre magique ! L'écriture est superbe et émouvante, avec ce français si particulier, un créole chaleureux, un vocabulaire savoureux, à l'ancienne, qui rappelle pour certains mots, le québecois. L'histoire est celle d'un lieu: Fonds-Rouge, petit village Haïtien et d'un homme Manuel. Parti à Cuba pour essayer de gagner de l'argent, il revient quinze ans plus tard et retrouve sa terre natale dans une misère bien plus grande que lorsqu'il l'avait quittée; c'est que la sécheresse sévit et que les habitants ont pratiqué une déforestation (gros problème de Haïti) intensive. Ces deux phénomènes combinés font que les habitants de l'endroit meurent presque de faim. Alors, Manuel part chercher une source et la trouve; mais une grave fâcherie empêche que les gens du coin s'unissent pour faire une "coumbite": le travail commun qui permettra d'amener correctement l'eau jusqu'au petit village. Gervilen, dont le père a été tué dans la dispute, est très amoureux d'Annaïse qui est entièrement sous le charme de Manuel. Comment tout cela finira-t-il ?
    Ce livre est à la fois une très belle histoire d'amour, courte mais totale, et c'est aussi celle d'un homme, un héros magnifique, capable de donner sa vie pour les autres. Il y a un souffle, une force terrible dans ce livre ! Mais aussi de l'humour, de l'autodérision, de la tristesse ... Tout ce qui fait la vie !
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Citations et extraits

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  • Par caducrot, le 17 novembre 2014

    Manuel lui montra sa main ouverte: "Regarde ce doigt comme c'est maigre, et celui-là tout faible, et cet autre pas plus gaillard, et ce malheureux, pas bien fort non plus et ce dernier tout seul et pour son compte".
    Il serra le poing: "et maintenant, est-ce que c'est assez solide, assez massif, assez ramassé? On dirait bien que oui pas vrai? Et bien la grève, c'est ça: un non de mille voix qui ne font qu'une et qui s'abat sur la table du patron avec le pesant d'une roche"
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  • Par nadejda, le 14 novembre 2014

    Ça sentait le pourri depuis quelques temps à Fonds-Rouge ; la haine ça donne à l’âme une haleine empoisonnée, c’est comme un marigot de boue verte, de bile cuite, d’humeurs rances et macérées. Maintenant que l’eau va arroser la plaine, qu’elle va couler dans les jardins, ce qui était ennemi redeviendra ami, ce qui était séparé va se rejoindre et l’habitant ne sera plus un chien enragé pour l’habitant. Chaque nègre va reconnaître son pareil, son semblable et son prochain et voici le courage de mon bras s’il te fait besoin pour travailler ton jardin et tu frappes à ma porte : honneur ? et je réponds : respect, frère, entre et assieds-toi ; mon manger est prêt, mange, c’est de bon cœur. Sans la concorde la vie n’a pas de goût, la vie n’a pas de sens.
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  • Par nadejda, le 12 novembre 2014

    à l’Angélus les pintades sauvages venaient boire frileusement le long des flaques à la lisière du chemin, et si on les effarouchait, s’envolaient lourdement tout engourdies et engluées de pluie.
    Puis le temps commençait à changer : vers midi une chaleur grasse enveloppait les champs et les arbres accablés ; une fine vapeur dansait et vibrait comme un essaim dans le silence que seul troublait le stridulement acide des criquets. Le ciel se décomposait en boursouflures livides qui fonçaient vers le plus tard et se mouvaient pesamment au-dessus des mornes, parcourus d’éclairs et de grondements sourdement répercutés. Le soleil ne paraissait dans les rares décousures des nuages que comme un rayonement lointain, d’une pâleur plombée et qui blessait le regard.
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  • Par nadejda, le 12 novembre 2014

    Au-dessus des bayahondes flottent des haillons de fumée. Dans les clairières, les charbonniers déblaient les tertres sous lesquels le bois vert a brûlé à feu patient. Un arbre, c’est fait pour vivre en paix dans la couleur du jour et l’amitié du soleil, du vent, de la pluie. Ses racines s’enfoncent dans la fermentation grasse de la terre, aspirant les sucs élémentaires, les jus fortifiants. Il semble toujours perdu dans un grand rêve tranquille. L’obscure montée de la sève le fait gémir dans les chaudes après-midi. C’est un être vivant qui connaît la course des nuages et pressent les orages, parce qu’il est plein de nids d’oiseaux.
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  • Par Sand, le 26 octobre 2009

    Si l'on est d'un pays, si l'on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l'a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes : c'est une présence dans le cœur, ineffaçable, comme une fille qu'on aime : on connaît la source de son regard, le fruit de sa bouche, les collines de ses seins, ses mains qui se défendent et se rendent, ses genoux sans mystère, sa force et sa faiblesse, sa voix et son silence.
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