> Yamina Benguigui (Antécédent bibliographique)

ISBN : 284865385X
Éditeur : Sarbacane (2011)


Note moyenne : 4.4/5 (sur 15 notes) Ajouter à mes livres
Jérôme Ruillier nous fait (re)découvrir l’histoire de l’immigration maghrébine à travers des témoignages poignants (en trois parties : les pères, les mères, les enfants), qui rendent compte de la quête d'identité et des effets au quotidien du racisme.

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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 12 mai 2011

    LiliGalipette
    Après avoir lu le roman de Yamina Benguigui, Jérôme Ruillier a décidé de l'illustrer. Son œuvre se déploie sur trois parties qui donnent successivement la parole aux pères, aux mères et aux enfants.
    Les pères – Ils sont les premiers à avoir quitté le Maghreb et franchi la Méditerranée. Célibataires ou séparés de leurs familles, ils s'entassent dans des foyers Sonacotra. Ils ont pour nom Khémaïs, Abdel ou Ahmed, mais en France, tout le monde les appellent Mohamed. Ils ont répondu à l'appel de la France qui a besoin de main-d'œuvre pour ses usines. Ces hommes sont devenus O.S. dans les usines de Renault-Billancourt ou de Peugeot ou ouvriers dans les mines. Les perspectives d'évolution professionnelles sont faibles voire inexistantes. Et pourtant l'espoir était grand : « Je suis venu en France et j'ai aimé Renault comme on aime une maîtresse. » (p. 28) En dépit de la misère et de conditions de vie déplorables, les hommes veulent croire au rêve français. Les droits des ouvriers immigrés sont bafoués et l'aide au retour de Stoleru est un scandale. Certains hommes ne travaillent en France que pour faire vivre la famille restée au pays. Quand les familles sont enfin réunies, les pères hésitent entre différentes positions pour leurs enfants. Certains les élèvent dans la nostalgie et dans l'espoir du retour au pays. D'autres encouragent leurs enfants à s'intégrer, à devenir de vrais Français. Mais l'intégration n'est pas facile : « Attention, il faut que tu sois meilleur que les autres, parce qu'en cas d'égalité tu ne passeras pas. » (p. 57) Ces hommes sont à la fois victimes et héros de la France d'après 1950.
    Les mères – Avec le regroupement familial autorisé par Valéry Giscard d'Estaing, les épouses et les enfants ont rejoint les hommes en France. Yamina, Zorah, Fatma ou encore Djamila découvrent un pays moins beau que celui dont elles rêvaient. « Une cité composée de baraques toutes pareilles où il n'y avait que des Maghrébins. Elles ressemblaient à un village d'Algérien dont on aurait ôté le soleil, les palmiers et le jasmin. » (p. 93) Ces femmes qui ont traversé la Méditerranée refusent de se laisser enfermer. Elles apprennent à lire, elles osent sortir, elles s'entraident et veulent réaliser le rêve des hommes. Alors que la guerre d'Algérie fait rage, que les Maghrébins ne sont pas vus d'un bon œil en France et que les F.L.N. et au M.N.A. terrorisent à tout va, elles élèvent leurs enfants dans des campements sordides ou des cités ghettos, attentives à donner à leurs familles tous les soins possibles.
    Les enfants – Nombre d'entre eux ont été élevé dans la « permanence du provisoire » (p. 175) Ils ont grandi à dix dans des chambres minuscules. Leurs pères se sont vus proposer le retour au pays avec la prime de 10 000 francs. Ces enfants ont très vite compris que la France, sous son nom de terre d'accueil, avait un double visage. Entre les promesses et le quotidien, le fossé est grand. Ces mômes-là savent qu'ils ont fort à faire pour honorer la mémoire de leurs pères. « Dans l'Œdipe, il faut tuer le père, mais nous, au contraire, il nous faut le déterrer, il nous faut le faire revivre. Il a été tué socialement par le colonialisme, par les guerres, puis par l'immigration. Au lieu de le tuer, il nous appartient à nous, les enfants, de le faire revivre, de lui faire redresser la tête, qu'il se tienne fier et droit comme quand il se faisait prendre en photo dans son beau costume, pur l'envoyer et rassurer la famille restée au pays. » (p. 209) Ces enfants ont conscience que l'école et l'éducation « à la française » est leur seule chance de réussir leur intégration. Mais contrairement à certains de leurs parents, ils ne veulent pas devoir choisir entre la France et l'Algérie/Maroc/Tunisie. La double nationalité est un trésor, un sésame qui leur ouvre les portes d'un monde double qu'ils tentent de réconcilier. Certaines femmes font le choix volontaire de porter le hidjab, en signe patent de leur foi et de leur ouverture de cœur. C'est parce qu'elles sont musulmanes qu'elles veulent s'intégrer, parce qu'un Français n'est pas nécessairement chrétien. Tous les enfants d'immigrés peuvent prétendre à la reconnaissance. Ils sont les acteurs de la réconciliation et du dialogue.
    L'image est crayonnée, on voit la trace et la marque de la mise. Tout n'est que noir et blanc, mais l'image n'est pas étouffante. Parfois, en pleine page, le dessin fait tout paraître gigantesque ou minuscule. On est en présence d'un monde inconnu. le texte est écrit à la main, d'une graphie très scolaire mais appliquée et régulière. le dessin lui-même a quelque chose d'enfantin dans sa simplicité. Les personnages sont de petits animaux, mélange de souris, d'ours et de peluche. On ne peut que penser à Maus d'Art Spiegelman, mais ici le récit n'est pas celui d'une personne. Jérôme Ruillier, comme Yamina Benguigui, donne la parole à des immigrés dont les expériences se complètent, se répondent et se dépassent.
    Les portraits et les récits sont touchants et les récits poignants. Jérôme Ruillier a su faire ressentir toute la tendresse et le respect qu'il éprouve pour les immigrés qu'il a rencontrés et, plus largement, pour tous les exclus et ceux que l'on considère différents. Il a transcrit les dialogues en respectant les fautes de langage et les expressions idiomatiques de ses interlocuteurs. Sans cliché ni mauvais esprit, il fait entendre la voix et l'accent des immigrés.
    Jérôme Ruillier se dessine lisant le roman de Yamina Benguigui, discutant avec son père de cette lecture. Il évoque sa propre famille, son épouse et sa fille trisomique. Il ne tait pas ses doutes, ni ses peurs ou interrogations. Son roman graphique est, outre l'adaptation d'un roman, la mise en image d'une situation complexe qui s'enlise parfois mais n'en finit pas d'évoluer. Les peurs de l'auteur prennent la forme d'une silhouette menaçante qui domine la ville, mais son pendant bénéfique, une sorte de cerf à la ramure feuillue, n'est jamais loin, illustrant que l'espoir d'une cohésion est encore possible.
    L'œuvre de Jérôme Ruillier est un magnifique recueil de témoignages, un travail historique sincère et un message d'espoir vibrant. Si la France Black-Blanc-Beur de 1998 a fait long feu, on peut toujours espérer la construction d'une France bigarrée, fière de ses origines diverses et revendiquant le droit à la différence
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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 29 août 2011

    brigittelascombe
    Une BD très enrichissante,un documentaire, un témoignage à but pédagogique tiré du livre Mémoires d'immigrés.
    Qui sont ces pères, ces mères,ces enfants,ces musulmans, ces immigrés partis de chez eux suite à la guerre d'Algérie pour d'une part "débarrasser l'Algérie d'un surplus de chômeurs" et d'autre part "permettre aux français d'avoir une main-d'oeuvre, pas très qualifiée et pas trop chèrement payée"?
    La plupart se sont enracinés, dans quelles conditions? Ils ont fait des enfants qui ont acquis la double nationalité, que s'est il passé pour eux?
    Ont ils pu conserver leurs traditions tout en s'ouvrant à une autre culture?
    Voilà les questions et les réponses abordées par Yamina Benguigui à travers plusieurs rencontres,échanges et dialogues.
    Jérome Ruillier, né en 1966,après des études aux Arts décoratifs de Strasbourg a écrit et illustré de nombreux livres jeunesse, son album,comme tous les autres s'engage contre l'exclusion et dénonce le racisme en suivant le texte de l'écrivain. Son trait noir sur blanc,sobre et naïf est très poétique.Ses personnages à moustaches sont très attachants.Moustaches importantes, qui se détachent au fil de l'intégration.De beaux portraits pleins de vie!
    Des données à transmettre:arrachés de leur pays, arrivés par bateau,logés souvent dans des conditions insalubres les hommes seuls(avant de faire venir leur épouse) ou mariés ont travaillé comme manoeuvres ou O.S, jusqu'au gel de l'immigration en 1973.Croyant trouver un Eldorado,le travail à la chaine les a usés.
    Des exemples à découvrir avec beaucoup d'émotion et de respect: Abded,houiller alors qu'il était travailleur agricole,Ahmed qui a voulu que ses enfants décrochent des médailles au judo,Yamina dont la virginité était sacrée,dont le mariage a été arrangé avec un époux violent qui lui répétait:"Une épouse musulmane doit se taire pour être respectée" puis qui s'est cultivée jusqu'à donner elle même des cours d'alphabétisation,Zohra dont la drogue et le Sida ont enlevé les fils,Fatma "déportée" en France par Ahmed qui a logé dans un wagon,harcelée par la FLN puis le MNA avant d'obtenir un logement décent et de suivre des cours grace à l'assistante sociale,Djamila violée et maltraitée par son mari qui arrivée en France avait honte d'enlever son voile, puis a passé son permis et a trouvé du travail.
    Des réflexions à méditer car la première génération voulait continuer à garder ses traditions,sa langue,ses coutumes et ne revait que de repartir.L'intimité des femmes est à rapprocher du livre Monologues voilés.
    La deuxième génération s'est francisée mais "les enfants sont comme des oiseaux sans ailes" soumis à l'injonction paradoxale:Intègre toi mais ne renie pas les tiens!
    L'un a son père qui découd les étiquettes des jeans en criant "Tu veux devenir français ou quoi?" alors qu'ils sont français, idem lorsqu'il veut acheter un sapin de Noël, Wahib a été choqué de la réaction de son père faisant des courbettes à l'automobiliste qui a encadré sa voiture et de sa réponse:"Tu comprends tu n'es pas chez toi ici!" alors qu'aujourd'hui ce même père clame :"Elle est belle la France!" et que lui s'occuppe d'ados,Myriem qui a écrit le "poème de l'immigré" en classe est devenue avocate,Naïma veut garder son voile car après tout les religieuses en portent bien,Warda s'occuppe des jeunes de la cité et défend leurs droits,Mounsi,lui qui habitait dans un bidonville peinturluré d'inscriptions "A mort les bougnoules!" est passé de la petite à la grande délinquance puis des pages faits divers à la littérature.
    Beaucoup de problèmes soulevés dans ce livre car le rejet,les conditions de vie précaires,le travail subalterne ont augmenté la violence ce qui a entrainé des risques accrus de délinquance dans des cités et les slogans "Nous voulonsvivre en France" "Marche pour l'égalité et contre le racisme"
    A lire et à découvrir!
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  • Par patachinha, le 26 juin 2011

    patachinha
    J' ai trouvé cette BD extrêmement intéressante, j' en suis surprise moi- même n' appréciant pas les BD, malgré quelques efforts pour venir à bout de certains préjugés concernant ce type de littérature. le graphisme m' a paru trop simple, les dessins de personnages ne m' ont pas plu plus que ça, en particulier les visages censés représenter des maghrébins... mais le fond m' a captivé suffisamment pour que je m' accroche jusqu' à la fin. Je pense que c' est un thème qui n' est pas beaucoup abordé en littérature, encore moins en BD je suppose.

    Cette Bd retrace les difficultés qu' a pu recontrer la communauté musulmane en immigrant en France, qu' on résume souvent à la difficulté de "s' intégrer". Venant de Tunisie, d' Algérie, du Maroc, ces hommes, ces femmes, et leurs progénitures pensaient trouver un eldorado en débarquant à Marseille après un pénible voyage qui leur promettait la liberté et la prospérité. Les choses se sont révélées bien plus compliquées en vérité, ils ont souffert, ils se sont battus pour une vie digne de ce nom et en cela ce livre pourrait illustrer l' immigration de façon générale. A la même époque, les portugais, les espagnols ou italiens par exemple fuyaient eux aussi la misère, et ont continué pendant longtemps de la cotoyer en France. Au fond ils ont tous été logés à la même enseigne.
    La différence notable est que pour les maghrébins s' ajoutait la question du racisme et aussi le fait que l' histoire de leur propre pays était inextricablement liée à la France.

    L' auteur illustre la misère sociale dans laquelle a baigné cette communauté pendant des décennies, l' exploitation subie dans leurs conditions de travail, la difficulté de gravir les marches de ce fameux ascenseur social, la difficulté de garder une tradition culturelle et religieuse dans l' environnement hostile de l' après guerre d' Algérie notamment.
    Il met en perspective également le déchirement des aînés , partagés entre la volonté de rentrer au pays et celle de rester en France, pays qui leur apporte malgré tout un certain confort.

    Les questionnements des nouvelles générations quand aux valeurs qu' ils ont reçu de leurs aînés et celles qu' ils ont acquis dans cette société occidentale si différente, montrent à quel point les enfants d' immigrés sont partagés entre la volonté de préserver leurs traditions, parfois par respect pour les parents à la façon d' un héritage symbolique, et la nécessité de s' adapter malgré eux à une conception différente de la vie familiale et sociale de façon générale.

    C' est avant tout une histoire collective, où prime une certaine incompréhension, où règne un certain silence assourdissant, où chacun a ses propres souffrances, ses doutes, mais n' en parle que très peu, par honte avant tout.

    Le regard extérieur de l' auteur jette la lumière sur une histoire bien souvent ignorée pour des motifs d' opportunité politique ou parce que les principaux intéressés ont encore aujourd' hui du mal à sortir de l' ombre. Par honte, par pudeur parfois, ou plus communément parce qu' il est bien souvent difficile de critiquer un système qui nous donne notre gagne-pain...

    Une Bd très enrichissante à découvrir!
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  • Par alouett, le 21 avril 2012

    alouett
    Khémaïs, Yamina, Djamel, Myriem, Abdel, Ahmed, Hamou, Mamoud, Zorah, Fatma… Des pères primo-arrivants, des mères qui ont rejoints leurs maris, des enfants arrivés à 6, 10 ou 14 ans en Métropole ou nés en France. Tous témoignent et partagent leur parcours de vie.
    Depuis plus d'un demi-siècle, un quotidien fait d'humiliations et de mépris. Des hommes et des femmes qui se confrontent chaque jour au regard suspicieux et haineux de l'Autre –ce Français pure souche. Quand racisme et ségrégationnisme contraignent des individus à se parquer dans des cités HLM…
    -
    En 1997, Yamina Benguigui réalisait un documentaire, Mémoires d'immigrés, diffusé par Canal+. Un ouvrage en est tiré est publié la même année aux Éditions Canal Plus (je vous invite à lire cet article très complet sur le travail de la réalisatrice). C'est d'ailleurs Yamina Benguigui qui préface Les Mohamed. On y découvre sa réaction lorsque Jérôme Ruillier est venu lui demander la possibilité d'adapter ses “Mémoires d'immigrés” ; face à cette adaptation en bande dessinée, l'émotion de la réalisatrice est palpable, il n'y a qu'un pas à faire pour imaginer la justesse du travail de l'auteur.
    Jérôme Ruillier s'est totalement approprié la démarche. Il se met en scène, à la fois acteur, spectateur, passeur de témoignages et critique de société. Comment lui est venue l'idée d'adapter le travail de Y. Benguigui ? Comment ce travail fait-il écho à sa propre expérience ? A celle de son père ? Nous trouverons ces réponses, et bien d'autre encore, tout au long de l'album.
    Tous dans le même sac. Tous logés à la même enseigne des représentations sociales, des « on dit » et de la peur de la différence. A pas de loup, et tout au long de l'album, nous allons entrer dans ces foyers et aller à la rencontre de ces pères, de ces mères et de ces enfants d'immigrés. Ils nous racontent leurs vies avant la France et leur vie en France, à commencer par le choc vécu à l'arrivée en métropole. Beaucoup d'entre eux viennent du bled, les repères sociaux sont totalement différents ; en France, pas de solidarité, pas de reconnaissance, pas de voile. Par contre, ils découvrent l'ignorance, le racisme, la solitude et l'injustice. Et personne pour les aider dans cette perte de leurs repères identitaires.
    (...)

    Lien : http://chezmo.wordpress.com/2012/04/20/les-mohamed-ruillier/
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    • Livres 5.00/5
    Par Ccilivre, le 24 juin 2011

    Ccilivre
    C'est l'histoire des Mohamed, des femmes et de leurs enfants. Ce sont des histoires de l'immigration maghrébine en France. Parce que l'Histoire, c'est avant tout DES histoires.
    Ce roman graphique touchant est une adaptation du documentaire de Yamina Benguigui: Mémoires d'immigrés, qui avait été décliné en livre. Jérôme Ruillier mêle son expérience aux témoignages présentés, tout comme le travail de la documentariste alternait récits et images d'archives.
    Se succèdent les paroles des pères, des mères, des enfants: Khémaïs, Abdel, Ahmed, Hamou et Mamoud, Yamina, Zorah, Fatma, Djamila, Farid, Mounsi, Wahib, Naima, Myriem et Warda. Les grands thèmes politiques liés à l'immigration sont abordés avec une touchante délicatesse mais s'effacent devant les récits de vie qui témoignent de la solitude, la discrétion et l'humiliation des pères, de l'exil, la débrouillardise et la force des mères, de la difficulté à se faire une place pour les enfants entre la France et le pays à peine effleuré de leurs origines. Cette partie de l'histoire contemporaine de la France, on se garde bien de l'enseigner à l'école...
    Les doux dessins caressent le texte à la graphie d'écolier. Il faut bien cette fausse naïveté pour supporter la lecture des humiliations endurées, le manque de communication entre les générations et toutes ces incompréhensions. Mais le graphisme enfantin donne un souffle d'espoir dans lequel il est pourtant difficile de croire par les temps qui courent, au regard de la politique actuelle... En pointillés, c'est aussi les interrogations et les doutes de l'auteur qui apparaissent. La simplicité du trait crée l'émotion et laisse toute la place à la réflexion du lecteur...
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Citations et extraits

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  • Par alouett, le 21 avril 2012

    Voilà l’endroit où je suis né, il n’y a pas tout à fait trente ans. Ce que j’ai appris, bien longtemps après ma naissance, c’est que les autorités ne souhaitaient pas laisser les baraques du bidonville à côté de la Préfecture. C’est pour ça qu’ils ont fait construire à la hâte une cité de transit. Elle était prévue pour durer 6 mois, en attendant qu’on soit logés en H.L.M. J’y suis resté dix-huit ans ! (…)Les murs étaient en carton ou en plastique, si fragiles que lorsqu’il y avait de l’orage, la maison tremblait. En face, de l’autre côté du pont de chemin de fer, le paradis nous attendais, la terre promise où vivaient mes camarades de classe, les Français de souche, le fameux H.L.M. Ah, j’en ai rêvé de ce H.L.M. ! Pendant dix-huit ans, j’ai admiré les fenêtres illuminées. J’étais fasciné. Pendant dix-huit ans j’ai vécu en transit, et cette permanence du provisoire est restée à jamais gravée dans ma tête, à tel point que je ne sais pas vraiment ce que signifie s’installer
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  • Par LiliGalipette, le 12 mai 2011

    « Dans l’Œdipe, il faut tuer le père, mais nous, au contraire, il nous faut le déterrer, il nous faut le faire revivre. Il a été tué socialement par le colonialisme, par les guerres, puis par l’immigration. Au lieu de le tuer, il nous appartient à nous, les enfants, de le faire revivre, de lui faire redresser la tête, qu’il se tienne fier et droit comme quand il se faisait prendre en photo dans son beau costume, pour l’envoyer et rassurer la famille restée au pays. » (p. 209)
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  • Par alouett, le 21 avril 2012

    Je suis sorti de prison comme d’autres sortent de Saint-Cyr, une sorte de décoration qui m’imposait dans la cour des grands. Je suis allé voir « La fureur de vivre », « Sur les quais », des dizaines de fois. Je savais que la seule façon d’ouvrir définitivement les portes de la prison et de la misère, c’était par la transgression de l’intelligence, le raisonnement, l’analyse, là où la société française ne m’attendait pas. Mais il m’a fallu attendre de longues années avant de passer de la page des faits divers à la page littéraire
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  • Par alouett, le 21 avril 2012

    Brutalement, j’ai pris conscience du poids de ce mot « dépression ». N’était-il pas le fait de gens qui avaient le temps de penser à eux, de s’apitoyer sur leur sort, n’était-il pas l’apanage des femmes des sociétés occidentales ? Peut-être qu’il appartiendra à la troisième ou à la quatrième génération de s’offrir ce luxe d’une forme d’intégration inusitée
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  • Par alouett, le 21 avril 2012

    Ce que nous avons vécu comme galères, ce n’est pas imaginable. Si je te racontais, tu pleurerais tellement que la serviette ne suffirait pas pour essuyer tes larmes ! Avec la guerre d’Algérie, je peux te dire qu’il y a eu beaucoup de règlements de comptes entre le M.N.A. et le F.L.N. Nous étions pris entre les deux. Nous ne savions pas sur quel pied danser. Nous en avons vu passer, des cadavres sur la Seine
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