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Léodine l’Africaine" est l'histoire de Léodine, jeune fille dont les origines s'étalent sur plusieurs continents. Sa mère, Astrid, est belge, son père, Gregory, américain, ils se sont rencontrés en France peu après la libération. Après une cour assidue au Congo Belge, où le grand-père occupait un poste dans les colonies, ils se marient. Mais leur bonheur dure peu, puisque l'avion que prit Gregory pour aller voir sa fille qui venait de naître s'écrase.
Quelques années plus tard, son oncle Jeff apprend à Léodine que son arrière grand-mère paternelle était esclave, et noire. Cette révélation est un choc pour la jeune fille : les opinions de l'époque et le milieu du colonialisme dans lequel elle vit rend ce fait difficile à supporter. Les mots utilisés pour décrire son "sang noir" sont durs : impure, péché, souillée. Sa mère lui demande de garder absolument le secret, Léodine vit désormais avec la hantise que son secret soit révélé. Au-delà de la simple question existentielle "D'où viens-je ?", il y a une véritable crainte d'être mis au ban de la société si la nouvelle se répand : les deux "races" ne doivent pas vivre ensemble. Léodine se lie alors d'amitié à l'école avec une métisse, Yolande, tout en ayant peur que cette promiscuité donne des soupçons aux autres, et lui révèle son secret. La situation sociale est assez bien illustrée par la famille de Yolande : son père est blanc et a épousé une angolaise. le père et la fille, métisse mais plus blanche de peau, vivent dans la maison, la mère noire est reléguée dans la boyerie au fond du jardin, le demi-frère plus noir de peau n'est accepté que dans une école de missionnaire, et doit rejoindre la cité indigène tous les soirs. "De cette manière [...] il leur épargnait à tous les trois des situations confuses, voire humiliantes, qui se répèteraient forcément".
Vient ensuite un passage où la famille de Léodine part en voyage à travers le Congo. J'ai été un peu déçu de cette coupure, je venais seulement de prendre vraiment conscience du problème racial et de toutes les conséquences que ça amenait dans la vie des familles, je ne voulais pas le quitter pour un autre thème. On découvre dans cette partie les différents paysages qu'offre le Congo, la faune si particulière, et la culture du pays (des anecdotes, des dictons, une rencontre avec un ancien). Lors de ce voyage, deux collègues du nouvel époux d'Astrid invitent Léodine à visiter le pays en avion avec eux. Après une soirée alcoolisée, l'un deux viole la jeune fille, qui garde le silence.
Au retour, les soucis retombent sur Léodine : sa promiscuité avec Yolande en font la cible des ragots, certaines étudiantes la prennent en grippe. Elle tombe presque amoureuse du demi-frère de Yolande. Ils vont s'embrasser et avoir une relation sexuelle ensemble. Persuadée après d'être enceinte (d'un noir, qui plus est), Léodine tombe malade et finit par tout révéler à sa mère, qui décide de l'envoyer en Amérique chez ses grands-parents paternels. Malgré la nostalgie et le mal d'Afrique, Léodine est persuadée que son "exil" est un bien, puisqu'elle lui a évité de poursuivre une relation de "couple maudit".
La lecture de ce livre a été assez heurtante pour moi, puisque les préjugés sociaux et raciaux sont exposés sans fard, et sont certainement fidèles à ce qui se faisait et se disait à l'époque. C'est d'autant plus choquant qu'il n'y a qu'une soixantaine d'années entre cette époque et la nôtre. Je suis content d'avoir pu découvrir cet ouvrage, témoignage très vivant d'une époque dont on m'a trop peu parlé.