"Dans la cité interdite,toutes les femmes,belles,laides,intelligentes,idiotes,raffinées et vulgaires,sont des poussières parfumées. Sans distinction le tourbillon de l'histoire les emporte"
Voilà un passage du monologue de Lumière, l' "
Impératrice", née dans la dynastie Tang au VII° siècle et dont
Shan Sa nous ouvre les portes dans ce roman historique, celles de la Cité interdite.
Shan Sa,la chinoise, dont le nom empreint de poésie signifie 'Bruissement du vent dans la montagne' qui a fréquenté le peintre Balthus et son épouse et a ciselé à leurs côtés son écriture fine et élégante, qui a obtenu plusieurs prix prestigieux pour ses écrits était elle poussière parfumée dans une autre vie?
Sans doute. Je l'imagine pousser les lourds ventaux. A petits pas,alors que les grues s'envolaient sur un lit de velours, sans doute s'est elle cachée, en tunique d'émeraude brodée de fils d'or, longue traine de soie, chale de mousseline parfumé aux corolles de grenadiers, sous l' auvent où chantaient les rouges gorge ou dans le pavillon du crépuscule nimbé d'effluves suaves qui emportent les sens,pour écouter les bribes de secrets nichés au creux du passé.
Elle vit ses écrits si poétiques, exaltation des sens, images sublimes. Elle nous les donne à vivre.
Intimité des corps, sensualité du gynécée, initiation aux plaisirs entre délices et perversion,volupté et violence, éducation rigide,maniement du charme comme d'une arme à double tranchant,assurance d'imposer un jour la grandeur de la Chine à la terre entière,l'amour, le monastère puis le pouvoir,l'effroi,la solitude. Et la mort.
Le récit d'une vie, celle de Lumière devenue "L'empereur-Sacré-Qui-Fait-Tourner-La-Roue-d'Or" relaté à la première personne, mythe de l'amazone ou de la femme de pouvoir,qui ressemble un peu à celle d'Agrippine la romaine contée par
Pierre Grimal dans "
Mémoires d'Agrippine" mais avec la fibre poétique en plus.