Juin 1940.
Quatre mondains à bord d'une voiture de luxe fuient Paris pour rejoindre Madrid. A bord, Luce, jeune épouse délaissée par son riche mari ; Bruno, son gigolo du moment ; Diane, riche mondaine d'un certain âge ; et Loïc, diplomate supposément homosexuel.
En ce lendemain d'Armistice, des milliers de Français, comme eux, veulent gagner la zone libre au plus vite. Alors que leur convoi finit par se retrouver immobilisé sur les routes de l'exode, quelque part en Beauce, ils se font mitrailler par la flotte aérienne allemande.
La menace éloignée, chacun sort de sa stupeur et revient à la réalité. La voiture des Parisiens est hors d'usage. Pire encore, Jean, leur chauffeur, est tombé sous les balles ennemies… ce qui les place dans un drôle d'embarras. Évidemment, c'est triste pour ce pauvre Jean, mais que vont-ils devenir, perdus sur cette route, livrés à eux-mêmes parmi la populace ?
Alors qu'ils en sont toujours à se demander comment ils vont se sortir de ce pétrin, un jeune paysan qui passait par-là dans sa charrette leur propose le gîte, le temps pour eux de trouver un autre moyen de se rendre à Madrid.
À la ferme, ils découvrent un monde rustique qui leur était jusque-là inconnu, habitués qu'ils sont des ors des salons de la capitale
Peu habitués au confort rustique de la ferme, les quatre compagnons vont devoir changer leurs (mauvaises) habitudes, se lever au chant du coq. Ils vont découvrir la valeur du labeur et du couvert dûment gagné. Les femmes devront nourrir la basse-cour sans craindre d'abimer leurs toilettes, tandis que les hommes troqueront la limousine pour la moissonneuse.
De tout ce que j'ai lu jusqu'ici de
Françoise Sagan,
Les faux-fuyants est un roman à part, qui s'inscrit dans une veine comique peu habituelle chez l'auteur.
Le procédé utilisé ici n'est pas nouveau : placer des personnages dans un environnement à l'opposé de celui dans lequel ils évoluent et dont ils ignorent les usages et coutumes. Ce choc des cultures devient alors matière à tensions et à quiproquos.
Sous couvert de la comédie,
Sagan dénonce le snobisme des mondains oisifs en les frottant à des paysans droits, sans artifices, qui ne craignent pas de retrousser leurs manches. Elle se moque de leur ignorance, de leur condescendance et de leurs airs supérieurs ; et condamne du même coup la comédie des apparences.
Au contact des paysans, loin du regard de la société parisienne, les mondains vont dévoiler un autre aspect de leur personnalité ; certains prenant même plaisir à leur nouvelle condition pourtant inconfortable. Dans ces circonstances inhabituelles, ils vont vivre des situations autrement plus exaltantes et enrichissantes qu'en fréquentant la jet-set.
A l'exception du gigolo, qui persistera dans son attitude méprisante et hautaine, cette expérience permettra à nos bourgeois de prendre conscience de la vanité du jeu des apparences dont ils sont prisonniers à Paris.
Pourtant, sitôt le dos tourné à la ferme, chacun s'empressera de revêtir à nouveau le costume de la suffisance qui lui colle à la peau.
S'il est moins subtilement ironique que ses autres romans de
Sagan,
Les faux-fuyants n'en demeure pas moins un récit caustique et souvent drôle.
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