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ISBN : 2070110109
Éditeur : Gallimard (1984)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. SesMémoires, oeuvre colossale de plusieurs milliers de pages, ne sont pas une entreprise autobiographique, il s'agit en fait d'une gigantesque fresque historiographique. Le titre des Mémoires est tromp... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
NMTB
NMTB24 mars 2016
L'année 1709 m'apparait d'ores et déjà comme capitale pour Saint-Simon, une année charnière qui aurait pu être fatale à sa carrière. La France était tout simplement au bord du gouffre, l'hiver avait été extrêmement rude, les récoltes étaient médiocres, les finances à plat, le peuple affamé, les courtisans pitoyablement obligés de vendre leur argenterie pour renflouer les caisses et l'ennemi avait commencé à s'introduire sur le territoire. Dans ce contexte on peut comprendre que la tension était à son comble. Alors, essayons de démêler l'imbroglio politique à la cour de Versailles en ces années 1708/1710 d'après le récit très impliqué de Saint-Simon, car il semblerait qu'un petit tournant se soit effectué qui expliquerait ses prises de position jusqu'ici.
Après la campagne de Flandre de 1708 et plus précisément la bataille d'Audenarde (encore un revers pour l'armée française dans la guerre de succession d'Espagne), deux chefs se renvoyaient la responsabilité de cette défaite : le duc de Vendôme qui passait alors pour un grand héros et le jeune duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, qui avait encore toutes ses preuves à faire. D'après Saint-Simon c'est le duc de Vendôme qui en mobilisant ses relations à la cour a attaqué en insinuant progressivement que le duc de Bourgogne avait fait preuve de lâcheté.
Finalement, le roi trancha en faveur du duc de Bourgogne et disgracia le duc de Vendôme, en l'écartant de toute fonction militaire et limitant sa présence à la cour (plus tard Chamillart, alors qu'il n'était déjà plus ministre des finances mais seulement de la guerre, fut également disgracié en partie à cause de cette campagne de Flandre et de ses suites), mais sans que l'antagonisme disparût, au contraire les dissensions augmentaient et Saint-Simon évoquait trois « cabales » différentes en 1709 : la cabale des seigneurs (dirigée par Mme de Maintenon), celle des ministres (Beauvilliers, Chevreuse, favorable au duc de Bourgogne), et celle de Meudon (M. le Duc et Mme la Duchesse autour de Monseigneur). Sans même parler de la cabale de Meudon, qui contenait l'essentiel de ses ennemis et dans laquelle il ne voyait qu'un ramassis de bâtards légitimés et de débauchés, Saint-Simon se considérait comme un intermédiaire entre la « cabale des seigneurs » et la « cabale des ministres » (mais tout de même plus proche des ministres), en ceci on peut voir ses idées politiques. Lui, qui par ailleurs avait des idées qu'on qualifierait aujourd'hui de libérales en matière d'économie, était favorable à un gouvernement aristocratique de puissants seigneurs, ce qu'avait toujours évité Louis XIV.
Pour revenir à la guerre de succession d'Espagne et aux conséquences désastreuses de la bataille d'Audenarde. Toujours en 1709, étant donné la situation catastrophique dans le Nord de la France, le roi commençait à rappeler les troupes d'Espagne dirigées par le duc d'Orléans. Ce même duc, en conflit avec Mme des Ursins (toujours très influente à la cour d'Espagne), voyant le trône de Philippe V vaciller, envisageait de prendre sa place, au cas où il serait destitué ; il s'informait, prenait des contacts sans en avertir Louis XIV. Des rumeurs de complot commençaient à circuler et le duc d'Orléans était au bord du procès.
Quant à Saint-Simon, toujours un peu bravache, n'oubliant jamais de se mettre en scène comme le sage conseillé de quelques-uns de ces hauts personnages, intrigant comme ce n'est pas permis, il se retrouvait impliqué dans toutes ces histoires, par de fausses rumeurs lors de l'affaire qui avait opposé le duc de Vendôme au duc de Bourgogne, par son amitié affichée pour Chamillart et le duc d'Orléans. Haït par Mme de Maintenon, sa « plus constante et plus dangereuse ennemie » disait-il, n'attirant plus que la méfiance du roi, sa côte était au plus bas et il envisageait de tout lâcher et de quitter la cour.
Suite aux protestations de Mme de Saint-Simon, il rattrapa malgré tout sa situation dès les premiers jours de 1710 en incitant le duc d'Orléans à rompre avec sa maîtresse Mme d'Argenton, chose que souhaitaient le roi et Mme de Maintenon. Cette intrigue qui n'a l'air de rien est un feuilleton assez curieux à lire, impossible à expliquer en quelques mots. Il suffit de dire que cette intervention de Saint-Simon a eue une réelle importance dans son parcours, comme s'il avait joué là son va-tout.
Je l'ai senti gêné, content de son astuce et en même temps trop honteux de ce bas stratagème de courtisan pour l'avouer franchement, cherchant surtout à se justifier. Ses conversations détaillées avec le duc d'Orléans, où il essayait de le convaincre par de multiples raisons d'abandonner sa maîtresse, sont pleines de demi-vérités. Car ce qu'il a vraiment fait – tout en prétendant agir par pure vertu, pour ramener dans le droit chemin le duc d'Orléans et sauvegarder sa réputation – c'est sauver sa propre situation compromise, en poussant à sacrifier cette Mme d'Argenton, pour se rendre agréable au roi. Il y a une temporalité qui ne laisse aucun doute : aussitôt après la rupture du duc d'Orléans avec sa maîtresse (tout ça se passe très vite, lors des quatre premiers jours de 1710), le roi accordait une audience à Saint-Simon et l'assurait de ses bons sentiments.
L'autre effet de cette rupture fut de l'avoir lié avec la duchesse d'Orléans et ainsi de devenir un confident privilégié du couple réconcilié. Et en cette année 1710, où tout le monde avait conscience que le règne de Louis XIV touchait à sa fin, ses enfants nés illégitimes, dont faisait partie la duchesse d'Orléans, se livraient à une véritable concurrence pour obtenir les dernières faveurs du roi, pour consolider leurs rangs et se mettre à l'abri avant le règne de Monseigneur. Saint-Simon joua encore un rôle dans ces intrigues, activant ses contacts pour favoriser le mariage de la fille de M. et Mme d'Orléans et du fils cadet de Monseigneur, le duc de Berry, ce qui permit à sa femme de devenir dame d'honneur de la nouvelle duchesse de Berry, et ainsi au couple de Saint-Simon de retrouver un logement à Versailles, ce qu'ils avaient perdu depuis cette funeste année 1709.
Sinon, il y a deux passages instructifs dans ce tome : sur les différentes dénominations de la famille royale (Monsieur le Prince, Monsieur le Duc, Monseigneur, etc.) et sur l'histoire de Port-Royal et du jansénisme. Saint-Simon y a également reproduit un mémoire sur le duc de Bourgogne rédigé à l'époque qui vaut le coup d'être lu, parce que l'on peut y constater que beaucoup de ses idées, de sa morale particulière, étaient déjà en place en 1710.
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Woland
Woland17 août 2011
  • Livres 5.00/5
Voici l'un des volumes les plus intéressants, l'un de ceux aussi qui se lisent véritablement comme un roman. Dans la foule de détails et d'anecdotes rapportés par le mémorialiste, on distingue ici deux thèmes essentiels :
1) le rapprochement de Saint-Simon avec la duchesse d'Orléans, pourtant bâtarde de Louis XIV, par l'intérêt qu'il porte à son mari et au "destin" de celui-ci. Partant, la part prise par lui au mariage de la fille du couple avec le duc de Berry - mariage que tous ceux qui y auront prêté la main finiront par regretter ;
2) et enfin la cascade de décès familiaux qui assombrit les dernières années du règne : Monseigneur, le Grand Dauphin, tout d'abord, fils aîné de Louis XIV, puis le nouveau Dauphin et sa femme, anciens duc et duchesse de Bourgogne, et enfin le fils aîné de ceux-ci, le duc de Bretagne.
La vision politique à long terme de Saint-Simon prend son essor dans ce troisième tome. Au début cependant, c'est semble-t-il par pur amitié et aussi, une fois de plus, par sens de ce qui est dû au premier prince du sang qu'il se rapproche de lui. La vie que menait le futur Régent, vie de scandales et de petites danseuses à Paris et au Palais-Royal, ne convenait pas à Saint-Simon, lequel, de son propre aveu, n'allait jamais le voir lorsqu'il se trouvait à la capitale. Mais, peu à peu, devant les cabales montées contre le duc d'Orléans - brimé dans son commandement d'Espagne par exemple - et aussi contre son cousin, le jeune duc de Bourgogne, bref, contre "le sang légitime", le mémorialiste se sent animé du désir de tout remettre en ordre.
Bien qu'elle n'ignorât pas les sentiments voués par le petit duc aux bâtards, fussent-ils royaux, et à la bâtardise en général, la duchesse d'Orléans paraît avoir éprouvé envers lui beaucoup d'estime et de considération. Il faut dire que Saint-Simon se bat pour détourner le Régent de sa maîtresse de l'époque, Mme d'Argenton, et pour le rapprocher de son épouse. Il va se battre aussi pour favoriser le mariage de la fille aînée des Orléans avec le duc de Berry, frère cadet du Dauphin présomptif. Mme de Saint-Simon y gagnera, bien malgré elle, une place de dame d'honneur de la nouvelle princesse dont elle se serait bien passée ...
Mais le morceau de bravoure de ce volume s'ouvre au dernier tiers, lorsque débute la véritable hécatombe au sein de la famille royale. On rappellera que Louis XIV connut l'un des règnes les plus longs - cinquante-six ans - et que son excellente santé lui permit donc de voir à ses côtés non seulement son fils, dit le Grand Dauphin ou Monseigneur, mais aussi le fils aîné de ce dernier, le duc de Bourgogne, et enfin les fils du duc de Bourgogne, le duc de Bretagne et le duc d'Anjou. En quelques mois, et même en quelques semaines pour les derniers cités, cette belle et si prometteuse ordonnance va se dissoudre en fumée et il ne restera au monarque le plus orgueilleux d'Europe et peut-être du siècle qu'un seul arrière-petit-fils - le duc d'Anjou, futur Louis XV - sauvé des médecins autant que de la rougeole par sa gouvernante, la duchesse de Ventadour.
Saint-Simon écrit avec flamme, avec émotion, dressant quelques uns des plus beaux portraits de son oeuvre avec, notamment, celui du duc de Bourgogne, enlevé trop tôt aux espoirs que fondaient sur lui ceux qui, comme Saint-Simon et ses amis et mentors, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, attendaient avec impatience le renouveau de la monarchie. Il est aussi le seul - à ma connaissance - à évoquer l'hypothèse de l'empoisonnement de la duchesse de Bourgogne. (Entendons-nous, les contemporains, menés par le duc du Maine et ses proches, accusèrent Philippe d'Orléans d'avoir fait assassiner ceux qui "gênaient" son accession au trône. Mais le comportement ultérieur du Régent prouve qu'il ne tenait guère à régner et ces racontars haineux tombent d'eux-mêmes : il semble que Louis XIV lui-même n'y crut guère bien qu'il fût sous le choc légitime de cette suite de morts qui le touchait de si près.) Dans ses notes, Gonzague Truc parle, quant à lui, de la culpabilité éventuelle de la duchesse de Berry - mais il n'y a pas là plus de preuves que dans le cas de la culpabilité supposée du Régent.
Le lecteur se fera donc son idée personnelle. Une chose demeure certaine : le décès de la duchesse de Bourgogne demeure marqué au coin de l'étrange. le duc de Noailles - que Saint-Simon eut plus tard de bonnes raisons de haïr - y trempa-t-il ? le saura-t-on jamais ? En tous cas, ce tome 3 des "Mémoires" de Saint-Simon est merveilleusement passionnant et ne saurait que charmer les amateurs d'Histoire et de mémoires. ;o)
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Citations & extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB08 mars 2016
Finot, son médecin, et le nôtre de tout temps et de plus notre ami, ne savait que devenir avec lui. Ce qui l'embarrassa le plus, à ce qu'il nous a confié plus d'une fois, fut que M. le Prince ne voulut plus rien prendre, dit qu'il était mort, et pour toute raison que les morts ne mangeaient point. Si fallait-il pourtant qu'il prit quelque nourriture ou qu'il mourût véritablement. Jamais on ne put lui persuader qu'il vivait, et que, par conséquent, il fallait qu'il mangeât. Enfin, Finot et un autre médecin qui le voyait le plus ordinairement avec lui, s'avisèrent de convenir, qu'il était mort, mais de lui soutenir qu'il y avait des morts qui mangeaient. Ils offrirent de lui en produire, et en effet ils lui amenèrent quelques gens sûrs et bien recordés qu'il ne connaissait point et qui firent les morts tout comme lui, mais qui mangeaient. Cette adresse le détermina, mais il ne voulait manger qu'avec eux et avec Finot. Moyennant cela, il mangea très-bien, et cette fantaisie dura assez longtemps, dont l'assiduité désespérait Finot, qui toutefois mourait de rire en nous racontant ce qui se passait, et les propos de l'autre monde qui se tenaient à ces repas. Il vécut encore longtemps après.
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NMTBNMTB08 mars 2016
M. le duc d'Orléans, un peu en pointe de vin et toujours plein de son dépit, prit un verre et regardant la compagnie (je fais excuse d'être si littéral, mais le mot ne peut se masquer) : « Messieurs, leur dit-il, je vous porte la santé du con capitaine et du con lieutenant. » Le propos saisit l'imagination des conviés ; personne pourtant, ni le prince lui-même, n'osa faire de commentaire, mais le rire gagna chacun et fut plus fort que la politique. On fit raison de la santé, sans toutefois répéter les mots, et le scandale fut étrange.
Une demi-heure après au plus Mme des Ursins en fut avertie. Elle sentit bien qu'elle était le lieutenant et Mme de Maintenon le capitaine ; et, si on se souvient de ce que j'ai raconté là-dessus, on verra que cela ne pouvait s'entendre autrement. […] Il est des choses qui ne se peuvent raccommoder, et il faut convenir que ce terrible mot était supérieurement de ce genre. Aussi M. le duc d'Orléans n'y songea-t-il pas, et alla toujours son chemin à l'ordinaire. Je ne sais même s'il a pu s'en repentir, quelque lieu qu'il en ait eu toute sa vie, tant il le trouvait plaisant et il m'a depuis impatienté plus d'une fois en m'en parlant, riant de tout son cœur. J'en sentais tout le poids et toutes les cruelles suites ; et toutefois ce qui m'en piquait le plus, tout en le lui reprochant, je ne pouvais m'empêcher d'en rire aussi, tant ce grand et funeste ridicule de gouvernement deçà et delà les Pyrénées était en deux mots clairement assené et plaisamment exprimé.
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PilingPiling28 janvier 2010
Brissac, peu d'années avant sa retraite, fit un étrange tour aux dames. C'était un homme droit qui ne pouvait souffrir le faux. Il voyait avec impatience toutes les tribunes bordées de dames l'hiver au salut les jeudis et les dimanches où le roi ne manquait guère d'assister, et presque aucune ne s'y trouvait quand on savait de bonne heure qu'il n'y viendrait pas; et sous prétexte de lire dans leurs heures, elles avaient toutes de petites bougies devant elles pour les faire connaître et remarquer. Un soir que le roi devait aller au salut, et qu'on faisait à la chapelle la prière de tous les soirs qui était suivie du salut, quand il y en avait, tous les gardes postés et toutes les dames placées, arrive le major vers la fin de la prière, qui, paraissant à la tribune vide du roi, lève son bâton et crie tout haut: « Gardes du roi, retirez-vous, rentrez dans vos salles; le roi ne viendra pas. » Aussitôt les gardes obéissent, murmures tout bas entre les femmes, les petites bougies s'éteignent, et les voilà toutes parties excepté la duchesse de Guiche, Mme de Dangeau et une ou deux autres qui demeurèrent. Brissac avait posté des brigadiers aux débouchés de la chapelle pour arrêter les gardes, qui leur firent reprendre leurs postes, sitôt que les dames furent assez loin pour ne pouvoir pas s'en douter. Là-dessus arrive le roi qui, bien étonné de ne point voir de dames remplir les tribunes, demanda par quelle aventuré il n'y avait personne. Au sortir du salut, Brissac lui conta ce qu'il avait fait, non sans s'espacer sur la piété des dames de la cour. Le roi en rit beaucoup, et tout ce qui l'accompagnait. L'histoire s'en répandit incontinent après; toutes ces femmes auraient voulu l'étrangler.
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NMTBNMTB24 mars 2016
Alors il lui conta [le roi à Maréchal, son chirurgien et confident] que l'extrême besoin de ses affaires l'avait forcé à de furieux impôts ; que l'état où elles se trouvaient réduites le mettait dans la nécessité de les augmenter très-considérablement ; que, outre la compassion, les scrupules de prendre ainsi les biens de tout le monde l’avaient fort tourmenté ; qu'à la fin il s'en était ouvert au P. Tellier [son confesseur], qui lui avait demandé quelques jours à y penser, et qu'il était revenu avec une consultation des plus habiles docteurs de Sorbonne qui décidait nettement que tous les biens de ses sujets étaient à lui en propre, et que, quand il les prenait, il ne prenait que ce qui lui appartenait ; qu'il avouait que cette décision l'avait mis fort au large, ôté tous ses scrupules et lui avait rendu le calme et la tranquillité qu'il avait perdue. Maréchal fut si étonné, si éperdu d'entendre ce récit, qu'il ne put proférer un seul mot. Heureusement pour lui le roi le quitta dès qu'il le lui eut fait, et Maréchal resta quelque temps seul en même place ne sachant presque où il en était. Cette anecdote qu'il me conta peu de jours après et dont il était presque encore dans le premier effroi, n'a pas besoin de commentaire ; elle montre, sans qu'on ait besoin de le dire, ce qu'est un roi livré à un pareil confesseur, et qui ne parle qu'à lui, et ce que devient un État livré en de telles mains.
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NMTBNMTB02 mars 2016
A la fin le roi, arrivant tout auprès du bassin, regarda ce qui était là de plus principal, et sans adresser la parole à personne, dit d'un air de dépit ces seules paroles « La duchesse de Bourgogne est blessée. » [Elle était l’épouse de son petit-fils, mère de Louis XV, « Blessée » signifie qu’elle fait une fausse-couche] Voilà M. de La Rochefoucauld à s'exclamer, M. de Bouillon, le duc de Tresmes et le maréchal de Boufflers à répéter à basse note, puis M. de La Rochefoucauld à se récrier plus fort que c'était le plus grand malheur du monde, et que s'étant déjà blessée d'autres fois, elle n'en aurait peut-être plus. « Eh! quand cela serait, interrompit le roi tout d'un coup avec colère, qui jusque-là n'avait dit mot, qu'est-ce que cela me ferait? Est-ce qu'elle n'a pas déjà un fils? et quand il mourrait, est-ce que le duc de Berry n'est pas en âge de se marier et d'en avoir? et que m'importe qui me succède des uns ou des autres ? Ne sont-ce pas également mes petits-fils? » Et tout de suite avec impétuosité : « Dieu merci, elle est blessée, puisqu'elle avait à l'être, et je ne serai plus contrarié dans mes voyages et dans tout ce que j'ai envie de faire par les représentations des médecins et les raisonnements des matrones. J'irai et viendrai à ma fantaisie et on me laissera en repos. » Un silence à entendre une fourmi marcher succéda à cette espèce de sortie. On baissait les yeux, à peine osait-on respirer. Chacun demeura stupéfait […] J'examinais, moi, tous les personnages, des yeux et des oreilles, et je me sus gré d'avoir jugé depuis longtemps que le roi n'aimait et ne comptait que lui, et était à soi-même sa fin dernière.
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