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ISBN : 2070110109
Éditeur : Gallimard (1984)


Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. S... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (1)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 17 août 2011

    Woland
    Voici l'un des volumes les plus intéressants, l'un de ceux aussi qui se lisent véritablement comme un roman. Dans la foule de détails et d'anecdotes rapportés par le mémorialiste, on distingue ici deux thèmes essentiels :
    1) le rapprochement de Saint-Simon avec la duchesse d'Orléans, pourtant bâtarde de Louis XIV, par l'intérêt qu'il porte à son mari et au "destin" de celui-ci. Partant, la part prise par lui au mariage de la fille du couple avec le duc de Berry - mariage que tous ceux qui y auront prêté la main finiront par regretter ;
    2) et enfin la cascade de décès familiaux qui assombrit les dernières années du règne : Monseigneur, le Grand Dauphin, tout d'abord, fils aîné de Louis XIV, puis le nouveau Dauphin et sa femme, anciens duc et duchesse de Bourgogne, et enfin le fils aîné de ceux-ci, le duc de Bretagne.
    La vision politique à long terme de Saint-Simon prend son essor dans ce troisième tome. Au début cependant, c'est semble-t-il par pur amitié et aussi, une fois de plus, par sens de ce qui est dû au premier prince du sang qu'il se rapproche de lui. La vie que menait le futur Régent, vie de scandales et de petites danseuses à Paris et au Palais-Royal, ne convenait pas à Saint-Simon, lequel, de son propre aveu, n'allait jamais le voir lorsqu'il se trouvait à la capitale. Mais, peu à peu, devant les cabales montées contre le duc d'Orléans - brimé dans son commandement d'Espagne par exemple - et aussi contre son cousin, le jeune duc de Bourgogne, bref, contre "le sang légitime", le mémorialiste se sent animé du désir de tout remettre en ordre.
    Bien qu'elle n'ignorât pas les sentiments voués par le petit duc aux bâtards, fussent-ils royaux, et à la bâtardise en général, la duchesse d'Orléans paraît avoir éprouvé envers lui beaucoup d'estime et de considération. Il faut dire que Saint-Simon se bat pour détourner le Régent de sa maîtresse de l'époque, Mme d'Argenton, et pour le rapprocher de son épouse. Il va se battre aussi pour favoriser le mariage de la fille aînée des Orléans avec le duc de Berry, frère cadet du Dauphin présomptif. Mme de Saint-Simon y gagnera, bien malgré elle, une place de dame d'honneur de la nouvelle princesse dont elle se serait bien passée ...
    Mais le morceau de bravoure de ce volume s'ouvre au dernier tiers, lorsque débute la véritable hécatombe au sein de la famille royale. On rappellera que Louis XIV connut l'un des règnes les plus longs - cinquante-six ans - et que son excellente santé lui permit donc de voir à ses côtés non seulement son fils, dit le Grand Dauphin ou Monseigneur, mais aussi le fils aîné de ce dernier, le duc de Bourgogne, et enfin les fils du duc de Bourgogne, le duc de Bretagne et le duc d'Anjou. En quelques mois, et même en quelques semaines pour les derniers cités, cette belle et si prometteuse ordonnance va se dissoudre en fumée et il ne restera au monarque le plus orgueilleux d'Europe et peut-être du siècle qu'un seul arrière-petit-fils - le duc d'Anjou, futur Louis XV - sauvé des médecins autant que de la rougeole par sa gouvernante, la duchesse de Ventadour.
    Saint-Simon écrit avec flamme, avec émotion, dressant quelques uns des plus beaux portraits de son oeuvre avec, notamment, celui du duc de Bourgogne, enlevé trop tôt aux espoirs que fondaient sur lui ceux qui, comme Saint-Simon et ses amis et mentors, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, attendaient avec impatience le renouveau de la monarchie. Il est aussi le seul - à ma connaissance - à évoquer l'hypothèse de l'empoisonnement de la duchesse de Bourgogne. (Entendons-nous, les contemporains, menés par le duc du Maine et ses proches, accusèrent Philippe d'Orléans d'avoir fait assassiner ceux qui "gênaient" son accession au trône. Mais le comportement ultérieur du Régent prouve qu'il ne tenait guère à régner et ces racontars haineux tombent d'eux-mêmes : il semble que Louis XIV lui-même n'y crut guère bien qu'il fût sous le choc légitime de cette suite de morts qui le touchait de si près.) Dans ses notes, Gonzague Truc parle, quant à lui, de la culpabilité éventuelle de la duchesse de Berry - mais il n'y a pas là plus de preuves que dans le cas de la culpabilité supposée du Régent.
    Le lecteur se fera donc son idée personnelle. Une chose demeure certaine : le décès de la duchesse de Bourgogne demeure marqué au coin de l'étrange. le duc de Noailles - que Saint-Simon eut plus tard de bonnes raisons de haïr - y trempa-t-il ? le saura-t-on jamais ? En tous cas, ce tome 3 des "Mémoires" de Saint-Simon est merveilleusement passionnant et ne saurait que charmer les amateurs d'Histoire et de Mémoires. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Piling, le 28 janvier 2010

    Brissac, peu d'années avant sa retraite, fit un étrange tour aux dames. C'était un homme droit qui ne pouvait souffrir le faux. Il voyait avec impatience toutes les tribunes bordées de dames l'hiver au salut les jeudis et les dimanches où le roi ne manquait guère d'assister, et presque aucune ne s'y trouvait quand on savait de bonne heure qu'il n'y viendrait pas; et sous prétexte de lire dans leurs heures, elles avaient toutes de petites bougies devant elles pour les faire connaître et remarquer. Un soir que le roi devait aller au salut, et qu'on faisait à la chapelle la prière de tous les soirs qui était suivie du salut, quand il y en avait, tous les gardes postés et toutes les dames placées, arrive le major vers la fin de la prière, qui, paraissant à la tribune vide du roi, lève son bâton et crie tout haut: « Gardes du roi, retirez-vous, rentrez dans vos salles; le roi ne viendra pas. » Aussitôt les gardes obéissent, murmures tout bas entre les femmes, les petites bougies s'éteignent, et les voilà toutes parties excepté la duchesse de Guiche, Mme de Dangeau et une ou deux autres qui demeurèrent. Brissac avait posté des brigadiers aux débouchés de la chapelle pour arrêter les gardes, qui leur firent reprendre leurs postes, sitôt que les dames furent assez loin pour ne pouvoir pas s'en douter. Là-dessus arrive le roi qui, bien étonné de ne point voir de dames remplir les tribunes, demanda par quelle aventuré il n'y avait personne. Au sortir du salut, Brissac lui conta ce qu'il avait fait, non sans s'espacer sur la piété des dames de la cour. Le roi en rit beaucoup, et tout ce qui l'accompagnait. L'histoire s'en répandit incontinent après; toutes ces femmes auraient voulu l'étrangler.
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  • Par Piling, le 27 janvier 2010

    Parmi ceux qui devaient être de la suite du voyage, M. le duc d'Orléans nomma Fontpertuis. À ce nom, voilà le Roi qui prend un air austère : "Comment, mon neveu, lui dit le Roi, Fontpertuis, le fils de cette janséniste, de cette folle qui a couru M. Arnauld partout ! Je ne veux point de cet homme-là avec vous. – Ma foi, Sire, lui répondit le duc d'Orléans, je ne sais pas ce qu'a fait la mère ; mais, pour le fils, il n'a garde d'être janséniste et je vous en réponds, car il ne croit pas en Dieu. – Est-il possible, mon neveu ? répliqua le Roi en se radoucissant. – Rien de plus certain, Sire, reprit M. d'Orléans, je puis vous en assurer. – Puisque cela est, dit le Roi, il n'y a point de mal : vous pouvez le mener." Cette scène, car on ne peut lui donner d'autre nom, se passa le matin, et, l'après-dînée même, M. le duc d'Orléans me la rendit, pâmant de rire, mot pour mot, telle que je l'écris.
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Que nous apprend Saint-Simon ? - Séminaire RDJ .
Que nous apprend Saint-Simon ? le dimanche 5 mai 2013 à 11h, Avec Cécile Guilbert, romancière et essayiste, auteur de " Saint-Simon. L?encre de la subversion " Gallimard, 1994, 169 pages Une conversation animée par Alexis Lacroix.











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