> Yves Coirault (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070109585
Éditeur : Gallimard (1983)


Note moyenne : 4.33/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, fut l'un des favoris de la cour de Louis XIV. Grand seigneur, il eut le privilège de loger à Versailles et d'y observer les intrigues de palais. Durant plus de trente ans, Saint-Simon va être l'historiographe du roi et de la cour. S... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 08 juin 2011

    Woland
    L'édition de La Pléiade sur laquelle nous nous sommes appuyés comporte sept tomes d'épaisseur inégale et couvrant la période historique allant de la dernière décennie du XVIIème siècle jusqu'en 1723, date à laquelle, avec la mort de Philippe d'Orléans, le Régent, Saint-Simon décide de se retirer en ses terres.
    Le premier tome évoque une décennie toute entière, de 1691, année où Saint-Simon prend son premier commandement dans l'armée, sous le maréchal D Humières, jusqu'en 1701 qui vit, selon le mémorialiste, finir "tout le bonheur du Roy." L'ensemble comporte pas mal de scènes militaires mais c'est la vie à Versailles, avec les intermèdes de Marly et de Fontainebleau, qui tient la vedette. En un cortège incroyable de vie, Saint-Simon ressuscite ce qu'il connaît du Grand Siècle, à savoir les années Maintenon, dont Louis XIV demeure toujours le centre. Mais ce n'est plus le Louis XIV fringant des grandes amours avec Melle de La Vallière, puis avec Mme de Montespan : le monarque n'a pas seulement mûri, l'homme aussi a vieilli - et pas en bien.
    Très vite, le lecteur prend conscience des sentiments ambivalents que porte à ce roi si absolument royal un Saint-Simon qui l'admire pour son faste, son panache, son amour du grand et du beau mais ne peut en même temps lui pardonner d'avoir introduit la bourgeoisie aux conseils en "faisant" un Colbert et un Louvois et encore moins d'avoir tout fait pour placer ses enfants bâtards au-dessus, ou à tout le moins au même niveau, que les Princes du sang. Ce premier volume s'ouvre d'ailleurs pratiquement sur le mariage de Melle de Nantes, la dernière des filles que Louis XIV avait eues de Mme de Montespan, avec le duc de Chartres, fils de Monsieur, le duc d'Orléans, frère du roi, et d'Elizabeth-Charlotte, princesse palatine.
    A partir de cet épisode, Saint-Simon prend son envol - et son style avec lui. Car ce premier tome, c'est aussi une prise de contact avec une manière d'écrire qui fait voisiner, avec une superbe indifférence, un langage archaïque, encore fixé au milieu du siècle, et un art proprement extraordinaire et des plus modernes de restituer des scènes d'un point de vue non pas historique (Saint-Simon me pardonne ! Wink ) mais indéniablement subjectif et littéraire.
    Avec une humilité qui lui était plus habituelle qu'on ne le croit, Saint-Simon avouait lui-même "ne pas savoir écrire." Il est vrai que, si l'orthographe chez lui est relativement respectée, tout ce qui est accord, des verbes, des adjectifs, des pronoms, etc ..., se présente dans une débandade aussi somptueuse que fantaisiste. Pour résumer le style de son illustre prédécesseur, Chateaubriand dira : "Il écrivait à la diable pour la postérité." Et le lecteur ne peut qu'acquiescer tant l'image rend bien cette impression que l'on a très tôt d'être emporté en croupe par un Saint-Simon lancé au grand galop parmi les phrases qui n'en finissent plus de tourbillonner et les images saisissantes que l'on prend en pleine figure comme on prendrait des rafales de grand vent frais.
    Saint-Simon ne savait peut-être pas écrire mais une chose est certaine : il aimait écrire et cet amour lui donne du génie. Il est d'ailleurs l'un des rares mémorialistes au monde qu'on lit aussi pour son style.
    Comment rappeler tous les moments forts, tous les portraits incroyables que contient ce premier tome ? Vous en trouverez l'essentiel dans notre rubrique : "Ce Pays-Ci ou A La Découverte de Saint-Simon." Signalons cependant quelques passages qui peuvent interloquer, voire ennuyer le lecteur moderne : tous concernent soit les complexités de la généalogie, soit les distinctions du protocole, comme par exemple, presque à la fin du volume, l'explication en long et en large des différents degrés de grandesse en Espagne. A part cela, Saint-Simon reste un auteur incontournable, à lire absolument, au même titre qu'un Balzac ou un Proust, pour ne citer que ces deux grands noms de notre littérature. ;o)
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  • Par ClaireduMaine, le 02 mars 2011

    ClaireduMaine
    La plus belle des langues, pour un texte vertigineux
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    "[...]... Ce fut alors que [Harlay] sut se servir de M. du Maine pour faire proposer au Roi sa récompense. Il avait déjà eu quelque sorte de parole ambiguë, mais qui n'était pourtant qu'une espérance, d'être fait chancelier, lorsque le Roi, voulant légitimer les enfants qu'il avait de Mme de Montespan, sans nommer la mère, dont il n'y avait point d'exemple, Harlay, consulté, lors procureur général, suggéra l'expédient d'embarquer le Parlement par [la légitimation] du chevalier de Longueville, qui réussit si bien. En cette occasion-ci, il se fit donner formellement parole par le Roi qu'il succéderait à Boucherat, chose qui le flatta d'autant plus que ce chancelier était alors fort vieux et ne pouvait le faire attendre longtemps.

    Pour l'exécution de la déclaration [du rang intermédiaire créé pour le duc du Maine et le comte de Toulouse], le Roi en parla aux princes du sang qui ne crurent avoir que des remerciements à faire. Le Roi les pria de se trouver au Parlement et M. le Duc et monsieur le Prince de Conti de lui faire le plaisir de conduire M. du Maine en ses sollicitations. On peut juger s'ils le refusèrent. De là, le Roi fit appeler l'archevêque de Reims [Charles Le Tellier, frère de Louvois, le ministre tout puissant de Louis XIV] : il lui fit part de ce qu'il avait résolu, lui dit que les pairs seraient plus convenablement invités par lui-même à cette cérémonie que par M. du Maine ; qu'ainsi, M. du Maine n'irait pas chez eux, mais qu'il priait l'archevêque de se trouver au Parlement, et lui ordonnait d'écrire de sa part une lettre d'invitation à chaque père. Un fils de M. Le Tellier était fait pour tenir tout à l'honneur venant du Roi : il lui répondit dans cet esprit courtisan, et de là s'en fut chez M. du Maine. Ce fut le seul de tous les pairs qui commit cette bassesse ; pas un ne dit un mot au Roi, ni à M. du Maine, pas un ne fut chez ce dernier, ni devant ni après la cérémonie. ... [...]"
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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    "[...] ... [Harlay] fit entendre à M. du Maine [fils aîné de Louis XIV et de Mme de Montespan] qu'il ne ferait jamais rien de solide qu'en mettant les princes du sang hors d'intérêt et en leur en donnant un de soutenir ce qui serait fait en sa faveur ; que, pour cela, il fallait toujours laisser une différence entière entre les distinctions que le Parlement faisait aux princes du sang et celle qu'on lui accorderait au-dessus des pairs, et former ainsi un rang intermédiaire qui ne blessât point les princes du sang, et qui, au contraire, les engageât à les maintenir dans tous les temps, par l'intérêt de se conserver un entre-deux, entre eux et les pairs ; que, pour cela, il fallait lui donner la préséance sur tous les pairs, et les forcer à se trouver à l'enregistrement de la déclaration projetée et à sa réception en conséquence, qui se devait faire tout de suite, lui donnant le bonnet* comme aux princes du sang, qui depuis longtemps ne l'est plus aux pairs, mais lui faire prêter le même serment des pairs, sans aucune différence de la forme et du cérémonial, pour en laisser une entière à l'avantage des princes du sang, qui n'en prêtent point ; et pareillement le faire entrer et sortir de séance tout comme les pairs, au lieu que les princes du sang traversent le parquet ; l'appeler par son nom comme les autres pairs, en lui demandant son avis, mais avec le bonnet à la main un peu moins baissé que pour les princes du sang, qui ne sont que regardés sans être nommés ; enfin le faire recevoir et conduire au carosse par un seul huissier à chaque fois qu'il viendra au Parlement, à la différence des princes du sang, qui le sont par deux, et des pairs, dont aucun n'est reçu par un huissier au carosse que le jour de sa réception, et qui, sortant de séance deux à deux, sont conduits par un huissier jusqu'à la sortie de la grand'salle seulement. ... [...]"
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  • Par Woland, le 17 avril 2012


    "[...] ... Les mémoires publics de cette princesse [la grande Mademoiselle] montrent à découvert sa faiblesse pour M. de Lauzun, la folie de celui-ci de ne l'avoir pas épousée dès qu'il en eut la permission du Roi, pour le faire avec plus de faste et d'éclat. Leur désespoir de la rétraction de la permission du Roi fut extrême ; mais les donations du contrat de mariage étaient faites et subsistèrent par d'autres actes. Monsieur, pressé par Monsieur le Prince [Louis II de Bourbon, dit le grand Condé], avait pressé le Roi de se rétracter ; mais Mme de Montespan et M. de Louvois y eurent encore plus de part, et furent ceux sur qui tomba toute la fureur de Mademoiselle et la rage du favori, car M. de Lauzun l'était. Ce ne fut pas pour longtemps : il s'échappa plus d'une fois avec le Roi, plus souvent encore avec la maîtresse, et donna beau jeu au ministre pour le perdre. Il [Louvois] vint à bout de le faire arrêter et conduire à Pignerol, où il fut extrêmement maltraité par ses ordres et y demeura dix ans. L'amour de Mademoiselle ne se refroidit point par l'absence : on sut en profiter pour faire un grand établissement à M. du Maine, aux dépens de Mademoiselle elle-même et à ceux de M. de Lauzun qui en acheta sa liberté. Eu, Aumale, Dombes et d'autres terres encore furent données à M. du Maine, au grand regret de Mademoiselle ; et ce fut sous ce prétexte de reconnaissance que, pour élever de plus en plus les bâtards, le Roi leur fit prendre la livrée de Mademoiselle, qui était celle de M. Gaston. Cet héritier forcé lui fut toujours fort peu agréable, et elle était toujours sur la défensive pour le reste de ses biens, que le Roi lui voulait arracher pour ce fils bien-aimé. ... [...]"
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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    "[...] ... Mademoiselle, la grande Mademoiselle, qu'on appelait [ainsi] pour la distinguer de Monsieur, ou, pour l'appeler par son nom, Melle de Montpensier, fille aînée de Gaston, et seule de son premier mariage, mourut en son palais de Luxembourg [actuellement le siège du Sénat], le dimanche 5 avril, après une longue maladie de rétention d'urine, à soixante-trois ans, la plus riche princesse particulière de l'Europe. Le Roi l'avait visitée, et elle lui avait fort recommandé M. de Joyeuse, comme son parent, pour être fait maréchal de France. Elle cousinait et distinguait et s'intéressait fort en ceux qui avaient l'honneur de lui appartenir, en cela, bien que très-altière, fort différente de ce que les princes du sang sont devenus depuis à cet égard. Elle portait exactement le deuil de parents, même très-médiocres et très-éloignés, et disaient par où et comment ils l'étaient. Monsieur et Madame ne la quittèrent point pendant sa maladie. Outre la liaison qui avait toujours été entre elle et Monsieur, dans tous les temps, il muguetait sa riche succession, et fut en effet son légataire universel ; mais les plus gros morceaux avaient échappé. ... [...]"
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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    "M. du Maine fut extrêmement satisfait de tant de distinctions au-dessus des pairs, et d'être si approché de celles des princes du sang, sans courir le risque de les blesser, et fut surtout fort touché de l'adresse avec laquelle ce rang intermédiaire était imaginé par le premier président pour lui assurer en tous temps la protection de tous ces avantages, par celui qu'on y faisait trouver aux princes du sang pour eux-mêmes. M. du Maine content, le Roi le fut aussi. Il ne fut donc plus question que de dresser la déclaration, que le premier président avait déjà minutée, et qu'il ne fit qu'envoyer au net pour être scellée."
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