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Abdelwahab Meddeb (Traducteur)Fady Noun (Traducteur)
ISBN : 2742709088
Éditeur : Actes Sud (1999)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 24 notes)
Résumé :
- De quelle race êtes-vous, africaine ou asiatique ?
- Je suis Othello : un Arabe d'Afrique.
Elle me dévisagea.
- Oui, en effet, votre nez ressemble à celui des Arabes sur les photographies, mais vos cheveux n'ont pas la douceur noire des cheveux arabes.
- C'est bien moi.
Le visage arabe comme le désert du Quart-vide et la tête africaine agitant une enfance terrible. Elle reprit en riant :
- Vous avez une manière étrange... >Voir plus
Critiques, Analyses & Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
Nastasia-B21 août 2013
  • Livres 4.00/5
Avec Saison de la Migration Vers le Nord, Tayeb Salih réalise un livre-frontière, qui se situe toujours à la lisière de deux mondes qui se côtoient mais qui ne se comprennent pas forcément. Il nous fait notamment pénétrer dans les deux univers distincts que sont la colonisation au XXème siècle et celui d'une société traditionnelle soudanaise, qui me semble assez peu connue sous nos horizons.
Il aborde ces univers sous un angle insolite, celui du récit biographique.
Ce faisant, le livre dans son entier est basé sur divers contrastes :
- contraste entre la vision anglaise et la vision soudanaise d'une même réalité.
- contraste entre le destin ordinaire des villageois du sud du Soudan et celui — extraordinaire — de Mustafa Saïd, le héros atypique du livre.
- contraste entre la vision masculine et la vision féminine de l'amour.
- contraste entre l'amour soudanais de la vie anglaise et l'amour anglais de la vie soudanaise.
- contraste entre la vue du narrateur et celle de Mustafa Saïd.
- contraste entre vie rurale et vie citadine.
- contraste entre période de colonisation et d'indépendance.
- contraste entre chaleur et fraîcheur, dans toutes leurs acceptions.
Mais le contraste n'est pas le seul angle d'attaque de l'ouvrage. Vous aurez compris que celui-ci parle constamment d'amour : amours charnelles, bien sûr, mais amour filial aussi, amour du pays, amour des traditions, amour des arts, amour de la justice et de la politique. Un amour qui, chez Tayeb Salih, est toujours teinté de morgue, de macabre et de ténèbres.
Le narrateur, considéré comme une sorte d'OVNI parmi les siens, des ruraux du sud Soudan, a poursuivi une carrière universitaire en Angleterre et est désormais un haut fonctionnaire à la capitale, Khartoum.
Un jour, lors d'une visite annuelle qu'il effectue au village de ses pères, il entend parler d'un mystérieux Mustafa Saïd. Celui-ci l'intrigue au plus haut degré et il ne tarde pas à découvrir que cet homme, qui affecte de se mêler à la vie rurale villageoise est encore bien plus un OVNI que lui et que son passé abrite une fontaine de mystères.
Son passé, c'est justement ce dont Mustafa Saïd va en faire le dépositaire en lui confiant à lui seul des tas de secrets. Mais dans quel(s) but(s) ? C'est ce que je vous laisse découvrir.
Dans un premier moment du roman, nous sondons l'extraordinaire destinée de cet homme, pour ensuite se confronter au présent et aux conséquences de l'impact qu'a eu cet homme sur ceux qui l'ont côtoyé.
L'auteur nous offre une vision très nuancées et très empreinte de sagesse du progrès, de l'avenir, des mentalités de son pays.
C'est donc une oeuvre riche est complexe malgré la modeste longueur du livre, qui n'en recèle pas moins beaucoup d'épaisseur.
Bref, une expérience littéraire fort agréable et très recommandable, mais ce n'est bien évidemment que mon avis, c'est-à-dire, trois grains de sable dans le désert.
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stcyr04
stcyr0414 juillet 2015
  • Livres 4.00/5
Qui est tu Moustapha? Orphelin de père, élève à l'école coloniale alors que celle-ci éveillait la méfiance des soudanais, indépendant, à l'intelligence d'une grande acuité, mais froide, et tendue comme un arc, premier soudanais boursier à l'étranger, ayant épousé une anglaise, enfant chéri des colonialistes, habitué des milieux intellectuels, politiques et artistiques de Londres; Moustapha Saïd est une figure insaisissable, fluctuante, énigmatique comme le cours du Nil qui berce cette contrée de l'Afrique et dont la mort même est nimbée de mystère.
Le personnage qui prend en charge la narration de ce court récit est lui même un enfant d'Afrique revenu au pays après des années d'étude en Angleterre. Sa voix se mêle aux vestiges de celle de Moustapha en un récit polyphonique. Moustapha conquiert les femmes, brise les mariages, entraîne parfois ses victimes complaisantes au suicide, pour finalement commettre l'irréparable. A la lecture de se portrait, nous reviens à l'esprit l'affirmation du docte Rabelais : “science sans conscience n'est que ruine de l'âme.”
La traduction du texte arabe Tayeb Salih en restitue la prose poétique imagée, saisissante, pleine de rage et de cendre. Une belle incursion dans l'oeuvre d'un des grands conteurs de la littérature d'expression arabe.
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MichelBouffioux
MichelBouffioux01 août 2012
  • Livres 4.00/5
Une très beau livre qui vous emporte dans un autre monde, au bord du Nil, dans un village reculé, loin de la capitale du Soudan. Un voyage plein d'exotisme et surtout de réflexion sur des thèmes universel tels l'orgeuil, la passion et l'envie ou encore le poids de la tradition et de la religion. Un roman qui montre qu'en 1969, époque où il a été écrit, certains esprits étaient bien sûr en refus de modernité et de remise en question relativement à l'égalité de l'homme et de la femme mais que d'autres étaient éveillés, plus peut-être que ceux de certains contemporains avec le retour du fanatisme religieux. A lire, vraiment.
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Drych
Drych29 septembre 2013
  • Livres 4.00/5
Un langage fleuri et poétique, des palabres, des sentiments mêlés de violence, et un monde africain déroutant pour un occidental, notamment sur les rôles respectifs de l'homme et de la femme. le texte est sans aucun doute très beau, mais il n'est pas toujours facile d'enter dans ces mentalités traditionnelles du Soudan. Un livre à lire en prenant son temps pour se mettre à l'heure de l'Afrique.
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Nekashim
Nekashim21 mars 2009
  • Livres 5.00/5
Chef d'oeuvre incontournable de littérature arabe et africaine (dont l'auteur vient tout juste de nous quitter) a été longtemps interdit au Soudan. Tayeb Salih - s'inspirant de son propre parcours dans la vie - nous livre deux histoires parallèles de deux soudanais expatriés en Angleterre de retour au pays. Leurs vies s'entre-croisent dans un village soudanais au bord du Nil.
"Saison de migration vers le nord"; cette tragédie, ou cet Othello des temps modernes, traite de la problématique post-coloniale propre aux pays du tiers monde. Les deux héros se retrouvent fragilisé par le confrontation brutale entre le Nord et le Sud, entre la modernité et la tradition, entre émancipation et conservatisme. Pris au milieu de ces antagonismes, ils trouveront leur salut chez les femmes mais aussi la mort.
Au temps du choc des civilisations, ou plutôt des ignorances, selon l'expression d'Edward Saïd, ce livre est plus que jamais d'actualité.
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Citations & extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B03 août 2013
Au petit matin, ma voiture longea pendant deux heures le Nil, en Est, puis, bifurquant à angle droit, se dirigea vers le Sud en plein désert. Point d'abri face au soleil, s'élevant à pas lents, lançant ses rayons de feu sur terre, comme pour accomplir une ancienne vindicte. Point d'abri sinon la torride cabine, ombre qui ne protège pas. Éreintante route qui montait, descendait : et rien qui séduise l'œil. Arbustes éparpillés dans le désert, tout épines, sans feuilles, végétation misérable, ni vivante, ni morte. On pouvait rouler durant des heures sans rencontrer âme qui vive. Puis un troupeau de chameaux maigres, efflanqués, se profilait avant de disparaître. Pas un nuage, promesse d'ombre, dans ce ciel de feu, couvercle de l'enfer. Le jour ne compte pas ici : c'est une torture que subit l'être vivant, dans l'attente de la nuit salvatrice. [...]

Rien. Le soleil. Le désert. Les arbustes desséchés. Les bêtes faméliques. La voiture vibra dans une descente. Nous dépassâmes les ossements d'un chameau ayant subi le salaire de la soif dans cette terre désolée. [...] La route n'en finissait pas. Le soleil ne désarmait point. [...]

Un bédouin apparut derrière la colline, courut vers nous et se mit en travers de la route. Nous stoppâmes. Son corps et ses vêtements étaient couleur de terre. Le chauffeur lui demanda ce qu'il voulait. " Donnez-moi du tabac ou une cigarette pour l'amour du ciel ; voilà deux jours que je n'ai pas fumé. " N'ayant pas de tabac, je lui donnai une cigarette. [...] Assis sur ses talons, le Bédouin fumait avec une avidité et une concentration indescriptibles. [...] Il fit un sort à une seconde cigarette puis gesticula et roula comme un épileptique, ensuite il s'étendit de tout son long, face contre terre, la tête dans les mains, et fit le mort. Il resta ainsi le temps de la halte, une vingtaine de minutes. Quand le moteur de la voiture se remit en marche, il se redressa brusquement, comme ressuscité, et se mit à crier ma louange et à me souhaiter longue vie. Je lui lançai mon paquet de cigarettes. Nous le quittâmes, soulevant un nuage de poussière et je le vis courir vers de misérables tentes près de maigres buissons, en direction du sud. Quelques brebis chétives paissaient auprès d'enfants nus. Où donc était l'ombre, ô mon Dieu ! Une pareille terre ne produit que des prophètes ! À telle sécheresse, à telle disette, point de remède sinon révélé par le ciel. Et cette route interminable, et ce soleil impitoyable...

La voiture gémissait sur ses essieux, la route était un tapis de cailloux. [...] Le soleil, voilà l'ennemi. Il était maintenant au zénith, battant au cœur du ciel, comme disent les Arabes. Un cœur incandescent. Qui semblerait immobile durant des heures jusqu'à entendre les pierres gémir, les arbres pleurer, le fer implorer. [...]

La victoire fut enfin l'issue soudaine de la bataille. Le crépuscule vint non pas sang répandu mais couleur de henné aux pieds d'une femme. La brise nilotique se leva, d'un parfum qui restera inaltérable dans ma mémoire. Comme la caravane qui dépose ses charges, nous nous arrêtâmes. [...] La voiture eut sa part d'huile, d'essence et d'eau, contente comme une pouliche à son heure d'exubérance.
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Nastasia-BNastasia-B12 octobre 2015
— J'admirais longuement ses deux cuisses blanches écartées que je caressais des yeux avant de glisser le regard vers la surface douce et lisse pour enfin contempler le dépôt des secrets, là où naissent le bien et le mal. [...] Je mis la pointe de la lame entre ses seins, et de ses jambes elle m'entoura le dos. Lentement, je pressai le poignard. Lentement. Elle ouvrit les yeux, extatiques. Elle me parut plus belle que tous les êtres. Elle dit, endolorie : « Mon cher, je pensais que jamais tu n'oserais. J'ai faillis désespérer de toi. » Je pressai le poignard avec ma propre poitrine jusqu'à ce qu'il disparaisse entier entre ses seins. Et je sentis son sang chaud exploser hors de son torse. Je me mis à frotter ma poitrine contre la sienne tandis qu'elle hurlait suppliante : « Viens avec moi, viens, ne me laisse pas partir seule... »

Et elle me dit : « Je t'aime. » Et je la crus. Et je lui dis : « Je t'aime. » — et j'étais sincère. Nous étions torche enflammée, les bords du lit s'embrasèrent dans le feu infernal, et mon nez reconnut l'odeur de la fumée pendant qu'elle disait : « Je t'aime, ô mon amant », et que je répondais : « Je t'aime, ô mon aimée. » Et l'univers et les catégories du temps, passé, présent, futur, se concentrèrent en un point unique qui n'avait pas d'avant, ni d'après.
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Nastasia-BNastasia-B01 septembre 2013
- Si le père de cette femme et ses frères sont d'accord, il n'y a rien à redire.

- Pourtant, dis-je, si elle ne veut pas se marier ?

Mahjoub me coupa la parole :

- Tu sais comment les choses se passent ici. La femme est à l'homme, et l'homme reste homme, quand même il deviendrait vieillard décrépit.

- Pourtant, insinuai-je, le monde a évolué. De telles coutumes ne conviennent pas à notre époque.

- Le monde n'a pas changé à ce point. Seulement certaines choses ont changé. Des pompes à la place des norias. Des charrues en acier à la place des araires en bois. Nous envoyons nos filles à l'école. Il y a la radio, les automobiles. Nous avons appris à boire le whisky et la bière au lieu de l'arak et de la marissa. Mais tout le reste demeure tel qu'il fut.
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Nastasia-BNastasia-B17 juillet 2013
Il s'enquit de mon nom, je le lui dis. Il s'informa de mon âge, je répondis que je n'en savais rien. Il me dit enfin :

- Aimerais-tu aller à l'école ?

Je répondis :

- Qu'est-ce que c'est l'école ?

Il répliqua :

- Une belle maison de pierre au milieu d'un grand jardin au bord du Nil. La cloche sonne : tu entres en classe avec les élèves, tu apprends à lire, écrire et compter.

- Est-ce que je mettrai un turban comme celui-là ?

Je montrai du doigt ce qui surmontait sa tête comme dôme. L'homme se mit à rire.

- Ce n'est pas un turban, c'est un chapeau.

Puis il descendit de cheval et, se découvrant, me mit son chapeau sur la tête. Mon visage disparut à l'intérieur.

- Quand tu seras grand, si tu réussis à l'école, tu seras fonctionnaire du gouvernement et tu porteras un chapeau.

- J'irai à l'école, déclarai-je.
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Nastasia-BNastasia-B02 août 2013
Le séjour des Anglais ici ne fut pas une tragédie, comme nous le pensons, il ne fut pas non plus un bienfait, comme ils l'affirment. C'était un grand drame qui deviendra, avec le temps, légende. Puis, j'entendis Mansour dire à Richard : " Vous nous avez inoculé la maladie de votre économie capitaliste ; elle a sucé notre sang, créé des sociétés d'exploiteurs et poursuit son œuvre. " Et Richard qui répliquait : " Cela prouve que vous ne pouvez vous passer de notre présence. Jadis, vous mettiez en doute les bienfaits du colonialisme. Et quand nous sommes partis, vous avez inventé la légende d'un pernicieux néocolonialisme. Il semble que notre présence, manifeste ou cachée, est aussi nécessaire à votre vie que l'air et l'eau. " Et ni l'un ni l'autre n'étaient fâchés : ils échangeaient de tels propos et riaient, à un jet de pierre de l'équateur mais séparés par un infranchissable abysse historique.
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