ISBN : 2841563391
Éditeur : Editions du Rouergue (2002)


Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes) Ajouter à mes livres
Elle ne dit jamais " les détenus ", elle dit " les lecteurs ". Depuis des années, elle parcourt des centaines de kilomètres, d'une prison à l'autre, dans cet engagement qui est le sien à faire ici aussi vivre le livre, cette rencontre, infime ou gigantesque, avec les mo... > voir plus
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 24 décembre 2011

    Les fêtes sont difficiles à passer dans les prisons, et parmi ces fêtes, Noël est la plus dure. Même les plus endurcis ont une mémoire, et dans la mémoire une enfance, une famille, le sentiment d'avoir ici encore quelque chose à faire, quelque chose de différent des jours ordinaires. Pourtant ce jour-là le personnel aussi fête Noël, c'est le service minimum. Il y a juste l'aumônier qui vient dire la messe, et bien sûr il fait salle comble, tous confondus, chrétiens, athées, musulmans.
    A Noël, en prison, on a envie de mourir, ou de dormir pour tout oublier, effacer de la mémoire la moindre trace. A Noël, en prison, on n'exige pas des prisonniers qu'ils se lèvent. [...]
    Il y a ceux qui ont gardé depuis longtemps les médicaments pour dormir. Ils vont les avaler tous à la fois ce soir. Il y a ceux dont l'amie a réussi à faire passer le petit sachet blanc, et qui font des envieux. Il y a les durs, qui se lèvent, vont à la messe pour critiquer, et faire comme si jusqu'au soir. Il y a ceux qui relisent une vieille lettre connue par cœur, et la commentent infiniment avec leur compagnon de cellule.
    Mais le mot d'ordre, pour tous, détenus, surveillants, éducateurs, intervenants, est de ne pas en parler, faire comme si ça n'existait pas, tourner les calendriers face aux murs, passer directement du 24 au 26 décembre.
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  • Par mandarine43, le 04 janvier 2012

    Quand on lui a demandé si elle voulait aller dans une prison faire son métier, elle n’a pas hésité. Toute sa science, toute son âme, pour faire vivre ici aussi les livres dans les mains des lecteurs. Jamais elle ne dit les détenus, elle dit les lecteurs.

    Elle rage contre les lenteurs, les obstacles, les portes.

    Elle vient tous les jeudis, s’indigne si dans la semaine le travail n’a pas été bien fait, se dispute avec l’éducateur, hausse le ton avec le bibliothécaire de la prison, et oublie tout quand on vient lui demander un livre rare, une biographie, un classique qu’on n’avait pas fini de lire en quatrième.

    Ce jour là, elle arrive à la porte avec un gros carton de livres nouveaux, rien de plus lourd que le papier. Sous le portique il sonne. Ouvrir le carton, passer un à un les livres, les secouer, le gardien est intraitable. Ce qui sonne ce sont les couvertures aluminium des livres de science-fiction. Elle est déjà en sueur, en colère, vraiment on ne facilite pas les choses. On referme le carton, elle le soulève, et repart vers la grille de la détention. Elle appuie le carton contre le mur, le maintien avec la hanche, pousse la porte de l’épaule et du pied, reprend le carton dans les bras. Derrière la porte il y a deux surveillants qui la regardent faire, bras ballants. Elle est au courant des usages : en prison il est essentiel de serrer toutes les mains à l’aller et au retour, n’oublier personne, tout signe d’indifférence est interprété comme du mépris. Bonjour, dit-elle. L’un des surveillants lui tend ostensiblement la main, avec un sourire moqueur. Quand elle raconte cette histoire elle dit qu’elle a hésité. Lâcher tout au milieu du couloir, leur mettre la caisse dans les bras, détourner la tête, les injurier ?

    Elle a souri, et plaisanté sur le poids de la culture, a pris le chemin de la bibliothèque un étage plus haut, et s’est effondrée sur la première chaise venue.
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  • Par mandarine43, le 17 décembre 2011

    [ Incipit ]

    De loin, en garant la voiture sous les arbres de la place, on voit déjà le grand mur gris, et le groupe de personnes devant la porte. On sait le jour et l’heure des parloirs et ces jours-là on passe plus de temps sur le trottoir à attendre son tour pour entrer, que le surveillant vous appelle enfin par l’interphone.
    Le mur longe une rue très passante, juste avant le feu rouge du carrefour. Pour attendre il n’y a que ce trottoir étroit, avec les voitures qui passent sans cesse au ras, et s’arrêtent et repartent au feu, vingt mètres plus loin.

    [ les 7 premières pages en PDF via le site de l'éditeur :
    http://www.lerouergue.com/PDF_LIVRES/gde_maison.pdf ]
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